Plongée dans wallabag, l'alternative libre à Pocket

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Vincent Hermann

Après Pocket et Instapaper, nous avons plongé nos mains dans wallabag, un gestionnaire de liens open source. La philosophie du service est très différente des deux premiers et il sera plus délicat de le comparer, même si le cœur des fonctionnalités est bien le même.

Après Pocket et son modèle freemium, nous avons vu comment Instapaper pouvait être préféré pour son lot conséquent de fonctionnalités, puisque Pinterest – qui l'a racheté – en a supprimé la formule Premium. Conséquence, les fonctions payantes se sont déversées dans les comptes gratuits. Mais nous rappelions également que Pocket avait été racheté par Mozilla, qui compte à terme le proposer en open source.

Ici, le service fera donc face à un autre candidat dans ce domaine : wallabag. À la différence bien sûr que ce dernier diffuse son code source depuis le début et a mûri comme tel, avec les avantages et parfois les inconvénients que cela suppose. Nous avons donc fait le tour de ce concurrent pour en examiner les fonctionnalités.

Notre dossier sur les gestionnaires de liens :

Une philosophie et un modèle commercial très différents

Bien que l’intérêt du service soit le même, wallabag ne s’aborde pas tout à fait de la même manière que  ses concurrents. On peut l’utiliser principalement de deux manières : l’installer soi-même sur un serveur, ou s’inscrire pour profiter directement des fonctionnalités via une formule hébergée.

Cette inscription ne se fait pas forcément sur une base gratuite comme Instapaper, ou freemium comme Pocket. Dans le cas de wallabag.it, l'instance proposée par le développeur du projet Nicolas Lœuillet, le tarif est de 4 euros par trimestre ou de 12 euros pour un an, après 14 jours d’essai gratuit. Une obligation de payer compensée par un tarif relativement doux. Pour rappel, Pocket propose son abonnement Premium pour 4,49 euros par mois ou 39,99 euros par an. 

Mais d'autres structures (entreprises, associations, particuliers, etc.) peuvent créer de telles instances en récupérant le code de wallabag. Une occasion notamment d'aller voir du côté des CHATONS, l'équipe de Framasoft proposant gratuitement son Framabag. Chaque instance peut donc être accompagnée d'une tarification différente, il n'y a pas de règles en la matière.

Nous allons donc nous concentrer sur le cas d'une instance hébergée, qui se compare plus aisément avec les deux concurrents déjà traités dans nos colonnes. La philosophie générale de l’open source se retrouve néanmoins même ici, avec un accent mis sur le contrôle, comme on le verra.

Interface et prise en main

Dès lors que l’on opte pour une formule clé-en-main, le processus de création de compte n’a rien de complexe. On fournit une adresse email, un nom d’utilisateur et un mot de passe. Comme toujours, on veillera à créer ce dernier avec soin, par exemple en passant par un gestionnaire spécifique. Si wallabag doit emporter une partie de votre vie numérique, autant que personne d’autre n’y accède.

Une fois que le compte est créé, on arrive directement sur l’interface principale, qui s’affiche malheureusement en anglais. Il suffit de se rendre dans les options pour sélectionner le français, mais on regrettera que le service ne s’en rende pas compte tout seul. Un souci qui peut se manifester à nouveau quand on revient sur la page, nécessitant d’aller cliquer sur « Save » dans les réglages, alors même que « Français » est sélectionné.

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La présentation générale n’offre guère de surprises. On retrouve la classique colonne de gauche avec les articles non lus, favoris, lus (archivés), etc. Plus bas, les liens périphériques sont disponibles eux aussi, avec tout ce qui touche aux abonnements, la configuration, l’importation, ainsi que des éléments plus spécifiques comme la gestion des clients API (Application Programming Interface).

Pour envoyer des liens dans wallabag, le plus simple est de récupérer une extension pour navigateur. À l’exception d’Edge, tous en ont au moins une. Puisque wallabag est open source en effet, les développeurs ont la possibilité d’en créer autant qu’ils le souhaitent. Dans notre cas, nous avons utilisé Wallabagger. Sa configuration demande certaines manipulations particulières, sur lesquelles nous reviendrons plus tard. Notez que si aucune extension n’est présente, on peut utiliser le symbole « + » pour ajouter manuellement un lien.

La vue des articles peut se faire via deux modes : en liste (par défaut) ou en grille. On ne peut pas personnaliser davantage cet affichage, par exemple en sélectionnant une couleur de fond, une police ou autre. Par contre, les options permettent de modifier le thème global (deux sont disponibles).

Il existe également de nombreuses actions de filtrage et d’export de la liste en cours d’affichage. Le bouton Filtres (des lignes parallèles de plus en plus courtes) permet ainsi de ne garder que les articles qui ont une photo, publiés entre deux dates, dans une langue particulière ou encore provenant d’un site spécifique. L’export de la liste peut de son côté se faire dans de nombreux formats : ePub, Mobi, PDF, JSON, CSV, TXT ou XML.

La vue en grille donne en outre accès à quelques informations supplémentaires : le nom de domaine, les premières lignes de l’article, la date d’ajout ainsi que le temps estimé de lecture, ce dernier étant bien sûr calculé en fonction de la longueur du texte. Point intéressant, on peut changer ce réglage, qui par défaut est fixé à 200 mots par minute.

On retrouve bien entendu certaines fonctions très classiques, comme la mise en favoris ou l’ajout de tags et d’annotations. Dommage cependant qu’aucune sélection multiple d’articles ne soit encore possible, ce qui empêche la réalisation d’actions de masse. Nous reviendrons d’ailleurs plus tard sur les limitations de wallabag, beaucoup étant à l’étude actuellement.

Un mode lecture pour l’instant plus simple que la concurrence

Le mode lecture simplifié se déclenche dès que l’on clique sur un titre. On retrouve ici les bases d’une telle fonctionnalité : une page blanche, du texte, éventuellement quelques photos.

Comme toujours, la structure du site disparaît, de même que les publicités. L’idée est bien entendu de simplifier la vie du lecteur, qui peut alors lire la page sans désagrément. Seuls les contenus multimédias considérés comme faisant partie intégrante du corps d’un article sont présents.

Cependant, dans le cas de wallabag, cet affichage s’arrête là. Contrairement à Pocket et surtout à Instapaper, il n’y aucune option pour le personnaliser. On ne peut donc choisir des couleurs de fond et de texte, changer la police ou la taille, modifier l’écartement des lignes ou même leur longueur. Un manque cruel de possibilités qui doit cependant être corrigé.

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Compatibilité avec les navigateurs et plateformes mobiles

Un peu à la manière de KeePass pour les gestionnaires de mots de passe, wallabag a un petit côté « jungle » qui lui vient de son développement open source. Ce qui signifie qu’on peut trouver presque tout ce qu’on cherche, mais qu’il faudra parfois mettre un peu les mains dans le cambouis.

C’est particulièrement le cas pour tout ce qui touche aux extensions et applications mobiles. Dans la grande majorité des cas, entrer le nom d’utilisateur et le mot de passe ne sera pas suffisant. On vous demandera en effet deux informations supplémentaires : Client ID et Client Secret. Il s’agit de deux jetons de sécurité requis pour établir la connexion.

Le fait est que les obtenir n’a rien de bien compliqué. Il faut se rendre dans la section Gestion des clients API puis cliquer sur Créer un nouveau client. Donnez un nom à ce qui devrait être votre application (peu importe lequel) et… c’est tout. Une fois les deux séries de caractères en votre possession, il suffira de les copier/coller vers les champs où ils sont demandés. À partir de là, le reste est simple.

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Ce fonctionnement peut surprendre, surtout si l’utilisateur ne sait qu’on attendra un peu plus de lui que pour des services commerciaux en place depuis longtemps. Dans les applications mobiles, la manipulation sera souvent la même, et il faudra donc pouvoir copier/coller les deux jetons en passant par exemple par l’envoi d’un mail.

L’équipe pousse un certain nombre d’applications et extensions de son cru. Dans la plupart des cas, ce sont celles qui seront utilisées par une majorité de clients puisqu’elles apparaissent sur le site officiel. On trouve ainsi wallabag pour Android, wallabag 2 Official pour iOS, wallabag pour Windows 10 (universelle), ainsi que l’extension Wallabagger pour Chrome, Firefox et Opera. Tous les codes sources sont disponibles sous licence MIT dans le dépôt GitHub central.

Mais code open source oblige, d’autres développeurs peuvent proposer des alternatives. Il n’y a pas de limites sur les fonctions qui peuvent être proposées, mais en cas de soucis, les utilisateurs devront se tourner vers les auteurs concernés. Même chose pour l’éventuelle tarification.

Les applications et extensions de l’équipe sont toutes gratuites, mais un développeur peut faire payer son application. À voir dans ce cas si les avantages offerts valent la somme demandée, 99 centimes par exemple sur iOS.

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De très nombreuses options

On trouve dans wallabag une vraie volonté de laisser l’utilisateur maître de ses données. Les fonctions d’import et export par exemple sont nombreuses. L’utilisateur pourra ainsi récupérer des données depuis Pocket, Readability, Instapaper, Pinboard, ou même de simples fichiers de favoris en provenance de Chrome et Firefox.

Le cas de Pocket est particulier cependant. wallabag s’appuie sur la connexion via l’API de l’éditeur pour récupérer les informations. La méthode apparaîtra sans doute un peu « barbare » à l’utilisateur moyen, car il faut se rendre sur le site de Pocket, créer une application Développeurs chez eux, ce qui permet d’obtenir un jeton.

Ce n’est qu’avec ce dernier que l’on pourra configurer l’import, en utilisant les identifiants du compte associé. Si le compte Pocket embarquait des milliers d’articles, l’opération peut se révéler assez longue (limite de traitement de l’API).

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Dans les options, on pourra définir de nombreux autres paramètres, comme le nombre d’articles par page, la section à afficher à l’ouverture, la langue de l’interface ou encore toutes les données liées au compte.

C’est également dans cette zone que l’on pourra créer le flux RSS contenant les articles sauvegardés, ou encore les règles de tag automatique, que wallabag utilise pour classer automatiquement les nouveaux articles arrivant dans sa besace. Parmi les variables utilisables, on dispose du titre de l’article, son adresse, le statut archivé ou favori, son contenu, la langue et autres. Une règle simple consiste par exemple à marquer tous les articles dont le temps de lecture estimé est inférieur à 3 minutes.

Tout aussi important, on trouvera dans une section spécifique tous les boutons d’effacement des données. Il y a évidemment la fonction de suppression complète du compte, mais également des mesures plus spécifiques : supprimer toutes les annotations, tous les tags ou tous les articles. Des fonctions qui ont manqué pendant un temps et qui ont fini par arriver dans la mouture 2.2 du service au début de l’année.

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Quelques limitations

Le potentiel de wallabag est sérieux, mais le service est affecté par un certain nombre de limitations et de problèmes, pour la plupart en cours de résolution. Comme nous l’avons indiqué, des soucis tels que le choix de la langue pas toujours respecté ou l’impossibilité d’effectuer une sélection multiple des articles sont des barrières un peu gênantes pour un service payant.

Nous nous sommes entretenus à ce sujet avec Nicolas Lœuillet, développeur principal du projet. Sélection multiple, création de dossiers, création de comptes depuis une application mobile, personnalisation de l’affichage de la vue lecture et autres sont bien prévus, mais avec différents niveaux de priorité.

« Nous avons déjà la plupart de ces demandes dans notre liste de choses à faire » nous indique le développeur. « Parmi nos utilisateurs, nous avons une entreprise dont les demandes sont prioritaires, mais beaucoup recoupent ce qui a été cité », avant d’ajouter qu’une version 2.3 est en préparation. Elle devrait sortir dans les deux ou trois mois à venir.

Parmi les améliorations prévues, la possibilité de créer des groupes et donc de gérer les comptes multi-utilisateurs, la suppression de tous les articles déjà lus, la sélection multiple et les actions de masse, la récupération de la date de publication via l’extension ou encore la génération du QR code pour toutes les applications mobiles.

L’API va évoluer elle aussi, avec quelques apports importants en perspective. Par exemple, la possibilité de créer un compte directement depuis une application mobile, une demandé régulière des développeurs selon Nicolas Lœuillet. Les extensions auront également plus de capacités, comme marquer le fait qu’une page a déjà été enregistrée, en basculant par exemple l’icône en vert.

La compatibilité avec les contenus paywall serait elle aussi améliorée. Elle est actuellement complexe à mettre en place, mais pourrait être nettement simplifiée en laissant l’extension extraire le contenu d’une page pour l’enregistrer, plutôt que simplement l’adresse.

Répondre au besoin d'indépendance avec un outil complet

wallabag ne conviendra pas à tout le monde, c’est indéniable. Que l’on souhaite monter son propre serveur ou s’inscrire sur une instance existante, le produit réclame un peu plus de connaissances techniques.

L’utilisateur est globalement moins pris par la main. Les petits soucis soulevés sur le choix de la langue ou la mise en place des liens avec les extensions sont à prendre en compte si on souhaite avant ne pas trop se poser de questions. Pour autant, wallabag apporte d’autres bénéfices, qui peuvent dépasser largement ces désagréments, selon ses priorités.

Le service permet en effet de se poser beaucoup moins de questions sur la manière dont les données sont hébergées. C’est ici que l’on retrouve notamment les CHATONS de Framasoft et la notion d’hébergement responsable. Chaque utilisateur peut s’adresser au prestataire qui lui plait, une situation très différente de Pocket et Instapaper, dont le stockage des données se fait essentiellement aux États-Unis.

Cet aspect « contrôle » peut faire la différence dans le choix d’un service, tout comme la possibilité de se faire sa propre installation. Il faut cependant que wallabag évolue encore sur les fonctionnalités, le polissage de l’interface et sur la simplification de certaines manipulations, particulièrement tout ce qui touche aux applications et extensions.

L’année 2017 s’annonce en tout cas chargée pour l’équipe de développement, particulièrement dans les trois mois qui viennent. La liste des apports en perspective pourrait également faire pencher la balance en cas d’hésitation. 


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