Avec sa nouvelle version, le lecteur RSS libre Miniflux joue la carte du long terme

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Crédits : Leontura/iStock
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le mardi 30 janvier 2018 à 16:30
Guénaël Pépin

L'agrégateur de flux RSS Miniflux arrive dans une version 2.0 entièrement réécrite en Go. Avec son concepteur, Frédéric Guillot, nous revenons sur son développement et les perspectives de cet outil.

Depuis l'explosion des projets d'agrégateurs de flux RSS en 2013, à la mort de Google Reader, le secteur s'est bien calmé. Les services hébergés qui voulaient s'imposer comme remplaçant naturel tels que FeedlyFeedbin ou NewsBlur coexistent depuis, quand des projets auto-hébergés (à l'instar de Tiny Tiny RSS) continuent d'évoluer tranquillement.

En ce mois de janvier, un de ces logiciels a été revu de fond en comble. Miniflux a été réécrit en Go par son développeur, Frédéric Guillot, un Français expatrié au Canada depuis six ans. « Le code source de Miniflux 1 était vraiment vieillissant, trop de dettes techniques. Le langage PHP ne m’attire plus. J’ai donc développé Miniflux 2 avec des technologies plus attractives et plus intéressantes (Golang) » nous précise-t-il par e-mail.

Cela ouvre des perspectives : « aucune dépendance, simplicité d’installation, plus rapide (Go est un langage compilé), plus fiable (typé statiquement), plus facile à maintenir, plus simple à refactoriser. Cela attire également différents types de contributeurs ». Le tout est proposé sous licence Apache 2.0, via un dépôt GitHub.

L'emphase est toujours mise sur la simplicité, que ce soit sur la base de données (avec une compatibilité exclusive à PostgreSQL) ou l'interface, dépouillée et limitant au maximum l'utilisation de javascript. La documentation ne trompe pas. À la question « Pourquoi l'interface est-elle laide ? », le développeur répond qu'elle est optimisée pour une lecture rapide des entrées et qu'il n'est pas lui-même designer.

Car il s'agit toujours d'un projet personnel, ne cherchant pas tant le succès que la stabilité, à une époque où les flux RSS connaissent la concurrence directe des réseaux sociaux sur l'information.

Une maintenance minimale, des fonctions protectrices de la vie privée

Les fonctions sont simples : l'affichage des flux, leur catégorisation, la gestion de marque-pages et l'envoi des articles vers des services tiers (comme Instapaper, Pinboard et wallabag). L'outil permet l'import et l'export des listes de flux (avec leurs catégories) via un fichier OPML. Soit la base de ce que proposent ces agrégateurs.

Go est avant tout un choix personnel pour Frédéric Guillot, qui s'en est occupé sur son temps libre pendant un mois. « Ce qui prend le plus de temps est de tester l’application avec un grand nombre de flux RSS car il y a beaucoup de sites web qui ne respectent pas les standards » décrit le développeur. L'outil est compatible avec les flux Atom, JSON et RSS (1.0 et 2.0).

Une fois cette base prête, la maintenance devrait être simple, à la fois pour lui et ceux qui l'installent. « Étant donné que le nombre de fonctionnalités est volontairement limité, et que le gros du travail est fait, je n’ai pas besoin d’y passer beaucoup de temps. Selon moi, il est plus important d’améliorer les fonctionnalités existantes plutôt que de toujours ajouter de nouvelles » estime-t-il. 

La vision de long terme passe aussi par les fonctions. S'il est possible de s'identifier via un compte Google, Miniflux fournit toute une série d'outils pour protéger la vie privée, comme la suppression des pixels de suivi des pages affichées, la récupération de l'article original si le flux passe par Feedburner, un proxy pour les images (pour s'assurer qu'elles se chargent bien en HTTPS), le blocage des scripts JavaScript tiers et le passage automatique des vidéos YouTube au domaine youtube-nocookie.com (confidentialité avancée).

Miniflux
L'interface web en une colonne, des plus simples

Une interface web, des API et c'est tout

Les flux concernés sont donc consultables via une interface web sur ordinateur ou smartphone. Il n'est pas question de concevoir d'application mobile en propre. « La version web me suffit amplement. Surtout que les progressive web apps vont finir par se démocratiser » pense Frédéric Guillot.

L'éventuel développement d'une application mobile est laissé aux développeurs tiers, via une API REST. En parallèle, Miniflux est compatible avec l'API Fever, par exemple utilisée par le lecteur Reeder sur iOS. « Cependant, l’auteur de Fever a abandonné son application, donc ça va finir par disparaître un jour » estime le concepteur de Miniflux.

Une installation simple, un service hébergé à 15 dollars par an

Contrairement à la première mouture, cette version réécrite ne permet plus l'installation par simple pose de fichiers sur un serveur web, qui permettait son utilisation en quelques clics sur des serveurs mutualisés. 

Installer ce type d'outil sur un tel hébergement « n’est plus vraiment à la mode aujourd’hui », estime notre interlocuteur. Miniflux 2 est conçu pour l'auto-hébergement (type Raspberry Pi), les serveurs dédiés, les machines virtuelles (VPS) et les plateformes de cloud en PaaS.

Pour son concepteur, « Miniflux 2 est plus simple à installer que Miniflux 1 car il y a seulement un binaire sans aucune dépendance. Il n’y a pas besoin de se préoccuper de la multitude de configuration possible et imaginable (version de PHP, Apache, Nginx, du système d'exploitation, de toutes les spécificités de chaque hébergeur, de changer les permissions de certains dossiers). Tester tous ces cas de figures prend un temps phénoménal ».

Miniflux est fourni sous forme de paquet Debian, RPM, d'image Docker et d'exécutable pré-compilé. D'autres versions, comme un package pour les NAS de Synology, devront venir de la communauté, si un utilisateur a le courage de proposer une telle adaptation. 

En parallèle, Frédéric Guillot propose un service hébergé, migré vers Miniflux 2.0, à 15 dollars par an. Il existerait sur demande d'utilisateurs en 2013, même si aucun chiffre ne nous a été communiqué à son sujet. Tout juste apprend-on qu'il serait rentable. Un modèle qui n'est pas sans rappeler celui mis en place par wallabag, un outil de sauvegarde d'articles.

« Ce n’est pas mon activité principale, je ne vais pas devenir millionnaire avec ça. Les gens qui utilisent le service sont des personnes qui adhèrent à la philosophie du logiciel (minimalisme, simplicité, efficacité, respect de la vie privée) » pense-t-il encore. Le paiement et la gestion du compte sont aussi très simples, voire artisanaux.

Quelques projets, mais pas de conquête du monde

Miniflux 2 n'offre pas encore de parité fonctionnelle complète avec la branche précédente. Par la suite, outre quelques améliorations, Guillot envisage quelques nouveaux outils, comme l'envoi d'articles vers Pocket ou Kindle, voire une fonction de recherche. « Pour moi, il est plus important d’améliorer les fonctionnalités existantes que d’en ajouter. »

Il n'est pas question de permettre l'ajout d'extensions ou de thèmes tiers. Pourquoi ? « Pour la simple raison que ça augmente la complexité du logiciel et que la plupart des gens qui ont développé un thème sur la version 1 ne l’ont jamais mis à jour ».

Plus généralement, « je ne cherche pas à créer une communauté particulière. Miniflux possède une philosophie particulière et ne cherche pas satisfaire les besoins de tout le monde. Répondre aux questions des gens, passer en revue et tester les patchs prend énormément de temps. Je ne suis pas intéressé par ce que j’appelle des « touristes » » lance-t-il.

La première branche de Miniflux avait reçu des apports d'une soixantaine de contributeurs. Le nombre d'utilisateurs est, lui, inconnu. Des discussions autour d'une éventuelle collaboration avec wallabag ont eu lieu en début d'année, semble-t-il sans aller plus loin. Avec cette version, Miniflux repart tout de même sur de nouvelles bases, qui devraient lui faire tenir les prochaines années.

Au fond, quel intérêt ont encore les flux RSS à l'heure des réseaux sociaux ? « Les flux RSS ont toujours un intérêt contrairement aux réseaux sociaux. C’est un excellent moyen de se tenir informé sur des sujets précis sans y passer beaucoup de temps » pense Frédéric Guillot. Il ne se reconnaîtrait pas dans le modèle économique des réseaux sociaux, à savoir « traquer la vie privée des gens afin de leurs afficher de la publicité ciblée », alimentée par de l'appeau à clic (clickbait).

« Après bien sûr, ça dépend des intérêts de chacun, mais je n'ai jamais été du genre à passer mes journées sur Facebook. Il suffit de regarder l’impact des smartphones et de Facebook sur la société, c’est conçu pour être addictif. Bref, chacun aura son opinion » conclut-il.


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