L'e-santé dans tous ses états au CES 2018 de Las Vegas

Du body anti-ondes au kiné en VR 18
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Crédits : ipopba/iStock
Nouvelle Techno CES
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le vendredi 26 janvier 2018 à 15:30
Sébastien Gavois

Entre les jeux vidéo, la réalité virtuelle, les applications pour smartphones et les objets connectés, l'e-santé prend de l'importance au fil des années. Il faut dire que presque tout le monde est – ou sera – concerné, directement ou bien en tant qu'aidant. Voici un tour d'horizon des nombreuses annonces faites à Las Vegas.

Maintenant que le CES de Las Vegas a fermé ses portes, l'heure des bilans a sonné. Après la recharge sans fil, l'une des grandes tendances de cette édition 2018 du salon était sans aucun doute l'e-santé.

Déjà présente l'année dernière, elle s'est largement renforcée et touche toutes les catégories de personnes, avec une mention spéciale pour le troisième âge. Le but étant de retarder au maximum l'entrée dans un Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), souvent déjà très chargé.

Quand le besoin d'un service donne des idées à certains

Plusieurs domaines sont représentés : du maintien à domicile, au suivi des traitements pour les diabétiques en passant par le sommeil, le « bien-être » et des vêtements censés protéger contre les ondes. 

Certains tentent de jouer sur plusieurs tableaux, notamment La Poste avec son carnet de santé numérique, la société espérant fédérer un maximum d'acteurs autour d'elle. Elle avait d'ailleurs invité plusieurs médecins à Las Vegas, vantant évidemment les mérites de la solution maison.

Du côté des start-ups, bon nombre d'entrepreneurs ont décidé de se lancer après avoir été confrontés à une maladie (au sens large) dans leur entourage proche, c'est du moins ce qu'ils nous racontaient quasiment tous à Las Vegas. En l'absence de solution efficace pour leur cas, ils ont développé la leur, l'ont peaufinée et tentent désormais de la commercialiser.

Les travaux sont généralement validés ou réalisés en collaboration avec des médecins, le but étant comme avec La Poste de tenter d'apporter une « caution médicale » à défaut de véritables essais cliniques, même si certains le font tout de même. Il faut néanmoins être prudent face aux promesses des uns et des autres (nous y reviendrons).

Quand les jeux vidéo et la VR ont rendez-vous avec l'e-santé

L'e-santé ne passe pas uniquement par des détecteurs de mouvements, des caméras et d'autres objets connectés. Au CES, nous avons remarqué plusieurs start-ups ayant « détourné » des technologies existantes. La réalité virtuelle, le système de suivi des yeux de Tobii et les jeux vidéo en sont trois exemples. 

C'est notamment le cas d'Immersive Therapy. Elle utilise la réalité virtuelle et les jeux vidéo pour essayer de lutter contre les acouphènes, un problème touchant près de 7 millions de personnes en France. Selon le Larousse, il s'agit d'une « perception généralement erronée d'une sensation sonore (bourdonnement, sifflement, grésillement) », dont les conséquences peuvent être très désagréables au quotidien pour les personnes concernées. 

La jeune start-up (fondée en 2017) présentait son application Diapason. En version bêta pour le moment, elle ne propose qu'un diagnostic après quelques questions et des exercices d'écoute réalisés sur son smartphone. L'application évoluera au cours des prochains mois afin de proposer une « thérapie » (disponibilité prévue pour le printemps).

Celle-ci pourra être efficace pour certains, mais pas tout le monde reconnait l'un de ses co-fondateurs. Il faudra alors compter une cinquantaine d'euros par mois pour en profiter pleinement.

Afin de joindre l'utile à l'agréable, la société mise sur des petits jeux ludiques pour tenter de soigner les patients, ou du moins limiter leurs acouphènes. À Las Vegas, le créateur de l'application explique que « ce n'est pas une solution miracle », mais plutôt une amélioration des solutions existantes et ayant déjà faire leurs preuves.

Il ne souhaite ainsi absolument pas remplacer le médecin et la consultation, mais se voit plutôt comme un outil complémentaire pour les personnes concernées.

Immersive Therapy Diapason

... de la réalité virtuelle pour aider les kinés

Toujours dans l'idée d'utiliser le monde du jeu vidéo pour améliorer le bien-être de la personne, KineQuantum exposait son application de réalité virtuelle pour aider les kinésithérapeutes. Le principe est simple : le patient chausse le casque de VR et réalise ensuite des petits jeux en bougeant la tête et les bras.

Une cinquantaine d'exercices sont proposés pour les cervicales, les lombaires, les membres supérieurs, les vestibulaires, etc. Le professionnel de la santé récupère ensuite un bilan des mouvements effectués par le patient, sous la forme d'un PDF. Il peut ainsi suivre son évolution dans le temps et aussi lui montrer directement les progrès réalisés. 

Cette solution n'est pas nouvelle, elle a été lancée il y a déjà plusieurs mois déjà. Au CES de Las Vegas, la société était surtout venue chercher d'éventuels partenaires pour se développer, aussi bien d'autres start-ups dans le domaine de la VR pour échanger des idées, que des grands groupes comme les fabricants de casques.

Actuellement, il faudrait compter entre 6 000 et 10 000 euros pour cette offre, destinée aux professionnels. Une vingtaine auraient d'ailleurs déjà sauté le pas. Une étude clinique est en cours.

RightEye s'associe à Tobii pour suivre vos yeux et détecter d'éventuels symptômes

Dans un registre un peu différent, RightEye s'associe avec Tobii, une société spécialisée dans le « eye-tracking ». Elle est notamment présente dans des produits (principalement pensés pour les joueurs) Acer, Alienware et MSI. RightEye intègre cette technologie dans son nouveau système EyeQ.

En suivant les mouvements des yeux durant des exercices spécifiques, la société espère aider à détecter des maladies comme Parkinson, des troubles autistiques et des commotions cérébrales, mais aussi identifier des difficultés physiques à lire. Les données obtenues pourraient également être utiles à des sportifs ou des militaires précise la société.

Plusieurs séries de tests sont proposées, et ils ne prennent que quelques minutes chacun. Des jeux sont également de la partie afin d'aider dans le cadre d'une rééducation. Comme Immersive Therapy et KineQuantum, le côté ludique est exploité afin de mieux capter l'attention du patient, tout en le poussant à bien faire ses exercices plus régulièrement ; ce qui devrait donner de meilleurs résultats au final.

Les expéditions de EyeQ devraient commencer dès le 1er février. Les prix n'ont pas été annoncés, mais il semblerait qu'il soit question de 2 500 à 5 000 dollars par an pour les logiciels et de 5 000 à 10 000 dollars pour la partie matérielle, la cible n'est donc clairement pas le particulier, mais bien les médecins et opticiens.

RightEyeRightEyeRightEye

Des vêtements pour détecter les pathologies cardiovasculaires

Chez CardioNexion, on préfère miser sur les vêtements pour identifier certaines maladies ainsi que les prémices d'un accident vasculaire cérébral (AVC). Bardé de capteurs, le t-shirt ou le soutien-gorge connecté mesure la fréquence cardiaque, le rythme respiratoire, le positionnement dans l'espace, la température, etc.

La start-up précise qu'il s'agit d'un « dispositif médical », capable de proposer « la même surveillance médicale que dans une unité de soins intensifs ». Elle ajoute que, « via le smartphone du patient, les données anonymisées, recueillies 24h/24, sont envoyées vers des serveurs sécurisés, où elles vont être analysées grâce à un algorithme propriétaire. Elles sont ensuite acheminées vers une plateforme de surveillance où une équipe de cardiologues et d'infirmières d'unité de soins intensifs se tient prête à intervenir ».

En cas de problème, le médecin est automatiquement informé et, dans les cas les plus graves, les secours peuvent aussi être alertés directement. Pour le moment, les vêtements CardioNexion n'ont pas de prix ou de date de disponibilité.

Les diabétiques sous haute surveillance

Comme nous l'avons déjà évoqué, deux start-ups s'intéressent de près aux diabétiques. D'un côté, Diabeloop avec son pancréas artificiel, composé de trois éléments : un capteur de glycémie, une pompe à insuline et une intelligence artificielle.

« Le patient n'a plus à calculer la quantité d'insuline dont il a besoin », nous explique Marc Julien, à condition qu'il renseigne correctement ses prises de repas et ses activités sportives. La start-up devrait avoir son « marquage CE » cette année et commercialiser son produit dans la foulée. Pas de prix pour le moment.

Diabeloop

De l'autre, Diabilive est une application mobile qui sera bientôt disponible. Le CES de Las Vegas était l'occasion de signer un partenariat avec un géant du secteur, iHealth, de quoi donner une belle visibilité au produit. Reste maintenant à voir quand il sera commercialisé et à quel prix.

Enfin, Siren était également venue aux États-Unis avec ses chaussettes connectées pour diabétique dans ses valises. Elles ne sont pas nouvelles, mais le salon de Vegas est l'occasion d'en faire la promotion. Les chaussettes disposent de capteurs afin de mesurer la température du pied et ainsi détecter une élévation, synonyme de risques avec de fâcheuses conséquences à la clé. Les stocks ont déjà été épuisés et, pour l'instant, seule une liste d'attente est disponible.

Neutrogena va vendre un scanner de peau

Il n'y a pas que des jeunes sociétés à se lancer, de grands groupes profitent également du salon de Las Vegas pour faire des annonces. C'est le cas de Neutrogena (Groupe Johnson & Johnson) avec son capteur Skin360. Il s'agit d'un petit appareil à clipser sur votre iPhone (pas de version Android pour le moment).

Il suffit ensuite de le coller sur votre peau pour que l'analyse commence. Douze LED et un zoom 30x se chargent de faire le reste. L'application vous donne ensuite des conseils, mais uniquement d'ordre esthétique. En effet, avant de s'attaquer à l'acné ou aux mélanomes, il faudrait qu'elle obtienne un agrément de la part de la FDA. 

L'application vous affiche ensuite une liste de produits maison que vous pourriez acheter et utiliser pour améliorer la qualité de votre peau. Des partenaires tiers pourraient faire leur apparition dans un second temps, mais rien ne semble figer pour le moment. La disponibilité est prévue pour cet été, à un tarif de 50 dollars.

Des capteurs pour analyser votre sommeil et même mesurer les apnées

Les objets connectés liés au sommeil sont toujours plus nombreux chaque année. Nokia se relance en 2018 avec Sleep (un produit issu du rachat de Withings). Il s'agit d'un capteur à placer sous votre matelas pour analyser la qualité de vos cycles de sommeil (léger, profond, paradoxal), votre rythme cardiaque et vos ronflements. Il ne faudra par contre pas lui en demander beaucoup plus : les apnées ne sont par exemple pas identifiées, nous indique le fabricant.

Il est compatible avec IFTTT, mais avec deux triggers seulement : se lever et se coucher. Au CES, Nokia nous affirme que son produit ne souffrira pas des mêmes soucis que l'Aura de Withings lors de ses débuts, et que les applications mobiles auront droit à un bien meilleur suivi (ce qui ne sera pas difficile). Le Sleep (pour une personne) sera vendu prochainement pour 99,95 euros.

Avec ses capteurs Dot et Rest-On, Terraillon propose des objets assez proches (ils se placent également dans votre lit). Le premier est un simple bouton pour analyser vos mouvements, tandis que le second s'intéresse aussi à votre rythme cardiaque et à votre fréquence respiratoire. Aucun n'estime par contre les apnées du sommeil. Comptez 199 euros pour le Dot avec une lampe connectée Homni et 169 euros pour Rest-On seul.

Passons ensuite à APNEAband qui se présente comme « le premier bracelet de suivi de l'apnée du sommeil à la maison ». Développé par le CEA Leti, il dispose de plusieurs capteurs : fréquence cardiaque, variabilité du rythme cardiaque, saturation en oxygène et impédance bioélectrique.

Ces résultats permettent à « tout médecin d’établir un diagnostic complet et fiable de l'apnée du sommeil » affirme la société, un trouble touchant 4 % de la population. De quoi simplifier la vie des patients qui doivent pour le moment passer par de nombreux capteurs placés sur le corps.

APNEAband

Des bandeaux pour vous aider à dormir et vous relaxer

Rythm était à Las Vegas afin d'assurer la promotion de son casque Dreem lancé l'année dernière (voir notre analyse). Pour rappel, il est équipé de plusieurs capteurs (dont un EEG) permettant d'analyser votre sommeil, et peut également diffuser des sons pour améliorer la qualité de vos nuits. Il est d'ores et déjà disponible à la vente pour... 499 euros, tout de même.

Philips vient sur ce marché avec son bandeau SmartSleep, dont le design n'est pas sans rappeler celui du Dreem... et les ressemblances ne s'arrêtent pas là. Comme ce dernier, il intègre des capteurs analysant votre sommeil, y compris un EEG. Il émet également des sons (bruit blanc), toujours dans l'idée d'améliorer la qualité de votre sommeil.

Une application est de la partie afin de suivre les données enregistrées et vous donner des conseils pour améliorer vos nuits. Il sera mis en vente cet été, pour 399 dollars. Il se place donc en dessous du Dreem de Rythm, reste maintenant à voir l'efficacité de chacun.

Philips SmartSleepPhilips SmartSleep

Des casques relaxants ou hypnotisants pour réduire le stress

D'autres sociétés profitent du CES pour exposer leur produit alors qu'ils sont déjà disponibles. C'est le cas de DreaminzZz avec Hypnos, un masque d'hypnose connecté qui promet monts et merveilles : « Grâce à lui vous améliorez votre sommeil, vous gérez mieux le stress de la vie quotidienne et réduisez la douleur en toute autonomie ».

Il est d'ores et déjà en vente pour 199 euros. Là encore, les professionnels ne sont pas laissés de côté par le fabricant. Ils ont droit à trois offres dédiées : une formule avec six sessions Hypnos Pro est proposée gratuitement, tandis que les formules Standard et Premium (15 sessions et illimitées) sont disponibles pour respectivement 49 et 99 euros par mois.

Melomind avait également fait le déplacement avec son casque « relaxant », qui n'est pas une nouveauté du salon. Il intègre lui aussi un capteur EEG, mais vise la relaxation cette fois-ci. La société nous a expliqué qu'elle s'intéressait davantage aux professionnels (entreprises, centres de thalasso) qu'aux particuliers pour la vente de son casque ; un marché certainement bien plus lucratif. Son prix : 399 euros. 

Trois solutions pour le maintien des séniors à domicile

À Las Vegas, la santé des séniors intéressait plusieurs sociétés, nous avons d'ailleurs déjà eu l'occasion d'évoquer ces solutions lors de notre compte rendu du CES Unveiled.

Noviacare (filiale de Pharmagest) présentait ainsi une box avec six capteurs à placer dans différents endroits de la maison. Après une phase d'apprentissage, ils se chargent de suivre le rythme de vie du patient afin de détecter d'éventuels changements dans ses habitudes, comme des « oublis » sur l'hygiène ou les repas. Il sera même capable de repérer une chute et d'alerter automatiquement les aidants en cas d'alerte.

Ce dispositif fonctionne sans caméras et n'a pas besoin d'une connexion à Internet, toutes les opérations se font en local. Une carte SIM avec une connexion 2G/3G est présente afin que le patient puisse discuter avec un conseiller si besoin.

Alors que le système est capable de détecter précisément des ouvertures/fermetures de portes et la présence d'une ou plusieurs personnes, nous sommes surpris de voir qu'il ne s'intéresse pas du tout à la vie sociale du patient : reçoit-il de la visite et, si oui, à quel rythme ? Noviacare nous affirme que c'est bien prévu, mais le fabricant ne souhaitait pas se faire « piquer » l'idée. Il ne la mettait donc pas en avant sur son stand et avait enlevé cette fonctionnalité de sa box. 

Ce dispositif sera proposé entre 49 et 99 euros par mois environ, dès le mois de juin. Il s'inscrit dans le cadre du projet « 36 mois de plus à domicile » initié par le Conseil Régional de Lorraine, les fonds FEDER, la Carsat Nord-Est et Pharmagest.

NoviacareLili Smart
Noviacare à gauche, Lili Smart à droite

Lili Smart propose une solution équivalente, avec trois à cinq capteurs d'activité et une montre GPS pour la personne âgée. Là encore, il s'agit de la maintenir à domicile le plus longtemps possible avec une surveillance à distance. Contrairement à Noviacare qui ne nécessite pas que le patient porte le moindre dispositif, avec Lili Smart il doit avoir la montre à son poignet pour une efficacité optimale. 

Nous avons questionné le fabricant sur l'autonomie de la montre et le fait que tous les patients ne penseront certainement pas tout le temps à la recharger. Il nous explique que le public visé est des personnes âgées ayant des pathologies nécessitant le passage d'un aidant au moins une fois par jour en moyenne. Celui-ci pourra alors recharger la montre si le patient n'y pense pas. 

Lili smart est en précommande pour 60 ou 90 euros par mois suivant la formule. La société précise qu'elle dispose d'un agrément de service à la personne, permettant de bénéficier d'une réduction ou d'un crédit d'impôt de 50 %.

E-Vone vise également à maintenir les personnes âgées à leur domicile le plus longtemps possible, avec des chaussures connectées cette fois-ci. En cas de chute, elles envoient un signal sur un réseau bas débit afin de prévenir des proches. La chaussure peut également détecter du changement dans la manière de marcher, signe d'une dégradation physique ou d'un trouble, envoyant là encore une alerte.

Le troisième âge n'est pas la seule cible de la filiale d'Eram qui s'intéresse également aux professionnels isolés et amateurs de randonnées individuelles. Dans les deux cas, le principe est de pouvoir prévenir des personnes prédéfinies en cas de chute et/ou de danger, avec une géolocalisation GPS en prime. 

L'airbag de Hip'Air pour le troisième âgé

Continuons avec Hip'air qui travaille depuis près de 10 ans sur son projet éponyme. À l'instar des airbags sur les voitures, ce produit déploie rapidement des coussins gonflables (moins de 300 ms) en cas de chute de la personne. Le fabricant annonce une réduction de 90 % de l'impact au sol.

Les personnes âgées sont évidemment la principale cible, le but étant de limiter les fractures du col du fémur. Hip'air prend la forme d'une ceinture banane accrochée à la taille. Elle comprend une cartouche de gaz, deux airbags latéraux, un détecteur électronique et une batterie. Sa conception lui permet d'être réutilisable à condition de changer les airbags et la cartouche après chaque utilisation (lors d'une chute).

Le dispositif est en test depuis maintenant un an dans plusieurs Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). Le CES était l'occasion de le présenter de manière plus large, avant la commercialisation en mars de cette année. Le prix n'est pas encore précisé. 

Un canard pour aider les enfants atteints de cancer

Changeons complètement de registre avec les enfants cette fois-ci. Parfois, au détour d'une allée, nous rencontrons des objets insolites. Il y a deux ans, notre route avait croisé celle d'Edwin. Cette année, c'est My Special Aflac Duck.

Cet autre canard est proposé par la société Aflac qui vend des assurances-vie ainsi que des complémentaires santé, en partenariat avec Sproutel. Notez qu'Alfac est actuellement sous le coup d'accusations de délit d'initié et de manipulation financiers, mais la société affirme qu'il s'agit de fausses allégations. La justice tranchera.

Dans tous les cas, l'entreprise présentait au CES son canard connecté censé réconforter les enfants atteint d'une grave maladie, comme un cancer. Il n'est évidemment pas question de soigner, mais de jouer et tenter de rassurer autant que faire se peut. Le canard peut par exemple faire semblant de subir les mêmes traitements que celui administré aux enfants, permettant ainsi d'inverser le rôle patient/médecin.

Alfac compte proposer sont canard début 2018 en test dans un hôpital d'Atlanta, avant de le déployer de manière plus large fin 2018/début 2019. Il coûterait environ 200 dollars à produire, mais la société compte s'associer avec les hôpitaux afin qu'il soit proposé gratuitement aux enfants malades.

Aflac canardAflac canard

Analyser l'eau et votre environnement, caleçon et body anti-ondes

Bien évidemment, de nombreux autres objets connectés dédiés à la santé étaient également présents, certains plus surprenants que d'autres. Nous pouvons par exemple citer le détecteur d'eau potable Lishtot TestDrop Pro à 49,95 dollars, lancé durant le CES.

Le capteur serait à même de détecter de très nombreux polluants : chrome, chlore, fluor, nitrate, acide, protéine, Escherichia coli, savon, arsenic, pesticides, petits composés organiques, etc. Le TestDrop Pro n'a même pas besoin d'être en contact avec l'eau pour réaliser ses tests. Diode rouge, l'eau est contaminée. Diode bleue, elle est potable. Une analyse plus détaillée peut être envoyée sur un smartphone. Derrière les affirmations du fabricant, on attend maintenant de voir le produit en action lors de tests indépendants. Une erreur de diagnostic pouvant avoir de très fâcheuses conséquences.

Passons ensuite à Meersens. Grâce à des capsules, vous pouvez tester votre environnement afin de savoir s'il y a un risque pour votre santé. L'offre comprend une boîte mBox, trois capsules pour mesurer les UV, les ondes et la qualité de l'air, ainsi qu'une application mobile. La start-up débute et ne communique pour le moment pas sur une disponibilité ou un prix.

Spartan, déjà connue pour son slip anti-ondes (un concept lui permettant d'être largement relayé dans la presse), est revenue avec un nouveau vêtement : un body Pandaroo pour les enfants de 3 à 24 mois. Le principe est le même : bloquer « plus de 99 % des ondes de téléphones portables et Wi-Fi ».

La encore, des fils d’argent pur sont ajoutés dans le coton du body. Ainsi, « le maillage d’argent agit comme une cage de faraday (ou bouclier électromagnétique), qui empêche les ondes de traverser le body » explique le fabricant. Il est d'ores et déjà en vente pour 39 euros, soit un peu moins cher que le boxer à 42 euros.

Le produit pourrait séduire ceux qui se méfient des ondes, mais, dans les deux cas, il faut bien rappeler que seule une partie du corps est « protégée », et pas la tête par exemple. On a donc encore plus de mal à saisir l'intérêt.

Il faut dire que la peur des ondes est un sujet porteur cette année. En effet, Oledcomm donnait le coup d'envoi de sa lampe MyLifi n'émettant pas d'ondes radio (car oui, la lumière est bien une onde, on ne peut donc pas dire que la lampe n'émet pas d'onde, n'en déplaise à son service marketing). Vendue à partir de 699 euros, elle risque néanmoins d'avoir du mal à trouver son public (voir notre analyse).

body Pandaroo

Et tous les autres...

Plusieurs solutions pour les malvoyants étaient également présentes, bien qu'elles ne soient pas nouvelles. SmartEar par exemple, permet de transformer des sons (sonnette, alarme, interphone, etc.) en signaux lumineux et en notifications sur smartphone.

Signalons également les lunettes connectées OrCam MyEye qui convertissent des informations visuelles en données audio : magazines, mails, SMS, visage d'une personne ou un produit préalablement défini (dans la limite de 150 items/visages), valeur d'un billet de banque, etc.

Des produits pour l'hygiène étaient aussi de la partie, notamment des brosses à dents connectées avec de « l'intelligence artificielle ». Mais, plus qu'une nouveauté, il s'agissait surtout d'un partenariat entre Colgate (qui se lance ainsi sur ce domaine) et Kolibree, qui profite de la notoriété du premier. 

CareOS veut pour sa part s'installer dans votre salle de bain. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un système d'exploitation spécialement pensé pour cette pièce, capable de gérer les objets du quotidien... comme la brosse à dents connectée évidemment. La start-up espère nouer des partenariats avec des fabricants de miroirs pour se développer (plutôt que le grand public). Ils seront le point d'entrée de CareOS pour reconnaitre et interagir avec l'utilisateur.

Le fabricant nous affirme que son système, lui aussi « dopé à l'intelligence artificielle », fonctionnera uniquement en local afin de respecter l'intimité de chacun. Dans tous les cas, il ne s'agissait pour le moment que d'une démonstration, pas du produit final.

Attention aux promesses sur l'e-santé : polémique autour de l'application Natural Cycles

Cette déferlante de services et d'applications ne doit pas occulter la question de l'efficacité, un argument pas toujours facile à démontrer et qui dépendra parfois du ressenti et de la physiologie de chacun. Un exemple récent : l'application contraceptive Natural Cycles, certifiée par l'Union européenne.

Le fonctionnement est simple : les utilisatrices prennent leur température corporelle tous les matins et l'entrent dans l'application. Un algorithme affiche alors la couleur du jour : rouge pour un risque de tomber enceinte, vert dans le cas contraire. « Des études cliniques ont montré que Natural Cycles est efficace à 93 % » (donc sur 100 femmes, 7 tombent enceintes) affirme la société, précisant que ce taux de réussite est « comparable à d'autres méthodes conventionnelles ».

Problème, l'hôpital suédois Södersjukhuset à Stockholm a décidé de signaler l'application aux autorités locales (MPA) après que 37 femmes (sur 688) se sont présentées pour un avortement suite à une grossesse non désirée, alors qu'elles utilisaient l'application Natural Cycles.

Sur son blog, la société confirme que « quelques hôpitaux suédois » ont bien envoyé des rapports à la Medical Product Agency. Elle ajoute être en contact avec la MPA et qu'elle répond aux 51 cas individuels qui lui ont été rapportés. Natural Cycles se défend également auprès de nos confrères de The Verge : « À première vue, les chiffres mentionnés dans les médias ne sont pas surprenants compte tenu de la popularité de l'application et en ligne avec nos taux d'efficacité ». Dans tous les cas, cela un reste un coup dur pour Natural Cycles, d'autant que la société compte se lancer aux États-Unis.

Cette histoire rappelle une fois encore qu'il faut être prudent sur les conditions d'utilisations des produits médicaux et sur la manière dont ils sont exploités. De plus, ce qui est efficace pour l'un ne le sera forcément pour les autres, et vice-versa.

Que retenir du CES sur l'e-santé

Au final, il semble que, cette année, la folie des objets médicaux pour les enfants se soit doucement décalée vers les personnes âgées. De nouvelles technologies sont mises au point par certains, tandis que d'autres réutilisent à leur sauce des solutions déjà existantes (VR, jeux vidéo, etc.) ; bref toutes les pistes sont étudiées.

Le stress et le sommeil sont au contre des préoccupations de plusieurs sociétés, il faut dire que dans le monde d'aujourd'hui le premier ne manque pas, quand le second à tendance à se faire de plus en plus rare pour certains. Ces solutions coûtent néanmoins relativement cher et leur efficacité n'est pas toujours prouvée, dépendant forcément des individus.

En France, la CNIL est également sur ce sujet, rappelant la problématique de la sécurisation des données personnelles. La gardienne des libertés assure également une présence régulière à l'incubateur Station F. Elle y organise des ateliers de sensibilisation au RGPD qui entrera en vigueur en mai prochain.

À ce sujet, lors de nos entretiens avec les différents représentants des sociétés exposant des solutions e-santé au CES, ils nous ont tous certifié que l'arrivée du règlement européen n'était pas un souci pour eux et qu'ils étaient déjà prêts. Confirmation (ou pas) d'ici quelques mois.


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