Gestionnaires de liens : Instapaper, analyse d'un très sérieux concurrent de Pocket

Pas de découpage mesquin sur les fonctions 16
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le vendredi 21 avril 2017 à 14:21
Vincent Hermann

Nous continuons sur le thème de la lecture différée avec Instapaper, l’autre grand service du genre avec Pocket. Interface, fonctionnalités et autre modèle commercial sont au programme. Malgré un tronc commun évident avec son concurrent, le service sait parfaitement se différencier.

La sauvegarde des liens est une activité à temps complet pour certains. On pourrait comparer ces services spécialisés à des gestionnaires de favoris très complets, avec la possibilité d’y lire les contenus sans ouvrir les pages proprement dites. Intégrés dans les navigateurs et disponibles en applications, ils permettent donc d’embarquer avec soi sa collection de liens et de pages à lire.

Notre premier article était consacré à Pocket, probablement la référence du secteur, tant il propose de fonctionnalités et un modèle Premium qui n’est guère limitant pour l’utilisateur classique. Est-ce à dire qu’il faut l’installer et faire fi de la concurrence ? Loin de là, comme nous allons le voir avec Instapaper. Car ce dernier a récemment beaucoup changé : conséquence de son rachat par Pinterest, l’abonnement payant a été abandonné, toutes les fonctionnalités spécifiques se déversant du même coup dans la version gratuite.

Pas de Premium : un seul lot de fonctionnalités

Avant d’aller plus loin, et contrairement à ce que nous avons fait pour Pocket, nous allons aborder ici la question du modèle commercial. Racheté par Pinterest, Instapaper a en effet supprimé sa formule Premium, basculant toutes ses fonctionnalités dans les comptes classiques.

En d’autres termes, tout compte créé sur Instapaper contient l’intégralité des fonctions, qu’elles aient été payantes ou non, l’entreprise n’ayant rien enlevé durant la transition. Conséquence, les publicités ont disparu, il n’y a plus de limites sur le nombre de notes que l’on peut enregistrer, l’utilisateur accède à la recherche plein texte et ainsi de suite. Par ailleurs, toutes les options de présentation ont été déverrouillées.

Cet important changement, intervenu début novembre dernier, est un point à prendre en considération, ne serait-ce qu’au niveau de l’absence de publicité. Il compte en outre pour la présentation globale du service, comme nous allons le voir.

Notez cependant qu'Instapaper est devenu pour Pinterest une porte d'entrée pour d'éventuels nouveaux utilisateurs. Comme tous les services « gratuits », la société s'alimente dans les données des utilisateurs. Pinterest avait également racheté une équipe de développement, qui travaille la plupart sur le coeur d'activité de l'entreprise (les fameuses épingles). Le modèle commercial est donc actuellement flou, mais l'entreprise a clairement pour objectif de devenir un ténor des épinglages en tous genres. 

Interface et prise en main

Pour qui connait Pocket, l’interface principale d’Instapaper ne réservera guère de surprise. Nous avions indiqué que nombre de ces services s’utilisaient globalement de la même manière, et c’est particulièrement vrai ici. À ceci près que la version web d’Instapaper n’est disponible qu’en anglais, ce qui pourrait en refroidir plus d’un.

Une fois le compte créé, il suffit d’aller récupérer l’extension Instapaper correspondant au navigateur utilisé (quand elle existe, voir plus loin). À partir de là, dès que l’on surfe sur une page intéressante, on peut la mettre de côté en cliquant sur l’icône. Les articles, photos, vidéos et autres sont ajoutés dans une liste commune, que l’on retrouve ensuite sur le site principal, ou dans les applications mobiles.

La liste est par défaut en vue développée avec images. Cet affichage peut être modifié selon plusieurs paramètres, par exemple en la basculant sur un mode plus compact, en supprimant l’image, ou en changeant la teinte de fond (blanc, sépia, gris fonce ou noir). L’ensemble est sobre et clair, davantage même que la vue proposée par Pocket, bien que les goûts de chacun puissent changer.

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Nombreuses fonctions de tri

Cette interface principale permet un certain nombre d’actions. On peut ajouter manuellement un lien copié bien sûr, mais également trier et classer les contenus. Par défaut, cliquer sur un lien le sélectionne, et on peut créer un choix multiple pour effectuer une action de masse. Chaque article peut être supprimé, archivé, « liké » ou partager. Pour lire l’article en vue simplifiée, il suffit de faire un clic molette sur le titre, tandis qu’un sur le lien ouvrira la « vraie page ».

Instapaper propose en outre bon nombre de filtres différents pour trier la liste des articles enregistrés. On peut ainsi les classer par ordre chronologique d'ajout (classique ou inversé), par longueur (articles les plus courts ou les plus longs), par progression de lecture (la position est synchronisée), par popularité (en fonction du nombre de Likes) ou même encore aléatoirement.

La colonne de gauche sert au rangement des contenus. On y retrouve l’accueil, ainsi que des catégories pour les articles aimés, les archives, les vidéos et tout autre dossier que l’utilisateur créera pour ses propres besoins. Deux sections spécifiques sont également disponibles : les Notes et Browse. La première permet de créer des notes synchronisées (mais Instapaper est très loin d’être le seul à le proposer), l’autre à surfer dans les contenus les plus souvent sauvegardés par les utilisateurs (nous y reviendrons).

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Mode lecture : la grande force d’Instapaper

Tout gestionnaire de liens doit en effet soigner sa présentation dès que l’on aborde le mode lecture. On parle ici de l’interface du service ou de l’application lorsque l’on clique sur l’une des pages enregistrées. Le texte principal et les images s’affichent alors dans une forme simplifiée, en faisant fi de tout élément considéré comme superflu (structure du site, publicités, menus…).

Dans les grandes lignes, on peut considérer que la présentation générale ressemble fortement à celle décrite dans Pocket. Cependant, le changement intervenu dans la version Premium modifie la donne, puisque toutes les fonctionnalités auparavant réservées aux seuls abonnés payants sont maintenant disponibles pour tous. Il existe toutefois une différence de taille entre ce que propose le service en ligne et les applications mobiles.

Sur ces dernières, l’utilisateur n’a pas de limitation, contrairement à Pocket. Toutes les options de présentation sont déjà là : choix et taille de la police, couleur de fond (blanc, sépia, gris foncé et noir), largeur ou encore espacement des lignes. Un ensemble très complet donc, et on pourra éventuellement reprocher à Instapaper de ne pas laisser l’utilisateur choisir lui-même sa palette de couleurs pour une expérience de lecture réellement personnalisée. Cela étant, Pocket ne le permet pas non plus.

Depuis l’interface de lecture, on pourra marquer une page comme favorite, l’archiver ou encore la partager, des fonctions très classiques en somme. Même chose d’ailleurs depuis la version web, mais avec une différence de taille : bien que l’on puisse ouvrir les liens, elle ne propose pas d’interface simplifiée de lecture, à la différence de Pocket.

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Partage, profil personnel et options

À la manière de Pocket, les articles appréciés peuvent être marqués comme tels et consultés de manière publique, dès que les contacts connaissent votre nom d’utilisateur. Le profil est par défaut public, mais rien n’empêche de le basculer en privé. En ajoutant les liens idoines, on peut également publier sa liste d’articles recommandés (uniquement les 20 derniers) sur les réseaux sociaux.

On retrouve les options classiques de partage via email ou message. Sur la version web, on trouve cependant quelques outils supplémentaires. Par exemple, la possibilité d’importer les données depuis Readability, Pocket ou depuis un fichier CSV provenant d’un autre compte Instapaper. En toute logique, on peut bien sûr exporter ses données vers un tel CSV, ou vers un classique fichier HTML.

Tout aussi important, les options contiennent la fonction de suppression du compte. Une simplicité dont bien des éditeurs pourraient s’inspirer. Par ailleurs, ceux qui disposent d’un Kindle pourront paramétrer leur liseuse en ajoutant une adresse de confiance (kindle.gemrc@instapaper.com), afin de lui envoyer directement tous les contenus sauvegardés.

Quelle compatibilité avec les navigateurs et systèmes ?

Si Instapaper fait fort dans le domaine de la lecture simplifiée des contenus, il est moins remarquable sur la disponibilité, presque identique en fait à celle de Pocket.

La version web du service fonctionne dans tous les navigateurs. Nous l’avons utilisée sous Chrome, Edge, Firefox, Opera et Vivaldi sans rencontrer le moindre problème. Le contraire aurait d’ailleurs été étonnant.

Du côté des extensions, seul Edge manque en fait à l'appel. Depuis chaque boutique intégrée, on peut donc récupérer le module et l'installer. Le fonctionnement est celui qu'on en attend : on clique sur le bouton et la page visitée part directement s'ajouter dans le catalogue.

Côté appareils mobiles, seules des versions Android et iOS sont proposées. Elles ont cependant un avantage sur la mouture web : elles sont disponibles en français. Comme indiqué précédemment, ces applications rassemblent toutes les fonctions principales du service, avec notamment bon nombre d’options. Comme Pocket, les applications proposent automatiquement d’ajouter un lien dans le catalogue si elles en détectent un dans le presse-papier.

Notez qu’Instapaper fournit également une API, qui permet aux développeurs de communiquer avec le service pour ajouter des liens. Contrairement à Pocket, il ne s’agit pas ici de développer des applications complètes autour d’Instapaper, mais plutôt de permettre à des applications existantes de profiter de certaines fonctionnalités, pour exporter des informations.

Un concurrent de très bon aloi

Instapaper ne manque clairement pas de qualités. La suppression de la formule Premium a entrainé une vraie simplification pour les utilisateurs, qui n’ont plus à se demander quelles fonctions sont disponibles ou pas.

Instapaper a clairement gagné en intérêt face à Pocket avec cette décision, puisque le concurrent se retrouve désormais plus riche sur les actions de base, surtout quand on parle de lecture. Il n’est ainsi pas limité dans ses options de présentation, alors que Pocket garde certains aspects (comme le choix de la police) pour les utilisateurs payants.

Comme nous l’avions indiqué cependant dans notre premier article, le tronc commun des fonctionnalités n’évolue guère entre ces solutions. Le choix de l’utilisateur risque donc de se faire sur des questions d’ergonomie, de confiance ou peut-être via une petite fonction supplémentaire.

Ajoutons que la situation pourrait fortement évoluer au cours de l’année. Maintenant que Pocket appartient à Mozilla, son modèle commercial pourrait subir le même sort qu’Instapaper, la formule Premium apportant des fonctionnalités dont beaucoup peuvent facilement se passer. Pocket va également devenir à terme open source et donc s'attaquer à wallabag sur ce terrain, ce qui n’est pas prévu pour son concurrent.

Quoi qu’il en soit, Instapaper est un produit tout aussi solide que Pocket. On pourra lui reprocher une version web en anglais, mais ce type de service s’utilisant surtout depuis un smartphone ou une tablette, ce ne devrait pas être un problème dans ce nombreux cas.


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