Exploration spatiale : 2021 sera une année chargée pour l’ESA et Arianespace

Moins de « boum », plus de « youhou » ?
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Exploration spatiale : 2021 sera une année chargée pour l’ESA et Arianespace
Crédits : ESA

Après une rétrospective en image de son année 2020, l’Agence spatiale européenne se tourne vers l’avenir. En 2021, plusieurs lancements sont attendus, dont certains très importants comme le vol inaugural de la fusée Vega C. De son côté, Arianespace se prépare à « une activité opérationnelle plus soutenue encore ».

Malgré la crise sanitaire et les mesures de confinement un peu partout dans le monde, 2020 reste une année très chargée dans l’exploration spatiale. L’Europe y occupe une place importante en étant parfois artisan des missions, et d’autres fois un partenaire plus ou moins privilégié avec d’autres agences (américaine, japonaise, etc.).

2020 en trois mots : succès, retard et échecs

Parmi les événements les plus marquants, il y a évidemment eu (liste non exhaustive) les retours de matériaux extra-terrestres de la Lune avec Chang’e 5 et d’un astéroïde avec Hayabusa2, la mise en ligne du catalogue EDR3 de Gaia, les premières images de la sonde Solar Orbiter, le lancement de la mission Mars 2020, les 20 ans d’une présence humaine continuelle dans la Station Spatiale Internationale, etc. 

Mais l’Europe a également fait face à plusieurs déboires, notamment le nouveau retard de deux ans de la mission ExoMars (qui était initialement prévue pour 2018) et surtout le cuisant échec du lanceur Vega, pour la deuxième fois sur les trois derniers lancements. De quoi sérieusement faire baisser son taux de réussite après un sans-faute sur les quatorze premiers lancements.

Quoi qu’il en soit, l’Agence spatiale européenne a désormais les yeux tournés vers 2021, qui promet d’être au moins aussi chargée. Ce sera notamment l’occasion d’un changement à la tête de l’Agence avec la nomination de Josef Aschbacher, qui remplacera Jan Wörner dont le mandat se termine le 30 juin (il est directeur depuis mi-2015). Arianespace y va aussi de son petit bilan de l’année passée, et revient sur la signature de nombreux contrats.

Dix lancements en 2020, dont trois « réalisations inédites »

L’opérateur européen de lancements spatiaux a réalisé « dix lancements en 2020 : trois avec Ariane 5, cinq avec Soyouz et deux avec Vega, soit un de plus que l’année précédente, en dépit de l’impact de la COVID19. Sur les dix lancements, sept étaient strictement commerciaux ». 

L’année dernière était aussi l’occasion de réaliser trois missions inédites : « : le lancement simultané de trois satellites vers l’orbite géostationnaire sur une même Ariane 5 ; le premier lancement partagé européen de petits satellites sur Vega, avec 53 charges utiles […] enfin, la réalisation, en moins d’un mois, de trois lancements Soyouz depuis deux sites de lancement différents, dont le premier lancement commercial depuis le cosmodrome russe de Vostochny, au profit de la constellation OneWeb », qui renait de ses cendres.

SSMS VV16 VegaSSMS VV16 Vega

Un carnet de commandes de plus de 3,2 milliards d’euros

Malgré ses déboires avec Vega et la perte de la mission VV17 à cause d’un problème de branchement, Arianespace affiche un carnet de commandes bien rempli pour l’avenir : 

  • Trois satellites C-band Intelsat, deux pour Ariane 5 et un pour Ariane 6 (lire notre Magazine #2)
  • Un satellite Eutelsat de nouvelle génération (10B) sur Ariane 5 et la confirmation sur Ariane 6 de trois options définies selon les termes d’un contrat-cadre conclu en 2018
  • Confirmation de 16 lancements OneWeb à bord de Soyouz, dont le premier réalisé le 18 décembre
  • Quatre satellites Airbus Defence and Space CO3D sur Vega C (le prochain lanceur, nous y reviendrons)
  • Six petits satellites comme passagers secondaires sur le prochain vol Vega VV18 (prévu pour le premier trimestre 2021)

« Au total, le carnet de commandes d’Arianespace s’établit, en valeur, à plus de 3,2 milliards d’euros (sans prendre en compte les pré-réservations institutionnelles de l’année 2020), représentant plus de trois ans d’activité », affirme Arianespace.

« Buy european act » : au tour d’Eumetsat 

Arinaspace a aussi signé deux accords institutionnels. Avec la Commission européenne tout d’abord, pour la précommande de quatre fusées Ariane 62 afin de lancer huit satellites Galileo à partir de 2022, et avec Eumetsat (Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques) pour lancer son satellite d’imagerie de troisième génération MTG-I2 sur Ariane 6.

Dans la lignée d’un « buy european act » poussé par plusieurs acteurs, Eumetsat « a rejoint les agences et institutions européennes signataires de "la déclaration conjointe sur l’exploitation institutionnelle d’Ariane 6 et de Vega-C" en faveur d’une préférence européenne des lanceurs pour les missions institutionnelles de l’Europe ».

Galileo

Nouveau moteur P120C et Vega-C : vol inaugural en juin

Sauf retard de dernière minute, la nouvelle fusée Vega-C effectuera son vol inaugural cette année, en juin pour être précis. Elle permettra d’emporter des charges plus lourdes que l’actuel lanceur Vega, tout en étant plus économe. 

Ce lancement est d’autant plus important que cette version du lanceur léger exploite un moteur P120C, le même que l’on retrouve sur les boosters d’Ariane 6. Pour rappel, nous avons longuement détaillé les ambitions et caractéristiques de cette prochaine fusée dans notre Magazine #2.

Le satellite Quantum, reprogrammable en orbite, arrive

2021 sera également l’année de lancement du satellite Quantum réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé avec l’Agence spatiale du Royaume-Uni, Airbus Defence and Space et Eutelsat. Il s’agit du « premier satellite reprogrammable en orbite », indique l’ESA.

Selon Eutelsat, Quantum va « devenir la référence du marché en matière de flexibilité, répondant tout particulièrement aux besoins des clients dont les activités nécessitent souplesse et mobilité ». Il pourra servir aussi bien à des services de communications que gouvernementaux. 

En service depuis maintenant plusieurs années – avec des débuts chaotiques et des pannes à répétition – la constellation Galileo (pour la géolocalisation par satellites) sera renforcée avec l’envoi de deux nouveaux engins via une fusée Soyouz. Dès ce mois de janvier, un contrat sera signé pour le développement de satellites de seconde génération. 

Satellite Quantum

Observation de la Terre et Station spatiale internationale

L’ESA affirme aussi que « l’observation de la Terre reste la pierre angulaire » de ses activités. Seize satellites sont actuellement mis à contribution dans ce but, et « plus de 250 To de données ont été proposés à des utilisateurs partout dans le monde, pour des activités scientifiques et opérationnelles ». Cette année, l’Agence spatiale européenne se penchera également sur l’expansion de son programme Copernicus.

En 2021, deux astronautes européens iront dans la station spatiale internationale. Ce sera d’abord le retour de Thomas Pesquet pour sa seconde mission de longue durée. Pour sa mission baptisée Alpha, il volera à bord de la capsule Crew Dragon de Space X. Le décollage est prévu pour le printemps.

À l’automne, ce sera au tour d’un second Européen de s’envoler pour l’ISS : Matthias Maurer. Sa mission est baptisée Cosmic Kiss pour représenter « l’amour de l’espace ». C’était l’un des derniers astronautes recrutés par l’ESA ; il a terminé sa formation de base en 2018. En 2021, l’ESA cherchera de nouveaux candidats pour ses prochaines missions.

Thomas Pesquet ESA

Artemis-1, Mars 2020, James Webb Telescope (sur Ariane 5)… 

2021 sera aussi importante pour la NASA, puisqu’elle doit normalement effectuer sa mission Artemis-1 avec une une capsule Orion (en collaboration avec l’ESA qui propose le module de service) et une fusée SLS, dont le premier étage va prochainement passer un test de mise à feu statique. Le but du programme Artemis est pour rappel de renvoyer des humains sur la Lune.

Lancée fin juillet via une fusée Atlas V, la sonde Mars 2020 de la NASA arrivera sur Mars mi-février. Elle embarque le rover Perseverance et l’instrument scientifique SuperCam, développé avec des Français et dont le but est de chercher des traces de vie passée. Nous avons déjà longuement détaillé les tenants et aboutissants de cette mission.

Cette année, le James Webb Telescope devrait enfin s’envoler pour l’espace, et plus précisément le point de Lagrange L2. Sa construction est terminée depuis 2016 et il devait pour rappel partir en 2018, mais il a été repoussé à plusieurs reprises. Il décollera à bord d’une fusée Ariane 5.

2021 devrait aussi être l’année de la mise en service du Flyeye ou NEOSTEL (Near Earth Object Survey TELescope), un télescope italien. Son but est de repérer les astéroïdes pouvant représenter une menace pour la Terre. « Le réseau Flyeye détectera tout [objets] jusqu'à environ 40 m de diamètre, généralement trois semaines avant un impact potentiel », affirme l’ESA.

Bien évidemment, les travaux sur de nombreuses autres missions continueront en 2021. On peut citer JUICE (Jupiter Icy Moons Explorer) qui doit explorer les satellites naturels de Jupiter, le vol inaugural d’Ariane 6 en 2022, le renforcement des capacités de renseignements de la France, etc.

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