Pocket : analyse et prise en main du gestionnaire de liens de référence

Comme les favoris, mais en mieux 17
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le mercredi 19 avril 2017 à 18:00
Vincent Hermann

Nous avons décidé de nous pencher sur le thème de la lecture différée en comparant plusieurs solutions de sauvegarde d’articles. Pocket étant la solution la plus connue, nous lui consacrons le premier article de notre série. Au programme, interface, fonctionnalités, classement des contenus ou encore modèle commercial.

Internet est rempli de contenus. Chaque jour, des millions de sites publient des dizaines voir des centaines d'articles, sans parler des blogs et autres publications sur Medium. Ainsi, il peut être intéressant de mettre des liens de côté de manière organisée afin de les lire plus tard, lorsque l'on a un peu de temps (et que l'on est au calme).

Bien sûr, on peut le faire avec les favoris des navigateurs, mais ce n'est pas vraiment leur rôle. Ils sont plutôt là pour nous permettre de retrouver facilement un lien où l'on se rend souvent. Ces dernières années, des services taillés sur mesure ont émergé. Il s'agit, pour faire simple, de gestionnaires de favoris indépendants, qui s’intégrent dans les navigateurs, tout en proposant des fonctionnalités spécifiques qui peuvent vite les rendre incontournables.

Les raisons d'utiliser de tels services sont multiples. La principale est sans doute la facilité : ils prennent le plus souvent la forme d’une extension, et il suffit alors de cliquer sur un bouton pour stocker le lien. L’autre est l’organisation des contenus, que l’on peut marquer classer dans des rubriques, avec des étiquettes ou non.

Actuellement, il existe plusieurs société qui vous proposent des solutions le plus souvent gratuites, mais il n'est pas toujours simple de s'y retrouver. Nous avons donc décidé de nous pencher sur la question, en analysant le fonctionnement ou même le modèle commercial de ces outils.

Nous commençons par Pocket (anciennement Read It Later), qui est sans aucun doute le plus populaire. Il a d'ailleurs récemment été acheté par Mozilla, la fondation derrière Firefox.

Interface et prise en main

Pocket se présente avant tout comme un service en ligne disposant de clients pour différentes plateformes. Il faut donc créer un compte, qui servira ensuite à synchroniser les informations entre les différents appareils. Un fonctionnement dans le « cloud » qui ne mettra pas tous les utilisateurs à l’aise, le « nuage » n’étant pas exempt de tout danger.

L’ouverture du compte classique est gratuite mais induit de la publicité dans le service. Puisqu’il concentre des données privées, nous ne conseillerons que trop de choisir le mot de passe avec une grande attention, voire en passant par un gestionnaire spécifique (voir notre dossier).

Ensuite, selon le navigateur que vous utilisez, il faudra installer la bonne extension. Le service repère celui utilisé pour l’inscription et vous dirigera vers la boutique adaptée. Pocket prend en charge Chrome, Edge, Firefox, Opera et Safari et même Vivaldi. Pour ajouter un contenu, presser un bouton suffit, en ajoutant des labels pour organiser vos liens.

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L’interface du site les place sous la forme d’une colonne, l’article le plus récemment ajouté étant en haut par défaut. Notez que l’on peut changer cette vue en grille. Pocket accompagne chaque lien d’une image récupérée depuis les métadonnées de l'article.

On retrouve également une colonne à gauche permettant de trier rapidement les contenus. Les sections Vidéos et Images permettront par exemple de retrouver plus rapidement un lien précis qui contient des éléments multimédia. On trouve plus haut les favoris, labels et archives.

Cette dernière est tout simplement la zone où finissent par défaut tous les liens marqués comme lus, via le petit symbole « check ». Il n’y a pas de limite à la taille de ces archives, ce qui permet à Pocket de présenter une sorte de gestionnaire de tâches pour vos lectures.

Partage, profil personnel et options

Quand on clique sur un élément, le service affiche une vue simplifiée du contenu, accompagnée d’un lien « Afficher l’original » en haut à droite. Nous y reviendrons. Chaque contenu peut être partagé par email, l'utilisateur de Pocket disposant d'une boite de réception. Ainsi, si un email est reconnu, une notification sera affichée à votre contact.

Vous pourrez aussi décider de recommander un contenu, notamment à travers votre profil Pocket. Vous disposez en effet d'une page publique – un peu à la manière d'un compte Twitter ou Facebook – où vous afficherez les contenus qui vous ont plu. D'autres utilisateurs pourront vous suivre, puis sauvegarder des contenus que vous avez recommandés.

Pocket propose en outre de nombreuses fonctions annexes, comme la possibilité d'exporter votre liste au format HTML, générer un flux RSS à partir de vos listes, recevoir une newsletter des éléments les plus partagés sur le service, etc. Les applications mobiles disposent d'options spécifiques, notamment pour la gestion du cache et de la synchronisation, mais aussi les paramètres d'identification à des sites qui proposent du contenu derrière un paywall.

Développeurs et éditeurs disposent quant à eux de sections dédiées afin d'accéder à l'API ou à des statistiques sur les éléments sauvegardés depuis leur site, personnaliser les pieds de page sur leurs contenus, etc.

La vue simplifiée pour lire sans encombrement

La vue simplifiée conviendra au plus grand nombre, car elle n'extrait que les données essentielles des pages web, du moins quand cela est pertinent. Un article de presse se résumera ainsi à un titre, du texte, des images... et c'est tout. Elles se chargent donc très vite, et ce d'autant plus que les éventuelles publicités qui étaient présentes dans la version originale n'y sont plus, tout comme les fonctionnalités annexes d'un site. 

Il s'agit très clairement d'une fonctionnalité centrale pour Pocket, ainsi d'ailleurs que pour ses concurrents. Précision importante : elle fonctionne même si l'appareil est déconnecté du réseau. Si par exemple vous êtes sur un PC classique et que vous mettez de côté de nombreux liens pour qu'ils soient consultés plus tard pendant un déplacement, leurs versions simplifiées seront disponibles même si vous ne captez pas de réseau.

La vue simplifiée peut être personnalisée, mais de manière assez limitée. On peut ainsi changer la taille du texte, désactiver le sérif ou encore choisir entre un thème clair, foncé ou sépia. Dommage que les options s'arrêtent là... pour la partie gratuite (nous y reviendrons). On aurait aimé par exemple pouvoir modifier la largeur des lignes, ainsi que leur écartement. Dommage également que l'on ne puisse pas choisir la police de rendu.

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Sur quels navigateurs, pour quels systèmes ?

Outre son site et ses extensions, Pocket fournit quand même quelques applications officielles, pour Android, iOS et OS X. Cette dernière n’est cependant plus mise à jour depuis novembre 2014, et on lui préfèrera donc l’interface web.

Les applications mobiles sont identiques sur Android et iOS. Toutes les fonctions importantes sont présentes, Pocket déclarant dans les deux cas un contrat de partage dans le système mobile. Quand on navigue depuis un smartphone ou une tablette, on peut donc continuer à envoyer des liens dans Pocket. Notez qu’en cas de copier/coller d’une adresse, ouvrir Pocket proposera automatiquement de l’ajouter dans la collecte, via une ligne verte en bas de l’écran.

Mais avec Android et iOS seulement couverts par les applications officielles, on peut se poser la question d’une exploitation depuis une autre plateforme. Pocket propose cependant une API permettant aux développeurs tiers de proposer soit des clients tiers, soit de rendre leurs propres applications compatibles avec le service.

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Mieux, ces applications tierces sont référencées sur le site officiel. On y trouve des catégories Windows Phone, BlackBerry, Symbian S60 et même WebOS. Bien entendu, le champ fonctionnel peut largement varier de l'une à l'autre.

Les listes mélangent par ailleurs les clients de sauvegarde de liens avec les applications simplement compatibles avec Pocket pour le partage d’informations. Précisons enfin que la version web peut être utilisée depuis la grande majorité des appareils mobiles.

Contenu recommandé et exploration des contenus sauvegardés

Le tronc commun de ces outils de sauvegarde est souvent le même, à quelques nuances près. Les éditeurs cherchent donc à se mettre en avant via différentes fonctions supplémentaires, quand ce n’est pas par le modèle commercial.

Pocket profite de son statut de « leader » pour basculer dans la recommandation de contenus. L’interface web, toutes les applications web, proposent une section « Recommandé » où l'on retrouve les liens que les utilisateurs sauvegardent le plus et qui peuvent vous plaire. Attention, cela sera uniquement du contenu en anglais.

Évidemment, comme toujours avec ce type d’algorithme, on y trouve souvent des sujets à débat, des conseils de bien-être, des contenus comiques, etc. Pocket propose également un service baptisé Explore, actuellement en bêta. Il s’agit d’un moteur de recherche permettant de trouver des résultats parmi l’immense base de données des liens sauvegardés.

L'équipe assure qu’aucune information personnelle n’est présente, l’utilisateur ne sachant jamais qui a sauvegardé le lien qu’il regarde. Pocket part cependant du principe que ces contenus ont été mis de côté pour une bonne raison, dès lors pourquoi ne pas proposer d’y naviguer ? Les plus souvent sauvegardés sont d’ailleurs marqués d’un « Trending ».

Une version Premium pour les gros utilisateurs

La version de base de Pocket est gratuite. L’éditeur propose cependant une version payante, nommée simplement Premium. Elle est commercialisée 39,99 euros par an et commence par supprimer la publicité du service.

Le plus gros ajout de cette formule est la bibliothèque permanente. Dès qu’un utilisateur abonné ajoute un lien à sa collection, Pocket crée une sauvegarde de la page visée. Conséquence, il est possible de consulter les pages mises de côté en cas d’absence de connexion Internet. Les pages sont intégralement enregistrées, avec textes et images. Les vidéos sont par contre absentes.

L'abonnement enrichit la vue simplifiée. En plus de quelques paramètres mentionnés plus haut, les utilisateurs pourront modifier les marges pour influer sur la taille des lignes. Sans doute l'une des options les plus importantes. Il pourront également modifier la police d'écriture, ainsi que l'écartement entre les lignes.

La formule permet également de fournir automatiquement des suggestions de labels. Pour chaque article, Pocket propose ainsi plusieurs mots par rapport à la thématique détectée. L’utilisateur n’a plus alors qu’à appuyer ou cliquer sur ceux qui l’intéressent. Enfin, l’abonnement déverrouille certains outils de recherche, notamment celle en texte intégral.

Globalement, l’abonnement Premium correspond à des besoins assez intenses avec Pocket. La suggestion automatique des labels peut par exemple faire gagner beaucoup de temps quand on gère des dizaines ou des centaines de liens par jour. Mais un utilisateur qui ne sauvegarderait que quelques liens de temps à autre n’y trouvera probablement pas son compte. À moins d’avoir en horreur la publicité, souvent discrète d’ailleurs.

Le rachat par Mozilla, un vaste changement à prévoir

La carrière de Pocket pourrait toutefois prendre un tour nouveau avec le rachat par Mozilla, annoncé fin février. Une opération importante, en fait la première acquisition majeure pour le père de Firefox, qui compte continuer à proposer le service, mais avec sa philosophie habituelle.

Pour beaucoup, il s’agissait d’une conséquence logique puisque les deux entreprises n’avaient cessé de se rapprocher depuis 2015. Mais maintenant que Pocket est dans la besace de Mozilla, l’un des plus gros changements à attendre est son passage à l’open source. Un changement de taille à une époque où la sécurité des données et le respect de la vie privée tiennent un rôle croissant dans le choix des internautes.

En l’état, le rachat pourrait donner une corde supplémentaire à l’arc de Pocket, en lui permettant à terme de se battre sur un nouveau terrain, et d’y affronter notamment un autre concurrent : wallabag. Ce dernier suit en quelque sorte une courbe inverse : il se professionnalise après avoir démarré comme un projet open source grand public. Comme on le verra dans un prochain article, il garde certains avantages, comme la possibilité de monter son propre serveur.

Un service de référence, mais qui n'est pas seul

Dans le domaine des gestionnaires de liens et autres applications de type « lire plus tard », Pocket fait un peu office de référence, ne serait-ce que parce que l’entreprise s’est assurée une excellente visibilité. C'est d'ailleurs de cette manière que l'extension avait été intégrée en premier lieu par Mozilla dans Firefox : l'éditeur avait à l'époque argué de l'omniprésence du service.

Toutefois, et comme nous le verrons dans les prochains articles, le choix d’un tel gestionnaire dépend de plusieurs éléments, notamment l’interface, les fonctionnalités proposées et le modèle commercial. Or, Pocket n’est pas seul sur ce créneau, même si la concurrence s’est réduite avec le temps. Le tronc commun des fonctions étant souvent le même, il suffit parfois d’un rien pour décider un utilisateur à aller voir ailleurs.

Dans tous les cas, Pocket est un service solide, qui offre l’avantage de proposer des clients pour à peu près toutes les plateformes. La partie gratuite fournit assez de fonctionnalités pour convenir à bon nombre d’utilisateurs, alors que la partie Premium se renforce avec des services qui pourraient fournir une valeur ajoutée réelle à Pocket.

Le service devra faire attention à ne pas trop tourner en rond, tout ou presque ayant été fait dans le domaine.


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