Qwant multiplie les annonces de services, publie du code source et finalise sa v4

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David Legrand

Mi-juin, Qwant ouvrait les portes de son nouveau siège parisien et faisait le plein d'annonces. Alors que le moteur de recherche s'apprête à dévoiler sa v4, voici un panorama de ses projets, dans le détail.

Qwant entre dans sa cinquième année. Pour fêter ça, le moteur de recherche français, qui se veut respectueux de la vie privée, inaugurait son nouveau siège parisien le 14 juin dernier. L'occasion de nombreuses annonces alors que la v4, qui cache des nouveautés graphiques mais aussi sous le capot, est en préparation. 

Éric Léandri et ses équipes veulent avancer vite, sur des sujets qui comptent. Certes l'interface ou la fiabilité des résultats, mais aussi des services annexes à même d'inscrire la marque et la « touche » Qwant dans le quotidien des internautes. Une manière de leur montrer que la collecte massive de données n'est pas une fin en soi lorsqu'il s'agit de proposer des services gratuits et simples d'utilisation.

La société revendique sa place dans la liste mondiale des 1 000 sites les plus visités, 70 millions de visiteurs uniques par mois, 10 milliards de requêtes en 2017 (contre 2,6 milliards en 2016), soit « trois jours de Google ». Le service se veut européen, avec un peu moins de la moitié des utilisateurs venant de France, un quart d'Allemagne et un peu moins de 10 % d'Italie. 

La croissance est soutenue par la fronde anti-plateformes et les différents scandales liés à la vie privée. De quoi parfois poser des soucis d'accès, comme on l'a vu ces derniers mois. L'infrastructure évolue donc, ainsi que les équipes, composées de plus de 160 personnes réparties dans plusieurs bureaux, dont plusieurs dans l'Hexagone : Paris, Épinal, Nice, Rouen et Ajaccio. Et certaines arrivées se veulent symboliques.

Avec celle de Tristan Nitot, Qwant veut affirmer l'importance de l'open source dans la conception de ses services. Un choix qui se veut concret, la société désirant montrer qu'elle va bien au-delà de la simple utilisation de tel ou tel projet ou de la publication du code source de son application mobile. 

Ces dernières semaines, nous avons ainsi pris le temps d'échanger avec plusieurs membres de l'équipe, micro ouvert ou fermé, afin d'étudier ces différents projets et mieux comprendre l'évolution de Qwant. Éric Léandri a également accepté de répondre directement à certaines de nos questions.

La musique et le sport pour attirer les foules

Qwant, ce sont déjà plusieurs verticales. Il y a bien entendu Junior pour les enfants, avec des applications mises en ligne il y a peu. Puis l'actualité, les vidéos, les images, les réseaux sociaux, ou la partie shopping avec ses liens affiliés, au cœur de la stratégie commerciale de Qwant.

La musique a droit à un traitement particulier avec une entité et une équipe dédiée, située en Corse. Le service se nourrit des autres briques et affiche par défaut les dernières actualités du secteur, des genres, des personnalités et des classements. L'ensemble est alimenté par plusieurs partenariats : l'Ircam, le centre Pompidou, Flux, imusic school ou encore le magazine Rolling Stone.

Lors d'une recherche, plusieurs résultats sont proposés, de manière agrégée ou séparée selon les onglets : les artistes, albums et morceaux.  Par défaut, un extrait peut être écouté avec différentes options : afficher la forme d'ondes, la vidéo (YouTube en général, sans le mode de confidentialité avancé), charger votre propre fichier audio, etc.

Qwant MusicQwant Music

L'Ircam et Flux complètent l'ensemble avec des outils maison permettant respectivement d'analyser le morceau et sa composition, en mettant en avant des œuvres similaires, ou de modifier les paramètres de lecture (volume, reliefs, basses, medium et aigus). L'écoute « avec YouTube », mise en avant à quelques endroits, ne fonctionne pas toujours en raison des contraintes d'intégration imposées par certaines chaînes, comme Vevo.

Pour le reste, le service est agréable, malgré l'absence de liaisons à des comptes de platefomes de streaming, pour une lecture plus directe. Seuls des liens affiliés vers Apple Music, Deezer ou Spotify sont affichés, contribuant au financement du site.

La fiche artiste intègre les liens vers ses compte sur les réseaux sociaux, quelques statistiques, une présentation Wikipédia, ses actualités, sa discographie, ses clips ou images, etc. Bref, un agrégat de ce que peut trouver Qwant ici ou là. 

Une autre verticale a été mise en place juste avant la Coupe du monde de football, à destination du grand public : le sport. Selon Éric Léandri, cela représente près d'un tiers des requêtes en matinée. L'idée est donc d'apporter des réponses plus directes, notamment avec des résultats. 

Ainsi, la requête « coupe du monde » affiche le prochain match, les chaînes où il sera diffusé mais aussi un calendrier des confrontations à venir ou passés (avec leurs résultats) :

Qwant Sports Coupe du monde

Des versions alpha, en veux-tu en voilà

Qwant l'a bien compris, si ses engagements en matière de respect de la vie privée lui donnent une différence, c'est désormais avec les services qu'il faudra marquer des points et attirer un public fidèle, déjà de plus en plus nombreux.

Plusieurs pistes ont ainsi été lancées, commençant à porter leurs fruits. L'équipe se trouvait alors face à un choix : lancer au plus vite ou attendre la finalisation avant de publier, au risque d'éprouver la patience des internautes. Lors de nos différents échanges, nous avons constaté une situation classique, où chacun défendait sa vision, avec autant d'arguments dans un sens que dans l'autre.

Décision a été prise de sortir certains produits tôt, et d'itérer selon le retour des utilisateurs. Éric Léandri se défend d'aller trop vite, mais veut profiter du bon moment, lorsqu'un projet est assez mûr mais encore en construction. La communauté peut ainsi donner son avis et permettre des évolutions qui n'auraient pas été possibles en gardant le projet en interne, sans avis tiers.

Un choix de mise en ligne de versions « alpha » qui ne concernera pas l'ensemble des nouveaux services, notamment ceux qui touchent à la sécurité où l'approche se veut plus exigeante.

Qwant Maps : donne plus de visibilité à OpenStreetMap

Le premier concerné sera Qwant Maps, au lancement d'abord prévu dans quelques mois, mais jugé assez mûr pour être mis en ligne dès la fin du mois de juillet. La version bêta arrivera fin 2018.

Il est basé sur OpenStreetMap (OSM), dont il veut garder l'aspect communautaire et participatif. Noémie Lehuby, qui siège au conseil d'administration d'OpenStreetMap France, en est d'ailleurs la chef de projet. Qwant utilise sa propre interface, mais les données d'OSM ainsi que d'autres sources d'informations.

Fin mai, la société annonçait ainsi un partenariat avec Kuzzle pour l'interfaçage avec des plateformes tierces et l'internet des objets. De quoi lui permettre de faire le lien avec de nombreuses sources de données sur la pollution de l'air, la couverture mobile, les transports publics, les avions et péniches, etc.

Qwant MapsQwant Maps

Dans la première version, les itinéraires ne seront pas pris en charge. Ici, il faut nouer des partenariats, ce qui peut prendre du temps, et donc demander un peu de patience. Idem pour la participation aux données d'OSM directement depuis Maps. Un simple renvoi devrait être proposé dans un premier temps, avant la mise en place d'une interface plus directe.

Il s'agit néanmoins d'un pas important pour le service de cartographie ouvert, face à des géants comme Apple, Google ou Microsoft. D'autant que Qwant participe aussi à travers des outils open source comme Cosmogony qui permet la création de zones administratives, afin qu'elles puissent être géocodées et utilisées dans OSM.

L'open source mis en avant

« Qwant faisait beaucoup d'open source, mais n'en parlait pas, c'est ça que je suis venu changer » nous explique Tristan Nitot, qui a récemment quitté son job chez Cozy pour rejoindre l'aventure du moteur de recherche. Derrière son arrivée et ce changement, on retrouve David Scravaglieri, directeur de Qwant Research mais surtout ancien de Mozilla.

On trouve ainsi deux comptes GitHub : Qwant et Qwant Research, qui regroupent tous les travaux de la société sur des applications et des services maison, ou ses participations à des projets tiers. Lors de l'inauguration des nouveaux locaux, plusieurs outils étaient présentés, comme Graphee pour le calcul efficace d'indices depuis un crawl de sites ou Masq, qui doit permettre aux différents services de Qwant de traiter des données localement, en toute sécurité.

La plupart de ces projets sont publiés sous licence MIT, très permissive, ce qui ne plaira sans doute pas aux défenseurs du logiciel libre et de la GPL. Mais c'est une bonne initiative, que l'on ne peut que saluer.

Qwant Mail et la question de l'offre « sécurité »

Masq étant désormais disponible, il va désormais infuser dans les différents services et applications de Qwant. Son objectif est de permettre aux développeurs de réconcilier deux besoins : celui du traitement des données de l'utilisateur et d'une méconnaissance de ces dernières par un service tiers.

La solution retenue est celle d'un traitement local, sans lien avec les serveurs de Qwant, et d'un stockage sécurisé. Une synchronisation peut être créée, mais uniquement d'un appareil de l'utilisateur à l'autre. La personnalisation du moteur de recherche ou l'autocomplétion à partir de données locales (voir cette démo) sont des pistes explorées.

Il y a un autre secteur pour lequel la protection du contenu est vital : l'e-mail. Les questions autour de Gmail et de l'accès donné aux développeurs, le montrent bien, cet usage est souvent considéré comme sensible. Or les utilisateurs protègent peu les messages, le plus souvent envoyés en clair. Les canaux d'envoi sont tout de même chiffrés, les acteurs du secteur imposant de plus en plus cette sécurité.

Mais voilà, ces e-mails continuent d'être analysés par des robots pour l'anti-spam, de passer à travers différents serveurs inconnus, etc. Des alternatives comme ProtonMail ont vu le jour ces dernières années, et rencontrent un certain succès auprès d'un public attentif à ces questions.

Pourquoi s'y lancer ? « Parce que les utilisateurs nous demandent du mail avec les engagements de Qwant » nous répond Éric Léandri. « L'hébergement, ce n'est pas notre métier de base, mais il y a une demande forte, alors on le fait » ajoute-t-il, nous confirmant qu'il a choisi de ne pas se reposer sur un service tiers en marque blanche.

« On assemble des briques ouvertes. On a déjà l'infrastructure et le back office, on travaille surtout sur le front désormais. » Nous ne pouvons pas encore en apprendre plus sur la composition exacte de ce mix, mais une chose est sûre : il reste encore du travail.

L'équipe semble confrontée au défi classiques d'un tel projet : marier sécurité et simplicité d'utilisation, sans laquelle le grand public ne sera pas au rendez-vous.  Il nous a été confirmé que le projet verrait le jour dans une première version publique avant la fin de l'année. 

Vous avez demandé Qwant, ne quittez pas 

L'occasion de revenir sur la disponibilité des services de Qwant, qui a connu quelques pannes il y a plusieurs semaines et encore une coupure ces derniers jours.

« Pour assurer que nous sommes seuls à traiter les données, nous disposons de notre propre infrastructure. On ne peut pas faire autrement [...] On a revu les choses ces derniers temps et effectué quelques tests de charge, et ça tient le coup. Mais on a touché les limites lors de nos tests, avec ce qui s'est passé en fin de semaine dernière » nous déclare le PDG.

Une question importante, notamment pour de nouveaux services. Héberger du mail nécessite d'éviter au mieux les indisponibilités, là où des services comme la traduction (Qwant Translate est en préparation pour une version alpha) nécessitent des infrastructures gourmandes en capacité de calcul. 

« S'il faut ajouter 200 serveurs, pas de souci, on le fait, mais cela nous demande encore un peu de temps, on n'est pas OVH » plaide Léandri, sans doute bien conscient que constituer une équipe Qwant Cloud/Hosting sera l'une des priorités des années à venir pour éviter d'entacher la réputation de l'entreprise.

Qwant v4 : moins de dépendance à Microsoft Bing

Cette question en cache une autre : celle des liens avec Microsoft et son moteur Bing. La v4 qui va être dévoilée à la presse ce soir et pourrait être mise en ligne assez rapidement, va introduire deux nouveautés sur ce terrain. La première est la mise en place de Qwant Ads, issue du rachat de The machine in the middle, notamment portée par Sylvain Peyronnet. 

Il s'agit d'une offre publicitaire sans tracking, avec un ad server maison, qui se base surtout sur le contexte de la page pour choisir quelle publicité afficher. Qwant va désormais l'utiliser pour vendre ses espaces en direct, mais passera par Bing Ads en complément (sans transfert de données).

L'algorithme doit également être amélioré avec des taux de satisfaction plus élevés et là aussi une dépendance à Bing plus faible.  « Il y a encore des cas où on a besoin de leur infrastructure » nous répond Éric Léandri, notamment pour les résultats dans certains pays ou les images par exemple.

S'attaquer au paiement, avec le Crédit Agricole ?

Il y a un autre terrain où les grands acteurs mondiaux se battent : la gestion de votre carte bancaire. Ici, Qwant s'allie à Toro, qui dispose d'un portefeuille (wallet) bientôt adapté à la sauce maison. Le moteur apporte sa marque et sa reconnaissance en Europe comme acteur préservant la vie privée, Toro son savoir-faire.

L'idée est de se passer de Mastercard et VISA, en traitant plutôt avec des prestataires techniques comme CB en France : « On ne veut pas que nos utilisateurs livrent leurs données, pas plus à Mastercard et VISA qu'à d'autres » tranche le PDG, qui dit préparer là aussi un produit d'ici la fin de l'année.

Il faudra donc s'entendre avec les banques, pays par pays parfois. En France, un partenaire aurait été trouvé, mais impossible d'avoir la moindre confirmation. Qwant venant de rejoindre « Le Village » du Crédit Agricole à Sophia Antipolis, nous avons néanmoins peu de doutes quant à l'identité de ce dernier.  

Quelques tests ont déjà été effectués, notamment avec Icare et sa bague connectée Aeklys. Lors d'une démonstration effectuée en Corse, où des « influenceurs » ont été invités par le constructeur, la solution de Qwant Pay était utilisée. Mais le service en lui-même est loin d'être finalisé, et repose pour le moment sur des TPE où une application spécifique à Icare doit être installée, ce qui implique que la généralisation d'Icare n'est pas pour tout de suite.

Peu importe pour Qwant, qui se dit attaché au projet d'abord incubé chez elle. L'objectif est de proposer du paiement simple à travers différentes solutions, tout en protégeant les données de l'utilisateur. 

Utiliser l'IA et les services de Qwant de manière large

De manière plus générale, la société est consciente qu'elle dispose de deux éléments importants : une marque et des services d'un côté, une infrastructure technique avec une bonne capacité de calcul de l'autre. Elle repose sur des serveurs DGX-1 de NVIDIA, qui accompagne Qwant depuis quelques temps.

Membre du programme pour start-ups Inception de la société américaine, elle participe désormais à son jury et veut passer à l'étape suivante. Par exemple, Qwant Med vise à partager les serveurs maison avec des professionnels de santé pour leurs besoins, tout en garantissant l'anonymat aux patients.  

Déjà fonctionnel, le service est actuellement proposé en B2B et a pu être utilisé dans le cadre d'une opération et d'une modélisation du cerveau par des chercheurs. L'idée est d'aller plus loin dans les prochaines années, et pourquoi pas arriver à des solutions de type B2B2C, où le grand public se verrait proposer des services de santé par des tiers, reposant sur les briques de Qwant, comme un carnet de santé numérique par exemple.

Plus proches de nous, chez les assistants personnels, la société continue de prospecter pour disposer de sa propre offre. Mixity, avec laquelle elle devait lancer une enceinte a finalement déposé le bilan. D'autres partenariats sont à l'étude. Lorsque nous évoquons Orange ou Snips, qui travaillent sur leurs propres assistant, Éric Léandri répond : « il leur manque la recherche ». Mais il se refusera à tout commentaire.

Enfin, c'est hors d'Europe que Qwant veut se développer, y compris en Afrique. Pour cela le moteur s'est associé à BeBound dans le cadre du programme Dor2Dor. Ce dernier apporte la connectivité alors que Qwant place ses services, aux côtés de ceux de La Poste. Là aussi, afin de proposer une alternative plus respectueuse de la vie privée que celles des géants américains. 

Et une instance PeerTube ? Pour le moment la société soutient l'initiative, mais ne semble pas avoir prévu de sauter le pas.

Passer un cap

En cinq ans, Qwant a réussi à transformer l'essai, sans tomber dans l'oubli. Tout n'a pas toujours été rose ni facile, mais une bonne partie du travail a été fait : constituer une équipe, obtenir l'écoute des pouvoir publics, se développer hors de France, et devenir visible dans les statistiques des sites. Bref, exister.

Désormais il faut se développer. La galaxie de services est là pour ça, constituée de manière assez pragmatique : parfois en interne, parfois rapidement, parfois via des partenariats, ou l'inverse, selon les cas. On ressent aussi l'envie de tester différentes possibilités pour faire perdurer ce qui a du sens, là où un modèle est possible.

Car hors de la collecte et de l'exploitation des données et d'offres payantes, Qwant dépend du seul marché publicitaire classique pour assurer ses finances, son développement et donc son avenir. Un pari risqué, qui semble pour le moment suivi par les équipes (en croissance) et les actionnaires.

Il va néanmoins falloir démontrer sa viabilité et sa capacité à résister aux attaques des géants du secteur, qui finiront bien par avoir Qwant dans leur viseur, sans hésiter à l'attaquer frontalement lorsque ce sera nécessaire. D'une certaine manière, c'est aussi de cela dont il a été question lors du fameux amendement déposé par Éric Bothorel dans le cadre du projet de loi sur la protection des données personnelles.

Rendez-vous est donc donné d'ici quelques mois avec la v4 et les nouveaux services, mais aussi dans cinq ans pour savoir si le pari de développement de Qwant aura été (ou non) une réussite.


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