Déploiement de la 5G : les plans de Bouygues Telecom, « un service pas très différenciant »

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Crédits : cokada/iStock
Téléphonie
Sébastien Gavois

Le réseau 5G de Bouygues Telecom visera d'abord les zones urbaines et les professionnels, aidés par un « accélérateur » maison : SmartX_5G. Prévu à partir de 2020, il exploitera la bande des 3,5 GHz et n'aura pas vocation à remplacer la fibre optique en cours de déploiement.  

La semaine dernière, Bouygues Telecom revendiquait les premières démonstrations 5G en « conditions réelles », avec quatre cas d'usages mis en avant. Comme nous l'avons détaillé, il s'agit d'un réseau « 5G NSA » (Non Standalone) avec des antennes et un cœur 5G, déployés sur un site disposant déjà de la 4G.

Cette rencontre avec les équipes techniques et responsables de l'opérateur était également l'occasion de revenir en détail sur les orientations prévues pour son futur réseau 5G : fréquences utilisées, vitesse de déploiement, régulation, investissement et virtualisation du cœur de réseau sont au programme.

Lire notre dossier sur les expérimentations 5G en « conditions réelles » de Bouygues Telecom :

La bande des 3,5 GHz au cœur de la 5G

Ces premières expérimentations dans « des conditions réelles » ont été réalisées sur la bande des 3,5 GHz, fréquence qui sera au centre des déploiements initiaux de la 5G. Elle dispose en effet d'un spectre suffisant large pour permettre une hausse importante des débits, contrairement aux 700, 800, 1 800 et même 2 600 MHz, où peu de bandes sont disponibles. En y remplaçant la 4G, la 5G diminuera la latence et augmentera les débits, mais pas de manière aussi importante qusur les 3,5 GHz.

Bouygues Telecom nous affirme d'ailleurs qu'il ne réutilisera pas massivement ses sites 4G pour les passer en 5G, comme il l'avait fait lors du passage de la 3G à la 4G. En réutilisant les 1 800 MHz, il proposait pour rappel dès octobre 2013 un taux de couverture de 63 % de la population.

L'opérateur justifie son choix en rappelant qu'il n'y a « pas de rupture » pour le consommateur entre la 4G et la 5G, contrairement au moment du passage de la 3G vers la 4G. Autre époque, autre enjeu. Chez Bouygues Telecom, la 5G arrivera donc au fil du temps, avec l'ajout d'antennes sur la bande des 3,5 GHz, en zones denses pour commencer.

Interrogé sur la portée des fréquences (elle décroit lorsque la fréquence augmente) à 3,5 GHz, l'opérateur nous affirme qu'elle sera équivalente à celle de la 4G sur les 1 800 MHz. Un résultat possible grâce à diverses optimisations comme le beamforming (ou focalisation) et le MIMO (Multiple-Input Multiple-Output) massif.

Bouygues 5G BordeauxBouygues 5G Bordeaux

Un intérêt « assez limité » pour le grand public

Selon Bouygues Telecom, la 4G était une technologie de « rupture », avec une hausse importante des débits et des usages. Son lancement était souvent l'occasion pour les opérateurs de dénigrer allégrement leurs propres réseaux 3G+ (généralement capables de grimper jusqu'à 42 Mb/s) pour mettre en avant la vitesse de la 4G.

Avec la 5G, la situation devrait être différente : « Autant la 4G était une technologie qui avait vocation à être nationale très vite, autant la 5G c'est pas le cas ». Attendons tout de même de voir les équipes marketing se pencher sur la question avant d'en avoir la certitude.

Une course à l'échalote sur les usages « révolutionnaires » de la 5G pour Mme Michu n'est pas à exclure. Rappelons que la 4G+ permet déjà d'obtenir plusieurs centaines de Mb/s en téléchargement, avec 1 Gb/s attendu d'ici 2019, notamment chez SFR.

Dans la vision de Bouygues Telecom, la 5G sera d'abord déployée dans les zones urbaines où la consommation de data explose et le réseau arrive à saturation, mais aussi pour les entreprises ayant des besoins spécifiques. « La valeur ajoutée client de la 5G pour le grand public va être initialement assez limitée [...] C'est plus un rajout de capacité » affirme un responsable technique. Là encore, attendons la vision de l'équipe marketing.

« Le service en lui-même n'est pas très différenciant »

L'opérateur souhaite d'ailleurs que la procédure d'affectation des licences ne soit pas trop contraignante, notamment l'engagement sur des taux de couverture en population et superficie : « Le service en lui-même n'est pas très différenciant, ne nous mettez pas en face des obligations de couverture très importantes » lâche un responsable à destination des autorités. De son côté, l'Arcep ne s'est pas encore prononcée sur les conditions d'attribution des fréquences 5G.

Olivier Roussat, directeur général de Bouygues et PDG de Bouygues Telecom, attend une attribution des fréquences pour fin 2019 ou début 2020... exactement le même calendrier que celui donné par Sébastien Soriano lors de notre interview au début de l'année, et qui semble satisfaire les dirigeants.

40 % des Français équipés d'un mobile 5G d'ici 2025

Dans tous les cas, « on ne sera a priori pas sur une couverture très étendue initialement » concède Oliver Roussat. Après les deux antennes à Bordeaux, le groupe prévoit de passer à « quelques dizaines de sites dans les mois qui viennent » grâce à son autorisation délivrée par le régulateur. Dans tous les cas, « le déploiement ira nécessairement moins vite que la 4G, pour une raison assez simple : le bénéfice pour le client n'est pas aussi évident que la 4G » ajoute le PDG. 

Les premiers terminaux 5G devraient arriver durant la seconde moitié de l'année prochaine si l'on en croit les fabricants de puces comme Qualcomm et MediaTek, mais la « 5G ne sera une réalité pour les Français probablement qu'aux alentours 2020 » selon Bouygues Telecom, qui s'aligne sur le même calendrier qu'Orange et de SFR.

Bouygues Telecom estime que « 40 % des Français seront équipés d'un mobile 5G d'ici à 2025 ».

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... les bandes millimétriques ne sont « pas la priorité »

Les bandes millimétriques (sur les 26/28 GHz, plus généralement et par abus de langage au-dessus des 6 GHz) étaient en revanche absentes de la présentation. Interrogé sur le sujet, l'un des responsables nous affirme que « ça existera certainement un jour, mais ce n'est pas la priorité ».

Il ajoute que « le service rendu sera très très très haut débit, mais aussi très très très limité ». Sur ces bandes de fréquences, la connexion ne fonctionne qu'en mode « à vue » : il faut une liaison visuelle directe et dégagée entre l'émetteur et le récepteur. 

Intel proposait d'ailleurs une démonstration d'un portable équipé d'un modem 5G sur une bande millimétrique (26 GHz) au MWC de Barcelone en début d'année. La machine était posée derrière une vitre sur son stand, pas pour éviter qu'il ne soit volé ou abimé, mais pour une autre raison : « si on passe sa main au-dessus de l'ordinateur on coupe la connexion » nous expliquait alors un représentant de la société.

Des investissements constants, pas encore de délai pour une couverture nationale 

L'arrivée de la 5G ne changera pas grand-chose aux finances de l'opérateur, toujours selon son PDG : « Les investissements sont de l'ordre du milliard d'euros et, clairement, la 5G ne va pas nous créer une bosse d'investissement, mais elle ne va pas non plus nous créer une baisse ». Les premiers investissements dans la 5G ont débuté il y a déjà deux ans « avec du fibrage en avance de phase » précise Olivier Roussat.

Alors que la question d'un éventuel délai pour une couverture de l'ensemble du territoire et/ou de la population (à quelques pour cent près évidemment) est posée, Oliver Roussat rétorque simplement, et sans surprise, que « c'est un peu tôt pour le dire ».

Un « accélérateur » SmartX_5G pour fédérer les initiatives

En janvier de cette année, le régulateur de télécoms a ouvert un guichet pour des expérimentations sur la 5G. L'appel à candidatures ne concerne pas que les opérateurs, mais « toute la chaîne de valeur ». Le but étant d'aller au-delà des expérimentations techniques et de se pencher sur des cas d'usages concrets. « L'idée est d'avoir des enseignements, pas seulement sur la technologie, mais sur les modèles économiques, sur qui est prêt à payer pour la 5G, et pour faire quoi. C'est la question fondamentale » nous disait Sébastien Soriano en mars

Bouygues (Télécom) veut lui aussi « faire émerger rapidement de nouveaux usages facilités par la 5G » et lance son accélérateur SmartX_5G. Il est mis en place par le groupe Bouygues, en lien étroit avec sa filiale des télécoms évidemment, et ne veut donc pas se limiter à la téléphonie mobile.

SmartX_5G vise large avec des usages tels que la mobilité, la ville, les bâtiments connectés et le « smart entertainment »... autant de verticales dans lesquels le groupe est bien présent avec ses différentes filiales (TF1 était citée à de nombreuses reprises).

L'accélérateur se veut également ouvert sur l'extérieur, aussi bien vers les entreprises que les chercheurs et les universitaires. Bref, il s'agit selon les responsables de monter un lieu d'échange et d'information sur la 5G, comme le propose déjà Orange avec son Lab.

Bouygues 5G Bordeaux

La France (et l'Europe) en retard sur les États-Unis ? Pas si vite...

Comme nous avons déjà eu l'occasion de l'expliquer dans notre dossier sur le déploiement de la 5G à travers le monde, les États-Unis multiplient les promesses sur la 5G et annoncent des réseaux dès cette année. Au-delà de la notion même de 5G (la 3G+ était parfois appelée 4G outre-Atlantique), les enjeux sont bien différents pour plusieurs dirigeants de Bouygues Telecom.

Les grands opérateurs mobiles y voient une occasion de venir prendre à moindre coût des parts de marché aux câblo-opérateurs, sans avoir à déployer un réseau fixe. Il faut bien reconnaitre que les principales annonces autour de la 5G outre-Atlantique concernent en effet de tels usages.

De son côté, l'Asie, et plus particulièrement la Corée avec les Jeux olympiques de Pyongyang, est « dans une logique de démonstrateur [...] Ça ne sera jamais commercialisé comme ça » affirme l'opérateur. Asie et États-Unis ont dans l'idée de faire de la 5G un « service FWA (Fixed Wireless Access), autrement dit une substitution à la fibre ».

« Nous n'allons pas substituer de la fibre optique par de la 5G »

Or, en Europe et principalement en France, la fibre est dans les tuyaux et se développe rapidement avant l'arrivée de la 5G, les enjeux ne sont donc pas du tout les mêmes : « Substituer un objet qui n'existe pas pour eux a du sens, mais nous n'allons pas substituer de la fibre optique par de la 5G ». La 5G fixe « n'existera qu'à la marge en Europe et surtout en France » selon Bouygues Telecom.

Quoi qu'il en soit, « la France est dans le peloton de tête de ceux qui exploitent la 5G en Europe : nous ne sommes pas du tout en retard » affirme Bouygues Telecom. L'opérateur préfère donc voir le verre à moitié plein.

La virtualisation en marche aussi chez Bouygues Telecom

Détail intéressant, Bouygues Telecom est lui aussi en train de virtualiser son cœur de réseau afin de « développer de manière souple et agile de nouvelles applications » explique brièvement le PDG de Bouygues Telecom. Pour rappel, Orange s'est également lancé dans cette aventure il y a déjà plusieurs mois.

L'une des premières applications de la virtualisation chez Bouygues Telecom est un pare-feu proposé à ses clients professionnels. Il fallait auparavant ajouter un boîtier physique sur son installation, alors qu'il suffit désormais d'activer cette option de manière logicielle. 

Nous en profitons pour dévier sur une éventuelle virtualisation de la Bbox, comme est en train d'essayer de le faire Orange (lire notre analyse). C'est un sujet à l'étude par ses équipes, mais sans annonce concrète pour le moment. Comme chez le père des Livebox, le magnétoscope numérique pourrait être le premier à profiter d'une virtualisation de la Bbox.

Il s'agit dans tous les cas de premiers déploiements et essais pour le moment, sans aucune certitude quant à une commercialisation prochaine de ce genre de solution.


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