Entrée en bourse d'OVHcloud : ce que nous apprend le document d'enregistrement (1/x)

Plongée dans le cloud à la française
Entrée en bourse d'OVHcloud : ce que nous apprend le document d'enregistrement (1/x)

Créée en 1999, « On Vous Héberge », devenue depuis OVHcloud, est l'un des leaders européens du cloud avec un chiffre d'affaires attendu de 655 millions d'euros pour l'exercice clos en août 2021. La société veut encore aller plus loin en entrant en bourse. Un exercice qui l'oblige à une certaine transparence. 

Il y a 5 ans, les fonds KKR et TowerBrook entraient au capital d'OVHcloud pour 250 millions d'euros afin d'accélérer le développement de l'hébergeur français, tant au niveau de ses services qu'à l'international. Depuis, on se demandait quelle serait la prochaine étape : un autre tour de table ou une entrée en bourse ?

OVHcloud à l'assaut de la bourse

Après de longs mois d'hésitation, la réponse a été donnée en mars dernier avec l'annonce de la préparation à une éventuelle entrée en bourse. En juin, on avait la confirmation que la cotation se ferait sur Euronext Paris. Un processus long et complexe, retardé par l'incendie de Strasbourg survenu début mars.

Cela doit permettre au groupe d'ouvrir un peu plus son capital, avec une limite : la famille Klaba restera majoritaire et gardera donc le contrôle. Mais elle est désormais obligée à une certaine transparence sur ses chiffres et sa stratégie. Un exercice qui devra se faire avec des points réguliers, en respectant les règles du marché.

Première grande étape : son document d'enregistrement auprès de l'AMF qui vient d'être publié. Plus de 300 pages de détails sur ses intentions, ses résultats, ses choix et ses risques. Nous l'avons décortiqué pour vous.

À qui appartient OVHcloud ?

« Né en Pologne en 1975, Octave Klaba arrive en France à l’âge de 16 ans, sans parler un mot de français. Passionné d’informatique, il obtient un diplôme en informatique à l’ICAM de Lille en 1999, et crée parallèlement OVH pour une raison simple : aucun prestataire n’était en mesure de répondre à ses attentes. 20 ans plus tard, Octave travaille toujours à la croissance de son entreprise depuis sa base de Roubaix, en France ».

C'est ainsi que l'entrepreneur français, désormais à la tête de son propre fonds d'investissement Jezby Ventures, est présenté dans les informations biographiques des membres du conseil d’administration d'OVHcloud dans le document d'enregistrement déposé à l'AMF devant renseigner les futurs actionnaires potentiels.

Il s'y trouve au côté de son père Henryk et de son frère Miroslaw qui l'accompagnent depuis le début de l'aventure ou presque. Ils sont désormais respectivement directeur R&D et directeur R&D Infrastructures. Avec Halina Klaba (la mère de la famille), ils détiennent toujours 75,99 % du capital de la société et 78,96 % des droits de vote. 

KKR et TowerBrook (via Spiral Holdings SCA et BV) ont chacun 9,92 % du capital et 8,38 % des droits de vote. Des dirigeants et salariés (actuels et anciens) ainsi que des administrateurs détiennent 1,86 % du capital et 1,88 % des droits de vote. Depuis, les salariés ont été regroupés dans deux entités MANOVH (managers) et MENOVH (employés). Ils détiennent respectivement 1,77 % et 0,55 % du capital, 1,84 % et 0,56 % des droits de vote.

OVHcloud Capital

La séparation des activités chères à Octave Klaba

Le document de 316 pages répond à un certain formalisme, listant les facteurs de risque de l'entreprise, son environnement législatif et réglementaire, les tendances de marché, ce qui touche à son activité, ses derniers bilans financiers, la composition et la rémunération de ses équipes, son patrimoine, ses participations et contrats importants, etc. Bref, tant de détails précieux auxquels on a rarement accès pour une entreprise de cette ampleur.

Nous ne traiterons pas ici des éléments dans l'ordre où ils sont documentés, mais selon l'intérêt que nous pouvons porter à tel ou tel sujet. Si vous voulez connaître le salaire de la direction, allez donc plutôt à la fin de ce dossier.

Commençons par un sujet que nous suivons depuis un an, lorsque nous avions annoncé la reprise d'HubiC par Octave Klaba via Jezby, devant utiliser les services d'OVHcloud à travers la couche logicielle récemment acquise OpenIO, un sujet sur lequel nous avions déjà eu de premiers détails lors de la procédure de reprise de Blade.

Jezby a aussi repris l'activité d'éoliennes débutée il y a une dizaine d'années et que souhaite développer Octave. Tant de projets qu'il porte hors d'OVHcloud désormais, mais qui ne sont donc pas toujours sans lien avec le groupe.

On apprend ainsi que « aux termes d’un contrat d’achat d’actions en date du 2 avril 2021, la Société a cédé l’intégralité du capital de DDIS [qui conçoit et commercialise les éoliennes, ndlr] pour un montant total de 250 000 euros à Poweend, société contrôlée par monsieur Octave Klaba ». Pour rappel, OVHcloud s'était associée à DDIS pour avancer sur ce projet avant d'en devenir l'actionnaire majoritaire en 2013

Cette cession concernait également les champs d'éoliennes exploités par DDIS. Ainsi, « OVH SAS a par ailleurs conclu un contrat d’achat d’actions avec Poweend le 2 avril 2021, aux termes duquel OVH SAS a cédé à Poweend la totalité du capital de la société Centrale Éolienne d’Ortoncourt pour un montant total de 1 000 000 euros ».

Cette dernière « détient et exploite des éoliennes en France. Le parc d’éoliennes en service était jusqu’à la date de cession maintenu par DDIS. Dans chaque cas, le prix de cession a fait l’objet d’une évaluation par un expert indépendant et un processus de vente a été organisé avec l’assistance d’une banque d’affaires ».

Le cas HubiC/Shadow

On apprend que le prix de cession du service de stockage HubiC (et de ses clients) s'est fait à hauteur de 500 000 euros, le 18 décembre 2020. « Le développement de cette activité par le Groupe a cessé au cours des deux dernières années dans la mesure où elle ne constituait pas une activité stratégique pour le Groupe. Le prix de cession [...] a également fait l’objet d’une évaluation par un expert indépendant », précise le document.

Le développement était en effet gelé depuis mai 2018, le service peinait alors à concurrencer les autres acteurs du marché. L'objectif de Klaba est de s'en servir désormais comme un élément de son offre de services européens, en se basant sur OpenIO et Nextcloud. Shadow devant permettre un accès depuis une machine distante.

HubiC avait pour rappel depuis servi de véhicule pour la reprise de Blade et son service de cloud computing Shadow. Elle est d'ailleurs devenue Shadow SAS cet été, déployant sa nouvelle stratégie.

On apprend ici qu'un « accord de prestations de services transitoire a été conclu le 11 février 2021 et amendé le 2 août 2021 » avec OVHcloud, où la société « s’est engagé à fournir des services à Shadow (anciennement Hubic) tels que le support client, les systèmes de facturation et la gestion des réclamations pour une période initiale de six mois suivi d’un renouvellement automatique par période d’un mois, sauf résiliation des parties ».

« Pour la fourniture de ces services, OVH SAS recevra une rémunération forfaitaire égale à un montant de 500 000 euros (hors taxes) jusqu’au 10 août 2021 puis, correspondant à une réduction des services rendus, un montant de 21 200 euros (hors taxes) par mois à partir du 11 août 2021 », indique le document.

Un accord-cadre avait été conclu en février, précisant qu'OVHcloud était désormais le prestataire d'infrastructure de Shadow avec un montant forfaitaire pour la première commande de 149 000 euros HT. Une exclusivité de 5 ans a été accordée avec l'assurance qu'aucun développement interne ne viserait à les remplacer.

Cet accord prévoyait ainsi « la fourniture de services dans les domaines du cloud public pour le stockage des données et du « Hosted Private Cloud » pour la gestion des applications. Il a été conclu pour une période initiale de trois ans et peut être reconduit tacitement par périodes successives d’un an ».

Un précédent accord entre Blade et OVHcloud concernait la fourniture de serveurs pour la nouvelle offre (Ultra et Infinite) pour 132 963,10 euros HT par mois. Il a été transféré à Shadow SAS qui lui loue désormais également les anciens équipements de 2CRSi correspondant à l'offre Boost, repris par OVHcloud pour 2,2275 millions d'euros.

« Plus précisément, aux termes de deux contrats en date du 30 juillet 2021, OVH SAS a acquis auprès de Shadow du matériel informatique nécessaire à la fourniture des Serveurs Dédiés Supplémentaires. Shadow a vendu pour un montant de 807 072 euros à OVH SAS du matériel informatique localisé en France (comprenant des serveurs de calcul et des équipements de réseau) ainsi que les licences de logiciels pouvant être nécessaires au fonctionnement de ce matériel.

Aux termes du second contrat, OVH SAS et Shadow ont également conclu la vente à OVH SAS pour un montant de 1 468 136 euros de matériel informatique localisé aux Pays-Bas (comprenant des serveurs de calcul, les équipements réseau et des serveurs de stockage) ainsi que les licences de logiciels pouvant être nécessaires au fonctionnement de ce matériel. »

Si l'équipe de Shadow espérait un transfert dans les datacenters d'OVHcloud avant la fin de l'année, le document confirme que l'idée est désormais oubliée : « Ces serveurs seront transférés au cours de l’exercice 2022 dans des centres de données du Groupe ». Un nouvel accord-cadre « 2021 » a été conclu le 27 août dernier, comme prévu.

Il s'applique depuis le 1er juillet et s'accompagne de plusieurs contrats d'application dans lesquels « OVH SAS s’est engagée à fournir les Serveurs Dédiés Supplémentaires exploités sous le mode IaaS en utilisant dans un premier temps le matériel informatique acquis auprès de Shadow ».

De l'autre côté de l'Atlantique « les actifs de la société Blade Global Corporation, filiale de la société Blade, ont été acquis par la filiale américaine de Shadow, Blade Acquisition Inc. Au terme d’un contrat conclu 1er juillet 2021, le Groupe (via sa filiale Data Center Vint Hill, LLC) a acquis auprès de Blade Acquisition Inc et de Shadow pour 4,9 millions de dollars de matériel informatique localisés aux États-Unis, comprenant des serveurs de calcul, les équipements réseau et des serveurs de stockage, ainsi que les licences de logiciels pouvant être nécessaires au fonctionnement de ce matériel ». Là aussi il s'agit de matériels pour la continuité de l'offre Boost.

Cette fois, l'accord-cadre et les contrats d'application n'ont été signés que le 1er septembre dernier. Là aussi la récupération des serveurs n'est pas attendue avant 2022, les opérations de rapatriement devant durer plusieurs mois au cours de cet exercice. D'ici à ce que l'opération soit terminée, une période transitoire s'ouvre pendant laquelle « Shadow va fournir à OVHcloud des services d’hébergement de serveurs afin de permettre l’exploitation des serveurs (notamment le maintien en condition opérationnelle et le transfert des droits au titre des contrats avec les centres de données où sont actuellement localisés les serveurs) ».

L'incendie de Strasbourg

Si les résultats de l'enquête liée à l'incendie survenu sur le site de Strasbourg en mars dernier ne sont pas encore connus, le document soumis à l'AMF permet de récolter de précieuses informations sur l'impact de cet évènement sur l'entreprise, financier, mais aussi sur sa relation avec les clients ou même ses assureurs.

Pas moins de 142 occurrences du mot « incendie » émaillent ainsi le document de 316 pages, à commencer par la partie détaillant les risques de l'entreprise. « Sur la base des informations actuellement disponibles, il apparaît que le feu aurait débuté au sein d’un local d’énergie hébergeant du matériel électrique », précise OVHcloud.

Une thèse appuyée dès les premiers examens effectués sur le site, que l'enquête devra (ou non) confirmer. Au total, « environ 65 000 clients, souscrivant à 120 000 services, ont connu des interruptions de service », parfois pendant « une période significative » puisqu'il était impossible pour l'hébergeur de récupérer rapidement les données.

L'hébergeur souligne que « comme les services de sauvegarde des données sont des services optionnels et payants pour la plupart des clients, certains des clients d’OVHcloud ont subi une perte permanente de données ». Il a d'ailleurs décidé de revoir ses plans en la matière depuis, pour éviter que cela ne se reproduise.

Selon les comptes consolidés au 31 mai 2021, « OVHcloud a fourni des avoirs à hauteur de 5,2 millions d’euros pour les services interrompus qui ont été facturés aux clients, et estime qu’elle a perdu 2,9 millions d’euros supplémentaires de chiffre d’affaires pour des services qu’elle n’a pas pu fournir et qu’elle n’a pas facturés ».

Des bons pour des services gratuits ont été distribués aux clients pour « un montant maximum de 28,3 millions d’euros (dont 20,5 millions d’euros ont été utilisés au 31 août 2021) ». L'impact sur le résultat opérationnel a été de 39,2 millions d’euros de charges non-courantes (dont les bons de gratuité).

Le groupe compte aussi « une charge de mises au rebut de certaines immobilisations corporelles de 15,8 millions d’euros pour des serveurs endommagés dans l’incendie [et] des dépenses d’investissement de 18,4 millions d’euros au 31 mai 2021 pour remplacer les serveurs endommagés ou détruits par l’incendie ». 

Son plan d'investissement pour revoir sa stratégie de sauvegarde et promouvoir son plan « hyper résilience » a été doté d'un budget additionnel d’environ 10 à 12 millions d’euros, permettant aussi de compléter les réparations. 200 personnes ont été mobilisées, notamment au support et à la gestion des comptes. L'entreprise a ainsi « engagé des dépenses ponctuelles reflétant principalement la rémunération incrémentale pour la mobilisation du personnel, les dépenses de récupération des disques et la maintenance supplémentaire des serveurs ».

Assez logiquement, l'hébergeur a noté « un taux de résiliation quelque peu plus élevé et une baisse du taux d’acquisition de nouveaux clients par rapport aux périodes précédentes en raison de l’incendie et de la publicité qui en a résulté. Cet impact pourrait se prolonger au début de l’exercice 2022 ». De quoi retarder sa trajectoire de croissance de trois à quatre trimestres selon ses estimations.

Le risque est aussi juridique puisque « OVHcloud a fait l’objet et pourrait continuer à faire l’objet d’actions en justice intentées par des clients alléguant avoir subi des pertes à la suite de l’incendie, notamment des actions en dommages et intérêts pour perte de service et perte de données. Bien que les contrats clients d’OVHcloud contiennent des clauses limitant la responsabilité d’OVHcloud, les clients sont susceptibles de prétendre que leurs pertes ne sont pas couvertes par ces clauses, ou que les clauses sont inapplicables ».

Pour s'y préparer le groupe a effectué une provision de 32,3 millions d’euros « au titre de frais d’expertise, de frais de procédure et au titre des actions en responsabilité » sans assurance que cela sera suffisant. Comme évoqué dans un précédent article, suite à la déclaration du sinistre, « OVHcloud a obtenu, en août 2021, un engagement de ses assureurs de recevoir, en septembre 2021, une indemnité forfaitaire unique de 58 millions d’euros au titre des dommages causés par l'incendie (dont 50 millions d’euros ont été encaissés au 10 septembre 2021). Aucun recouvrement d’assurance anticipé n’a été enregistré dans ses états financiers consolidés au 31 mai 2021 ».

« Si OVHcloud connaît d’autres incidents à l’avenir (même relativement mineurs), l’impact de ces incidents pourrait être exacerbé par l’incendie de Strasbourg, en particulier si ces incidents se produisent dans un avenir proche. L’impact qui en résulterait sur les relations avec les clients et les revenus futurs d’OVHcloud est impossible à déterminer, mais il pourrait être significatif. Pour toutes les raisons qui précèdent, l’incendie de Strasbourg a eu, et pourrait continuer d’avoir, un impact défavorable significatif sur les revenus, les bénéfices, la situation financière et la réputation d’OVHcloud » admet le groupe qui doit donc tout faire pour l'éviter.

« OVHcloud estime que l’incendie ne fera que retarder, mais ne devrait pas altérer de manière significative, les tendances positives initialement observées au premier semestre de l’exercice 2021, ainsi que ses perspectives de croissance rentable dans les mois et années à venir », précise l'entreprise à ses éventuels actionnaires.

OVHcloud Chiffre d'affaires

Pour rappel, l'essentiel de l'activité d'OVHcloud se fait actuellement sur son offre de serveurs dédiés (baremetal) qui représente 229,5 millions d'euros pour les neuf premiers mois de 2021 (7,4 % de croissance), et tout ce qui touche au « cloud web et autres » services qui représentent 130 millions d'euros (+7,7 %). Hosted Private Cloud et le cloud public sont à peu près au même niveau du fait de l'incendie, mais ne représentent en général qu'un tiers du CA : 65,8 millions d'euros (-14,2 %) et 69,7 millions d'euros (+14,8 %) respectivement.

Sur l'exercice 2020, plus de la moitié du CA (328,6 millions d'euros sur 632,1 millions d'euros) a été réalisé en France, un peu moins de 30 % dans le reste de l'Europe (179,9 millions d'euros) et 20 % dans le reste du monde (123,6 millions d'euros). Nous reviendrons sur les chiffres et perspectives d'OVHcloud dans la suite de ce dossier.

De l'importance de l'indépendance technologique

Dans le document, OVHcloud note que sa capacité à fabriquer ses serveurs en interne a été l'un des points favorisant sa reprise rapide. La société « ne dépend pas d’un fabricant tiers, ce qui réduit le risque de rupture de la chaîne d’approvisionnement. La capacité à fabriquer des serveurs s’est avérée essentielle pour permettre à OVHcloud de réagir rapidement pour rétablir le service après l’incendie de Strasbourg, car OVHcloud a doublé sa production de serveurs après l’incendie. Il est peu probable qu’OVHcloud aurait pu atteindre le même degré de réactivité à une échelle similaire avec un fabricant tiers ».

« En outre, en étant propriétaire et exploitant de ses centres de données, OVHcloud a davantage de contrôle sur chaque étape du processus de production, ce qui, à son tour, offre à ses clients davantage de possibilités de personnalisation ». Ils sont répartis sur 30 sites dans 12 pays. « OVHcloud est en mesure de livrer des serveurs à ses clients dans des délais courts : dans les sites européens et nord-américains d’OVHcloud, il faut environ 14 jours entre la production des serveurs et leur livraison », se félicite l'entreprise. 

OVHcloud Réseau

OVHcloud reste très « Klaba dépendante »

Cette volonté d'être présent sur toute la chaîne de valeurs est poussée assez loin, puisque la fourniture des pièces pour la fabrication de ses serveurs passe par la société AixMétal, « une société par actions simplifiée de droit français contrôlée indirectement par M. Henryk Klaba et Mme Halina Klaba ».

« La fourniture des produits métalliques par AixMétal au Groupe fait l’objet d’un contrat de sous-traitance industrielle conclu le 24 août 2021, auquel est annexé un catalogue des produits et prestations de services fournis au Groupe par AixMétal. Le catalogue est mis à jour de façon trimestrielle selon les évolutions du cours des matières premières » nous apprend le document déposé à l'AMF.

Un contrat de trois ans « reconductible tacitement pour des périodes successives d’une année, sauf résiliation anticipée. Les commandes du Groupe ont représenté environ 60 % du chiffre d’affaires annuel d’AixMétal au cours des exercices 2019 à 2020 ». Il concerne trois domaines principaux : « la recherche et le développement (comme le lancement de prototypes), la production de masse comme la fabrication en série pour les besoins de la production de serveurs et la fabrication de produits finis ou semi-finis pour les centres de données ». 

OVHcloud fabrication

L'omniprésence de la famille Klaba, assez logique étant donné l'historique de l'entreprise, ne s'arrête pas là puisque le site de production de Croix par exemple « est détenu par la SCI Immostone, une société contrôlée par la famille Klaba. En 2018, OVH SAS, filiale à 100 % de la Société, a conclu deux baux commerciaux avec la SCI Immostone. En vertu du premier contrat daté du 1er mars 2018, OVH SAS loue un bâtiment d’une superficie d’environ 4 600 mètres carrés comprenant notamment des bureaux, et des espaces de stockage ainsi que des places de stationnement extérieur pour un loyer d’environ 157 000 euros par an (soumis à une indexation annuelle du loyer) ».

« Selon le second bail daté du 1er septembre 2018, tel que modifié par un avenant du 1er novembre 2019, OVH SAS loue un bâtiment d’une superficie d’environ 6 000 mètres carrés comprenant notamment des bureaux, un espace de restauration, des espaces de stockage, ainsi que des places de stationnement extérieur, pour un loyer d’environ 204 000 euros par an (soumis à une indexation annuelle du loyer). Ces deux baux commerciaux ont été conclus pour une durée initiale de neuf ans », précise le groupe.

D'ailleurs, « une partie du même site est également louée à AixMétal. L’espace de restauration du site de Croix est partagé entre OVH SAS, AixMétal et Inodesign, un fournisseur du Groupe auprès duquel elle se fournit en câbles ». 

Le même schéma se retrouve pour le « Campus » de Roubaix :

« La SCI OVH, société contrôlée par Octave Klaba et sa famille, est propriétaire de locaux à usage de bureaux loués à OVH SAS. Aux termes d’un premier contrat de bail commercial daté du 1er décembre 2015, OVH SAS loue un bâtiment d’une superficie d’environ 2 800 mètres carrés comprenant des bureaux et des salles polyvalentes, ainsi que des places de stationnement extérieur, pour un loyer d’environ 360 000 euros par an (soumis à une indexation annuelle du loyer).

Un deuxième contrat de bail commercial daté du 1er décembre 2017, tel que modifié par un avenant du 1er avril 2018, porte sur la location d’un bâtiment d’une superficie d’environ 3 200 mètres carrés comprenant des bureaux, un espace de restauration et un espace à usage de parking à proximité pour un loyer d’environ 492 000 euros par an (soumis à une indexation annuelle du loyer). Ces deux baux commerciaux ont été conclus pour une durée initiale de neuf ans. »

Et pour Roubaix 3 :

« OVH SAS a par ailleurs conclu deux baux commerciaux le 1er juillet 2003 avec la SCI Immolys, société contrôlée par M. Henryk Klaba et Mme Halina Klaba, pour une durée initiale de neuf années et prolongés tacitement. Dans les locaux loués au Groupe, d’une surface d’environ 1 000 mètres carrés au titre de chaque bail, le Groupe exerce une activité de stockage de données. Au titre de l’exercice 2021, cette convention a été considérée comme entrant dans le champ des conventions réglementées notamment à raison de travaux réalisés dans le cadre de ce bail.

Ces travaux étant à présent achevés, la convention a été renouvelée pour l’exercice 2022 et devrait, au vu de ses nouveaux termes, ne plus être soumise au champ des conventions réglementées. La Société estime qu’il s’agit d’une opération courante conclue à des conditions normales. Le nouveau contrat de bail conclu le 14 septembre 2021 avec la SCI Immolys porte sur une surface de 3 000 mètres carrés pour une durée de dix années, avec une faculté de résiliation triennale conformément à l’article L. 145-4 du Code de commerce, à compter du 1er septembre 2021 et pour un loyer annuel de 120 000 euros hors charges. »

Watercooling et empreinte environnementale réduite

OVHcloud évoque au passage sa technologie propriétaire de refroidissement à l’eau « qu’elle a développée et utilisée depuis plus de 20 ans », sous l'impulsion initiale d'Henryk Klaba.

Elle « combine des serveurs refroidis à l’eau avec des centres de données refroidis à l’air, supprimant ainsi le besoin de climatisation, ce qui présente des avantages significatifs en termes d’environnement et de coûts. Elle utilise le refroidissement direct par eau pour éliminer la chaleur des CPU, et l’air - qui est ensuite refroidi à l’intérieur du rack en utilisant de l’eau à travers un échangeur de chaleur - pour éliminer la chaleur des autres composants ».

OVHcloud Watercooling

De quoi favoriser un bon bilan environnemental selon le groupe, qui fait ici face aux démarches de Scaleway. « En 2020, le facteur d’énergie renouvelable d’OVHcloud (c’est-à-dire le pourcentage d’électricité utilisée dans les centres de données générée à partir de sources renouvelables) était de 79 %. Ses centres de données (à l’exclusion des sites de Roubaix et de ceux localisés aux Etats-Unis) avaient une efficacité de l’utilisation de l’énergie (c’est-à-dire l’électricité totale utilisée par rapport à l’électricité utilisée pour alimenter les serveurs) de 1,10-1,30 ».

Des valeurs sous la moyenne du marché, plutôt aux alentours de 1,41 puisque de nombreux datacenters ne sont pas très récents et donc guère efficaces d'un point de vue énergétique. Le groupe précise que « les centres de données d’OVHcloud (à l’exclusion du site de Beauharnois au Canada et de celui à Paris) avaient une efficacité de l’utilisation de l’eau (c’est-à-dire la consommation d’eau par rapport à la consommation d’électricité en kWh par litre) de 0,24-0,29 L/kWh IT. Ses centres de données avaient une efficacité de l’utilisation du carbone (c’est-à-dire les émissions de CO2 par rapport à la consommation d’énergie) de 0,15-0,18 T CO2e/MWh ».

Il indique être à la recherche de nouvelles solutions pour améliorer encore les choses à l'avenir « par exemple, en mars 2021, il a entamé un partenariat de recherche de quatre ans avec l’INRIA pour améliorer l’évaluation par OVHcloud de l’impact environnemental de ses infrastructures et proposer aux utilisateurs finaux les meilleures pratiques pour réduire leur empreinte écologique ».

L'évolution des contrats d'assurance

Quel a d'ailleurs été l'impact de cet incendie sur le contrat d'assurance du groupe ? Il « repose sur le principe du « tous risques sauf » garantissant tous les dommages matériels non exclus. Ce contrat est souscrit par la Société et s’applique à certaines filiales présentes en France, en Allemagne, en Belgique et au Royaume-Uni ».

Il a justement été renouvelé le 1er septembre dernier « auprès d’AXA, en tant qu’apériteur avec 35 % des parts du risque et sept coassureurs se partageant 65 % du risque restant et selon les conditions d’un plan de prévention établi ». Il couvre « en particulier les dommages matériels directs garantis d’origine accidentelle, les frais et pertes divers consécutifs aux dommages matériels garantis, les conséquences pécuniaires de la responsabilité civile à la suite d’un incendie, une explosion, des dégâts des eaux ainsi que les frais de reprise d’activité consécutifs aux dommages matériels garantis et les honoraires d’expert suite aux dommages matériels ».

L'indemnité maximale est fixée à 140 millions d'euros par sinistre, celle-ci pouvant varier selon les dommages exacts subis, des franchises étant également appliquées selon les cas. « La franchise pour tous dommages s’élève à 3 millions d’euros, portée à 15 millions d’euros pour les sites de Roubaix, Gravelines et Strasbourg. Cette franchise pour ces trois sites serait réduite à 3 millions d’euros lors de l’achèvement d’un programme d’investissement convenu avec les assureurs, dont le montant est d’ores et déjà inclus dans le budget d’investissement pour les prochains exercices » précise le groupe dans le document d'enregistrement.

Il doit également mettre en œuvre (ou maintenir) trois mesures complémentaires spécifiques concernant les moyens de prévention incendie, qu'il s'agisse du gardiennage, permis de feu et des moyens d’intervention en charge dans les locaux « faute de quoi la franchise passerait de 15 millions d’euros à 30 millions d’euros en cas de sinistre ». Preuve que des manquements ont été identifiés en la matière sur les trois sites depuis l'incendie.

Il en est de même sur les sites de Erith, Limburg, Croix et Paris 19e arrondissement, puisque « des franchises additionnelles (de 10 millions d’euros pour Erith et Limburg et de 3 millions d’euros pour Croix et Paris 19e arrondissement) sont également applicables, et seront levées de la même manière une fois le programme d’investissement finalisé et validé par les assureurs ».

« Il existe également une disposition contractuelle dérogatoire de résiliation donnée à l’assureur. [Elle] est conditionnée à l’absence de réalisation d’un certain nombre de recommandations d’ordre humain et organisationnelles ou de la passation de commandes relatives à la mise en place des protections complètes sur les sites de Roubaix, Strasbourg, Gravelines, Croix, Erith et Limburg, conformément aux préconisations de l’assureur et selon une procédure incluant l’assureur pour la validation de ces projets, avant le 31 décembre 2021 ».

Au total, le montant de la prime d'assurance est de 5,3 millions d’euros TTC pour l'année à venir.

Une couverture « responsabilité civile technologies de l’information-communication » est également souscrite, devant cette fois protéger « contre les conséquences pécuniaires de la responsabilité exploitation, produits et professionnelle en raison de dommages causés aux tiers (incluant les clients), du fait, au cours, ou à l’occasion des activités couvertes par le contrat », ce qui correspond aux différents services proposés par OVHcloud.

Celui-ci avait été renouvelé le 1er janvier dernier, avec un montant maximal d'indemnisation de 10 millions d’euros par sinistre pour la responsabilité civile d’exploitation et autant par année d’assurance pour la responsabilité civile professionnelle et responsabilité civile du fait des produits.

Là aussi plusieurs franchises sont imposées : « 1 000 euros pour les dommages autres que corporels, 250 000 euros pour les dommages autres que corporels à l’étranger en cas d’intervention en différence de conditions, ou encore, sauf exceptions, 75 000 euros au titre de la responsabilité professionnelle et responsabilité civile du fait des produits pour des dommages matériels, immatériels et corporels ».

Enfin, une assurance « Cyber » est souscrite depuis plusieurs années par le groupe « qui a notamment pour objet la
protection contre toute atteinte à ses systèmes de traitement automatisés des données, à ses propres données et informations confidentielles, ainsi qu’aux données personnelles et confidentielles de tiers, contenues et traitées dans ses systèmes d’information ou dans ceux de ses sous-traitants et prestataires externes ».

Il a également été renouvelé auprès de Chubb au 1er janvier, avec un montant maximal d'indemnisation de 10 millions d'euros par sinistre et par an, couvrant  « sans sous-limites les frais de réponses à incident et frais de décontamination et restauration, les pertes d’exploitation et frais supplémentaires d’exploitation, les sanctions administratives d’un régulateur de données personnelles ainsi que la cyber-extorsion ».

OVHcloud précise tout de même qu'« un certain nombre de sous-limites s’appliquent, dont celle relative à la garantie PCI-DSS d’un montant de 5 000 000 euros. Sauf exceptions, la franchise s’élève à 150 000 euros ».

Dans la suite de ce dossier, nous reviendrons sur la stratégie d'OVHcloud et ses bilans financiers.

Vous n'avez pas encore de notification

Page d'accueil
Options d'affichage
Abonné
Actualités
Abonné
Des thèmes sont disponibles :
Thème de baseThème de baseThème sombreThème sombreThème yinyang clairThème yinyang clairThème yinyang sombreThème yinyang sombreThème orange mécanique clairThème orange mécanique clairThème orange mécanique sombreThème orange mécanique sombreThème rose clairThème rose clairThème rose sombreThème rose sombre

Vous n'êtes pas encore INpactien ?

Inscrivez-vous !