RMC Sport : Canal+ dévoile ses offres, Alain Weill accable SFR, l'UFC et l'Unsa montent au créneau

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David Legrand

Après des débuts ratés pour la Ligues des champions sur RMC Sport, le groupe veut croire à des jours meilleurs. Alors que l'UFC veut une régulation des droits sportifs, Alain Weill est monté au créneau... faisant réagir l'Unsa. 

Hier, nous nous faisions l'écho des problèmes rencontrés par le bouquet de chaînes sportives du groupe Altice à l'occasion de la nouvelle saison de la Ligue des champions.

Les abonnés ayant une box SFR ou un décodeur satellite Canal+ n'ont pas rencontré de problèmes. Ceux disposant d'une offre via une application (OTT) n'ont pas eu cette chance. L'opérateur au carré rouge a rapidement réagi, publiant un communiqué et annonçant un geste commercial.

Alain Weill a de son côté fait le tour des matinales, multipliant les promesses. De quoi calmer le jeu ? Pas tout à fait.

Des améliorations et des promotions à venir

Le PDG d'Altice France (ex-SFR Group) avait plusieurs messages à faire passer. Comme souvent dans pareille situation, il les a donc répétés dans ses différentes interviews. On y trouve les basiques de l'axe de communication choisi par SFR dès mardi soir : le groupe présente ses excuses, comprend la frustration des abonnés et va procéder à des remboursements.

Les problèmes rencontrés sont le fruit d'un succès inattendu de l'offre. Alain Weill livre ici un chiffre : près de 200 000 nouveaux abonnés en une seule journée, « du jamais vu pour un opérateur télécom » assure-t-il. Free pourrait sans doute démentir en évoquant le lancement de son offre mobile, qui n'avait pas non plus été une grande réussite technique.

Autre chiffre mis en avant : 80 % des abonnés n'ont pas eu de soucis. En effet, seuls ceux qui utilisaient une application pour regarder RMC Sport étaient touchés. Si vous étiez sur une box SFR ou un décodeur Canal+, tout allait bien. Un point qui a toute son importance comme nous le verrons plus loin. 

La forte demande a d'ailleurs également impacté les prestataires et sous-traitants de SFR, dont le paiement par carte bancaire (qui semble passer par Slimpay). Indisponible pendant 40 minutes il aurait fait perdre des dizaines de milliers d'abonnés au groupe. Une manière de lui faire comprendre qu'il paiera une partie de la note ?

« Mais ce n'est pas une excuse » martèle Weill, comme pour éviter de donner l'impression qu'il se défausse sur des tiers. Il promet dans la foulée que tout se passera mieux désormais : « les équipes ont travaillé toute la nuit pour que l'essentiel des problèmes soient résolus. Ce sont des problèmes de capacités, de serveurs » a-t-il précisé sur Europe 1.

De son côté, l’UFC-Que Choisir renouvelle sa demande d'une régulation du marché de gros des droits sportifs « afin d'assurer à tous les consommateurs la capacité d’accéder dans de bonnes conditions aux contenus ». L'association de consommateurs met également en demeure SFR de rembourser l’ensemble des abonnés OTT « qui en feraient la demande », et non uniquement les clients concernés sur la base de ses seuls critères.

« RMC a assuré »

Autre point qui coince : la répartition des responsabilités au sein du groupe Altice. Pour rappel, Alain Weill est le fondateur de Next Radio TV, à l'origine de la relance de RMC et de BFM.

Avec la vente du groupe à Patrick Drahi, il est progressivement monté en grade, devenant il y a quelques mois le patron des médias d'Altice en France, mais aussi celui de SFR. Une double casquette qui n'est pas toujours simple à porter, entre les intérêts divergents des deux entités et l'attachement qui peut être porté aux marques BFM/RMC.

Ainsi, commençant sa matinée d'interviews chez lui, au micro de Jean-Jacques Bourdin, il n'a pas hésité à trancher : « C'est RMC qui fabrique cette chaine, c'est SFR qui a rencontré certains problèmes. On fait aujourd'hui partie du même groupe, mais RMC a assuré, parce que les 80 % d'abonnés ont pu voir le match sans problème. »

Un discours qui oublie que chez SFR, tout s'est bien passé du côté de la distribution classique via les box. C'est seulement au niveau de la diffusion de l'offre OTT et du front mis en place que des problèmes sont intervenus. 

« La télévision numérique c'est quelque chose de nouveau »

En cause selon Alain Weill : la jeunesse de la technologie. Diffuser de la TV par internet serait ainsi un terrain où beaucoup reste à apprendre. Surtout lorsqu'il s'agit d'évènements en direct, forcément plus complexes à maîtriser que des contenus produits à l'avance comme des films ou des séries.

Et de citer ESPN comme un exemple de soucis récents en la matière. Ceux qui suivent le sujet peuvent également penser à Canal+ dont le service myCanal a connu de nombreux ratés ou OCS et la dernière saison de Game of Thrones. Ces services existent pourtant depuis des années et diffusent même en direct. La France est d'ailleurs bien dotée avec de nouveaux entrants comme Molotov.

La diffusion d'évènements comme la Coupe du monde de football est ainsi un défi que les chaînes et leurs partenaires techniques ont appris à maîtriser. Certains estiment ainsi qu'Altice France aurait donc pu s'inspirer de ces travaux, et peut-être mieux anticiper le besoin quitte à prévoir un peu large plutôt que de se retrouver dans cette situation.

Surtout que RMC Sport n'est pas une offre nouvelle, l'équipe disposait ainsi déjà de métriques permettant de prendre des décisions sur la charge qui attendait les serveurs. Ce, alors que le groupe n'a cessé de faire la promotion de son bouquet ces dernières semaines pour faire grimper le compteur d'abonnés. 

Malgré les promesses faites hier, les matchs diffusés ce mercredi soir ne semblent d'ailleurs pas avoir été exempts de soucis. Rien que sur Twitter on pouvait trouver de nombreuses critiques sur la qualité de l'image, le décalage du sondu flou, entre deux remarques acerbes sur la qualité du plateau ou des commentaires.

Ça chauffe en interne

Et s'il y a bien un endroit où cette façon d'attribuer les responsabilités n'a pas plu, c'est chez SFR. Le syndicat Unsa s'est ainsi fendu d'une lettre destinée à la direction et aux salariés dès hier, que nous avons pu consulter. 

Il y dénonce « les propos déplacés » du patron sur RMC, indiquant n'avoir « eu de cesse de remonter des alertes sur la gestion de ce projet de diffusion de la Ligue des champions » alors que les équipes « n'ont pu commencer à travailler réellement sur le sujet qu'en avril 2018 » malgré une attribution des droits à Altice en mai 2017. 

« Quel manque d'anticipation de la part de nos dirigeants pour la gestion d’un tel projet aussi structurant pour SFR, après un plan de départs volontaires sans précédent dans les télécoms qui a été accompagné du départ pouvant pénaliser l’organisation d’un tel évènement ! » ajoute le syndicat.

L'Unsa pointe également la pression mise sur les équipes « en validant au dernier moment les choix structurants », les économies sur « les investissements capacitaires » ou encore le manque d'anticipation du succès de l'OTT alors qu'aucun accord n'était signé avec d'autres opérateurs.

Le syndicat rappelle que ce projet a impliqué plus de 300 salariés pendant une durée de six mois, ayant « pour certains sacrifié leurs congés pour préparer activement l’arrivée de cet évènement ». Difficile, ensuite, de voir Alain Weill faire porter la responsabilité aux équipes de SFR depuis le plateau de RMC de bon matin. 

C'est donc plutôt la direction qui est jugée fautive en n'ayant « pas pris la mesure de l’ampleur du projet, en refusant d’être réaliste au niveau du timing de lancement et des ressources nécessaires et suffisantes pour garantir le succès de cette opération tant pour les salariés que pour les clients ». Ambiance.

Vers une offre groupée, moins chère

Interrogé sur France Inter à propos du coût de l'offre (19 euros par mois, 9 euros pour les clients SFR), parfois jugé important pour un média comme RMC (qui se veut populaire), Alain Weill se veut rassurant : « On proposera une offre très intéressante dans quelques jours pour les abonnés de SFR. [...] À beaucoup moins cher que 60 euros ». 

Une remise qui doit être « significative », que seul SFR devrait être capable de proposer pour une offre globale.

Le fournisseur d'accès propose déjà une offre « Box Power 100 % Sport » qui intègre son bouquet mais aussi celui de BeIN Sports. Pour 43 euros par mois elle comprend un abonnement fixe (jusqu'à 400/100 Mb/s en fibre) avec appels illimités vers les fixes et les mobiles, un bouquet de 200 chaînes dont les deux bouquets sportifs.

Ce montant n'est valable que la première année, ensuite il passe à 65 euros par mois. L'offre Power classique est de son côté proposée à 24 puis 46 euros par mois, soit un écart de 19 euros par mois. Cela revient à dire que RMC Sport est offert pour tout abonnement à BeIN Sports (si l'on oublie la remise classique de 10 euros accordée aux clients SFR).

C'est sans doute ce pack qui sera bientôt complété avec les chaînes proposées par Canal+. Le tarif, lui, reste à découvrir.

Offres RMC SportOffres RMC Sport

Canal+ dévoile ses offres intégrant RMC Sport

La filliale de Vivendi a de son côté décidé de préparer le terrain et a dévoilé ses propres abonnements à tarif réduit, où RMC Sport semble être une incitation à passer à l'offre intégrale. Trois packs sont ainsi proposés : 

  • Canal+ et RMC Sport à 38,90 euros par mois (pas de remise mais un mois offert)
  • Canal+, Les chaines Sport et RMC Sport pour 53,90 euros par mois (au lieu de 68,90 euros)
  • L'intégrale avec toutes les chaînes accessibles via Canal+ pour 79,90 euros par mois (au lieu de 99,90 euros)

Dans les trois cas, il faut passer par le satellite et le nouveau Décodeur Canal. Un engagement de deux ans est demandé. Une période pouvant être limitée à un an seulement, mais les remises ne sont alors plus appliquées. 

Quid du piratage ?

Tarifs élevés, solutions techniques limitées et défaillantes, un cocktail parfait pour inciter au piratage. Là aussi, on a vu ces dernières semaines la montée en puissance des boîtiers et services permettant de récupérer des flux hors de France. Des solutions plus ou moins complexes, bien moins chères... mais illégales.

« Le foot a un prix, nous on est obligé de s'adapter à un prix qu'on nous impose » répond le PDG d'Altice France pour qui les abonnés comprennent que cet argent vient alimenter les clubs, et donc nourrit leur passion. Un discours sans doute un brin positif, qui oublie les passionnés ne pouvant dépenser jusqu'à 60 euros par mois.

Quelle solution alors ? Outre les remises, la question du partage du coût des compétitions est sur la table.

SFR veut partager la note de la ligue des champions, pas ses concurrents

Car Canal+ et SFR vont se partager le gros des clients intéressés, les autres fournisseurs d'accès ayant décidé de passer leur tour pour le moment. Autant dire qu'il faudra convaincre pour rentabiliser l'investissement. Un pari fait « pour les abonnés » clame Alain Weill, précisant qu'il est tout sauf gagné d'avance.

Répétant que ce sont les compétitions qui coûtent de plus en plus cher, il invite les clients à ne pas penser que c'est Altice « qui s'en met plein les poches ». Il voit plutôt son groupe comme celui qui porte le risque. Un risque qu'il aurait sans doute bien aimé partager avec Bouygues Telecom, Free ou Orange.

Mais les discussions semblent patiner, les fournisseurs d'accès refusant de payer un montant jugé trop élevé, après un coût plus que doublé par SFR au moment de l'attribution des droits pour la période 2018-2021.

Pour le PDG d'Altice France, il ne s'agit que d'un rattrapage des prix au niveau européen, rien de plus. Il considère donc que chacun devrait participer au financement de ces 315 millions d'euros par saison au prorata de sa part de marché en France, accompagné de la marge du groupe. « Ce qui est bien normal » ajoute-t-il. 

Et maintenant ?

Les choses vont sans doute se tasser progressivement au niveau technique. Pour SFR, il reste de nombreux défis. Outre le besoin d'apaiser en interne, il va falloir convaincre les abonnés de rester et surtout en accueillir de nouveaux. L'objectif fixé par Alain Weill est d'un million en 2019, trois millions à terme.

Si l'accord avec Canal+ devrait faciliter les choses, rien n'est gagné. Surtout que si RMC Sport est aujourd'hui utilisé comme produit d'appel, avec de nombreuses remises pour faire grimper les chiffres, les enjeux du groupe Altice vont rapidement rattraper SFR et ses pratiques tarifaires du moment.

La concurrence est en effet rude entre FAI ces derniers mois, avec des forfaits vendus pour quelques euros par mois. Alors que Patrick Drahi avait un temps clamé sa volonté de pratiquer des prix élevés, cela n'a jamais vraiment été le cas. Une stratégie assumée par Alain Weill : « On a été agressifs cette année parce que finalement on a voulu s'aligner sur les opérateurs qui cassent vraiment les prix, sans aller aussi loin ». 

Pour autant, après la guerre aux recrutements, c'est le chiffre d'affaires du groupe qui va désormais être l'objet des attentions, surtout dans une période où chacun veut la 4G, la fibre et bientôt la 5G : « On considère qu'aujourd'hui, il faut intégrer le fait qu'il y a des investissements très lourds qui se présentent aux opérateurs » prévient le PDG qui s'attend donc pour 2019 à une « stabilisation à la hausse » des prix.

Sera-t-il suivi par Bouygues Telecom, Free qui galère côté recrutements et devrait bientôt dévoiler sa nouvelle Freebox, ou Orange qui vient de lancer son boîtier Sosh ? Rien n'est moins sûr. 


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