Le déploiement de la 5G en France, en Europe et dans le monde

Attention, il y a 5G et... 5G 10
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Crédits : Vepar5/iStock
Téléphonie DOSSIER MWC

La France et l'Europe sont-elles en retard sur la 5G, comme l'affirment certains ? Ce n'est visiblement pas le cas sur les expérimentations de la part des opérateurs, mais la situation est plus compliquée sur l'attribution des nouvelles fréquences. Il convient donc d'être prudent sur les annonces des uns et des autres.

Il est parfois important de se poser et de faire le point. C'est le cas sur le 5G avec des annonces tous azimuts de la part des constructeurs de smartphones, des fabricants de modems, des régulateurs, des politiques, etc.

Certains promettent monts et merveilles avec des débits décuplés, une latence de quelques millisecondes, des avancées pour les voitures autonomes, des opérations chirurgicales à distance, tandis que d'autres brandissent le spectre des risques sur la neutralité du Net et de renforcement de la fracture numérique.

La norme en attente d'une ratification, de la « fausse » 5G en attendant

Toute cette agitation, alors que la 5G n'est même pas encore ratifiée... et ne devrait pas l'être avant l'année prochaine. Fin 2017, la 3GPP validait la « 5G NSA », c'est-à-dire la « 5G Non Standalone », une manière élégante de parler de 5G... sur un cœur de réseau 4G. Elle aurait presque pu s'appeler « 4G++ », mais « 5G NSA » semblait davantage dans l'air du temps.

Passons donc rapidement sur cette « fausse » 5G pour plonger dans la vraie, qui nécessitera la mise en place d'un nouveau réseau. Aux États-Unis et en Asie, les annonces se multiplient, alors que l'Europe serait en retard. C'est du moins la position affichée par Stéphane Richard lors du MWC de Barcelone fin février. Est-ce vraiment le cas ?

Les lourdeurs du trilogue européen pointées du doigt

« Les processus de décision de l'Union européenne sont trop longs, il faut passer par le Parlement, la Commission européenne, les États membres... C'est pour cela que l'Europe est en retard » déclarait le PDG d'Orange

Dernier exemple en date : les trois institutions viennent seulement d'arriver à un « accord politique » sur une durée de 20 ans pour les licences 5G... et il faut encore qu'il soit définitivement entériné. La Commission espère y arriver avant le 30 juin 2018, date de la fin de la présidence bulgare.

Aujourd'hui, qu'en est-il sur le terrain ? Nous revenons sur le déploiement de la 5G, en commençant par décortiquer les annonces de ces derniers mois. Viendront ensuite le tour de l'attribution des licences pour les fréquences et les dates importantes à venir, avant de terminer par un entretien avec Sébastien Soriano, président du gendarme des télécoms.

Consulter notre dossier sur le déploiement de la 5G :

De la 5G aux États-Unis ? Dans les annonces oui, dans les faits...

Les opérateurs américains sont parmi les premiers à avoir annoncé la construction de réseaux 5G (et pas seulement des expérimentations), dès le début de l'année 2017. Le géant AT&T expliquait alors que « les premiers marchés 5G Evolution à Austin et Indianapolis offriront dès cette année des débits de pointe théoriques de 400 Mb/s ou plus ».

La notion importante est « Evolution » : il ne s'agit en fait que d'améliorer la 4G existante. En France, les opérateurs l'ont déjà fait et sont capables depuis longtemps d'atteindre des débits de plusieurs centaines de Mb/s sur leurs réseaux commerciaux 4G, sans pour autant appeler cela de la 5G.

Ce n'est pas la première opération de communication du genre pour AT&T, comme le rappelait l'Arcep dans son rapport stratégique sur la 5G (lire notre analyse) : « aux États-Unis, AT&T avait labélisé 4G son réseau HSPA (en France c’est un réseau 3G+) ». Le régulateur ajoutait alors qu'il « est donc fort probable que les premiers réseaux 5G largement déployés soient des réseaux 4.9G, ayant recours à l’agrégation de porteuses, au massive MIMO ou au NFV (Network Function Virtualization) »... Là encore, il s'agit de technologies que l'on retrouve déjà chez des opérateurs français, sur la 4G

AT&T, T-Mobile et Verizon prévoient de sauter le pas cette année

Quelques semaines plus tard, T-Mobile répondait à son concurrent en affirmant être « la première entreprise de télécommunications sans fil aux États-Unis à annoncer des plans pour de la vraie 5G ». Le calendrier était bien moins ambitieux, mais largement plus réaliste : début du déploiement en 2019 et une couverture « nationale » en 2020.

Fin novembre 2017, les plans de Verizon étaient de proposer de la 5G sur « trois à cinq marchés américains en 2018 », avec Sacramento durant le second semestre de l'année pour commencer. Mais attention, il s'agissait alors de services résidentiels, comprendre de la 5G fixe, pas de réseaux pour les terminaux mobiles.

T-Mobile, troisième opérateur du pays, est finalement revenu à la charge fin février 2018 afin de combler son retard sur les annonces de ses concurrents. Il déclare son intention de déployer de la 5G dans 30 villes dès cette année, dont New York, Los Angeles, Dallas et Las Vegas. L'opérateur tacle une nouvelle fois ses concurrents : « Contrairement au duopole [NDLR : AT&T et Verizon sont visés, même s'ils ne sont pas cités directement], T-Mobile se concentre sur une véritable expérience 5G. Celle qui fonctionne sur les smartphones réels », en opposition à la 5G fixe de Verizon.

Bref, aux États-Unis les annonces se multiplient comme des petits pains, sans concrétisation jusqu'ici. Si l'on en croit ces promesses, la 5G pourrait arriver dès cette année, mais attendons de voir sous quelle forme. Il sera alors temps de vérifier qu'il s'agit bien de « vraie » 5G. 

Une réalité en Corée du Sud, le Japon se prépare

Ce n'était pas une surprise, tant s'en faut : les Jeux olympiques d'hiver de 2018 de Pyeongchang étaient l'occasion pour le pays de tester la 5G grandeur nature. En partenariat avec le CEA-Leti, le pays effectuait la « toute première preuve de concept de réseau 5G au monde, entièrement intégré et opérationnel ». Des fréquences millimétriques sur les 28 GHz étaient alors utilisées (nous y reviendrons).

5G Jo Corée

La Corée du Sud prend ainsi la tête de la 5G, ce que nous confirme Sébastien Soriano lors de notre interview, estimant que ce « territoire est nettement en avance sur la 5G ». Et cela ne date pas d'hier : l'opérateur coréen KT Telecom avait dévoilé son plan pour déployer de la 5G dès la mi-2015, avec des démonstrations à partir de février 2016 au MWC de Barcelone. Après cette expérimentation réussie, le déploiement de la 5G commerciale est prévu pour 2019.

SK Telecom, également coréen, multiplie aussi les essais, mais reste relativement discret sur la mise en place de son réseau commercial. Il évoque simplement son intention de se lancer dès l'année prochaine, sans plus de précisions.

Au Japon, les Jeux olympiques d'été de 2020 seront l'occasion pour le pays de montrer son savoir-faire en matière de 5G. Le premier opérateur du pays, NTT DoCoMo prévoit justement de lancer son réseau commercial à cette date. Les JO devraient ainsi être une bonne caisse de résonnance pour la communication de l'opérateur.

Et en Europe ?

Nos voisins italiens, comme les Américains, surfent allègrement sur la vague « 5G », quitte à jouer avec les mots et essayer de faire passer des vessies pour des lanternes. Ainsi, en avril 2017, l'opérateur local TIM fanfaronnait : « la République de Saint-Marin est le premier État 5G en Europe ».

En plongeant dans les détails, on note rapidement qu'il ne s'agit que de « 4,5G » pour commencer (en 2017), puis des tests 5G cette année avec du Massive MIMO et de nouvelles fréquences. Depuis, de nouvelles expérimentations ont été proclamées, mais toujours aucun plan pour déployer un véritable réseau commercial 5G. 

Même son de cloche chez l'allemand Deutsche Telekom : des expérimentations et une prévision aux alentours de 2020 pour un réseau commercial 5G, rien de plus.

La situation de la France

En 5G, comme en voitures autonomes, la France aime les expérimentations. Celles-ci ont commencé tôt puisque, dès septembre 2015, Orange avait obtenu une autorisation de l'Arcep. Les blocs de fréquences étaient alors : de 3,6 à 3,8 GHz, de 10,5 à 10,625 GHz et enfin de 17,3 à 17,425 GHz. Si le premier est toujours d'actualité, ce n'est pas le cas des deux autres. 

Free Mobile avait lui aussi obtenu une autorisation de l'Arcep pour des tests 5G sur les 3,6 à 3,7 GHz en octobre 2017. Plus récemment, deux nouvelles décisions du gendarme des télécoms permettent à Bouygues Telecom et Orange de se lancer dans l'aventure, avec de nouvelles expérimentations dans la bande des 3,6 à 3,8 GHz. Depuis maintenant près de deux ans, Orange nous ressert inlassablement la même date : il faudra attendre 2020 pour le lancement du réseau commercial en 5G. 

Au fil des mois, de nombreux tests ont été réalisés, principalement en laboratoire ou lors d'événements de grande ampleur. Orange profitait par exemple du MWC 2018 de Barcelone pour une démonstration sur la bande des 3,7 GHz. Elle permettait de profiter de la vue depuis le téléphérique via un casque de réalité virtuelle « en 4K à 360° ». Une autorisation avait été délivrée spécialement pour le salon.

Bref, des expérimentations encore et toujours, mais aucun changement sur les plans concernant la mise en place d'un réseau 5G. Un constat partagé par Sébastien Soriano qui nous explique n'avoir pour le moment que des demandes du type « poser deux mâts et tester le signal », rien de plus profond avec un déploiement grandeur nature par exemple.

Tour d'horizon de la 5G à travers le monde

Les expérimentations sont nombreuses, bien plus que les annonces concernant un plan (même à plusieurs années) pour mettre sur pied un véritable réseau commercial. 

Le mois dernier, la GSMA a dressé la liste des pays ayant annoncé leur intention de déployer de la 5G (sans indication sur l'échéance) : l'Amérique du Nord, la France, l'Italie, l'Allemagne, les pays scandinaves, la Turquie, la Chine, la Corée du Sud, la Malaisie, le Japon...

5G GSMA février 2018

Sur les 26/28 GHz plus particulièrement, les États-Unis prévoient de déployer des réseaux commerciaux dès 2018 (de manière limitée et principalement pour de la 5G fixe), tandis que la Corée du Sud devrait se lancer cette année ou au début de l'année prochaine. Pour l'Europe et le Japon, il faudra attendre 2020.

Alors oui, si l'on se base sur le calendrier des uns et des autres, la France est en retard pour le moment, notamment par rapport à la Corée du Sud. La situation est plus compliquée aux États-Unis, car il faudra attendre de voir quel type de 5G sera mise en place, et pour quels usages.

Quelles que soient les promesses, il faut disposer des fréquences nécessaires à un déploiement dans de bonnes conditions. Sur ce point, certains opérateurs ont plus d'avance que d'autres. Concernant l'attribution des licences, la France ne sera pas franchement en avance...


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