La capsule habitable Crew Dragon de SpaceX est sur l'ISS, une étape « historique »

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Espace
Sébastien Gavois

C'est fait : SpaceX a (enfin) envoyé sa capsule Crew Dragon dans l'espace. Elle s'est arrimée automatiquement à la Station spatiale internationale et devrait repartir toute seule vendredi. Ce succès est « historique » pour les Américains : il s'agit de la première étape qui leur permettra de ne plus dépendre des Russes pour envoyer des astronautes dans l'ISS.

Ce week-end marque un tournant pour SpaceX et les États-Unis : Crew Dragon a décollé à bord d'une fusée Falcon 9 depuis le pas de tir « mythique » 39A du centre spatial Kennedy, celui d'où décollaient les navettes spatiales de la NASA. 

Le reste de la mission s'est ensuite déroulé sans encombre : synchronisation avec l'orbite de la Station spatiale internationale et arrimage automatique. C'est « une première pour un vaisseau spatial conçu pour des équipages, construit et opéré par une société commerciale », explique la NASA. Pour la 35e fois, SpaceX a récupéré le premier étage de sa fusée, une opération devenue quasiment routinière depuis son « exploit technologie » fin 2015

Pas d'équipage pour cette mission baptisée Demo-1, mais un « dispositif de test anthropomorphique » – alias un mannequin bardé d'électronique – baptisé Ripley en l'honneur d'Alien. Pour rappel, la société d'Elon Musk utilise souvent des références à la science-fiction dans ses missions.

Selon Jim Bridenstine (administrateur de la NASA), c'est une étape « historique » pour son agence, qui devrait enfin s'émanciper de la Russie pour envoyer des membres d'équipage dans la Station spatiale internationale. Pour rappel, Soyouz est la seule alternative depuis la mise en placard des navettes spatiales en 2011.

Depuis 2014, une route semée d'embuche et de retard

Comme prévu, Falcon a donc décollé samedi matin. Enfin comme prévu si l'on se réfère à la dernière annonce en date, car ce vol inaugural a été marqué par de longs retards à répétition. Sans revenir sur l'ensemble des promesses (nous n'en sommes pas au point de la Freebox V7), le premier vol inhabité était initialement prévu pour 2016/2017, suivi d'un lancement avec un équipage en 2017. Il a finalement fallu attendre 2019 pour que la première partie se déroule enfin.

Notez que la situation est identique pour la capsule CST-100 Starliner développée par Boeing, elle aussi devant emmener des astronautes dans l'ISS. Les deux projets ont pour rappel été sélectionnés par l'agence spatiale américaine en 2014. Le premier essai inhabité devrait, selon la dernière annonce, avoir lieu ce mois-ci.

Elon Musk et SpaceX sont des spécialistes des retards. Le PDG annonçait en 2016 qu'il enverrait une capsule Dragon 2 sur Mars en... 2018. L'année s'est écoulée et rien du genre n'est arrivé. La capsule devait d'ailleurs prendre place sur une fusée Falcon 9 Heavy, elle aussi ayant accumulé les retards.

Un premier lancement a tout de même eu lieu en février 2018, avec succès. Elon Musk assurait la comm' avec un mannequin Starman installé dans son roadster envoyé dans l'espace pour l'occasion.

Quoi qu'il en soit, SpaceX peut aujourd'hui savourer sa victoire avec un sans-faute jusqu'à présent. Il n'en faut de toute façon certainement pas moins pour que la NASA donne son feu vert pour des vols habités.

S'il s'agit d'un vol qualificatif, pas question pour autant de le lancer à vide. Environ 180 kg d'équipements et de fournitures se trouvaient à bord. Pour rappel, SpaceX effectue depuis 2012 des missions de ravitaillement avec sa capsule Dragon. Elles sont au nombre de 16 actuellement, avec un échec retentissant : CRS-7 explosait en plein vol juste après son décollage. La cause avait rapidement été identifiée : une entretoise défectueuse dans le deuxième étage.

Crew Dragon enfin en orbite, avec Ripley à bord

La nouvelle capsule Crew Dragon mesure 4 m de diamètre et 8,1 m de hauteur avec sa « soute ». Cette dernière n'est pas pressurisée et sert à transporter du fret. Au voyage retour elle est par contre éjectée peu de temps avant l'entrée dans l'atmosphère.

Le volume de la capsule pressurisée est de 9,3 m³, contre 37 m³ pour le « coffre ». La charge au décollage est de 6 000 kg et de 3 000 kg au retour sur Terre. 

Crew Dragon SpaceX

Un élément important se trouvait à bord : Ripley, en hommage à Ellen Ripley, incarnée par Sigourney Weaver dans la saga Alien. Ce mannequin, ou dispositif de test anthropomorphique dans le discours de SpaceX, est équipé « de capteurs autour de la tête, du cou et de la colonne vertébrale afin de collecter des données avant la deuxième mission de démonstration de SpaceX avec des astronautes de la NASA à bord ».

Ripley a enfilé le costume conçu en interne par SpaceX, avec un casque imprimé en 3D et des gants compatibles avec les écrans tactiles pour commander l'ordinateur de bord. Sachez enfin que la capsule Crew Dragon peut emmener jusqu'à sept membres d'équipage, soit largement plus que son homologue russe. 

Pour rappel, la capsule Soyouz est composée de trois parties :

  • Un module de service avec l'oxygène, la propulsion, l'avionique, électronique, etc.
  • Un module de descente qui est le seul à revenir sur Terre
  • Un module orbital qui n'est utilisé qu'en orbite et qui dispose de toilettes

Trois places seulement sont disponibles, malgré un espace habitable proche de celui de Crew Dragon : 9 m³.

À en juger par les photos, l'intérieur de Crew Dragon semble bien plus spacieux que celui de Soyouz. SpaceX en profitera-t-elle pour proposer des sièges vacants à de riches touristes de l'espace qui pourrait ainsi faire un tour dans l'ISS ?

Autopilot de série sur Crew Dragon 

La capsule intègre un pilote automatique lui permettant de s'arrimer à la Station spatiale internationale sans intervention humaine, contrairement au vaisseau cargo Dragon (premier du nom). Bien évidemment, les membres d'équipages peuvent reprendre le contrôle si besoin. Il en est de même pour se séparer de l'ISS et revenir sur Terre. Crew Dragon utilisera ensuite des parachutes pour ralentir sa chute et se poser dans l'océan.

Là encore, c'est un sans-faute jusqu'à présent avec une arrivée à bon port. Pour rappel, cela n'a rien d'exceptionnel pour autant puisque les vaisseaux cargo Progress (Russes), ATV (Automated Transfer Vehicle, européen), ainsi que la capsule Soyouz (lancée depuis une fusée Soyouz, oui les deux portent le même nom) pour les vols habités sont également capables de faire de même. 

Anne McClain, actuellement dans l'ISS pour les Expéditions 58 et 59 (jusqu'en juin 2019) a pris en photo Crew Dragon en approche. Pour rappel, la Station tourne actuellement à 400 km d'altitude à une vitesse de 27 600 km/h. Après son lancement, la capsule doit donc se caler sur la vitesse et l'orbite de l'ISS pour ensuite se rapprocher en douceur. Elle est d'ailleurs restée calée à 20 m de son point d'arrimage pendant un moment (le tout à 27 600 km/h au-dessus de nos têtes.

Les astronautes à bord de l'ISS ont ensuite procédé aux vérifications d'usage et ont ouvert la trappe pour rentrer dans Crew Dragon. Là encore, une opération réalisée sans la moindre anicroche.

Et la suite ?

Vendredi 8 mars, Crew Dragon lancera la manœuvre de séparation avec l'ISS et amorcera son retour sur Terre, du moins si tout se passe comme prévu. 

La prochaine mission de démonstration est pour l'instant programmée pour juillet, mais « avec combien de mois de retard ? », demanderait surement Numérobis taquin ou prévoyant. Deux astronautes expérimentés de la NASA prendront place dans la capsule : Douglas Hurley et Robert Behnken.

Le premier a déjà été deux fois dans l'espace avec les navettes Endeavour et Atlantis (pour le dernier décollage d'une navette spatiale en 2011). Le second a également déjà fait deux séjours dans l'espace, à chaque fois à bord de la navette Endeavour.

Ce n'est qu'une fois que ces deux missions de démonstrations auront été effectuées avec succès que Crew Dragon sera qualifiée par l'Agence spatiale américaine pour les vols habités. Là encore, les noms des deux astronautes pour la première mission de longue durée baptisée Crew-1 sont connus :  Victor Glover, dont ce sera le premier vol, et Mike Hopkins pour son deuxième voyage dans l'espace, après un séjour dans l'ISS entre septembre 2013 et mars 2014.

La NASA ne dépendra alors plus de la Russie pour envoyer des humains dans la station. Bonne joueuse, l'agence Russe Roscosmos fellicite son homologue amércain sur Twitter. SpaceX en profitera aussi pour récupérer de juteux contrats au passage. Actuellement, un siège dans une fusée Soyouz pour l'ISS coûte 82 millions de dollars aux Américains.

Disposer de deux vaisseaux capables d'emmener des astronautes dans l'ISS permet également d'éviter de se poser des questions en cas de problème sur l'un d'eux. Le monde a récemment pu s'en rendre compte avec l'explosion d'une fusée Soyouz juste après son lancement, heureusement sans faire de victime.

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De gauche à droite : Victor Glover, Bob Behnken, Mike Hopkins et Doug Hurley - Glover et Hopkins devant Crew Dragon


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