En Belgique et en France, la régulation des loot boxes en question

Le code pénal, ça se loote où déjà ? 70
Accès libre
image dediée
Jeux video
Par
le mercredi 22 novembre 2017 à 17:36
Kevin Hottot

L'imbroglio juridique autour des « loot boxes » a pris un nouveau tournant aujourd'hui. Le régulateur des jeux de hasard en Belgique mène une enquête sur les nouvelles pratiques des éditeurs de jeux vidéo, tandis que l'UFC-Que Choisir vient de saisir l'Arjel, l'enjoignant à considérer la vente de coffres à butin comme un jeu de hasard.

Depuis la débâcle d'Electronic Arts avec Star Wars Battlefront II, les loot boxes sont devenues l'un des sujets chauds pour de nombreuses autorités de régulation de par le monde.

Plusieurs acteurs du marché vidéoludique appellent au bannissement pur et simple de ce principe, entre autres des consommateurs et des associations qui les défendent. En Belgique, la commission des jeux de hasard a même estimé qu'elles peuvent causer de sévères addictions, notamment auprès des plus jeunes. 

Notre dossier sur la pratique des loot boxes dans le jeu vidéo :

Qu'est-ce qu'une loot box ?

Le concept de la loot box est assez facilement traduisible en coffre à butin (ou pochette surprise) et a été implémenté dans de nombreux jeux avec des objectifs parfois différents. 

L'idée de base, est de distribuer gratuitement, ou bien de vendre, au joueur des coffres virtuels contenant une sélection a priori aléatoire d'objets. Pour schématiser très grossièrement, c'est l'équivalent numérique d'un paquet de cartes Magic ou Pokémon. Dans ces boîtes, les éditeurs peuvent cacher divers types d'objets.

Certains optent pour des bonus entièrement cosmétiques, comme Blizzard avec Overwatch, qui distribue emojis, tags et costumes pour les différents personnages du jeu. D'autres comme Electronic Arts vendent des paquets contenant des joueurs à échanger sur FIFA Ultimate Team, certains avec davantage de valeur en jeu et de performances que d'autres. Un même paquet pourra ainsi aussi bien offrir au joueur un Antoine Griezmann qu'un Christophe Kerbrat (défenseur central à Guingamp).

L'éditeur est allé encore plus loin avec Star Wars Battlefront II en vendant des loot boxes ayant une interférence directe avec le jeu, en incluant des consommables augmentant les dégâts infligés par un joueur ou en augmentant sa résistance. De plus, les composants nécessaires à la création de nouvelles armes étaient eux aussi cachés dans ces boîtes, sans garantie de ne pas avoir de doublons. Une méthode qui couplée avec une progression naturelle du joueur jugée trop lente, avait provoqué de très virulentes réactions de la communauté

Mais plus que la communauté, ce sont bien plusieurs autorités de régulation des jeux d'argent qui commencent à s'alarmer de la prolifération de ce modèle.

La Belgique enquête bien, mais n'a pas pris de décision

En Belgique, la Commission des jeux de hasard s'est lancée dans une enquête sur le phénomène, en s'attardant sur deux cas diamétralement opposés, ceux d'Overwatch et de Star Wars Battlefront II. L'un propose des récompenses purement cosmétiques et optionnelles, l'autre mettait en avant des avantages distinctifs en jeu et des éléments essentiels à la progression du joueur, depuis suspendus.

Après une semaine d'étude, elle a tout juste élaboré une note informative (en néerlandais) sur la problématique de l'argent dans les jeux vidéo en ligne, rapporte la RTBF. Et contrairement à ce que certains médias affirment en partant de la traduction d'un article de VTM Nieuws, aucune décision définitive n'a été prise.

Les citations attribuées à la commission, dont celle selon laquelle « le mélange d'argent et d'addiction, c'est du jeu de hasard » datent en réalité du lancement de son enquête et aucun titre en particulier n'était ici visé. L'enquête belge poursuit donc son cours normalement. 

Pendant ce temps, en France ?

En France, c'est l'Arjel qui est sous le feu des projecteurs et fait face à un afflux soudain de questions autour de cette pratique. Jérôme Durain, sénateur de Saône-et-Loire l'a ainsi saisie le 16 novembre dernier, soulignant « les effets délétères de la généralisation des micro-transactions dans le monde du jeu vidéo » et appelant les studios et éditeurs de jeux à « une auto-régulation rapide et sincère ». Une réponse lui sera apportée demain, nous y reviendrons dès sa diffusion par l'autorité.

Ce matin, l'UFC-Que Choisir s'est ajoutée à la liste de ceux qui demandent une prise de position de l'Arjel sur la question. L'association de consommateurs lui demande « de considérer les loteries payantes intégrées aux jeux vidéo comme des jeux d’argent, avec la régulation qui en découle ». 

Une position tranchée 

L'UFC-Que Choisir mène ici deux combats. Le premier contre les jeux vendus au prix fort dont la progression du joueur est volontairement ralentie pour l'inciter à dépenser de l'argent pour lui faciliter la vie. Sont par exemple visés ici des titres comme Need For Speed Payback (voir le test de Gamekult) ou Star Wars Battlefront II, tous deux édités par Electronic Arts.

L'association de consommateurs souhaiterait que les clients soient prévenus (avant l'achat) de la présence de micro-transactions et de leur nécessité éventuelle pour finir le jeu dans un temps raisonnable. Idéalement, le groupe aimerait une inscription sur la boîte indiquant une estimation du temps nécessaire pour boucler un jeu sans payer, et en payant. « Si on voit que pour débloquer tous les personnages d'un jeu il me faut 100 heures, mais qu'en investissant une certaine somme, le temps passe à 20 heures, on sait à quoi s'attendre », nous explique-t-on. 

Bien évidemment, le cas des jeux free-to-play est tout autre. Ici aux yeux de l'association, au contraire d'un titre premium, le consommateur ne subit pas de préjudice financier s'il se rend compte que son jeu ne peut pas être bouclé raisonnablement sans payer. C'est alors à lui de choisir si oui ou non il décide de s'y investir personnellement. 

Le second concerne les loot boxes. Le caractère aléatoire des récompenses qu'elles contiennent sont aux yeux de l'UFC-Que Choisir un élément qui les rapprochent de la définition d'un jeu d'argent. « Une référence à l’article L. 322-2 du Code de la sécurité intérieure met en évidence que les coffres de butin ont les caractéristiques des loteries, et qu’à ce titre leur strict encadrement est indispensable. En effet, il est inacceptable qu’un jeune public soit initié ainsi aux jeux de hasard, alors qu’il n’est plus à démontrer les méfaits de l’addiction qu’ils peuvent provoquer ».

L'association ne vise pas l'interdiction pure et simple de cette pratique, mais espère la voir restreinte aux personnes de plus de 18 ans, afin d'en éviter les effets néfastes sur les plus jeunes. Reste à savoir comment s'assurer de l'âge du joueur.


chargement
Chargement des commentaires...