Moteurs de recherche : les détails du rachat de Xaphir par Qwant

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Société
Guénaël Pépin

Le moteur de recherche Qwant, centré sur la vie privée, a acquis son concurrent vosgien Xilopix, suite à son redressement judiciaire. La vingtaine d'employés doit contribuer aux services existants, tout comme leurs bases de données. En parallèle, la société a embauché un nouveau lobbyiste, pour défendre sa cause à Bruxelles.

Le 10 novembre, le tribunal de commerce d'Épinal a validé le rachat de la société Xilopix par le moteur de recherche Qwant. Fondée en 2008 et placée en redressement judiciaire en octobre, la société est elle-même à l'origine du moteur de recherche visuelle Xaphir. Il permettait de trier petit à petit les résultats jusqu'à tomber sur le bon.

Il y a trois semaines, « quand j'ai vu qu'ils sont tombés en liquidation, je les ai appelés. On n'avait aucune vue sur Xaphir ou Xilopix auparavant » nous déclare Éric Léandri, le PDG de Qwant. Avant, « je n'avais pas grand-chose à leur dire, je n'étais pas super fan » de leur produit, poursuit celui qui reconnaît « [qu']ils ont essayé de faire du B2C [pour particuliers], ce qui est plutôt louable en Europe ».

Le nouveau propriétaire ne compte pas conserver Xaphir, qui pourrait être mis au rebut avec les serveurs et la plupart des technologies. L'intérêt résiderait plutôt dans les employés, qui comprennent une dizaine d'ingénieurs, six linguistes et des doctorants d'Inria. « Ils ont des ingénieurs qui travaillent sur le sémantique et les idées des technologies que nous utilisons. C'est mieux de les embaucher par dix ! » estime-t-il.

Un rachat à 180 000 euros, l'emploi « maintenu » sur Épinal

Le rachat de Xilopix se facture à 180 000 euros, en plus « de 300 à 400 000 euros » de charges mensuelles pour les 29 employés, dont l'emploi est maintenu sur Épinal. L'équipe commerciale pourrait tout de même voir ses effectifs réduits, Qwant ayant peu de besoins dans ce domaine. Les salariés continueront d'opérer des Vosges, en étant répartis entre les projets de Qwant.

« On a des équipes à Nice, à Rouen, à Sophia Antipolis, à Épinal, à Paris, à Berlin et à Milan. On a l'habitude de travailler à distance » affirme Éric Léandri. Chaque projet dispose par exemple d'un correspondant sur la sécurité, issu de l'équipe postée à Rouen. Une autre personne de la section R&D, située à Paris, contribue sur le machine learning ou le deep learning (apprentissage profond).

L'équipe d'Épinal devra, entre autres, contribuer à la compréhension de certaines langues par les outils de la société. Elle est aussi censée « améliorer des verticaux sur lesquels nous n'avons pas forcément assez de personnes ». Qwant vient d'ailleurs de monter un laboratoire commun avec l'institution, pour un investissement de cinq millions d'euros sur quatre ans (voir notre actualité).

Qwant s'appuiera aussi sur ses nouveaux employés pour des projets déjà en cours, notamment sur le moissonnage des pages et leur tri au moment d'afficher les résultats. Des nouveautés sur « l'intelligence artificielle appliquée à tous les secteurs d'un moteur de recherche moderne » seraient aussi concernées. L'annonce est promise avant Noël ou après le Consumer Electronic Show de Las Vegas, début janvier.

Un « knowledge graph » des plus précieux

En dehors des employés, Qwant compte aussi exploiter le « knowledge graph » construit par Xilopix. Il s'agit d'une collection d'entités (objets, lieux, personnes...) avec leurs caractéristiques et leurs liens. Cet outil est au centre des développements récents des moteurs de recherche, à grands renforts d'intelligence artificielle.

La base de Xilopix, qui contiendrait moins d'un million d'entrées, servirait d'échantillon pour catégoriser « les dizaines de millions » d'entités dont Qwant disposerait de son côté. Une finalité est l'amélioration de leur affichage dans le moteur. « C'est un échantillon très propre » commente simplement Léandri.

De nouveaux investissements dans le lobbying

Qwant a aussi récemment embauché Léonard Cox, ancien chef de cabinet du président du Medef. Il devient vice-président en charge des affaires publiques du moteur de recherche. Soit lobbyiste. Il est, entre autres, chargé de défendre les positions de l'entreprise à Bruxelles, face à la Commission européenne.

Il agit en parallèle de l'Open Internet Project (OIP), assure Léandri. L'organisation, présidée par Qwant, a fortement milité contre Google dans l'affaire Shopping, qui a débouché sur une amende de 2,4 milliards d'euros par la Commission européenne contre le géant de la recherche.

« L'OIP n'est pas que le porte-parole de Qwant » replace l'entreprise, qui a ses requêtes propres, principalement sur l'accès aux terminaux mobiles, dont elle s'estime exclue face à Google.

Elle compte aussi s'assurer d'une application stricte du Règlement général de protection des données (RGPD), fixée au 25 mai 2018, pour les moteurs de recherche. « Les contraintes ne doivent surtout pas redescendre » martèle notre interlocuteur.

« Aujourd'hui, il est très facile pour les géants de dire que le RGPD ne les affectera pas, mais les plus petits de la publicité en Europe » pour jouer sur la sensibilité des décideurs aux petits acteurs. « Certains le croient. Il faut y être tous les jours pour répéter que c'est de la poudre de perlimpinpin » ajoute Léandri, pour qui Google se démène dans le but de desserrer les liens que posera le futur règlement.

La société compte surtout s'affirmer comme un champion européen de l'intelligence artificielle, un thème récurrent de sa communication récente. « Un géant de l'intelligence artificielle sans données et sans puissance de calcul, ce sera compliqué. Aujourd'hui, qui en a ? La plupart du temps, les moteurs de recherche » résume-t-il. L'acquisition de Xilopix devrait lui fournir des munitions dans ce combat, autant pour son service que sa communication.


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