N26 se déploie en Europe, la carte bancaire reste gratuite en France sous conditions

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Finances
David Legrand

N26 (ex-Number26) reprend son déploiement en Europe et vient de diffuser sa grille tarifaire pour la France. La « néo-banque » conserve ainsi la gratuité de sa carte, sous conditions, et propose un modèle « Black » pour 5,90 euros par mois. Dans le même temps, le français Morning propose lui aussi une offre plutôt complète. 

N26 prépare son grand retour. Son PDG vient d'annoncer l'extension du service bancaire « nouvelle génération » dans pas moins de 17 pays lors d'une conférence Techcrunch Disrupt.

En réalité, elle revient dans six d'entre eux (dont la France) après une révolution de son modèle opéré ces derniers mois et s'ouvre à la Belgique, l'Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, les Pays-bas, le Portugal et la Slovénie. Mais elle le fait avec de nouveaux services, et surtout une offre payante.

Faux départ

Petit rappel des faits. La société, qui était auparavant connue sous le petit nom de Number26, a été créée en 2013 mais a commencé à officier début 2015 en Allemagne et en Autriche. Pour cela, elle s'appuyait sur les services de WireCard. Quelques mois plus tard elle s'ouvrait à six nouveaux marchés : Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie et Slovaquie. De quoi séduire rapidement 200 000 clients.

Elle a fait grand bruit chez nous l'année dernière, bien aidée par un dispositif de parrainage avantageux pour ceux qui savaient l'exploiter (10 euros par compte ouvert). De quoi favoriser la viralité du message, surtout pour un service qui se vantait d'être rapide à mettre en place, adapté au mobile et au numérique, mais surtout... gratuit à l'usage. 

Puis en avril, le service a décidé de se concentrer à nouveaux sur ses deux marchés d'origine, freinant les inscriptions par un système de liste d'attente dans les autres pays. Elle promettait à l'époque une inscription possible en France avec un délai de deux semaines. Finalement, le retour était annoncé pour novembre.

Car outre la rançon du succès, il existait aussi des questions réglementaires et quelques faiblesses dans le modèle économique, pourtant vanté encore en juin dernier. C'est d'ailleurs pendant l'été qu'une phase de transition a été mise en place, suite à une levée de fonds de 40 millions de dollars.

De Number26 à N26

Le 21 juillet, la société annonçait un changement de nom (N26), de logo mais aussi avoir obtenu une licence bancaire en Allemagne, lui permettant d'opérer en Europe. La société qui avait déjà annoncé un service de transfert d'argent via Siri, ou son offre payante N26 Flex a continué de multiplier les annonces.

Entre juillet et novembre, on a ainsi eu droit à N26 Invest, la demande d'argent à un tiers dans le service de transfert d'argent maison MoneyBeam, puis N26 Black (nous y reviendrons) et N26 Business. D'autres ont d'ailleurs été annoncé : partage de dépenses, crédits, etc.

Bref, une multitude de services pour renforcer l'offre de la société mais aussi les possibilités de revenus. De quoi stabiliser son modèle avant un retour dans de nombreux pays. Cela passait par contre par quelques changements pour les clients (IBAN, carte bancaire, nouvelles conditions, etc.), l'ouverture officielle de N26 Bank ayant été annoncée le 27 octobre dernier. Mais quid de la France ?

En France, toujours une liste d'attente

Comme dit précédemment, la société annonce être de retour chez nous. Si son site a effectivement été entièrement traduit en français, dans la pratique, les utilisateurs ont toujours droit à la fameuse liste d'attente. Un délai de quelques semaines est ainsi annoncé afin « d'assurer la meilleure expérience tout au long du processus ».

En attendant, la nouvelle grille tarifaire a été mise en ligne, en date du 6 décembre. L'occasion de l'analyser puisque quelques surprises sont au programme.

N26 Site français

Les banques en ligne innovent peu, la brèche est ouverte

Car pour séduire le grand public, N26 comptait au départ sur deux arguments principaux. Le premier, est que la start-up promet l'ouverture d'un compte bancaire en ligne en seulement huit minutes (c'est un peu plus long en réalité). Une promesse qui n'est pas sans faire penser à ce que propose Compte Nickel depuis quelques temps maintenant.

Cela représente un gain de temps considérable par rapport aux banques traditionnelles, qui réclament encore et toujours de leur transmettre une foule de documents (fiches de paie, justificatifs de domicile...) nécessitant un certain temps pour être traités. Et cela, même pour les « petites sœurs » que sont les banques en ligne (voir notre analyse), qui sont pourtant censé représenter le fleuron de l'innovation technologique de chaque groupe.

Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas, et certains de ces services ne sont d'ailleurs qu'une interface légèrement repensée avec une tarification plus faible, ainsi qu'un parcours et un service client différents. Le tout nécessitant souvent la justification d'un certain niveau de revenus.

Fin de la gratuité pour N26 ? pas totalement

Le deuxième avantage mis en avant par la « néo-banque » était la gratuité de la carte bancaire. Et si l'on parle ici au passé, c'est parce que le modèle a « pivoté » pendant la phase de transition opérée ces derniers mois. Ainsi, outre les nouveaux services, plusieurs éléments ont été annoncés comme payants.

C'était notamment le cas de la carte bancaire en France, annoncée au départ à 2,90 euros par mois. Une pratique qui se généralise chez les acteurs émergents de la « fintech », comme Compte Nickel, Lydia ou Sharepay par exemple. Une façon de vanter un modèle « payer pour ce que l'on consomme », assez inhabituelle dans un monde bancaire à la tarification souvent assez trouble.

Mais finalement, ce n'est pas toujours le cas. Si la carte Maestro à autorisation systématique n'est pas proposée en France, certains clients commencent à recevoir un message indiquant que la Mastercard classique reste gratuite sous réserve d'une utilisation minimum (ce qui rapporte de l'argent à N26) et de ne pas trop forcer sur les retraits dans les distributeurs (ce qui coûte de l'argent à N26).

Les détails sont donnés sur le site de N26 qui précise « il vous suffit de l'utiliser en moyenne au moins trois fois par mois tous les trois mois, la première période débutant le 1er du second mois calendaire après la vérification de votre identité (par exemple, si vous vérifiez votre identité le 12 décembre, la première période débutera le 1er février). Dans le cas contraire, une cotisation de 8,70 € sera prélevée pour la période de trois mois durant laquelle le critère d'utilisation n'est pas respecté. Ce critère ne s'applique pas si vous êtes âgé de moins de 26 ans ou que vous êtes titulaire d'un compte N26 Black ».

Ainsi, ouvrir un compte et l'utiliser au quotidien peut rester totalement gratuit. Seule exception : les retraits en monnaie étrangère qui sont facturés 1,7 % pour le compte de base. Ceux en euros sont facturés deux euros passés les cinq premiers (qui sont gratuits).

L'envoi d'une nouvelle carte bancaire est facturé dix euros, trois euros pour une relance de paiement (la première est gratuite). Les dépassements et découverts autorisés ne sont pour le moment possibles que pour les utilisateurs allemands et restent facturés sous la forme « d'intérêts débiteurs annuels de 8,9 % sur le montant dû du découvert autorisé. Les intérêts sont facturés par trimestre et prélevés sur votre compte N26 ».

Tous les tarifs de la banque sont détaillés dans ce document.

Une carte « Black » pour 5,90 euros par mois

Mais pour attirer un public qui n'hésitera pas à dépenser quelques euros par mois contre des services spécifiques, N26 mise sur une deuxième formule annoncée à 5,90 euros par mois, sans conditions de ressources. Il est cette-fois ci question d'une carte de paiement plus haut de gamme : la MasterCard World Elite.

Celle-ci propose l'habituel service de conciergerie propre aux cartes « Black », un service d'agence de voyage, mais aussi de nombreuses promotions chez des partenaires, d'autres spécifiques à Paris mais aussi un service de Cashback Priceless Deals vous permettant de récupérer une partie de l'argent que vous dépensez chez certaines marques.

À titre de comparaison, une banque en ligne comme Fortuneo la propose gratuitement si le client dispose de revenus mensuels supérieurs à 4000 euros, ou bien à 50 euros par trimestre dans le cas contraire. Des banques comme le CIC annoncent un tarif annuel de 265 euros par an, contre 290 euros pour la BRED.

N26 Tarifs France

Cette offre assure aussi une assurance concernant « la protection en cas de vol de téléphone portable, assurance voyage, protection en cas de vol lors d’un retrait d'espèces à un DAB, extension de garantie », mais aussi la gratuité en cas de retrait dans des devises étrangères. 

Vous pourrez aussi profiter, pour 130 euros, du service Emergency Cash Advance (ECA) afin de disposer d'un maximum de 500 euros dans n'importe quel pays où Western Union ou l'une de ses filiales sont présentes, en cas de perte ou de vol de votre carte bancaire.

Sur le papier, N26 a donc tout pour plaire : un service qui peut être gratuit, adapté aux usages et besoins du moment, mais qui sait aussi proposer des services avancés notamment pour ceux qui voyagent beaucoup. Si de nombreux éléments restent encore limités aux clients allemands, cela devrait néanmoins vite changer.

Morning : l'alternative française

On espère aussi que la liste d'attente imposée aux clients français sera rapidement de l'histoire ancienne. Surtout que les alternatives se multiplient chez nous. Outre le cas d'Orange Bank que tout le monde attend au tournant, il y a la startup Morning (ex-Payname) qui veut « réveiller la banque » et propose aussi de nombreux services.

Agréée comme établissement bancaire par l'ACPR, cette société de la Haute-Garonne mise sur le collaboratif et une grande implication de sa communauté et une Mastercard gratuite avec possibilité d'étaler les paiements pour convaincre. Elle dispose aussi d'outils de transfert d'argent, d'un service de cagnotte et de solutions pour les Pro.

Bref, après des mois de bulles et d'annonces dans tous les sens, les solutions « Fintech » semblent enfin gagner en maturité et passer au concret. Reste à voir quel sera leur succès et comment les banques vont s'adapter à ces nouveaux modèles. 


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