Facebook F8 : Messenger remanié, réalité augmentée, Oculus Go disponible et Workspace renforcé

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Reseaux Sociaux
Vincent Hermann

Comme toujours au printemps, Facebook tenait hier la conférence d’ouverture de sa F8, largement dédiée aux développeurs. L’éditeur en profite encore pour glisser des annonces tournées vers le grand public et les entreprises. Retour sur une nouvelle avalanche de nouveautés. 

Période particulière pour Facebook. Entre l’ingérence russe pendant les dernières élections américaines et le scandale Cambridge Analytica, le réseau social a fort à faire pour restaurer la confiance, quitte à communiquer à outrance.

La société enchaine depuis des mois les annonces et les preuves de bonne volonté, au risque d'une overdose, après une décennie de discrétion sur ces sujets. Récemment, la société de Mark Zuckerberg a ainsi annoncé qu’un outil de réclamation permettrait de protester contre une modération trop brutale d’une publication. Dans quelques mois, les utilisateurs pourront également supprimer l’historique des données personnelles échangées avec des applications et services tiers (merci le RGPD ?).

C’est dans ce contexte trouble que s’est ouverte la conférence F8. Ce qui n’a pas empêché Facebook d’annoncer une foule de nouveautés à venir, dont certaines attendues depuis longtemps.

Messenger, Instagram et WhatsApp : du neuf pour le grand public

Elle avait été promise, elle arrive. Facebook confirme pour « très bientôt » le grand renouvellement tant attendu de Messenger, dont l’interface doit être largement simplifiée. L’éditeur s’était dit conscient du bazar actuel et avait affiché une volonté de faciliter la vie des utilisateurs.

On ne pourra réellement juger que sur pièce, mais les quelques images diffusées en donnent un premier aperçu. L’ensemble paraît effectivement plus simple, moins encombré. Un thème sombre est prévu, ce dont beaucoup sauront gré à Facebook. On ne trouve plus que trois boutons en bas – Conversations, Contacts et Découvrir – tandis que les fonctions de photos, vidéoconférence et nouveau message sont placées en haut à droite. Une option de traduction sera également présente, dans un premier temps uniquement de l'anglais vers l'espagnol.

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Nous attendrons de voir pour notre part si l’application est passée entre temps par une sérieuse cure d’amaigrissement, particulièrement sur iOS où n’existe pas la version Light. L’application est en effet très lourde, presque autant que Facebook elle-même. Comme nous l’avions souligné, elles se composent d’un assemblage de frameworks particulièrement indigeste.

Du côté d’Instagram, Facebook prépare… des appels vidéo. Bien que ce ne soit pas vraiment le créneau de l’application, l’éditeur souhaite qu'elles épaulent les conversations écrites dans les Messages directs. La fonction servira aussi bien au tête-à-tête qu’aux groupes. Elle sera accompagnée d’un onglet Découvrir remanié, séparant les recommandations en différentes thématiques.

Notez que Messenger et Instagram permettront bientôt aux développeurs de créer des effets de réalité augmentée. Facebook compte offrir plus de latitude aux entreprises dans la démonstration de leurs produits. Car ce sont bien sûr les possibilités marketing qui sont encore une fois mises en avant.

Quant à WhatsApp, l’application évolue à son rythme : les appels de groupe seront prochainement proposés sur Android et iOS. Les appels audio et vidéo étaient en effet bien disponibles, mais seulement en tête-à-tête jusqu’à présent.

Facebook : suppression d’historique, Stories à gogo, groupes et rencontres

Le réseau social lui-même aura plusieurs évolutions au cours de l’année. Comme nous l’indiquions hier dans #LeBrief, une nouvelle fonction permettra de supprimer l’historique des données personnelles échangées avec les services tiers. Elle sera accompagnée d’une option pour interdire l’enregistrement de ces informations. Facebook continuera cependant de livrer aux développeurs des données agrégées sur l’âge, le sexe, le pays et autres.

Les utilisateurs doivent s’attendre également à un renforcement des Stories. Facebook va simplifier les partages en exploitant le bouton Partage dans les applications tierces. Les Stories deviendront ainsi un débouché, sans que le compte Facebook ou Instagram (également pris en compte) ait besoin d’être renseigné dans l’application tierce.

Certains ont pu aussi remarquer un nouvel onglet dans la barre latérale de l’application mobile Facebook : Groupes. Un ajout logique et qui est exactement ce qu’il semble être. L’utilisateur y retrouvera donc tous ses groupes, plutôt que via le champ de recherche. Plus tard dans l’année, l’onglet permettra aussi de découvrir et de rejoindre de nouveaux groupes. En clair, l’équivalent mobile de ce qui existe déjà dans la version web.

Plusieurs autres apports ont été annoncés pour faire également de Facebook une plateforme « sérieuse ». Par exemple, se déclarer comme donneur de sang, mais uniquement en Inde, au Bangladesh et au Pakistan. Les utilisateurs pourront alors être guidés vers le centre de don le plus proche. La gestion des crises sera elle aussi enrichie. Les utilisateurs pourront plus facilement mettre en avant des sources d’informations de première main, comme l’état des routes, des photos et vidéos permettant de mieux appréhender les dégâts, etc.

Enfin, et sur un registre beaucoup moins sérieux, Facebook se lance dans les rencontres. La société résume la situation : « Les gens se servent déjà de Facebook pour rencontrer de nouvelles personnes, et nous voulons améliorer cette expérience ». Alors pourquoi pas ?

Concrètement, les utilisateurs pourront créer un profil de rencontre séparé du principal. Les recommandations de contacts seront basées sur les préférences de rencontre définies, ainsi que les goûts et amis en commun. Les Groupes et Évènements pourront également entrer en ligne de compte. Point important : tout ce qui sera fait via cette fonctionnalité n’aura aucune influence sur le profil classique. Le test doit commencer « plus tard dans l’année », sans plus de précision. L'action de Match Group (Tinder) a perdu près de 6 % de sa valeur suite à l'annonce.

Réalité virtuelle : l’Oculus Go débute sa carrière

C’est l’une des annonces marquantes faites pendant l’ouverture de la F8 : l’Oculus Go est en vente.  Proposé à 199 dollars pour la version 32 Go et 249 dollars pour la 64 Go, il se présente essentiellement comme une version plus petite et indépendante de l’Oculus Rift. En France, ces tarifs passent à 219 et 269 euros, un écart qui reste pour une fois dans les limites du raisonnable.

L’Oculus Go présente ainsi des dimensions de 190 x 105 x 115 mm, pour un poids de 468 g. L’écran de 5,5 pouces est d’une définition de 2560 x 1440, capable d’affiche du 60 ou 72 Hz. À ce tarif, on se doute cependant que la puissance n’est pas mirobolante. C’est en effet un Snapdragon 821 qui est aux commandes. Le Go embarque évidemment un micro et des haut-parleurs intégrés. Son autonomie annoncée est de 1h30 à 2h pour les jeux, et de 2h à 2h30 pour la vidéo.

 

Le tarif particulièrement agressif se marie à la bibliothèque des jeux disponibles, puisqu’un millier de titres sont disponibles. La même en fait que pour le Gear VR, vendu environ 80 euros, et nécessitant un smartphone sous Android. Facebook risque donc de frapper un grand coup dans la popularisation de la réalité virtuelle, et on attend bien sûr de voir ce que la concurrence va bien pouvoir à y redire.

Cette annonce est accompagnée d’autres. Oculus Venues permettra ainsi de participer à des évènements de type concerts ou sportifs. La fonction débarquera le 30 mai, mais sera orientée dans un premier temps sur les évènements en anglais. Oculus Rooms, déjà disponibles avec le Gear VR, reçoit une importance mise à jour. Le principe restera le même, à savoir une salle virtuelle om se réunir avec des amis, pour discuter et jouer. Boggle sera d’ailleurs disponible dans le courant du mois sur la boutique.

Deux autres applications sont ajoutées au panier. Gallery permet de visionner ses photos et vidéos en panoramique ou en 360°, du moins pour celles qui s’y prêtent. Oculus TV, qui débarquera plus tard, doit faciliter pour sa part le visionnage de contenus compatibles, en provenance par exemple de Hulu et Showtime.

Développeurs : nouveau processus de validation, API et SDK en pagaille

Même si Facebook avait cette année beaucoup à dire côté grand public, la conférence F8 reste avant tout dédiée aux développeurs. Qu’ils soient rassurés, la validation des applications a repris, mais Facebook prévient : en dépit d’une simplification globale du processus, des vérifications supplémentaires seront éventuellement à prévoir.

Les applications ne réclamant que des informations basiques comme le profil public, l’anniversaire ou même la liste d’amis ne sont pas concernées. En revanche, certaines API spécialisées ou des permissions étendues d’authentification déclencheront automatiquement une vérification de l’entreprise faisant la demande. Le tout est accompagné d’un nouveau site pour les développeurs.

La Graph API 3.0 est également de la partie. Plusieurs ajouts y sont présents, notamment la possibilité d’utiliser l’API Certificate Transparency pour souscrire à un domaine. Une fois le lien créé, Facebook se propose d’avertir le développeur si une personne malintentionnée obtient un certificat qui pourrait être utilisé pour du phishing sur le domaine visé. Autre exemple, l’API Groups qui permet, comme son nom l’indique, de gérer le contenu des groupes.

Un nouveau SDK fait en outre son apparition : Facebook Business Solutions. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une vraie nouveauté. Il s’agit plutôt d’un parapluie regroupant notamment quatre API : Business Manager, Marketing, Instagram et Pages. Facebook présente le Kit comme une base unifiée proposant aux développeurs toutes les ressources associées, pour qu’ils n’aient plus à les chercher un peu partout. Les langages supportés par ce « bundle » ne changent donc pas : Java, Python, Ruby, NodeJS et PHP.

Les développeurs de jeux vont pouvoir, eux, introduire des achats In-App dans leurs titres Android et pour Facebook.com, bâtis sur le socle Instant Games Platform. Rien n’est dit pour le moment sur iOS, à part que la monétisation des autres plateformes est toujours en cours d’exploration. L’ouverture des achats se fera le 7 mai, et Facebook précise que le classique découpage 70/30 des revenus sera appliqué. On n’en attendait pas moins.

Pas question non plus d’ouvrir le bal des développeurs sans évoquer la réalité augmentée. Une nouvelle version d’AR Studio est ainsi disponible. Elle offre de nouveaux débouchés : Instagram, Messenger et Facebook Lite. Elle se veut également plus simple d’utilisation, tout en ajoutant quelques outils : suivi de mouvements, création et manipulations de contenus et shaders sans coder, séparation des personnes et du fond, lien entre projets et positions géographiques ou encore statistiques sur l’utilisation.

Notez qu’en dépit de cette simplicité apparence, AR Studio reste un outil dédié aux entreprises et développeurs. Il n’est pas prévu de l’ouvrir au grand public, qui n’aurait de toute manière aucun point de chute pour leurs créations. Les expériences de réalité augmentée se font toujours uniquement dans le cadre applicatif ou des publicités.

Intelligence artificielle : la grande valse continue

Une conférence Facebook ne serait pas complète sans un passage sur l’intelligence artificielle. L’entreprise est après tout très active dans ce domaine, s’étant en particulier associée à Microsoft et Amazon pour créer le « standard » ONNX (Open Neural Network Exchange), facilitant les échanges de modèles entre infrastructures différentes.

On commence donc avec quelques nouveautés pour ONNX, surtout centrées sur le support d’autres acteurs. La plateforme PaddlePaddle de Baidu est ainsi prise en charge, de même que SNPE chez Qualcomm. Un convertisseur est également fourni pour la technologie CoreML d’Apple. En clair, les modèles développés avec ONNX peuvent être utilisés avec la plupart des frameworks, y compris ceux de Google et de Microsoft.

Plus tard dans l’année, Facebook publiera en outre PyTorch 1.0. Un nom curieux puisque PyTorch existe déjà, mais qui semble parfaitement assumé. Il veut faciliter le passage du développement de recherche à la production, en mélangeant les capacités de Caffe2, ONNX et l’actuel PyTorch, pour créer un kit à tout faire.

facebook pytorch

PyTorch 1.0 ambitionne ainsi de gagner sur tous les plans. D’un côté en permettant aux développeurs de garder un environnement flexible pour la recherche, avec exécution immédiate. De l’autre, à l'inverse, en autorisant des optimisations particulières et un mode d’exécution de type graph. Plus de processus manuel donc pour migrer de Caffe2 à PyTorch. Le projet réclame cependant du temps à Facebook, puisqu’une bêta n’arrivera que dans plusieurs mois.

Enfin, la firme renouvelle sa promesse de rendre open source un certain nombre de données dans le temps. C’est particulièrement le cas des bots développés pour les jeux de Go et Starcraft. Facebook aime à parler de frameworks ouverts et de développement responsable, en impliquant notamment des chercheurs universitaires.

Cette responsabilité s’exprime selon l’éditeur par une réflexion permanente sur l’éthique et la confiance entourant ces questions. Il cherche ainsi à éliminer les biais algorithmiques. D’où l’intérêt pour l’entreprise d’embaucher en visant la diversité. Un point intéressant, soulevé dans le rapport de Cédric Villani sur l’intelligence artificielle. On pouvait notamment y lire des inquiétudes sur les biais éventuels des algorithmes, développés en majorité par des hommes.

Entreprises : Facebook donne un coup d’accélérateur à Workplace

Pas question non plus pour l’éditeur de délaisser le monde de l’entreprise. Workplace reçoit donc de nombreuses nouveautés, à commencer par une longue liste de nouvelles intégrations, dont Cisco Webex, Envoy, Bluejeans, Marketo, HubSpot, SharePoint (Microsoft), Adobe, Kronos, Yahoo, Reuters, Atlassian, Bloomberg ou encore Clevy.

Premier vrai ajout, les Share Extensions, qui manquaient clairement jusqu’ici. Comme leur nom l’indique, elles permettent de partager rapidement du contenu en provenance des intégrations avec son équipe dans Workplace. Notez que les intégrations doivent spécifiquement supporter les Extensions pour que l’opération soit possible. Un champ de recherche permet en outre de trouver du contenu à partager.

facebook workspace

Autre nouveauté à prendre en compte pour les développeurs, les Authenticated Previews. Si les intégrations les supportent, les partages dans les conversations afficheront un aperçu, plutôt qu’un message « Contenu non disponible ». Workplace coupe en effet automatiquement l’affichage des ressources non authentifiées.

Les interactions avec les intégrations sont en outre plus importantes. Par exemple, SurveyMonkey et Marketo peuvent publier des mises à jour sur des études et campagnes en cours, directement dans un groupe. Un administrateur peut également souscrire à des sources d’informations (Bloomberg, Reuters…) pour faire apparaître les publications. Petite curiosité, Workplace permet désormais d’ajouter des flux RSS et Atom personnalisés, même si ces derniers sont en perte de vitesse.

Enfin, puisque Facebook n’avait pas parlé de bots depuis un moment (c’était l’une des principales thématiques de la F8 2017), une nouveauté a été annoncée dans ce domaine : la compatibilité avec les groupes de conversation. Elle inclut la possibilité d’en créer ou de les rejoindre. Un développeur pourra par exemple charger un bot de créer automatiquement une conversation de groupe en fonction de certains paramètres, comme la survenue d’un problème.

Notez que la conférence F8 dure plusieurs jours et que Facebook procèdera sans doute encore à plusieurs annonces. On espère d'ailleurs que Facebook a en réserve quelques nouveautés sur la sécurité et la vie privée.


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