Zettlr : prise en main d'un éditeur de texte aux nombreuses qualités

Electron n'en est pas une
Zettlr : prise en main d'un éditeur de texte aux nombreuses qualités

Si nous utilisons presque tous des suites bureautiques, via des applications ou en ligne, une tendance émerge ces dernières années. Celle d'outils plus simples, se focalisant sur l'essentiel. C'est notamment le cas des éditeurs de texte. Analysons aujourd'hui Zettlr, complet et multiplateforme.

Lorsque vous voulez rédiger un texte, deux options s'offrent en général à vous. Utiliser des outils simplistes comme le Bloc-Notes de Windows, ou des applications plus complètes telles que Word ou LibreOffice Writer.

Entre ces deux univers, opposés dans leur approche, il y avait toute la place pour que des alternatives se développent, mêlant les fonctionnalités de l'un à la simplicité de l'autre, positionnées au juste milieu, favorisées par la montée en puissance des tablettes et portables hybrides, des langages de balisage tels que Markdown.

Ainsi, ces éditeurs sont des logiciels plus ou moins touffus, accessibles via une application (mobile ou non), parfois en ligne, centrés sur l’écriture dans son plus simple appareil, avec quelques avantages néanmoins. Car là où un traitement de texte classique va se pencher nettement plus sur la présentation, avec une approche WYSIWYG, l’éditeur se consacre au texte brut, avec des outils spécifiques pour l'export dans différents formats.

Pour simplifier grossièrement, on peut découper cette famille en plusieurs catégories : les éditeurs dédiés à la rédaction de documents, ceux spécialisés dans le développement et ceux visant plutôt les écrivains, leur permettant d'organiser leur travail de manière à créer une œuvre littéraire dans toute sa complexité.

Dans ce dossier, nous explorerons surtout les premiers, en commençant par l'un des plus complets : Zettlr.

Le Markdown, indissociable des éditeurs de texte

Commençons par un bref rappel concernant Markdown, un langage de balisage créé en 2004 par deux figures connues dans le domaine des nouvelles technologies : John Gruber et Aaron Swartz.

Le premier est célèbre pour son blog Daring Fireball (traitant surtout de l’actualité Apple). Le second a participé aux spécifications 1.0 du RSS et à Creative Commons. Son activisme politique et ses vues sur le logiciel libre l’ont rapidement fait connaitre, jusqu’à son suicide en janvier 2013.

Ce langage n’est pas standardisé. Il s’agissait à la base de baliser un texte afin que ses mises en forme puissent être interprétées correctement par d’autres logiciels ou services. Dans son utilisation basique, il permet par exemple de créer une hiérarchie, d'indiquer un passage en gras ou italique et ainsi de suite, avec une série de caractères.

Les deux plus utilisés sont l’astérisque et l’underscore, à l'effet différent selon combien on en utilise :

  • *Next INpact* ou _Next INpact_ : Next INpact
  • **Next INpact** ou __Next INpact__ : Next INpact
  • ***Next INpact*** ou ___Next INpact___ : Next INpact

On peut même faire des mélanges. Si vous souhaitez par exemple ne garder les underscores que pour l’italique et utiliser les astérisques pour le gras, c’est possible : _**Next INpact**_ donnera bien Next INpact.

Autre utilisation très courante, les croisillons servent à créer l’indentation pour la hiérarchie du texte avec les chapitres. Par exemple, #Chapitre1, #Chapitre 2, etc. Plus on ajoute de croisillons, plus on ouvre de niveaux de hiérarchie : #Chapitre1, ##Sous-chapitre1, ###Section1.

Avec le temps, plusieurs initiatives ont tenté de standardiser l'usage du Markdown, dont la RFC 7763 ou CommonMark. D'autres à le compléter comme MultiMarkdown. Dans la pratique, tous coexistent et sont plus ou moins gérés par les différents éditeurs compatibles. Notez d'ailleurs que GitHub dispose de sa propre syntaxe.

Zettlr, une prise en main très simple

Zettlr est un programme gratuit et open source (GPL v3). Il a comme premier avantage d'être disponible sur Linux, macOS et Windows. Pour le premier, on peut le récupérer en paquet DEB, RPM ou AppImage en 32 ou 64 bits. Sur Windows, il est compatible avec les éditions x86 32/64 bits et même ARM64. Dans tous les cas, il est géré par différents gestionnaire de paquets : Chocolatey, Homebrew, winget ou ceux de diverses distributions Linux.

L’interface générale ne devrait pas effrayer les nouveaux venus. Elle se compose d’une barre latérale à gauche et d’une zone de texte. La barre latérale contient la hiérarchie des fichiers, organisés en dossiers. Sa navigation rappellera celle dans les menus de certaines applications mobiles :

ZettlrZettlr

Placer le curseur de la souris en haut de la barre fait automatiquement apparaitre la flèche retour pour remonter dans la hiérarchie. Dans le dossier se déploient les fichiers, stockés au format MD. Dans les options, on peut la configurer pour que cette zone affiche deux colonnes, l’arborescence des dossiers et les fichiers. Les utilisateurs de Microsoft OneNote notamment seront en terrain familier.

L’ensemble est sobre. Il n’y a pas de fioritures : les éditeurs de texte étant souvent utilisés pour du code, de la rédaction scientifique ou de la prise de notes, l’interface doit se faire oublier. Zettlr propose tout de même un mode sombre (réussi) et plusieurs thèmes, qui modifient essentiellement la couleur d’accentuation et la police d’écriture.

Dans l’interface d’écriture, plusieurs outils facilitent la vie. Par exemple, un bouton de mise en forme « Aa » contient l’ensemble des formats que l’on peut appliquer au texte, quand on ne se souvient plus de l’équivalent Markdown ou quand on veut simplement savoir ce qu’il est possible de faire.

Dans l’absolu, Zettlr est conçu pour permettre de rester concentré sur le clavier, la souris ne servant que pour naviguer dans l’arborescence. Autre exemple, les derniers fichiers ouverts sont affichés sous forme d’onglets au-dessus de la zone de texte. On apprécie également que le logiciel soit disponible en français.

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Quelles différences avec un traitement de texte ?

Si vous arrivez de Page, Writer ou Word, plusieurs éléments risquent de vous perturber au départ. Car ces applications réalisent automatiquement un nombre plus ou moins important d’actions pour vous simplifier la vie.

Toutes n’ont pas nécessairement d’équivalent dans un éditeur, qui s’attache justement à la description du texte, non sa présentation immédiate. C’est bien simple : en dehors des éléments éventuellement configurés dans le tableau d’autocorrection, l’éditeur de texte n’applique aucun changement sur ce qui vient d’être écrit.

Word corrige ainsi de lui-même de nombreux éléments en fonction des options activées, notamment les majuscules accentuées en français ou certaines fautes courantes, comme l’accent circonflexe sur « meme ». Dans Zettlr, rien de tout ça. Il est possible d'activer la détection des erreurs d'orthographe dans les options.

Il faut également se méfier des applications et services ayant une présentation spécifique de certaines balises. C’est très souvent le cas sur le web, où la balise paragraphe inclut automatiquement un espace vertical, afin que deux paragraphes ne se touchent pas. À moins d’une option spécifique, les éditeurs de texte ne le font pas.

Dans le cas de Zettlr, la règle appliquée est celle du Markdown : pour considérer qu’il s’agit d’un nouveau paragraphe, il faut que le texte du nouveau soit séparé du précédent par un double appui sur Entrée. Avec un seul retour à la ligne, Zettlr considèrera qu’il s’agit toujours du même paragraphe.

On peut voir très facilement une illustration de cette interprétation en faisant un export d’un document Zettlr vers Word (qui passera par le très utile Pandoc). L’export se fait uniquement sur la manière dont le texte a été décrit par le Markdown. Sur la capture ci-dessous, on peut voir que deux retours à la ligne entrainant l’apparition d’un paragraphe sous Word, mais qu’un seul renvoie vers un paragraphe unique.

Zettlr

D’ailleurs, puisque Word considère qu’un retour à la ligne est nécessairement un début de nouveau paragraphe, il « recolle » automatiquement les deux phrases. Il ne s’agit que d’un exemple parmi d’autres, mais la question ne se posera surtout que pour les transfuges de l’un vers l’autre, ces différences n’étant pas spécifiques à Zettlr/Word.

Des points forts nettement plus nombreux que les défauts

Parmi les points forts de cet éditeur, commençons par un qui est lié aux traitements de texte : de nombreux raccourcis classiques de mise en forme sont repris tels quels. Un Ctrl+I ajoutera un underscore avant et après le texte sélectionné pour signifier un italique, de même qu’un Ctrl+B ajoutera deux astérisques.

Un Ctrk+K basculera ainsi en insertion de lien, Zettlr ajoutant d’ailleurs automatiquement par défaut l’adresse présente dans le presse-papiers. En édition de lien, le texte est indiqué entre crochets et le lien entre parenthèses. Il suffit de cliquer sur le texte souligné pour revenir à l’édition, qui se ferme dès que l’on clique ailleurs.

La gestion des citations et références est un autre gros point fort de Zettlr, y compris celles en provenance de Zotero et Mendeley. Le logiciel intègre des éléments de la méthode Zettelkasten pour la prise de notes et la gestion des connaissances. Par exemple, on peut lier des fichiers et liens wiki par la forme [[your search text|@ID:ID]]. Ces identifiants peuvent être définis comme suit : @ID:XXX, où XXX est le nom d’un identifiant.

On peut créer des hashtags (#) pour labelliser les fichiers. Cliquer sur un lien en maintenant Alt enfoncée permettra de retrouver ceux liés et de lancer des recherches. Sur un hashtag, la manipulation lancera une recherche.

Citons en outre la grande personnalisation de l’outil. Zettlr propose par défaut de nombreuses fonctions pour simplifier la vie et met partiellement en forme le texte. Tous ces rendus sont optionnels et peuvent donc être désactivés, par exemple si l’on souhaite s’en tenir à une stricte présentation de type Markdown.

Parmi les autres fonctions à mettre en avant, on pourrait également citer la création/édition de tableaux, la génération automatique d’une table des matières en fonction de la hiérarchie des titres, la possibilité d’exporter dans de très nombreux formats (même si le mécanisme repose sur Pandoc), la recherche complète et rapide ou encore la possibilité d’installer KaTeX pour activer le rendu des formules mathématiques dans l’éditeur.

Zettlr

Zettlr n’est cependant pas parfait. Le logiciel n’est ainsi pas toujours parfaitement réactif, la faute à Electron. La problématique est connue depuis longtemps, le framework permettant une disponibilité sur les trois plateformes principales, mais via des technologies web devant être interprétées, donc au détriment des performances.

Notez tout de même que la consommation en mémoire reste mesurée, l’application n’ayant jamais dépassé quelques centaines de mégaoctets pendant nos sessions d’utilisation. Cette lourdeur ressentie se voit également dans le poids du logiciel. Il ne s’agit clairement pas d’un outil minimal à la Notepad++, la version Windows pesant 131 Mo au téléchargement, pour environ 300 Mo occupés après installation.

En outre, et en dehors parfois de quelques petits bugs de présentation (notamment dans le redimensionnement des fenêtres), on aurait aimé que Zettlr puisse ouvrir plus facilement les fichiers MD. Là encore, ce n’est pas Notepad++ : on ne peut ouvrir depuis l’application que des dossiers. Pour un fichier seul, il faudra soit double-cliquer dessus, soit le faire glisser dans l'interface.

Zettlr est finalement autant un éditeur qu’une bibliothèque de documents et n’est pas tout à fait sur le même créneau que des produits plus simples. Au vu de sa présentation et de ses fonctions, il sera par exemple une alternative particulièrement intéressante à des produits comme OneNote ou Evernote.

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