La Poste au CES : carnet de santé numérique, vélo connecté avec « missions », porte-monnaie NFC

Ubériser le vélo ? 30
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Crédits : utah778/iStock
Obj. Connectés CES
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le mardi 16 janvier 2018 à 14:11
Sébastien Gavois

La Poste suit les grandes tendances du moment : l'e-santé avec un carnet de santé numérique, les objets connectés avec un vélo permettant aussi de réaliser des missions lucratives et enfin les enfants avec un porte-monnaie NFC. Au CES, nous avons pu discuter avec ceux qui sont investis dans ces différents projets.

Depuis plusieurs années, La Poste est présente au CES de Las Vegas afin de mettre en avant ses nouveautés. L'année dernière, nous avions pu échanger avec le groupe sur son bouton connecté Domino, qui est désormais orienté vers les professionnels (Colissimo Ondemand). 

La Poste lance son « carnet de santé numérique » en s'appuyant sur Digiposte + Ma Santé

Cette année, c'est l'application « Poste eSanté » qui était à l'honneur sur son stand. Gratuite pour les particuliers (le cas des professionnels n'est pas précisé), la société nous explique qu'il s'agit d'un « carnet de santé numérique » se proposant d'agréger automatiquement des données provenant de nombreuses sources : saisie personnelle par le patient, objets connectés de santé (appartenant au client ou mis à sa disposition) et des informations médicales (médecin, hôpital, etc.).

Les données sont stockées via le service Digiposte, présenté par La Poste comme un « coffre numérique » avec 5 Go d'espace de stockage accessible gratuitement « à vie ». Afin de se démarquer des autres solutions existantes déjà sur le marché, un porte-parole de la société indique que Poste eSanté est une « application médicale ». 

Rapprocher les professionnels de santé et le patient, avec un lien numérique

Elle peut être utilisée par le patient afin de consulter ses données médicales, mais aussi recevoir des documents de la part des médecins. De plus, s'il donne son consentement, il peut également partager des données avec d'autres professionnels de la santé. Ces derniers peuvent ainsi avoir accès à son historique médical.

Poste eSanté se propose également de suivre le patient après une opération par exemple. S'appuyant sur les informations récoltées par les capteurs, l'application peut envoyer des alertes en cas de dépassement de seuils personnalisés et fixés par les médecins.

Afin de faciliter les échanges, une messagerie et de la vidéoconférence sont intégrés dans l'application. De manière générale, le service veut se baser sur un modèle hybride : le « phygital » (contraction de physique et digital), nous lâche un porte-parole de la société. Un mot valise déjà vu ailleurs et en pleine croissance dans les communiqués de presse.

La Poste eSanté

Une application ouverte aux services tiers

Poste eSanté permet à des services tiers, comme des applications médicales développées par des hôpitaux par exemple, de se connecter afin d'envoyer des informations au patient. Au CES, la start-up Visible Patient était présente afin de faire la démonstration de sa solution de modélisation 3D à partir d'images de scanner ou d'IRM.

Visible Patient nous explique que la société ne travaille pas directement avec les patients, mais avec les médecins. Ce sont donc ces derniers qui décident ou non d'ajouter les images et rendus 3D dans l'application Poste eSanté de leurs patients, qui peuvent ensuite en profiter comme bon leur semble.

« Libérer les hôpitaux »

Le but de Poste eSanté est d'essayer de « libérer les hôpitaux » en maintenant davantage les séniors à domicile. De plus, le service permet aux aidants de réaliser un suivi en ligne et d'être avertis en cas de suspicion de problème, une tendance importante pour cette édition 2018 du CES de Las Vegas.

Interrogé sur la sécurité des données personnelles (d'autant plus sensible lorsqu'il s'agit d'informations médicales), le groupe nous explique que son application a obtenu la certification mHealth Quality de la société dmd Santé.

Pour cela, elle doit respecter plusieurs points : vérifier la qualité et l'existence des sources des données médicales, avoir une considération éthique, sécuriser les données (avec des audits) et enfin apporter l'« assurance que l’application respecte l’ensemble des règles légales et des recommandations de bonnes pratiques auxquelles elle est soumise ».

Pour être efficace, il faudra que les professionnels et les patients jouent le jeu. Si les médecins invités à Las Vegas par La Poste étaient très favorables à la mise en place du carnet de santé numérique de La Poste (le contraire aurait été très étonnant), il faudra voir si toute la profession sera du même avis.

Dans tous les cas, nul doute que ce genre de services se renforcera dans les années qui viennent, en espérant que la sécurité soit bien au rendez-vous. La CNIL est d'ailleurs vigilante sur le sujet.

Un vélo connecté et électrique, avec deux batteries

En plus de la santé, La Poste présentait plusieurs objets connectés. Le Vélo est l'un d'entre eux. Il s'agit d'un modèle connecté (au Hub Numérique de La Poste), électrique et personnalisable (pour sa couleur). Si cela n'a rien de bien nouveau, plusieurs fonctionnalités intéressantes sont proposées.

Il a été développé par Yellow Innovation, le programme d’innovation du groupe. Il dispose de freins à disque à l'avant et à l'arrière, et utilise une courroie plutôt qu'une chaine. Le fabricant nous explique qu'elle a l'avantage d'être plus résistante et endurante, surtout dans le cas d'un vélo électrique.

Tout d'abord, il n'intègre pas une, mais deux batteries. La première (la plus grosse, cachée dans la partie inférieure du cadre) propose une autonomie de 60 km (jusqu'à 4h), contre 30 minutes seulement pour la seconde. Celle-ci est également cachée dans le cadre (la partie supérieure), mais elle est amovible.

Une fois arrivé à destination, vous pouvez donc la prendre avec vous et la recharger (en USB) avant de la remettre en place et repartir pour de nouveau 30 minutes d'autonomie. Les deux batteries peuvent être utilisées de concert et la petite peut même servir à recharger (en partie) la grosse, mais à l'arrêt uniquement.

Pour La Poste, une autonomie de 30 minutes est suffisante pour se rendre sur son lieu de travail. Il n'est donc ensuite plus nécessaire de brancher le vélo, mais seulement de recharger la batterie amovible que l'on peut transporter dans sa poche, avant de rentrer chez soi et de relancer la même opération.

La Poste Le VéloLa Poste Le Vélo

Un écran, des commandes au guidon et des « missions »

Le vélo intègre un GPS : vous pouvez ainsi le suivre en cas de vol, et même alerter un bureau de poste ou le réseau de facteurs précise la société.

Ce n'est pas sa seule utilité : via une application mobile, il est possible d'envoyer des itinéraires sur le petit écran intégré à la potence du vélo. Des boutons de contrôle sont présents sur le guidon, permettant de réaliser des opérations en ayant toujours les mains dessus. Il faudra par contre ne pas se laisser distraire et regarder la route.

L'écran peut afficher d'autres informations : l’heure, la météo, la vitesse, la date et la puissance de l'assistance. Le fabricant prévoit également une intégration avec d'autres services et, pourquoi pas, des pulsations cardiaques provenant d'un capteur. La Poste met également en avant plusieurs services : des jeux avec d'autres cyclistes (une course par exemple), des exercices physiques, des balades pré-enregistrées, une réparation technique, un service de conciergerie et de recharge dans ses bureaux de Poste. 

Il est également question de « missions » que l'on peut réaliser sur son temps libre. Vous avez 10 minutes devant vous ? Alors La Poste pourrait vous proposer de livrer un repas pour le compte de Deliveroo (contre rémunération). D'autres services du même genre pourraient être de la partie. Malheureusement, nous n'avons pas pu obtenir de précisions concernant la répartition des revenus dans le cadre de ce type de partenariats.

Au CES, les modèles présentés étaient des pré-séries en acier (17 kg tout de même). Le groupe étudie actuellement plusieurs pistes pour réduire le poids et ainsi augmenter l'autonomie. Il espère que son vélo sera prêt d'ici la fin de l'année, avec une présentation qui pourrait avoir lieu durant le CES 2019. Pas de prix pour l'instant.

Jaab, un porte-monnaie électronique (NFC) personnalisable

Dans un registre différent, Jaab est petit boîtier personnalisable (plusieurs coques seront proposées) contenant une puce NFC permettant d'effectuer des paiements sans contact (30 euros maximum), uniquement en France. Il vise principalement les enfants de moins de 16 ans, leur nom étant écrit sur le dessus.

Il est accompagné d'une application mobile permettant aux parents de gérer le porte-monnaie à distance et de recevoir une notification lors de chaque paiement. Il ne s'agit pas d'un compte bancaire nous explique la co-créatrice du projet, qui souhaite ainsi éviter la « bancarisation » des enfants, mais aussi des obligations et autres tracasseries administratives.

La mise en place d'un virement récurent (pour de l'argent de poche par exemple) n'est pas encore disponible, mais arrivera prochainement via une mise à jour. Les parents séparés pourront ajouter de l'argent chacun de leur côté. Interrogé sur la possibilité de partager automatiquement la somme dans l'idée d'un Sharepay, la co-créatrice nous explique que ce n'est pas le cas, mais que l'idée est intéressante : elle pourrait donc arriver lors d'une mise à jour.

Enfin, en cas de perte, vous avez la possibilité de bloquer Jaap depuis l'application mobile. Vous pouvez également en commander un nouveau, qui sera crédité de la somme restante sur l'ancien.

Jaab sera vendu 20 euros, avec une disponibilité prévue pour mi-2018. Si l'objet est co-développé par Docapost et La Banque Postale (sur une idée proposée par deux employés de La Poste présents au CES de Las Vegas), Jaab sera disponible pour tout le monde. Un site dédié a été mis en ligne.

Pour rappel, l'année dernière La Poste présentait une tirelire connectée et personnalisable pour les enfants à partir de 4 ans : Monimalz. Cette année, elle était de nouveau au CES, mais sous sa forme définitive. Le groupe nous explique au passage qu'elle arrivera dans le commerce ce mois-ci. Nous attendons maintenant de connaitre son prix.

Jaap La Poste CES 2018Jaap La Poste CES 2018

AtHome, AtWork et des services citoyens

La Poste travaille aussi sur d'autres services, plus génériques. Il est par exemple question d'AtHome qui veut rendre la maison intelligente en interconnectant des objets connectés. Le lancement est prévu pour le second trimestre de l'année pour les promoteurs immobiliers et les professionnels du logement. 

De son côté, AtWork reprend le même principe, mais pour son lieu de travail (principalement les open spaces). Il veut être la « météo » de votre bureau : température, luminosité et niveau sonore. Le but étant d'améliorer le confort des employés en permettant par exemple d'émettre des alertes lorsqu'un certain niveau de bruit est dépassé.

Un partenariat avec le casque à atténuation de bruit Orosound est annoncé. AtWork sera disponible en janvier, avec une tarification par abonnement, sans plus de détails.

Enfin, d'autres services déjà annoncés étaient également présentés au CES. C'est par exemple le cas d'un service permettant de s'inscrire au code la route via un chatbot sur Messenger. 

Toujours axée sur les réseaux sociaux, l'offre Gestion Relation Citoyenne (GRC) propose aux collectivités territoriales et à l'Etat des plateformes multicanales de gestion de la relation citoyenne, là encore via des chatbots. Ce service est en test depuis octobre 2017 et devrait être lancé courant 2018.

La Poste tire tous azimuts : santé, réseaux sociaux, enfants, pros, objets connectés...

Au CES, La Poste confirme donc son virage dans le monde du service et plus spécialement de l'e-santé avec son carnet de santé numérique et espère fédérer des partenaires autour de son offre. Les objets connectés, la famille et la diversification des produits sont également mis en avant avec Jaab et le vélo maison. 

Avec Monimalz, la société essaye de montrer qu'elle peut aller au bout de ses projets (on attend toujours le prix), même si ce n'est pas toujours aussi simple dans la pratique, comme nous l'avons remarqué avec le bouton connecté Domino qui devait être proposé aux particuliers, mais qui a été réorienté.

Il faudra maintenant voir si les clients arrivent à percevoir le groupe La Poste comme un acteur qui va au-delà du courrier et de la banque et si cette diversification ne pénalise pas trop la gestion de ces activités, qui vont sans nul doute continuer de connaître un déclin dans les années à venir, face à une concurrence accrue.


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