CHATONS : Framasoft veut promouvoir les hébergeurs « responsables »

Les paysans bio du service 23
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Crédits : Carrigphotos/iStock
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Vincent Hermann

Framasoft, après avoir souhaité « degoogliser » Internet, tourne son regard vers les hébergeurs. Il prépare ainsi une nouvelle initiative, baptisée CHATONS, qui doit permettre à n’importe quel type de structure de stocker des données en respectant une stricte charte de transparence. L'idée reste la même : lutter contre les GAFAM.

La campagne « Degooglisons Internet » avait marqué les esprits. Lancée en octobre 2014, elle ambitionnait de proposer des outils alternatifs à ceux des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). On pouvait donc utiliser Framadate plutôt que Doodle, Framapad pour remplacer Google Docs, Framabag plutôt que Pocket, etc.

L’idée, comme nous l’avait alors expliqué Pierre-Yves Gosset, délégué général de l’association française, était de fédérer et de proposer des alternatives, mais pas de remplacer. L’objectif était surtout de faire prendre conscience, de sensibiliser le public à des questions auxquelles il n’est pas forcément habitué quand on aborde l’utilisation des données.

Du logiciel libre et aucun traitement externe des données

Avec CHATONS, Framasoft veut justement s’occuper plus activement du stockage des informations. Il ne s’agit pas d’un service ou d’un logiciel, mais d’un label signifiant « Collectif d’Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires ». Toute structure – personne physique, morale, association ou collectivité – peut demander à l’obtenir, à condition de signer une charte particulièrement stricte.

Tout est question de respect et de transparence. Un CHATON, puisque c’est ainsi qu’il faut l’appeler, est donc un prestataire qui fournira un service en respectant des conditions précises de traitement des données. Parmi les plus emblématiques, on citera l’obligation de n’utiliser que des logiciels libres. Framasoft laisse le choix : il peut s’agit des outils proposés par l’association, ou ceux que le prestataire utilise déjà.

Ensuite – et c’est probablement le point le plus important – un CHATON s’engage à ne déporter aucun traitement ou même stockage des données. Si le prestataire utilise des logiciels open source mais stocke par exemple une partie des informations dans les Web Services d’Amazon, la condition n’est pas remplie. Cette condition limite également l’utilisation qui peut être faite de la publication, en court-circuitant les régies. Le prestataire peut mettre de la publicité, mais il doit en gérer le contenu avec la structure dont il fait la promotion, toujours dans un souci de traitement des données.

Un hébergement éthique

Globalement, un CHATON doit avoir le contrôle de son infrastructure. La transparence doit être totale : il doit indiquer quel prestataire il utilise par exemple pour l’hébergement physique des serveurs, doit produire de la documentation sur l’infrastructure et les services, indiquer quels composants logiciels sont utilisés, communiquer de manière sur ses services et tarifs, afficher de manière visible ses conditions d’utilisation, informer de sa politique de sécurité et ainsi de suite. En d’autres termes, l’utilisateur ou client ne doit avoir aucune mauvaise surprise.

Cette dimension est sans doute celle qui représente le mieux cette nouvelle initiative. Framasoft veut en effet créer un label de confiance, pour lequel il n’existera cependant aucun sas de validation. Comme nous l’a expliqué Pierre-Yves Gosset, le concept est basé sur la confiance. Si l’association s’aperçoit que le prestataire ne respecte pas les conditions, le label lui sera retiré et sa mise en avant ne sera plus assurée.

Les CHATONS sont dans la continuité de la campagne « Degooglisons Internet ». Il est surtout d’éthique, de respect et de logiciels libres, dans un vaste mouvement de décroissance qui consiste à faire surgir une question centrale : qu’arrive-t-il aux données ? Dans cet état d’esprit, pas question pour Framasoft de devenir le prochain Google, comme nous l’a rappelé le délégué général : « Nous ne voulons pas remplacer Google. Google touche des milliards de personnes. Il serait illusoire de croire qu’on peut atteindre la même proportion du public. Ce serait même contre-productif. On veut avant tout toucher un public qui nous connait, qui est sensibilité à ces questions, ces problématiques de respect ».

« Nous sommes comme de petits artisans bio au milieu des industriels »

Pierre-Yves Gosset s’en prend globalement à l’ensemble des services concentrateurs, dont les interfaces ont été simplifiées au point de faire oublier tout aspect technique, sapant le travail de réflexion qui aurait pu se faire. « On veut que les gens comprennent ce qu’est le cloud. On veut qu’ils sachent ce que c’est que de déposer un document dans Dropbox. Le seul moyen de lutter contre ça, c’est de mettre de l’humain. On veut faire plein de petites associations et de structures qui iront vers les gens. Une démarche essentielle dans une époque où veut séparer les utilisateurs et la technique ».

Pour le responsable, l’initiative s’apparente en fait à ce qui existe déjà dans l’agriculture avec les AMAP (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) : « Dans une AMAP, on peut rencontrer le paysan et lui poser des questions sur le pourquoi de l’absence de salade alors que les topinambours sont en surnombre. Chez Framasoft, on veut rester dans ce modèle de petite association accessible parce qu’on veut lutter contre les hyper gros » explique-t-il. Il ajoute, comme pour enfoncer le clou : « Nous sommes comme de petits artisans bio au milieu des industriels. Nous n’ambitionnons pas de répondre à toutes les demandes. Nous devons nous fixer des limites et s’y tenir ».

Octobre vert

L’idée principale derrière ce concept est d’assurer la promotion des structures qui recevront le label. Actuellement, une cinquantaine de partenaires est intéressée. Le lancement officiel étant prévu pour octobre, ce nombre devrait croitre d’ici là. Pierre-Yves Gosset nous indique d’ailleurs que pour l’instant, aucune limite n’est fixée sur le nombre : « On démarre comme ça, on verra comment évolue la situation ».

Avec la promotion viendra également l’aide : « On proposera de l’accompagnement gratuit pour mettre en place un CHATON. On fournira même tous les scripts nécessaires pour installer les services. Si une structure a déjà les siens, il suffira qu’elle s’engage moralement » nous explique le responsable. Bien entendu, un site permet de consulter la liste complète des structures disponibles, classées par régions. Elle est cependant temporaire, même si elle contient déjà quelques noms, comme Alolise à Saint-Étienne, ou NanterreAsso.

Enfin, Pierre-Yves Gosset espère que la mise en valeur des structures, surtout des associations, leur permettra de récupérer plus facilement des dons… quitte à ce que Framasoft en touche moins. L’association est actuellement financée à hauteur de 92 % par des dons de particulier. Le responsable ne voit aucun problème à ce qu’une partie aille directement dans les caisses des partenaires dont ils souhaitent assurer la promotion.


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