5G : des promesses à gogo, des ersatzs de réseau en attendant 2020

Quand la 5G cache de la 4G 5
Accès libre
image dediée
Crédits : AntonioGuillem/iStock
Téléphonie
Par
le lundi 31 juillet 2017 à 15:37
Sébastien Gavois

Avec la 5G, trois axes de développement sont mis en avant : les débits, la latence et l'Internet des objets. Cette technologie n'arrivera pas en France avant 2020 d'après les opérateurs, mais cela n'empêche pas les uns et les autres de se livrer une guerre de communication sur le sujet, quitte à parfois jouer sur les mots.

En parallèle d'une guerre de communication sur les débits de la 4G+ (voir notre analyse), la 5G fait largement parler d'elle ces derniers mois, notamment en France avec des expérimentations chez Bouygues Telecom, Orange et SFR. Cette technologie n'arrivera pour autant pas de suite pour le grand public : elle n'est pas attendue avant 2020 sur les réseaux commerciaux des opérateurs. Son rayon d'action est d'ailleurs bien plus large et d'autres acteurs veulent croquer une part du gâteau : l'ESA avec son initiative « Satellite for 5G » et certains fabricants de Li-Fi (Internet par la lumière).

Encore deux ans et demi à attendre donc, impensable pour certains opérateurs et fabricants qui multiplient les annonces durant l'été. C'est notamment le cas de TIM (anciennement Telecom Italia Mobile) qui déclare que « Saint-Marin est le premier état d'Europe en 5G ». Pour rappel, cette république se trouve en Italie, et sa superficie n'est que d'un peu plus de 60 km². À titre de comparaison, Paris intra-muros s'étend sur un peu plus de 100 km².

TIM affirme que la phase opérationnelle a débuté mi-juillet avec la signature d'un mémorandum entre l'opérateur et le gouvernement de Saint-Marin. Comme toujours, le diable se cache dans les détails.

Notre dossier sur la 5G :

À Saint-Marin, de la « 4,5G » pour commencer...

En effet, il n'est pour le moment question que de « mettre à jour » les sites mobiles avec la « 4,5G ». De nouvelles fonctionnalités sont ainsi ajoutées au réseau 4G avec, par exemple, le MIMO 4x4, l'agrégation de liens, une modulation plus importante (également utilisé par les opérateurs français), l'utilisation de petites antennes (comme l'expérimente l'ANFR en ce moment), etc.

Il faudra ensuite attendre l'année prochaine pour « les premiers essais de la technologie 5G ». Il sera alors question de l'utilisation de bandes de fréquences supplémentaires dédiées à la 5G (avec un spectre plus large), du Massive MIMO et du Beamforming. Bref, la mise en place d'un vrai réseau 5G n'est pas pour aujourd'hui ou pour demain, même sur un territoire aussi petit que Saint-Marin. Pas de quoi décourager les équipes marketing de TIM ceci dit.

TIM sur les traces de la « 5G Evolution » lancée par AT&T début 2017

Ce n'est pas la première fois qu'un opérateur joue ainsi avec la communication sur la 5G. On se souviendra par exemple d'AT&T avec sa « 5G Evolution » annoncée pour 2017, alors qu'il ne s'agit que d'améliorer le réseau 4G avec quelques briques de 5G. L'opérateur américain avait d'ailleurs rapidement été taclé par son concurrent T-Mobile qui annonçait le déploiement de la « vraie 5G » à partir de 2019, avec une couverture nationale en 2020. Un calendrier conforme à celui d'autres acteurs ailleurs dans le monde, y compris en France.

L'histoire se contente de se répéter : « aux États-Unis, AT&T avait labélisé 4G son réseau HSPA (en France c’est un réseau 3G+) », expliquait récemment l'Arcep. Le régulateur précisait que cette course pouvait conduire à « donner une appellation “commerciale” à une génération de téléphonie mobile ». Une histoire qu'est en train de vivre la 5G.

Le gendarme des télécoms surenchérissait : « Il est donc fort probable que les premiers réseaux 5G largement déployés soient des réseaux 4.9G, ayant recours à l’agrégation de porteuses, au massive MIMO ou au NFV (Network Function Virtualization) ». C'est exactement la situation de l'opérateur TIM et Saint-Marin.

Qualcomm mise sur 2019... sans donner aucun détail

D'autres annonces ont également été menées ces derniers jours, notamment chez Qualcomm. Steve Mollenkopf, directeur général de la société, profitait de la conférence Fortune Brainstorm à Aspen pour affirmer : « Vous verrez 5G en 2019, c'est sûr » ; en avance d'un an donc sur les prévisions qui tablent plutôt sur 2020. Problème : avec aussi peu de détails, il est impossible d'en tirer la moindre conclusion.

Pour rappel, Qualcomm a déjà dévoilé son premier modem 5G en octobre dernier : le Snapdragon X50. Le constructeur précisait à l'époque qu'il pensait commencer l'échantillonnage au deuxième semestre de 2017, alors qu'il faudrait attendre 2018 pour voir arriver les premiers produits intégrant un Snapdragon X50... Finalement, on se demande si 2019 est en avance ou en retard sur le calendrier.

Son concurrent Intel n'est pas en reste avec une plateforme de test de troisième génération révélée durant le MWC de Barcelone en février. Bref, tout le monde est dans les starting-blocks concernant la 5G, dont les normes n'ont toujours pas été définies.

Apple et le CEA mènent des expérimentations

Dans le même temps, les annonces se multiplient au niveau des expérimentations. Apple a ainsi obtenu une autorisation de la FCC pour mener des tests aux États-Unis, comme le rapportent nos confrères de FierceWireless. La société de Cupertino s'intéressera particulièrement aux ondes millimétriques sur les bandes des 28 et 39 GHz.

Plus proche de nous, le Laboratoire d'électronique et de technologie de l'information (Leti) du CEA explique que le Minatec (campus d'innovation en micro et nanotechnologies) dispose depuis janvier d'une autorisation de l'Arcep afin de mener des expérimentations 5G sur la bande des 3,5 GHz. « Nous avons testé une forme d’onde multi-porteuse (post-OFDM), afin de vérifier qu’elle est compatible avec les trois classes de services visés par la 5G : le trafic à haut débit, les transmissions optimisées pour l’Internet des objets et les communications très fiables de faible latence » explique un des chercheurs. 

Afin de mener à bien ses expérimentations, un point haut (antenne) est installé sur le campus et trois terminaux émulent des smartphones. Les études s'intéressent également à de nouvelles technologies, dont une permettant des « accès multiples, pour faire coexister l’émission et la réception d’informations entre plusieurs utilisateurs ».

Dans le but d'augmenter la bande passante, les scientifiques travaillent également sur une solution permettant du « full duplex », c'est-à-dire émettre et recevoir des données en même temps, et sur la même bande de fréquence.

L'autorisation du régulateur est donnée pour le premier semestre 2017 qui s'est terminé il y a quelques semaines, nous attendons maintenant de voir si un bilan sera publié par les scientifiques.

Prochaine étape fin 2017

Pour le moment, l'ITU (Union internationale des télécommunications) a simplement publié un brouillon de son document IMT-2020 (International Mobile Telecommunication) qui définira les normes utilisées par la 5G. Il doit maintenant être entériné, ce qui pourrait arriver en novembre de cette année, lors de la prochaine réunion de travail. D'après plusieurs acteurs du secteur, il faudra attendre mi-2018 pour avoir une première version complète de la norme.

Lors d'une rencontre avec les équipes d'Orange, celles-ci nous expliquaient que les fabricants attendaient que la norme soit finalisée avant de passer à la production de masse. En effet, même si les grandes lignes sont déjà connues, quelques détails peuvent bouger et la prudence impose d'attendre qu'ils soient fixés avant de se lancer dans des travaux coûteux et de grande envergure (la miniaturisation par exemple).

Même si l'on parle souvent de 5G pour les JO d'hiver 2018 en Corée du Sud (Pyeongchang) et ceux d'été en 2020 au Japon (Tokyo), la situation pourrait être plus compliquée. Pour le régulateur français des télécoms, « ces déploiements ne pourront utiliser qu’une petite partie des technologies 5G, et auront plutôt recours à des technologies 4.9G ou pré-5G ». 

Bref, il est important une fois encore d'être prudents avec les promesses sur la 5G. Il y a fort à parier que, comme pour la 4G, la mise en place se fasse progressivement avec une montée en puissance au fil des années. En France par exemple, de 150 Mb/s théoriques maximum pour le lancement de la 4G, on s'approche doucement du Gb/s à l'heure actuelle.


chargement
Chargement des commentaires...