SFR renoue avec la croissance et s'adjuge les droits de la Ligue des Champions pour 3 ans

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Finances
Kevin Hottot

Chez SFR, les trimestres se suivent et se ressemblent. L'opérateur continue de perdre des clients, mais stabilise son chiffre d'affaires en parvenant à faire grimper son revenu moyen par abonné. Il entend néanmoins poursuivre sa stratégie, à savoir investir massivement dans son réseau... et le football.

Après Orange il y a une semaine, c'est au tour de SFR et de sa maison mère, Altice, de montrer patte blanche à leurs actionnaires respectifs. La marque au carré rouge a signé des résultats conformes aux attentes et assure toujours être en bonne voie de colmater son hémorragie de clients. 

Des revenus stables

Le chiffre d'affaires de SFR s'établit à 2,705 milliards d'euros sur le premier trimestre 2017, soit 0,6 % de mieux (à périmètre constant) que ce que l'opérateur avait enregistré un an plus tôt à la même période. Une évolution que la société ne peut pas mettre à l'actif de sa division grand public, ni de sa division entreprise, dont la croissance était respectivement de + 0,4 % et - 4,1 % sur l'année. Le salut est en effet venu de ses pôles Medias (+5,6 %) et Opérateurs (+7,7 %).

L'EBITDA est quant à lui en léger recul, de 5,1 % sur un an à 820 millions d'euros. Selon l'opérateur, ce recul est dû aux coûts liés à de récentes acquisitions de contenus, ce alors que « les économies du plan de départs volontaires ne sont pas encore totalement reflétées dans les comptes ».  Pas un mot par contre sur le résultat net sur ce trimestre. 

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Plus de 2 millions d'abonnés FTTx

Sur le marché fixe, SFR n'est pas encore parvenu à complètement arrêter la fuite de ses abonnés vers la concurrence, malgré de nombreuses promotions et autres révisions des forfaits, mais la tendance est à l'amélioration. Sur le dernier trimestre, l'opérateur n'a ainsi perdu que 34 600 abonnés entre janvier et mars.

Sur les trois trimestres précédents, il était respectivement question d'environ -58 000, -75 000, et -61 000 abonnés aux T2, T3 et T4 2016. Comme d'habitude, ce sont les abonnements « fibre », regroupant des offres en FTTB ou FTTH qui ont tiré la croissance du groupe sur le marché fixe.

Ainsi, s'il est question de pertes nettes d'abonnés en ADSL, le contingent de clients fibre lui, progresse mois après mois, avec le déploiement de nouvelles prises. Voici donc les chiffres clés à retenir pour ce trimestre :

  • Nombre d'abonnés fixe : 6,079 millions (-34 600 sur trois mois, -274 000 sur un an)
    • Dont xDSL : 3,996 millions (-79 300 sur trois mois, -542 500 sur un an)
    • Dont FTTx : 2,083 millions (+ 44 600 sur trois mois, +268 500 sur un an)
  • Prises éligibles FTTx : 9,634 (+318 000 sur trois mois, + 1,503 million sur un an)
  • ARPU Fixe : 35,9 euros (-1 euro sur trois mois, +2 euros sur un an)
    • Dont ARPU FTTx : 39,8 euros (-0,2 euro sur trois mois, +1,1 euro sur un an) 

Sur le plan des déploiements, SFR conserve son rythme de croisière d'environ 350 000 nouvelles prises chaque trimestre. L'opérateur confirme son objectif de 11 millions de prises éligibles d'ici la fin de l'année. Pour y parvenir, il assure que les déploiements en FTTH vont s'accélérer à partir de juin. La modernisation de son réseau FTTB approchera de son terme. 

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Michel Combes, le directeur exécutif rappelle que ces investissements dans le réseau sont indispensables au bon fonctionnement du modèle Altice. « Pour être le numéro un, il faut investir dans l'infrastructure. Et cela force aussi les concurrents à en faire autant » précise-t-il.

Des investissements massifs sur la 4G, qui portent leurs fruits

SFR a appliqué la même méthode avec son réseau 4G. Depuis plusieurs trimestres, il est celui qui déploie le plus d'antennes sur le territoire, rattrapant son retard passé et creusant même son avance face à la concurrence, avec 19 478 antennes actives au 31 mars, contre environ 17 900 pour Bouygues ou près de 16 000 pour Orange

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La marque se vante également de ses scores relevés par nPerf. À l'aide de ce baromètre, SFR affirme être le deuxième opérateur national en termes de qualité de service mobile, et assure que ce classement est encore amené à progresser dans les prochains trimestres. Pour le reste, voici les chiffres à retenir : 

  • Nombre de clients mobile (B2C) : 14,513 millions (-111 800 sur trois mois, -632 800 sur un an)
    • Dont clients forfaits : 12,405 millions (+68 400 sur trois mois, -171 000 sur un an)
    • Dont clients prépayés : 2,108 millions (-180 200 sur trois mois, -180 600 sur un an)
  • ARPU mobile (B2C) : 22,6 euros (-0,4 euro sur trois mois, +0,8 euro sur un an)
    • Dont ARPU forfaits : 25,5 euros (-0,3 euro sur trois mois, +0,9 euro sur un an)
  • Nombre de clients mobile (B2B) : 5,530 millions (+88 300 sur trois mois, +96 700 sur un an)
    • Dont clients M2M :  3,508 millions (+109 800 sur trois mois, +185 900 sur un an)

Comme à la fin de 2016, SFR est parvenu à recruter des clients particuliers pour ses forfaits, 68 400 pour être précis. Il n'y a pas encore de quoi combler la perte de 199 000 abonnés lors du seul deuxième trimestre 2016, mais la tendance s'améliore nettement.

Le tout avec un ARPU qui progresse nettement d'une année sur l'autre, ce qui est plutôt bon signe pour l'opérateur. Celui-ci met ces bons résultats à l'actif de l'offre SFR Family, souscrite par 791 000 clients, pour un total de 1,259 million de lignes. N'oublions pas tout de même les différentes hausses mises en place il y a un an, et autres optimisations de TVA, completées ensuite par de nombreuses réductions afin de retenir ou de faire revenir les clients. La tendance des mois à venir sera donc intéressante à suivre.

Sur le marché entreprise, la moisson est un peu moins bonne. Certes, le nombre de clients augmente nettement, mais c'est uniquement dû à d'importants recrutements sur les offres M2M. En excluant ce segment, SFR a perdu 21 500 clients au dernier trimestre, et 89 200 clients en un an. 

Toujours plus de convergence

La société a également détaillé ses plans pour les prochains mois. Juin sera particulièrement chargé avec la mise en place, encore une fois, de nouvelles offres sur l'ensemble de la gamme fixe (xDSL et FTTx). Le mois de juillet sera quant à lui occupé par le plan de départs volontaires, prévu de longue date, mais qui est très loin de ravir les syndicats, l'opérateur envisageant de réduire ses effectifs d'un tiers.

En août, il sera temps de « faire converger les plateformes de VOD », une mission un peu vague que SFR n'a pas vraiment pris le temps de détailler. À la rentrée, le lancement de deux chaînes est prévu : Discovery Family et SFR Studio. Enfin, il serait question d'une nouvelle box pour 2018. Une de plus. 

Une méthode qui marche aux États-Unis

Aux États-Unis, Altice, la maison mère de SFR, remporte un certain succès. Les bases de clients de ses deux marques, Optimum et Suddenlink progressent lentement mais sûrement, au contraire de la modernisation de leurs réseaux qui bat actuellement son plein.

Altice assure ainsi que sur l'ensemble de ses nouveaux clients recrutés au premier trimestre, deux tiers ont opté pour une offre proposant un débit supérieur à 100 Mb/s. Avant l'acquisition de Suddenlink, ce taux n'était que de 15 %. Au total, 26 % des clients d'Altice ont une telle offre, plus chère, contre 9 % au moment de son arrivée sur le marché.

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Cela a pour principal effet positif de faire grimper la marge d'EBITDA d'Optimum et Suddenlink. Elle s'établissait ainsi à 41,4 % sur le dernier trimestre, contre 33,9 % un an plus tôt. Une progression très nette qui permet d'accélérer le désendettement des deux opérateurs. En effet, leur ratio est passé de respectivement 7,1x et 5,8x l'EBITDA pour Optimim et Suddenlink au deuxième trimestre 2016, à 5,7x et 5,3x fin mars 2017.

Le point sur la dette

Récemment, Altice a fait refinancer une partie de sa dette. Une opération qui lui permet d'alléger la facture annuelle de ses intérêts d'environ 134 millions d'euros, une somme loin d'être négligeable. Cette année, le groupe dans son ensemble n'a qu'assez peu d'échéances prévues.

SFR doit ainsi rembourser 635 millions d'euros, Optimum 388 millions d'euros, et c'est à peu près tout. La prochaine grosse échéance est prévue pour 2018 avec 1,5 milliards à décaisser chez Optimum. Au total, la dette brute d'Altice et de l'ensemble de ses filiales culmine à 51, 837 milliards d'euros, soit environ 5,7x l'EBITDA du groupe. Concernant SFR, le ratio brut est de 4,1x, le niveau le plus haut atteint par la société depuis son rachat par Altice.

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La Ligue des Champions passe chez les rouges

Dans une conférence séparée de celle réservée à ses investisseurs, Michel Combes, accompagné par plusieurs de ses lieutenants, est revenu sur sa récente acquisition des droits de diffusion de la Ligue des Champions et de l'Europa League, au nez et à la barbe de BeIN Sports et de Canal+. 

Si Michel Combes n'a pas donné précisément le montant dépensé par Altice Pictures pour l'acquisition de ces droits, il a confirmé qu'il gravitait bien autour des 370 millions d'euros par saison (contre 160 millions auparavant par beIN / Canal+). Dans une lettre dévoilée par L'Équipe, Yousef Al-Obaidly, président de beIN Sports France s'est d'ailleurs dit « regretter vivement cette décision et nous sommes surpris des conditions dans lesquelles ces droits ont été concédés ». 

Il s'agit ainsi d'une somme conséquente que SFR compte néanmoins rentabiliser rapidement. « C'est l'équivalent de 400 à 500 000 clients Family avec un ARPU fixe et mobile de 60 à 70 euros, cela nous semble être une cible atteignable ».  Le responsable précise par ailleurs que ces droits ne seront pas financés par de nouvelles dettes, mais par « le cash généré par les activités courantes du groupe ».

Au total, le groupe a acheté les droits de diffusion de 138 matchs de Ligue des Champions (l'intégralité à partir des phases de poule) et 205 matchs de Ligue Europa. Sur ces 343 rencontres, seules un peu plus de 240 seront diffusées en intégralité sur les 4 chaînes SFR Sport. Les 111 restants feront l'objet de « highlights » sur les magazines télé du groupe et sur les plateformes numériques.  Lors des phases de poule des deux compétitions, 16 matchs seront diffusés par semaine, 8 en direct, 8 en différé. 

SFR précise disposer des droits sur absolument tous les formats de diffusion et sur toutes les plateformes possibles (OTT, télévision gratuite ou payante, radio...). Seuls les droits sur la radio ne sont pas exclusifs, ceux-ci n'étant pas gérés par l'UEFA mais par les clubs, qui gèrent cela au cas par cas. Les finales font par contre l'objet d'un statut particulier, avec une exclusivité ferme sur la radio, mais la nécessité d'être diffusées à la télévision en clair. Pour ce faire, l'opérateur explique qu'il mettra à contribution l'ensemble de ses chaînes, y compris sur la TNT si nécessaire. 

Michel Combes explique enfin qu'il fait face à une « nécessité absolue de ne pas enfermer les clients et de leur permettre un accès au contenu même s'ils ne sont pas clients SFR ». Le groupe n'est pas fermé à la discussion concernant la diffusion de ses chaînes sur les box d'autres opérateurs, mais ceux-ci semblent encore rechigner.

Il est également prévu de permettre d'accéder à l'offre OTT de SFR Sport sur divers téléviseurs connectés, des discussions ayant lieu en ce moment à ces fins. Il reste à savoir maintenant avec quels constructeurs.


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