Mark Text : un éditeur de texte encore jeune, mais très prometteur

Tremble Typora !
Logiciel 14 min
Mark Text : un éditeur de texte encore jeune, mais très prometteur

Notre série consacrée aux éditeurs de texte continue avec un concurrent plus récent, open source qui a fait une entrée remarquée sur la scène : Mark Text. Il ne manque en effet pas de qualités.

Pour l’instant, deux éditeurs de texte se sont particulièrement démarqués au sein de notre dossier consacré à ces applications par leurs nombreuses capacités, sans pour autant être victime d’une ergonomie complexe : Zettlr et Typora, le premier pour sa richesse fonctionnelle, le second pour son interface très agréable.

Vous avez été plusieurs à nous signaler cependant qu’une alternative méritait notre attention : Mark Text. Très clairement orienté vers la simplicité, il n’est pas avare de fonctions. Open source, il est en outre gratuit. Son développeur principal, Luo Ran, est essentiellement financé par des dons sur Open Collective, le Patreon créé pour l’occasion ne servant presque pas. Le code est publié sur GitHub sous licence MIT.

L’application est disponible sur les trois plateformes principales, et on peut même créer une version portable. Il ne s’agit donc pas d’un produit conçu pour un système en particulier puis adapté aux autres. On est dans une parité fonctionnelle complète, largement aidée en cela par Electron, souvent à la base de tels outils.

Dans sa philosophie, Mark Text se rapproche de Typora : derrière une simplicité d’interface qui n’est pas feinte, les fonctions sont nombreuses. Après un iA Writer dépouillé et tourné vers le code, on revient au modèle WYSIWIG, avec une transformation en temps réel du code en équivalent présenté.

Petit avertissement en revanche avant d’aller plus loin : l’application n’est disponible qu’en anglais, ce qui en rebutera certains. Il faut dire que le projet est encore jeune (version 0.16.2 actuellement) et évoluera forcément sur la question, d’autant qu’un menu spécifique à la langue – grisé – est présent dans les options.

Notre dossier sur les éditeurs de texte :

Interface et généralités

Mark Text présente une interface particulièrement simple. Comme Typora, on se voit servi par un simple cadre blanc, dans lequel il ne reste qu’une chose à faire : écrire.

Comme indiqué précédemment, on se trouve dans un éditeur priorisant le texte dans sa forme finalisée. Les balises insérées sont ainsi interprétées immédiatement, ou dès que la clôture est faite. Là aussi, il est possible de passer à la vue Code via le menu View ou par le raccourci Ctrl + Alt + S.

Mark Text

À partir de deux documents ouverts, Mark Text crée automatiquement des onglets. Ce qui ne veut pas dire que la classique colonne de gauche soit absente. Elle s’active par le raccourci Ctrl + J et a la très bonne idée, comme Typora, d’intégrer aussi bien la liste des documents ouverts que le plan du document sélectionné, s’il existe.

On y trouve trois icônes à gauche : fichiers disponibles, recherche et Table of Contents, autrement dit le plan. La première partie est intéressante, car elle référence aussi bien les documents ouverts que ceux disponibles dans le dossier que l’on aura indiqué à Mark Text. On aimerait pouvoir en ajouter d’autres, car la vue est en l’état efficace.

L’application propose six thèmes, trois clairs et trois foncés. Ils rappellent d’ailleurs ceux que l’on peut trouver dans Tweetbot, un client Twitter alternatif pour iOS. Leur lisibilité est excellente. Ulysses Light fait référence à l’application du même nom – et que nous testerons plus tard – avec notamment des titres centrés.

  • Mark Text
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Mark Text ne propose qu’une police, Open Sans. On est dans une présentation plus douce à l’œil que celle (unique aussi) fournie par iA Writer, mais les orientations des deux éditeurs sont clairement différentes.

On peut en modifier la taille, aussi bien dans le texte classique que dans les blocs de code. L’espace entre les lignes est lui aussi modifiable. Comme pratiquement tous les outils que nous avons testés jusqu’à présent, les balises peuvent pratiquement toutes êtres insérées par des raccourcis clavier.

Par exemple, plutôt que d’écrire **test** pour afficher le mot en gras, on peut double-cliquer sur le mobile et appuyer sur Ctrl + B. Même chose pour l’italique, le souligné, le surligné, l’ajout inline de code ou de formules mathématiques (nous y reviendrons), le texte barré, les niveaux de titres, la duplication, la création de paragraphe, les différents types de blocs, lignes horizontales ou liens.

Ces derniers passent curieusement par le raccourci Ctrl + L, alors que tous les autres (sans parler de LibreOffice, Word…) se servent de Ctrl + K. On ne comprend pas bien la logique, et il faudra revoir ses habitudes, d’autant que les raccourcis ne sont pas modifiables, à moins d'aller opérer directement dans le fichier keybindings.json.

À noter que la combinaison Cmd + , commune à tous les applications Mac pour ouvrir le panneau des préférences est reprise en Ctrl + , sous Windows et Linux.

Les capacités d’export de Mark Text sont pour l’instant assez limitées : seuls le PDF et le HTML sont proposés. L’import, lui, accepte en entrées de très nombreux formats, dont le HTML, DOCS, ODT ou encore EPUB. La recherche et la classification sont de bon aloi. Une fois la barre latérale affichée (Ctrl + J), on peut cliquer sur la loupe pour lancer une recherche, qui arrose titres et contenus. Les résultats apparaissent au fil de la frappe.

On ne trouve également aucune fonction de synchronisation. Si vous souhaitez partager le travail entre plusieurs machines, il faudra le faire par vos propres moyens.

Écriture : souple et riche

Mark Text est presque aussi agréable et souple que Typora quand il s’agit d’écrire. Et c’est précisément ce qu’on lui demande. Comme dit, on écrit directement en mode « présenté », les balises étant interprétées.

Dans le cas où l’on ne connaitrait pas certaines balises, on peut sélectionner du texte et appliquer des fonctions, qui apparaissent automatiquement dans une petite juste au-dessus de la zone :

Mark Text

On y trouve le gras, l’italique, le surlignage, l’insertion de lien et d’image, ou encore le passage en mode formule mathématique ou code. Ces mêmes fonctions sont toutes disponibles sous forme de raccourcis clavier.

On apprécie également qu’une fois dans un paragraphe ou autre élément, comme un graphique, Mark Text affiche à sa gauche un symbole le représentant. En cliquant dessus, on débloque des capacités comme la duplication de l’élément, la création d’un nouveau paragraphe, sa transformation entre un autre élément (titre, bloc de code, diagramme…) et sa suppression. Un fonctionnement efficace et pratique.

Comme ses concurrents, Mark Text propose des modes Machine à écrire et Concentration, « Typewriter » (Ctrl + Alt + T) et « Focus » (Ctrl + Maj + J) dans le menu View.

On connait maintenant la chanson : le premier centre verticalement la ligne en cours d’écriture, le second éclaircit les autres paragraphes pour que celui en cours de travail ressorte davantage.

Mark TextMark Text

Des options déjà bien fournies

Les options de Mark Text sont relativement nombreuses et touchent à de multiples domaines. Le panneau des options peut s’ouvrir de trois manières : depuis le menu File, via un raccourci (Ctrl + ,) ou en cliquant sur la roue crantée en bas à gauche, si la colonne latérale est affichée.

La section General des options contient plusieurs paramètres importants, notamment l’enregistrement automatique des modifications dans les documents, le comportement du logiciel à l’ouverture d’un nouveau fichier, ou encore le dossier à ouvrir lors du démarrage.

La partie Edition est riche, avec notamment la taille de la police, l’espacement entre les lignes, les comportements automatiques de Mark Text (complétion de la syntaxe Markdown notamment), le codage du texte (UTF-8 par défaut) ou encore le sens d’écriture. On trouve bien le choix des polices pour le texte normal et les blocs mais, comme déjà dit, chaque menu ne contient qu’une seule entrée, respectivement Open Sans et DejaVu Sans Mono.

  • Mark Text Options
  • Mark Text Options
  • Mark Text Options
  • Mark Text Options
  • Mark Text Options
  • Mark Text Options
  • Mark Text Options

On continue avec les options liées au Markdown, à la vérification orthographique, au choix du thème, leur éventuelle application automatique selon l’heure, puis les paramètres liés aux images, notamment à ce que doit faire Mark Text quand une image est ajoutée : envoi dans un service en ligne, déplacement dans un dossier local ou laisser l’image dans son dossier d’origine.

Un mot sur la correction, car son activation provoque pour l’instant une erreur, signalée par un vilain panneau. Cependant, elle fonctionne. Par défaut, elle reprend sous macOS et Windows 10 le module fourni par le système. Intéressant si vous l’avez déjà utilisé dans d’autres applications, puisque le dictionnaire personnel est alors commun. Sous Linux et optionnellement pour les deux autres, Mark Text utilise Hunspell.

À l’aise sur les blocs Front Matter

La situation de Mark Text, déjà prometteuse, s’améliore encore quand on aborde le support des fonctions rédactionnelles « autres ». On commence avec Front Matter, un bloc permettant d’insérer des métadonnées dans le document. Très bon point, trois types sont supportés : YAML (le plus courant), TOML et JSON.

Chacun utilise ses balises d’ouverture et fermeture, comme indiqué dans la liste ci-dessous :

  • YAML : ---
  • TOML : +++
  • JSON : ;;; ou { et }

Exemple avec le code YAML suivant :

---
title: Exemple de bloc Front Matter
key: value
---

Pour celles et ceux qui auraient oublié de créer un tel bloc au début de leur document, pas d’inquiétude. Comme presque tous les éditeurs, Mark Text dispose d’une fonction d’insertion ajoutant automatiquement un espace neutre. Il suffit alors de le compléter avec le format qui vous intéresse. On y accède par le menu Paragraph > Front Matter, ou par la combinaison Ctrl + Alt + Y.

Formules mathématiques : comme la plupart des concurrents

Sur les formules mathématiques, on retrouve à peu près la même prise en charge de LaTeX que les autres éditeurs, avec toujours la même syntaxe : une expression contenue dans des symboles $ simples pour une écriture inline, entre des doubles $$ pour créer un bloc. Prenant en exemples les codes suivants, tout d'abord avec un bloc :

$$
R_x=\begin{pmatrix}
1 & 0 & 0 & 0\\
0 & cos(a) & -sin(a) & 0\\
0 & sin(a) & cos(a) & 0\\
0 & 0 & 0 & 1
\end{pmatrix}
$$

Puis une formule inline :

$f = \frac{2 \pi}{T}$

Cela donne le résultat suivant, conforme à ce qui était attendu :

Mark Text

Dommage cependant, Mark Text ne gère pas (encore ?) les formules chimiques, contrairement à Typora, qui le fait via l’extension mhchem. Un test avec l’expression $\ce{CH4 + 2 $\left( \ce{O2 + 79/21 N2} \right)$}$ se solde par un échec :

Mark Text

Les graphiques et diagrammes, un autre point fort de Mark Text

L’application gère plusieurs types de diagrammes et graphiques, grâce aux bibliothèques flowchart.js, mermaid et Vega-Lite. On utilise toujours dans un bloc délimité par une triple apostrophe en ouverture et fermeture.

Reprenons le code utilisé dans d'autres articles pour générer un camembert, et ajoutons un diagramme de Gantt :

```mermaid
gantt
dateFormat  YYYY-MM-DD
title Ajout d'un diagramme Gant par mermaid
excludes weekdays 2014-01-10

section Section A
Tâche terminée            :done,    des1, 2014-01-06,2014-01-08
Tâche en cours            :active,  des2, 2014-01-09, 3d
Tâche future              :         des3, after des2, 5d
Tâche future 2            :         des4, after des3, 5d
```

Nous obtenons alors le résultat suivant, conforme :

Mark Text

Même chose avec la bibliothèque Vega-Lite :

```vega-lite
{
  "data": {
    "values": [
      {"a": "C", "b": 2}, {"a": "C", "b": 7}, {"a": "C", "b": 4},
      {"a": "D", "b": 1}, {"a": "D", "b": 2}, {"a": "D", "b": 6},
      {"a": "E", "b": 8}, {"a": "E", "b": 4}, {"a": "E", "b": 7}
    ]
  },
  "mark": "point",
  "encoding": {
    "x": {"field": "a", "type": "nominal"},
    "y": {"field": "b", "type": "quantitative"}
  }
}
```

Qui donne ce résultat :

Mark Text

Si vous avez déjà utilisé des produits concurrents, vous ne serez pas étonnés que les rendus soient identiques, et pour cause : ils sont souvent issus des mêmes bibliothèques.

Notez que si vous ajoutez du code pour des diagrammes et autres graphiques, il sera sans doute plus simple de travailler directement en mode code. On y accède pour rappel par le raccourci Ctrl + Alt + S. Il y sera plus facile en effet d’ajouter du contenu après insertion de votre élément, car le mode WYSIWYG a parfois du mal à abandonner son édition pour rendre la main lorsque l’on clique ailleurs.

Il s’agit peut-être aussi d’un problème spécifique au jeune âge du projet.

Les grandes forces de Mark Text…

Mark Text a de nombreuses qualités. En fait, on pourrait dire qu’il se présente presque comme une version open source de Typora, ce qui donne une idée de la qualité de l’ensemble. C'est donc un très bon logiciel d’édition de texte pour les aficionados du Markdown. Il présente une riche palette fonctionnelle, une interface le plus souvent souple, et d’agréables petits ajouts qui limitent la distance que parcourt la souris, quand c’est nécessaire.

Par exemple, la barre de formatage après sélection d’un texte ou l’icône de l’élément en cours de travail à sa gauche. Son interface est un autre très bon point, car sa propreté conviendra sans problème à ceux cherchant un environnement neutre pour éviter les distractions, sans tomber dans le minimalisme extrême d’un iA Writer. La présence de thèmes ne gâche rien, bien au contraire, même s’ils ont tendance à se ressembler un peu.

Soulignons également le très bon travail réalisé sur la coloration syntaxique. On la voit dès que l’on utilise du code de manière plus intensive que de simples balises. C’est par exemple le cas pour les graphiques et diagrammes.

Mark Text

… et ses faiblesses

Si l’on ne devait reprocher qu’une chose à Mark Text, ce serait avant tout son utilisation bien peu optimisée d’Electron. Certes la technologie se retrouve un peu partout, notamment chez la plupart des concurrents, mais il y a ici fort à faire. Ce logiciel si minimaliste pèse ainsi 130 Mo environ au téléchargement et grimpe à 500 Mo installé.

C’est plus que Zettlr et Typora par exemple. On aurait plus facilement fait fi de cet embonpoint si les performances étaient au rendez-vous, ce qui n’est pas le cas. Le lancement est curieusement long, on sent une latence dans l’exécution de certaines fonctions, l’ouverture des options est lente, tout comme l’affichage des sections.

On aimerait également qu’une traduction française soit proposée, même si la présence d’une vérification orthographique prenant en charge celle du système adoucit cette absence. L'aspect open source devrait y aider.

Autre problème : la colonne de gauche, en dépit des fonctions proposées, est encore assez rigide. Par exemple, on ne peut pas toucher au classement des documents ouverts. Il n’est donc pas possible d’en modifier l’ordre à la souris et, plus surprenant, Mark Text ne propose aucune option liée. L’ordre est alphabétique, point barre.

À qui s’adresse Mark Text ?

Toute personne souhaitant travailler sur du Markdown peut utiliser Mark Text. On y retrouve, dans les grandes lignes, les mêmes qualités que Typora, ce qui est déjà suffisant pour y jeter un œil.

Tout dépend finalement de ce que vous comptez faire ensuite. Le logiciel exporte très bien en HTML et PDF, mais ne peut pas publier directement sur certains services, comme le font d’autres produits. Si ce point n’est pas rédhibitoire, Mark Text vaut que l’on s’y intéresse, en dépit d’une certaine lourdeur.

L’application n’en était qu’à sa version 0.16.2, on espère que ce défaut sera gommé avec le temps. Notons d’ailleurs qu'elle avait un rythme de parution assez élevée, mais qu’il n’y a pas eu de mise à jour depuis juin.

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