Typora : un très bon éditeur de texte, multiplateforme, mais encore en bêta

L'ergonomie de Simplenote, (presque) la richesse de Zettlr
Typora : un très bon éditeur de texte, multiplateforme, mais encore en bêta

Dans le domaine des éditeurs de texte, Typora n'est pas le plus connu mais devrait gagner en popularité. Car derrière son apparente simplicité se cache un outil puissant.

Nous avons déjà pris en main deux outils au sein de ce dossier : Zettlr et Simplenote. Ils présentent une interface similaire, avec une colonne à gauche pour l'organisation des éléments, et une à droite pour l’écriture. Bien qu'ils gèrent le Markdown – trait d’union de nos articles sur le sujet – leur orientation est totalement différente.

Zettlr est ainsi un véritable éditeur de texte, dont la manipulation de Markdown est simplifiée par des boutons de mise en forme créant automatiquement les balises équivalentes. Simplenote, à l’inverse, se concentre sur le texte proprement dit et la prise de notes rapides. Markdown n'est qu'une option de chaque note, rien ne vient en aider sa manipulation : il faut connaitre les balises sur le bout des doigts pour en profiter pleinement.

Celui que nous analysons aujourd’hui, Typora, est beaucoup plus proche de Zettlr, dans le sens où l’on parle bien d’un vrai éditeur de texte. Son interface est minimale : une zone de texte à peine surmontée d’une barre de menus. Plus minimaliste que Simplenote ? Oui et non. Les apparences sont trompeuses, car les capacités de Typora sont très nombreuses. Surtout, presque toutes les fonctions sont accompagnées de raccourcis clavier.

Comme Zettlr et Simplenote, Typora est gratuit, mais seulement pour l’instant, tant que dure la phase bêta. On ne connait pas le prix envisagé. Notez également que ce logiciel n’est pas open source.

Notre dossier sur les éditeurs de texte :

Interface et généralités

Difficile de faire plus simple que l’interface de Typora. Au premier coup d’œil, elle parait si vide qu’elle peut effrayer. Le logiciel va-t-il vraiment proposer tout ce dont on pourrait avoir besoin pour une édition poussée du texte ?

Typora

Réponse courte : oui. On commence simplement à écrire et on place ses balises, Typora les transformant automatiquement en équivalent « présenté ». C’est d’ailleurs sa caractéristique principale. Le fonctionnement peut également être inverse : on rédige un texte brut, puis on le met en forme comme dans Word ou Writer de LibreOffice, avec dans la plupart des cas les mêmes raccourcis clavier. Sur ce point, il rejoint complètement Zettlr.

De fait, même si le document parait présenté dans Typora, il repose sur Markdown, que les balises aient été écrites à la main ou activées par des outils de formatage dans les menus ou via les raccourcis clavier. Notez qu’à l’usage – et pour ceux qui ne maitriseraient pas le langage – Markdown finit par s’écrire bien plus vite à la main qu’en passant par les outils, sauf quand il s’agit d’insérer des éléments complexes, comme des liens ou images.

L’un des points forts de Typora, outre son interface étonnamment élégante, est de pouvoir copier le texte sous différents formats : texte brut, HTML, Markdown ou simplement sans le style du thème. Bien que le site officiel soit en anglais, l’application est bel et bien en français et propose plusieurs thèmes.

Celui par défaut se nomme GitHub et reprend les codes graphiques du service de Microsoft. Quatre autres sont présents, dont un sombre (Night). On peut en ajouter depuis cette page du site officiel, et ils sont nombreux. Un point fort supplémentaire, d’autant qu’il s’agit de simples feuilles de style CSS. Chacun peut donc créer ses thèmes.

  • Typora
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La présentation par défaut rappelle une page web. Ce n’est qu’une apparence, pour des questions de lisibilité, même si l’application permet effectivement de copier le document en mode HTML.

Et si l’on souhaite travailler sur des projets plus complexes ? On peut afficher la barre latérale avec l’arborescence des dossiers et des fichiers au format MD. Quand on se trouve dans un dossier, la vue ressemble à celle de Zettlr ou de Simplenote, avec la liste des documents disponibles. Cliquer sur l’un d’entre eux affiche le texte à droite.

Pour créer un nouveau document, deux méthodes. Si l’on souhaite rester dans cette vue, on clique sur le « + » en bas à droite de la fenêtre pour ajouter un élément à la liste, auquel on donnera un nom. Si l’on veut au contraire une nouvelle fenêtre, on clique sur Fichier > Nouveau ou on passe par le raccourci Ctrl + N (ou Cmd + N sur Mac).

Si on enregistre le nouveau document dans le même dossier que les autres, on note un bug : il n’apparaitra qu’après redémarrage de l’application. Le problème ne se présente pas en passant par le « + ».

Typora

Une grande souplesse d’utilisation

Typora est un outil particulièrement souple. Par exemple, ce n’est pas parce que le logiciel transforme en temps réel les balises en présentation que l’on ne peut plus les voir ensuite. Par défaut, tout texte ayant été balisé dans la partie contenu peut être cliqué pour faire apparaitre les balises. Dans les options, section Éditeur, on peut en plus sélectionner l’affichage de la source pour les blocs simples, dont les titres.

Si vous préférez rédiger en pur mode Markdown et pas uniquement à la demande, il suffit de cliquer sur le bouton « </> », auquel cas toutes les balises s’afficheront. Juste à côté de ce bouton, on en trouvera un autre permettant de faire apparaitre ou disparaitre rapidement la barre latérale.

Ces deux éléments sont placés sur la barre de statut, affichée par défaut, mais pouvant être masquée. À sa droite, on trouvera le compteur de mots, fournissant d’autres statistiques lorsque l’on clique dessus : temps estimé de lecture, nombre de lignes, de mots et de caractères.

Typora

Ainsi, en cliquant sur les chapitres, on pourra par exemple modifier le nombre de # pour modifier l’indentation. Cette dernière peut cependant être modulée via le menu Paragraphe ou le raccourci Ctrl + 1 à 6. La barre latérale reflète immédiatement le résultat si elle est active et en vue « Plan ».

Comme nombre d'éditeurs, Typora reconnait plusieurs raccourcis. On retrouve bien sûr de grands classiques comme Ctrl + B pour le gras, Ctrl + I pour l’italique ou encore Ctrl + K pour l’insertion de lien. Mais le logiciel va bien plus loin, avec Ctrl + T pour insérer un tableau, Ctrl + Maj + K pour un bloc de code, Ctrl + Maj + M pour un bloc Maths, ou encore Ctrl + Maj + [ ou ] pour une liste numérotée ou à puces.

Si vous avez l’habitude d’utiliser ces raccourcis, vous pourrez activer le mode « Unibody » dans les options de l’application. La barre de menu disparait alors pour proposer une interface encore plus minimaliste. Reste le menu général, accessible depuis les trois petits traits situés à gauche du titre, tout en haut de la fenêtre. Le panneau remplit toute la fenêtre, avec une présentation qui n’est pas sans rappeler la suite Office de Microsoft.

Typora propose en outre deux modes spécifiques de rédaction, selon les besoins : Focus et Machine à écrire. Le premier permet de se concentrer sur le paragraphe en cours, le reste du document étant atténué. Le second fixe verticalement le lambda d’insertion (caret), à la manière d’une machine à écrire : quoi que vous écriviez, la ligne en cours de modification est toujours au centre de l’écran.

Code, diagrammes, formules mathématiques : les compléments intégrés

Comme d'autres, Typora contient plusieurs modules destinés à des besoins spécifiques. L’application prend ainsi en charge trois bibliothèques spécialisées dans les diagrammes : flowchart.js, js-sequence-diagrams et Mermaid. Dans le cas de Mermaid par exemple, le bloc de code est introduit par trois accents graves :

```mermaid
pie title Quel temps fera-t-il demain ?
         "Oui" : 70
         "Non" : 30
```

« pie » renvoie chez nous au camembert, dont le résultat s’affiche ainsi :

Typora graphique

Vous avez des besoins en formules mathématiques, par exemple pour un travail de type académique ? Les expressions LaTeX sont directement gérées par Typora. Les blocs de code s’introduisent par un double dollar :

$$
\begin{align*}
y = y(x,t) &= A e^{i\theta} \\
&= A (\cos \theta + i \sin \theta) \\
&= A (\cos(kx - \omega t) + i \sin(kx - \omega t)) \\
&= A\cos(kx - \omega t) + i A\sin(kx - \omega t)  \\
&= A\cos \Big(\frac{2\pi}{\lambda}x - \frac{2\pi v}{\lambda} t \Big) + i A\sin \Big(\frac{2\pi}{\lambda}x - \frac{2\pi v}{\lambda} t \Big)  \\
&= A\cos \frac{2\pi}{\lambda} (x - v t) + i A\sin \frac{2\pi}{\lambda} (x - v t)
\end{align*}
$$

Le résultat est très propre :

Typora maths LaTeX

L’application supporte la numérotation automatique des blocs mathématiques, qu’il faudra activer dans les options. Cette fonction peut parfois avoir du mal.

Typora permet également d’intégrer des formules mathématiques dans des lignes de texte, pour ne pas passer systématiquement par un bloc. Il faut activer l’option dans les Préférences et redémarrer l’application. On peut dès lors inclure une formule en se servant de dollars simples, par exemple : $f = \frac{2 \pi}{T}$.

Typora maths LaTeX

Les balises $ servent aussi aux formules chimiques, grâce à l’extension mhchem. Par exemple, l’expression $\ce{CH4 + 2 $\left( \ce{O2 + 79/21 N2} \right)$}$ donnera :

TyporaTypora

L’éditeur peut également servir à créer des pages web statiques. D’une part, on peut utiliser la vue code source (le fameux bouton </>) pour travailler en mode code. D’autre part, Typora gère les blocs YAML Front Matter, que l’on peut insérer depuis le menu Présentation.

Enfin, l’application inclut optionnellement certaines facilités dans la gestion des images. Il faut donc activer deux options dans Préférences > Image :

  • Utiliser le chemin relatif si possible
  • Autoriser le téléversement d’images automatiquement d’après les paramètres YAML

Si par exemple vous possédez un dossier « Site » dans lequel vous rangez le fichier MD contenant tout le texte et un autre « Images » pour stocker des photos en vue d’une publication, vous aurez tout intérêt à sélectionner « Copier l’image vers un dossier spécifique » dans la liste déroulante au-dessus des options.

Ensuite, dans menu Format, sélectionnez Image > Lors de l’insertion de l’image locale > Copier le fichier d’image vers le dossier, puis choisissez le dossier que vous désirez.

TyporaTypora

Après quoi, en cas de glisser-déposer d’une image dans la fenêtre de Typora, le fichier sera copié dans le dossier sélectionné pour concentrer toutes les données nécessaires à la publication du site. En outre, un élément typora-copy-images-to: sera automatiquement ajouté dans le bloc YAML Front Matter, créé s’il n’existait pas déjà.

Avantages et inconvénients de Typora

Typora se révèle d’une très grande souplesse à l’usage. Sa disponibilité sur les trois plateformes principales le rend prêt à rendre service sur la quasi-totalité des ordinateurs, excepté sur mobile : aucune application n’est proposée.

Comme Zettlr, Typora tire une bonne part de sa souplesse de son mode d’édition, exploitable aussi facilement en WYSIWYG qu’en Markdown. Cette vue est utile pour les balises, certes, mais également pour la rédaction du code, avec colorisation de la syntaxe. Dans ce cas de figure, il est une solution tout à fait adaptée aux sites statiques, mais les créations plus complexes seront plus à l’aise dans des éditeurs comme Notepad++ ou Visual Studio Code.

Contrairement à Simplenote, il ne propose aucune synchronisation. Sur macOS, Typora est compatible avec iCloud, mais en ce qui concerne les autres plateformes, il faudra prévoir sa propre solution, qu’il s’agisse de OneDrive, Google Drive, Dropbox ou n’importe quel autre service, y compris en auto-hébergement.

On apprécie également son support des graphiques et diagrammes via Mermaid, FlowChart et Sequence, ainsi que sa prise en charge des citations, tout spécialement venant de Zotero et Mendeley. Il gère aussi les tables via Markdown Extra, les tags, l’exportation vers de très nombreux formats (HTML, HTML pure, PDF, Word, OpenDocument, RTF, ePub, LaTeX, Media Wiki, ReStructuredText, Textile et OPML) via Pandoc.

Typora est donc en l’état extrêmement agréable à l’usage, mais n’est pas dépourvu de défauts. D’une part, il est en bêta, et en dépit d’une qualité certaine, il n’est pas étranger aux bugs. Certains soucis d’affichage peuvent survenir pendant l’utilisation, nécessitant de redémarrer l’application. Le comportement des fonctions et des éléments d’interface sont également susceptibles de changer d’ici la version finale. Cette dernière sera par ailleurs payante.

Au quotidien, certains comportements peuvent agacer, alors que les options existent. Certaines d’entre elles devraient être actives par défaut, notamment à la réouverture qui, sans intervention de l’utilisateur, se contente d’ouvrir un nouveau document. Dans les préférences, on peut demander à Typora de restaurer les derniers fichiers et dossiers fermés. Pour les utilisateurs travaillant régulièrement avec les mêmes documents ou complétant les mêmes dossiers, ce sera un soulagement. Zettlr a notamment ce comportement par défaut.

À la question de savoir si Typora peut être utilisé comme traitement de texte, la réponse est : cela dépend. En français, et selon votre besoin de suivi des règles de l’édition, ce sera possible facilement ou non. Contrairement à Zettlr, Typora ne gère par exemple ni les majuscules accentuées automatiques ni les guillemets français. Il intègre quand même un correcteur orthographique prenant en charge la langue de Molière (ou de Racine, selon les goûts).

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Il pourrait également être plus optimisé. Comme Zettlr et Simplenote, Typora est une application Electron, sans avoir les performances de ses concurrents. Aussi simple soit-il à utiliser, cette sensation est parfois contrebalancée par une très légère latence dans l’exécution des actions. On aimerait donc quelques optimisations, même s’il prend moins de place sur le disque que les deux autres (188 Mo sur Windows, contre 330 pour Zettlr et Simplenote environ). La consommation mémoire est assez moyenne : comptez 100 Mo à peu près par document ouvert.

En outre, il n’est pas certain que tout le monde apprécie la manière dont Typora traite le texte au fur et à mesure de la frappe. Écrire en incluant les balises implique que l’application modifie en temps réel le résultat (mode WYSIWYG). Ce traitement engendre des modifications régulières dans la taille des mots et des lignes. Certains s’en moqueront, et d’autres seront agacés de ne pas avoir une frappe progressant naturellement « à la Word ». 

Bien que la méthode soit plus lente, on peut contourner ce problème – si c’en est un. Il suffit d’écrire son texte et de modifier la présentation comme on le ferait avec un traitement de texte, avec des sélections de mots et les fonctions des menus, utilisables aussi via des raccourcis clavier.

Typora prend la tête pour l’instant

L’élégance et la souplesse de Typora lui font prendre la tête de notre court (pour le moment) comparatif. Ce classement est subjectif, car Zettlr est plus riche fonctionnellement. Mais il l’est peut-être trop pour le quidam, à qui l’interface très épurée de Typora parlera peut-être davantage.

Comme déjà dit, cette simplicité n’est en rien comparable à celle de Simplenote : Typora sait manipuler le texte, les images, le code, les diagrammes, les graphiques, les formules mathématiques et chimiques, les citations et les tableaux. Le tout en vue WYSIWYG ou code, selon les besoins et préférences.

Avantage également à l’esthétique de l’application, dont le minimalisme n’est pas synonyme de dépouillement. Les thèmes proposés sont agréables, les polices bien choisies. Il y a un vrai plaisir à écrire dans Typora.

Mais attention, cette recommandation dépendra du tarif final. S'il est raisonnable (pas plus de quelques dizaines d’euros), il devrait garder sa première place. Si les développeurs décident de le fournir uniquement sur abonnement, ce sera une autre paire de manches. En outre, il n’est pas open source, ce qui sera un vrai frein pour nombre de personnes.

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