Feedly, l'agrégateur de flux RSS grand public passé au crible

Un mastodonte nommé Feedly 25
Accès libre
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Applications TEST
Guénaël Pépin

En mars 2013, Google Reader fermait. Nombre de services sont apparus pour les internautes orphelins. Parmi eux, Feedly est le plus consulté aujourd'hui. Passage en revue de ses fonctions, de ses forces et faiblesses, dans le premier épisode d'une série d'analyses de lecteurs de flux RSS.

Ces dernières années, les réseaux sociaux sont devenus l'une des principales sources d'information des internautes. Face à eux, l'abonnement aux actualités des sites d'info et des blogs (via les flux RSS) s'est peu à peu marginalisé. Ce format offre pourtant nombre d'avantages, en particulier une offre exhaustive et une éditorialisation qui ne dépend (presque) que de soi. Il est donc temps de passer en revue les services et outils auto-hébergeables dédiés à cette formule.

Cinq ans après la fin de Google Reader, les vainqueurs et vaincus se dégagent nettement. Avec 14 millions d'utilisateurs, Feedly est le service qui a le plus bénéficié de l'exode des internautes. D'autres, lancés début 2013 pour en prendre leur part, ont eu un destin moins glorieux, à l'image du lecteur de flux lancé par Digg, fermé fin mars

Feedly est sûrement la solution la plus adaptée aux débutants. L'utilisateur est pris par la main dans la découverte, l'ajout et la catégorisation des flux, dans une interface personnalisable à l'envi, même sur la version gratuite. Au fil des années, il s'est surtout enrichi de fonctions pour professionnels, uniques pour certaines.

Notre dossier sur les lecteurs de flux RSS :

Une présentation simple et modulaire

L'inscription à Feedly est gratuite et des plus limpides, via son compte Facebook, Google, Twitter, Evernote, Windows ou par e-mail. Validée en une étape, elle envoie directement vers l'ajout de nouvelles sources à suivre, manuellement.  Elle suggère de nombreux sites dans différents domaines, surmontés d'une barre de recherche.

C'est l'une des forces de l'outil : une base de sources très complète, affichant le nombre de personnes abonnées, d'articles hebdomadaires et, une fois ajoutée, des suggestions de sites liés. Feedly impose de catégoriser chaque nouveau flux, suggérant des idées selon les tags associés.

La vue principale s'appelle « Today », une sélection d'articles pour chaque catégorie, selon des critères dont seul Feedly a le secret.

Le service s'utilise ensuite comme les autres lecteurs de flux RSS, à savoir une longue liste d'entrées classées par ordre chronologique. Ici, l'aspect social s'exprime par un affichage du nombre de consultations par les membres. Si un article est plus consulté que la normale, ce nombre est marqué en orange. Autre ajout : les sujets de certains contenus sont marqués, comme « North Korea Kim Jong Un » ou « Cambridge Analytica ».

Ces décomptes permettent à Feedly de proposer quelques présentations spécifiques, comme mettre en tête trois articles populaires d'un flux ou d'une catégorie. Les critères de sélection sont flous, tout juste le service indiquant que l'entrée sélectionnée est plusieurs fois plus populaire qu'habituellement. Ce qui l'amène à mettre en avant des entrées qui ne brillent pas par le nombre de leurs consultations.

Feedly vue all
La vue « All » contient l'ensemble des articles, ici avec la section « Most popular » activée

Des options comme s'il en pleuvait

Si l'outil est parfaitement utilisable avec les paramètres par défaut, il propose de (très) nombreux moyens de le personnaliser. Pour chaque flux ou catégorie, quatre modes de vue sont proposés : une liste de titres, une version « Magazine » (avec image d'illustration), une vue par cartes (alignées par rangées) ou un déroulé complet des articles.

Le compte lui-même compte pléthore de réglages, de la couleur de l'interface web (avec des thèmes prédéfinis) aux connexions à des services tiers (Dropbox, Evernote, OneNote et Pocket), en passant par la taille du texte et de chaque entrée. Il est aussi possible d'ouvrir directement les entrées dans un nouvel onglet, au lieu du panneau habituel au-dessus de la liste.

Les boutons affichés à l'écran, par exemple pour le partage vers des sites tiers, sont également sélectionnables. Le tout est (encore) présenté de manière simple, et un tour dans ces options peut vraiment changer l'allure et le comportement du service.

Une offre clés en main, sur le web et mobile

Selon notre expérience, le service est fluide au quotidien. Les flux sont mis à jour très régulièrement, faisant apparaître les nouveaux articles de sites de presse quelques minutes après leur publication. Malheureusement, Feedly ne semble pas être compatible avec WebSub (aujourd'hui une recommandation W3C), qui permet aux sites de pousser les nouvelles entrées directement vers l'agrégateur. De quoi éviter l'appel régulier des flux par ce dernier.

Au-delà de la consultation des flux RSS eux-mêmes, Feedly permet de sauvegarder des entrées à lire plus tard, dans une version simplifiée de Pocket ou wallabag. La fonction est d'ailleurs compatible avec les clients tiers, comme Reeder sur iOS. Le service conserve aussi les entrées récemment lues, pour les retrouver au besoin.

La version web, très réactive, est navigable via une série de raccourcis clavier, permettant de parcourir rapidement de très nombreuses entrées. L'import et l'export de sources sont bien entendu possibles, via un fichier OPML, des plus standards.

Le service dispose d'une application mobile, qui reprend la majorité des fonctions du site (comme l'ajout de sources et la recherche), en ajoutant un thème sombre. Par défaut, le défilement passe par des piles (de cinq éléments par page sur smartphone), à balayer vers le haut de l'écran. Certaines entrées sont mises en avant (placées seules sur une page), une nouvelle fois selon une logique inconnue.

Feedly iOSFeedly iOSFeedly iOS
Feedly sur iOS

Feedly est compatible avec la plupart des clients RSS tiers sur mobile. Trouver une alternative à l'application officielle n'est donc pas vraiment un problème.

En outre, deux extensions pour navigateur sont proposées. L'une pour ajouter le (ou les) flux du site consulté à son compte Feedly, l'autre pour insérer la page consultée dans un « Board », une fonction réservée aux membres payants. 

Des formules payantes onéreuses, mais complètes

Les fonctions présentées jusqu'ici sont pour la grande majorité disponibles pour les utilisateurs lambda, n'ayant pas sorti la carte bancaire. En principe, la version gratuite permet de consulter 100 sources, dans trois catégories. Dans les faits, nous avons importé 180 flux dans 17 catégories, sans le moindre problème. Des entrées sponsorisées sont aussi présentes, même si elles semblent discrètes.

Pour les particuliers, la version payante (pro) est proposée à 7 dollars par mois ou 65 dollars par an. Le tarif est dans la fourchette haute, d'autres services comme NewsBlur ou The Old Reader optant plutôt pour une trentaine d'euros par an.

Pour ce prix, les publicités sont retirées, le nombre de flux consultables est illimité et l'internaute peut chercher un article dans ses flux ; une fonction indisponible en version gratuite. Les articles sont aussi annotables et surlignables. Feedly promet aussi une récupération « jusqu'à dix fois plus rapide » des articles, même si la version gratuite est déjà véloce. Le service ajoute également des alertes par mots-clés, liées à Google Actualités.

Des filtres d'actualités sont aussi au menu, tout comme l'intégration de services tiers (via IFTTT ou Zapier), pour automatiser l'utilisation de Feedly dans un flux d'outils professionnels. La sauvegarde sur Evernote, OneNote et Pocket est aussi réservée aux membres payants, tout comme le partage public de ses flux via des « Shared Collections ».

Enfin, une version du service pour les « équipes » est facturée 18 dollars par mois et par utilisateur. Pour elles, l'outil ajoute plusieurs fonctions de partage d'articles entre collègues (via les « Boards »), avec les éventuels surlignages et notes ajoutés. Cet ajout peut soit passer par le service lui-même, ou par l'extension navigateur dédiée.

Aux équipes, Feedly réserve également une meilleure compatibilité avec Google Actualités, le suivi de comptes Twitter (par ailleurs possible via des sites tiers comme TwiRSS.me), des résumés par e-mail ou encore l'intégration avec Slack. Surtout, le service permet de s'authentifier via la technologie SSO/SAML, donc avec des identifiants fournis par son entreprise.

In fine, Feedly a tout du service pour ceux qui consultent beaucoup de flux RSS et tiennent à disposer d'une interface à la fois simple (voire minimaliste) et personnalisable. Le produit a reçu bien des améliorations au fil des années, en témoignent les nombreuses fonctions pour professionnels. On regrettera tout de même la mesquinerie de réserver la recherche aux offres payantes.

À noter que le service n'est fourni qu'en anglais, seules les pages commerciales présentant une version française. Il reste tout de même simple, et recommandable pour ceux qui voudraient s'initier aux flux RSS, ou fournir une veille collaborative en entreprise, si le prix ne rebute pas la comptabilité.


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