Internet fixe et mobile : les plans de l'Arcep pour casser les murs de ses observatoires

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Crédits : kynny/iStock
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Guénaël Pépin

L'Arcep vient de publier son observatoire de l'Internet fixe pour le troisième trimestre, marquant encore une progression de la fibre, au détriment de l'ADSL, ainsi qu'une carte des déploiements précises à l'adresse. Elle a surtout détaillé ses plans pour enrichir ses données, via le crowdsourcing et l'agrégation de données hétérogènes.

L'autorité de régulation des télécoms a tiré une salve de mesures hier. Au programme, l'observatoire du marché Internet fixe pour le troisième trimestre, une nouvelle version de sa carte des déploiements fibre (désormais précise à l'adresse), une mise à jour des cartes de couverture mobile (sur monreseaumobile.fr) et un « kit du régulateur » pour aider les collectivités locales à mesurer la qualité des réseaux mobiles.

Les promesses sont nombreuses et, pour certaines, datées. Le régulateur affiche encore sa logique d'appui sur les collectivités locales et les acteurs privés, qu'il compte responsabiliser par la pratique. Nous avons discuté des plans sur l'Internet fixe avec Guillaume Mellier, le directeur de l'accès fixe et des relations avec les collectivités de l'Arcep.

Plus de 4,3 millions d'abonnés à la fibre

Fin septembre, la France comptait 28,9 millions abonnements Internet haut et très haut débit. De juillet à septembre, 245 000 se sont donc ajoutés.

Comme d'habitude, le très haut débit compte pour l'intégralité de la progression, avec 505 000 abonnements supplémentaires sur le trimestre (et 1,9 million sur l'année). Au total, 8,4 millions de lignes disposent de 30 Mb/s ou plus. La pénétration du très haut débit progresse aussi, 43 % des locaux éligibles étant abonnés (+5 points en un an). Cet ensemble est porté par la fibre jusqu'à l'abonné (FTTH), qui a conquis 380 000 abonnés, pour un total de 4,3 millions.

Notons la progression des lignes entre 30 et 100 Mb/s, qui comprennent la montée en débit sur cuivre (VDSL2), les box 4G et le câble non rénové, gagnant 137 000 lignes en trois mois. Elles sont désormais plus de 2,7 millions.

Le DSL sur réseau cuivre continue sa chute, entrainant avec lui le haut débit (moins de 30 Mb/s en téléchargement), avec 293 000 lignes de moins. Les autres technologies haut débit progressent (+29 000). L'ensemble représente toujours plus des deux tiers du parc Internet fixe, avec 20,5 millions de lignes fin septembre.

Arcep marché Internet fixe T3 2018
Crédits : Arcep

12,5 millions de lignes sont éligibles à la fibre, soit 752 000 de plus sur le troisème trimestre et près de 3 millions par rapport à l'année précédente. L'accélération est nette, mais insuffisante.

L'Arcep appelle encore les opérateurs privés à accélérer les déploiements pour atteindre les objectifs fixés, c'est-à-dire 80 % des locaux connectés en fibre en 2022, dont la totalité des zones très denses (les 100 grandes agglomérations) et moins denses (13 millions de lignes en ville). Le sujet est sensible, en particulier sur les 13 millions de lignes en zones moins denses, où Orange et SFR se sont longuement écharpés avant de s'accorder sous la contrainte (voir notre analyse).

« À la fin du troisième trimestre 2018, 43 % des locaux des communes sur lesquelles Orange s’est engagé et 29 % de ceux des communes sur lesquelles SFR s’est engagé ont été rendus raccordables. Pour atteindre leurs objectifs, il est nécessaire que les opérateurs intensifient le rythme de ces déploiements », écrit l'institution dans son communiqué.

Sur les réseaux d'initiative publique (RIP), notamment chargés de connecter les campagnes au très haut débit, l'Arcep souligne une accélération des déploiements, avec 207 000 nouvelles lignes sur le trimestre, pour un total de 1,7 million. Le taux de mutualisation, c'est-à-dire le nombre d'opérateurs physiquement présents aux points de mutualisation, reste très faible : 27 % des lignes disposent de deux opérateurs ou plus, contre 87 % en zones privées.

Ces félicitations sont reprises à son compte par l'Avicca, une association de collectivités, qui réclame encore la réouverture du guichet de subventions très haut débit pour l'après-2022.

Une carte fibre précise à l'adresse, en open data « la semaine prochaine »

Chose promise, chose due. L'institution a mis à jour sa carte des déploiements fibre, initiée il y a un an.  Jusqu'ici, elle ne fournissait qu'un pourcentage de déploiement de la fibre par commune et par point de mutualisation, avec une précision (au mieux) au quartier.

Désormais, la carte permet de voir l'état du raccordement à l'immeuble sur tout le territoire (de l'étude à raccordable), en exploitant les données échangées par les opérateurs pour la mutualisation et les commandes (équivalentes aux « IPE »).

Des internautes relèvent des incohérences dans la présentation par rapport aux cartes officielles des opérateurs. Orange, par exemple, colorie les lignes « à l'étude » dans sa vue large d'une ville, alors que l'Arcep n'applique ce filtre qu'aux lignes effectivement raccordables.

L'autorité a repris le flambeau des mains de l'Agence du numérique, libérée d'un poids qu'elle n'était pas prête à porter elle-même. À terme, elle compte étendre sa carte à toutes les technologies fixes « dans quelques mois », nous promet Guillaume Mellier.

« On travaille en parallèle à produire un observatoire avec les autres réseaux fixes, hertziens (couverture 4G, THD radio et satellite). Cela demande un peu plus de travail. Il faut recroiser les informations des différents réseaux, qui s'appuient sur des dénominations d'adresses pas toujours cohérentes, en l'absence de base adresse commune. La manipulation des données est beaucoup plus lourde », contre le responsable.

Pour autant, l'institution ne compte pas imposer de format ou de base d'adresses aux acteurs du secteur. Le mélange des réseaux demandera « un travail important sur les outils et d'industrialiser les traitements », la carte actuelle devant céder sa place à une autre. L'autorité prépare d'ailleurs un « entrepôt à données » pour faciliter ses traitements, les publications et le contrôle des données fixes et mobiles (voir notre entretien).

La carte des déploiements en Open Data a été mise à jour, ne montrant encore que le pourcentage de locaux raccordés derrière chaque point de mutualisation. Des données moins complètes que celles présentes sur la carte officielle. L'Arcep nous promet des données ouvertes et précises « la semaine prochaine ».

L'observatoire mobile amené à évoluer

L'Arcep a aussi mis à jour son observatoire de la couverture mobile, destiné à suivre les engagements des opérateurs, signés dans le cadre du « new deal » de la mi-janvier (voir notre analyse). Dans ce cadre, ils se soumettent à des obligations de couverture en échange de quelques avantages, au moins une stagnation du coût des licences pour les fréquences.

 « Repensé », cet observatoire doit intégrer des données au-delà de celles actuellement fournies par les opérateurs, y compris des mesures d'utilisateurs (crowdsourcing). Elle présente trois axes d'évolution :

  • Un « kit du régulateur » tout juste publié, destiné à aider les élus locaux à monter des opérations de crowdsourcing, donc mesurer la qualité réelle du réseau pour leurs administrés, avec la méthode du régulateur (publiée en septembre), complétée avec des modèles de cahier des charges pour le prestataire de mesure ;
  • Un code de conduite pour les acteurs de la mesure de qualité d'expérience, dont une première version est désormais publique (PDF) ;
  • Une carte officielle (monreseaumobile.fr, donc) intégrant progressivement toutes les données à la méthode vérifiée.

À compter de janvier, le régulateur compte ajouter une somme de données supplémentaires. Le premier pan est composé de « millions de mesures » de terrain annuelles, obtenues par l'Arcep, pour contrôler les simulations des opérateurs. Des mesures de qualité de service sur les axes de transport et les zones d'habitation sont aussi prévues. Pour le moment, seules les simulations d'opérateurs sont affichées sur tout le territoire. Des mesures sont déjà cartographiées pour les axes de transport (route et ferroviaire).

Dans un entretien à Maire Info, le président de l'Arcep, Sébastien Soriano, explique que son « kit du régulateur » doit lui permettre de récupérer les données mesurées via les collectivités, en donnant les clés pour contrôler la méthode. Ces compléments devraient se concentrer sur les zones inexplorées par les mesures classiques, espère l'autorité. Il en coûterait tout de même une centaine de milliers d'euros pour un département.

« Pour être clair, l’Arcep amène aux collectivités la règle et le compas. Ce qui s’avérera d’autant plus utile maintenant que, grâce au New Deal Mobile, ce sont les territoires qui définissent les zones où le réseau doit arriver en priorité », affirme Soriano.

L'autorité promet de débattre de son code de conduite avec le secteur début 2019. L'enjeu est important, que ce soit sur les mesures classiques (comme ici) et sur celles des mobinautes. En juin, elle dénonçait les écarts de méthode entre services de crowdsourcing, compliquant la prise en compte du crowdsourcing par ses observatoires. Il lui faut donc cadrer un secteur des plus hétérogènes, en jouant sur la commande publique (les mesures commandées par les collectivités) pour les forcer à rentrer dans le rang.


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