Banques classiques, mobiles, en ligne ou « néo » : qu'est-ce que ça change ?

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Services DOSSIER
David Legrand

Ces derniers mois, le secteur bancaire est en plein chamboulement avec la montée en puissance des « néo-banques ». Des services qui se veulent plus simples et innovants, mais qui n'ont pas toujours que des avantages. On fait le point.

Si en 2017 vous utilisez une offre bancaire classique, c'est sans doute une erreur. Le service rendu est le plus souvent assez faible, pour un tarif plutôt élevé, et de nombreuses alternatives existent à des tarifs attractifs depuis des années. Si vous n'avez pas de fortune spécifique à gérer, vous avez le plus souvent intérêt à aller voir ailleurs.

Surtout que la mobilité bancaire a été facilitée au début de l'année avec la mise en place d'une procédure où c'est votre nouvelle banque qui prend en charge le gros des démarches administratives. Changer de banque est donc plus simple, alors que créer un compte ne prend plus que quelques minutes dans certains cas.

Notre dossier sur l'évolution du secteur bancaire :

Banques en ligne : la quasi-gratuité, parfois sous conditions

La première révolution fut celle des banques en ligne, dont l'un des emblèmes français est Boursorama. Appartenant depuis quelques années à la Société Générale, le site a été créé en 1998 par Patrice Legrand et Stéphane Mathieu à Nancy.

Si le service a connu de nombreuses évolutions à travers le temps, il prend désormais la forme d'un site d'information sur l'actualité économique avec une offre bancaire qui mise sur une quasi gratuité. La banque se targue ainsi d'être la moins chère depuis près de 10 ans, et un petit tour au sein de sa brochure tarifaire confirme que les frais sont peu nombreux.

Même la fameuse « commission d’intervention » est gratuite, tout comme les « frais de lettre d’information ». La carte bancaire, gratuite elle aussi, peut-être une VISA Classic ou Premier, à débit immédiat ou différé. L'offre est assez complète, et propose pas mal de services : désactivation du paiement sans contact en ligne, gestion des comptes externes, plafond modifiable à la demande, application plutôt pratique à utiliser, etc. 

Seule condition : disposer d'un revenu minimum ou d'un encours suffisant pour prétendre à telle ou telle carte. Un problème historique des banques en ligne qui commence à se résorber avec la concurrence accrue de nouveaux services qui n'ont aucune exigence de ce genre.

Ainsi, Boursorama propose désormais une carte VISA Classic sans obligation spécifique, avec un plafond de retrait de 200 euros sur sept jours et de paiement de 600 euros sur 30 jours. La carte reste gratuite sous réserve de l'utiliser au moins une fois par mois, sinon cinq euros sont facturés :

Boursorama TarifBoursorama Tarif

Notez qu'il est aussi assez simple de créer un compte complémentaire, ou joint, et de passer de l'un à l'autre au sein de l'interface. La société mise, comme ses concurrents, pas mal sur le bouche-à-oreille et sur le parrainage pour se développer et compte désormais plus d'un million de clients. Un « score » également atteint par ING Direct. 

Car ces dix dernières années, nombreux sont les acteurs qui se sont lancés sur ce créneau : BforBank, Fortuneo, Hello Bank, ING Direct, Monabanq, sont autant de noms que vous avez sans doute déjà entendus. Tous appartiennent à de gros réseaux bancaires qui y ont vu la possibilité d'éviter de voir fuir une clientèle adepte du numérique, qui veut dépenser peu.

Chacun dispose de ses avantages et ses inconvénients, ses obligations et ses petits services en plus. Mais toujours avec la promesse d'une gestion simple, en ligne et d'un tarif à l'année assez peu coûteux.

Pour autant, tout n'est pas parfait, et l'on se retrouve malgré tout avec des services bancaires plutôt classiques sur certains aspects : une souscription longue nécessitant de nombreux documents et plusieurs jours d'attente. Malgré l'innovation de certains, on sent encore souvent la lourdeur propre au monde bancaire et ses systèmes d'information qui ne sont pas toujours de première jeunesse.

Malgré leur aspect connecté et technologique, les banques en ligne ont ainsi laissé passer deux évolutions majeures qui ont donné l'occasion à certains services concurrents de se lancer.

La banque mobile et ses déceptions

La première vague fût celle des banques mobiles. Cette fois, le succès n'a pas forcément été au rendez-vous, ou plutôt, il a rapidement été assimilé. Il faut dire que parfois, cela tenait plus de l'argument marketing que de la véritable révolution.

L'idée de la banque mobile était en effet de proposer des services pensés pour être utilisés principalement sur un smartphone, de la création du compte à l'utilisation au quotidien. Soon d'Axa Banque avait été plutôt un bon exemple du genre avec un service spécifique et complètement adapté au besoin. Il n'a pourtant pas rencontré un très gros succès et a donc été réintégré à l'offre classique de la banque.

À l'inverse, Hello Bank est sans doute l'exemple parfait du discours déconnecté de l'offre dans la pratique. Le service mise pas mal sur des services spécifiques visant les jeunes, un parcours de création de compte qui se fait sur smartphone, un chat et des comptes sur les réseaux sociaux sont proposés... mais pour le reste, on est face à une interface proche de celle de la maison mère : BNP Paribas.

Les couleurs changent, mais le fonctionnement et la dynamique de fond restent identiques. Même au niveau tarifaire, le compte n'y est pas forcément et les pratiques en cas d'incident sont celles que l'on peut constater sur des services de banque tout à fait classique. Autant dire que cela peut être assez décevant pour celui qui s'attendait à un service innovant et « disruptif », pensé réellement pour l'ère mobile.

« Néo-banques » la véritable révolution du secteur bancaire...

Si les modèles par des acteurs classiques n'ont pas fonctionné, il en a été tout autrement pour les « néo-banques ». C'est avec elles que les choses ont réellement commencé à changer, et que l'usage mobile a été pris en compte de manière globale, notamment dans la phase de souscription.

Mais ici, il n'est pas toujours question de banques à proprement parler. Certains acteurs sont reconnus comme des établissements de paiement, d'autres disposent d'une licence bancaire qu'ils peuvent exploiter notamment au niveau européen. Ils ne peuvent donc pas forcément proposer les mêmes services qu'une banque classique et font face à une réglementation plus légère.

Il est ainsi courant d'avoir seulement droit à une carte bancaire mais pas à un chéquier, de ne pas avoir d'autorisation de découvert ou une carte à débit différé, etc. Leur modèle économique repose surtout sur le principe de ne faire payer que ce qui leur coûte, et peuvent parfois être perçues comme plus chères que des banques en ligne.

Elles se démarquent néanmoins par une grande facilité de création de compte, des applications assez modernes, des services parfois assez innovants et intéressants pour ceux qui ont un besoin spécifique.

N26 est souvent cité comme un exemple du genre. En plus d'être l'un des rares acteurs à proposer Apple Pay en France, et permet notamment de n'avoir aucun frais en cas de paiement effectué dans une devise étrangère. La société a aussi mis sur le marché l'année dernière une carte World Elite Mastercard « Black » facturée 5,90 euros par mois assure une absence de frais aussi pour les retraits effectués en devise étrangère avec quelques autres avantages. 

Apple Pay N26

... les rachats et les adaptations commencent 

Mais là aussi nombreux sont ceux qui se sont lancés sur ce créneau ces dernières années, chacun tentant de se démarquer quitte à parfois intégrer de gros groupes bancaires afin de se développer. 

Compte Nickel qui avait misé sur une distribution à travers les buralistes et une carte à 20 euros par an a ainsi rejoint BNP Paribas, Crédit Mutuel Arkéa a pris 80 % de participation dans Pumpkin, la Banque Edel (E. Leclerc) a fait de même avec Morning, etc. D'autres continuent de tenter de faire la différence comme Sharepay qui propose une carte permettant de partager les dépenses entre amis ou dans un couple qui ne veut pas (encore) de compte joint.

Mais il devient de plus en plus compliqué de sortir du lot et de convaincre l'utilisateur qui a encore du mal à changer de banque, alors quand il s'agit de disposer de quatre ou cinq cartes bancaires, chacune avec ses points forts...

D'autant que les banques classiques commencent à intégrer les nouvelles dynamiques poussées par les « néo-banques ». Même si un travail de fond est souvent nécessaire, on voit certains groupes qui bougent plus vite que d'autres. Crédit Mutuel Arkea vient de simplifier sa procédure de création de compte et mise sur son service Max, le Crédit Mutuel vient de lever le voile sur Avantoo, le Crédit Agricole prépare « Eko » pour décembre... 

Un gros potentiel de transformation dans un secteur plutôt conservateur

Le tout sur fond de lancement d'Orange Bank par le géant français des télécoms qui compte bien se faire une place sur ce marché très lucratif, tant dans le domaine des comptes courants que de l'épargne, l'assurance, etc.

Au final, les places seront sans doute peu nombreuses, mais ceux qui arriveront à placer leurs pions de la bonne manière dans la phase de transformation qui est en cours auront beaucoup à gagner, aux dépens de ceux qui laisseront passer cette nouvelle vague.

Pour le moment, une société comme N26 revendique 100 000 clients en France, contre 150 000 pour Revolut. On est donc bien en-deçà d'un Boursorama ou même d'une banque classique qui compte plusieurs millions de clients. Mais ces acteurs vont de plus en plus faire parler d'eux, aller démarcher ceux qui restaient jusqu'à maintenant fidèles à leur banque qui les surfacture par centaines d'euros chaque année.

Leur croissance ne devrait donc pas être complexe et pourrait être rapide s'ils jouent bien le jeu. Avec une facilité accrue à changer d'établissement, à créer un compte et la promesse de fortes économies, on pourrait se retrouver dans une situation assez proche de celle qu'a connue le monde des télécoms à l'arrivée de Free Mobile il y a cinq ans.

Et les professionnels alors ?

Si le grand public a eu droit à des années de révolution dans les tarifs et les pratiques bancaires, ce n'est pas forcément le cas pour les professionnels. En effet, eux ont encore souvent droit à une gestion classique et encore plus coûteuse, où la moindre opération leur est facturée, parfois assez chère. Et ici, peu de concurrence pour faire bouger les lignes.

Cela commence néanmoins à changer. Des acteurs comme N26 ou Boursorama proposent par exemple des solutions dédiées aux auto-entrepreneurs avec des frais assez limités, Compte Nickel prépare la sienne. Et cela devrait sans doute finir par s'étendre à des entités plus classiques comme les SARL, SAS, etc. 

Cela existe d'ailleurs à travers des sociétés comme IBAN First, dans laquelle Xavier Niel a investi, et qui propose de créer un compte multi-devises en quelques minutes seulement, avec une gestion possible via une API, des services spécifiques, une double authentification obligatoire pour certaines actions, etc. Qonto est également présent sur ce créneau.

Faut-il changer de banque ?

Reste une question pour le consommateur : doit-il quitter sa banque, ou même passer d'une banque en ligne à une néo-banques ? Dans le premier cas, la réponse est sans doute oui. Même si certains tentent encore de garder les clients captifs à travers leur crédit immobilier et autres astuces plus ou moins légitimes, cela ne pourra pas durer éternellement.

Chaque année, votre banque vous envoie un récapitulatif de ce qu'elle vous coûte. Analysez-le, comparez les services et laissez sans doute passer encore quelques semaines avant de prendre une décision. Des services doivent encore être lancés, testés, leurs conditions tarifaires analysées dans les détails... mais vous avez sans doute tout à y gagner.

La migration depuis une banque en ligne est moins évidente. Un client de Boursorama gagnera-t-il quelque chose à disposer d'une carte N26 par exemple ? Pas forcément. Celui qui voyage beaucoup à l'étranger sans doute avec le modèle « Black », mais sinon le gain apporté par la simplicité de l'application n'est pas évident. Surtout que les banques en ligne ne vont pas rester sans réagir et adapter leurs applications et leurs procédures sans doute d'ici quelques mois. 

Comme souvent, il n'y a pas de réponse simple ou pré-établie. Chacun devra voir midi à sa porte, mais comme évoqué plus haut, tout le monde aura intérêt à jeter un coup d'œil attentif à ce marché.

Un secteur peu visible, car complexe à tester et comparer

Reste que le secteur bancaire est l'un des plus complexes à analyser et où la comparaison n'est pas aisée (malgré un comparateur officiel). Certes les documents légaux doivent être publiés dans une forme minimale avec une grille de tarifs prédéfinie, mais dès que l'on plonge dans les détails, cela devient forcément compliqué et parfois assez piégeux.

Et même si la banque devient de plus en plus technologique, on ne compare pas une application de gestion des comptes comme une messagerie instantanée. Les journalistes ne peuvent pas tous disposer de dizaines de comptes (ce qui est souvent perçu comme une anomalie par les autorités) afin de suivre constamment les évolutions du secteur et des acteurs. Sans parler des acteurs classiques et parfois locaux, qui se comptent par dizaines.

Néanmoins les choses commencent à changer, le secteur est de plus en plus sous la lumière et soumis à une concurrence accrue, ce qui ne peut lui faire que du bien tellement les choses étaient figées ces dernières années. Nous tenterons de notre côté de vous le rendre plus lisible et de vous livrer les clés pour le comprendre et faire vos choix.

C'est le sens du dossier que nous ouvrons aujourd'hui à l'occasion du lancement d'Orange Bank, qui prend place dans une démarche plus globale, qui vise à traiter de manière croissante le secteur des fintechs dans son ensemble.


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