Linux : Manjaro, la reine des distributions rolling release grand public

Arch Linux, en plus accessible
Linux : Manjaro, la reine des distributions rolling release grand public

Dans une nouvelle série d’articles, nous allons présenter des distributions Linux moins sous les feux de la rampe que des Debian/Ubuntu ou encore Fedora. Ce qui ne les empêche pas d'être parfois très populaires, présentant des visions appréciées de leurs utilisateurs. Première de ce dossier : Manjaro.

Le monde des distributions Linux est foisonnant. Il existe, au bas mot, des dizaines de systèmes, tous proposant une philosophie particulière. Ubuntu est connue par exemple pour sa facilité extrême d’installation et de prise en main, Fedora pour être le laboratoire de Red Hat et son inclusion des dernières technologies, Debian pour sa cohérence et sa stabilité, etc. Avec le temps, d’autres distributions se sont fait un nom.

On pense notamment à Linux Mint, basée sur Ubuntu et fournissant un environnement de bureau qui a fait son renom : Cinnamon. Autre système très apprécié – et que nous présenterons bientôt – Solus s’est notamment fait connaître par un environnement développé pour lui et depuis repris dans d’autres distributions : Budgie.

Commençons donc par Manjaro, basée sur Arch Linux et ayant déjà son public depuis un bon moment.

Notre dossier sur les distributions Linux « secondaires » :

Présentation générale

Arch 0.1 est pour rappel sorti en 2002 et le système est rapidement devenu populaire. Pensé avant tout pour les personnes connaissant déjà Linux, il a gardé depuis ses débuts une volonté de rester simple à maintenir, avec un grand respect du monde libre. Il est constamment mis à jour sur le principe de tapis roulant de la rolling release.

Avec ce principe de publication continue, il n'y a pas vraiment de « version » au sens classique, comme chez Ubuntu qui a droit à de grosses mises à jour tous les six mois. Arch et ses dérivés, dont Manjaro, représentent ainsi l'une des grandes familles du monde Linux, même si elle n'est pas aussi étendu que celle de Debian.

Manjaro reprend cette base et en garde la plupart des aspects, comme la rolling release, une limitation du code fermé et un accent mis sur les versions stables et éprouvées des composants. En revanche, son installation et sa prise en main sont plus simples. En résumant grossièrement, on pourrait dire que Manjaro est une version simplifiée d’Arch Linux, puisque même ses dépôts et son gestionnaire de paquets (Pacman) sont repris.

La distribution aura 9 ans le mois prochain et a parcouru beaucoup de chemin ces dernières années. Aujourd’hui, elle est officiellement proposée en trois variantes principales : Xfce, KDE et GNOME. Les dernières versions des environnements sont proposées à chaque fois (branche 3.x pour GNOME). Toutefois, la communauté supporte presque tous les autres, dont Budgie, Cinnamon et MATE. Autre spécificité de Manjaro : un gros travail de support des plateformes ARM, comme on l'a vu avec la sortie récente d'une version pour Quartz64.

Nous nous sommes penchés sur la version Xfce, la plus mise en avant et la plus populaire des éditions. Ce gestionnaire de fenêtres étant peu gourmand, Manjaro peut ainsi être installée sur n’importe quel ordinateur disposant au moins d’un processeur central 64 bits. Comme nous le verrons, le système est très léger et se contente de peu de ressources. Sa réactivité et ses temps de démarrage, redémarrage et extinction sont impressionnants.

C'est d'ailleurs l'environnement utilisé pour la version destinée aux Raspberry Pi 4.

Installation et prise en main

L’installation de Manjaro est simple. Presque autant, en fait, que celle d’Ubuntu et bien plus que celle de Debian, pour ne donner que ces deux exemples. Elle passe par la récupération d’une image ISO, que l’on pourra restaurer sur une clé USB, graver sur un DVD ou utiliser telle quelle dans une machine virtuelle.

La version Xfce pèse 2,4 Go environ, contre 2,8 Go pour les variantes KDE et GNOME.

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L’installeur est un composant existant (Calamares), légèrement modifié pour les besoins de la distribution. Vous l’avez peut-être déjà croisé dans d’autres systèmes comme EndeavourOS, KaOS, Lubuntu ou OpenMandriva. Le lancement se fait sur un écran en anglais, mais tout bascule en français dès que l’on clique sur Launch installer.

On se contentera ensuite de quelques renseignements basiques : langue, fuseau horaire, partitionnement et compte utilisateur. Après validation, l’installation se lance et se termine rapidement. Après quoi l’ordinateur redémarre et affiche très vite un écran de connexion tout ce qu’il y a de plus classique, puis le bureau.

À l’inverse d’un GNOME très répandu mais réclamant une phase d’apprentissage (pour ses branches 3.x et 40), Xfce semblera vite familier à toute personne ayant utilisé un peu Windows. Une barre des tâches, un menu semblable à Démarrer, des applications et composants classés par catégories, aucune barre de menu en haut de l’écran.

On trouve également un « tray » en bas à droite, contenant des accès rapides au réseau, au volume sonore, aux notifications, bureaux virtuels et au menu d’alimentation. L’organisation est simple, directe, et un utilisateur de MATE (un héritage de GNOME 2.x) par exemple ne sera pas perdu.

Manjaro

Il s’agit en fait d’une version personnalisée de Xfce, incluant ces panneaux pour simplifier la vie des utilisateurs. On apprécie également les notifications du système quand des évènements importants sont en attente, comme la présence de mises à jour ou l’arrivée d’un nouveau noyau.

Une distribution utilisable en l’état

À la taille de l’image ISO, on se doute qu’il ne s’agit pas simplement d’un système d’exploitation. Manjaro propose une foule d’applications et on retrouve de nombreux noms connus : Firefox, Thunderbird, Pidgin, Audacious, VLC ou encore GIMP. Curieusement, aucune suite bureautique n’est fournie alors que l’immense majorité des distributions intègrent LibreOffice, dans sa branche stable ou « fraîche ». En revanche, le client Steam est présent.

De manière générale, une personne débarquant tout juste sur Manjaro sera peut-être intimidée par le nombre d’outils fournis avec le système. Ils sont livrés en masse, et si certains sont attendus comme GParted (gestion des partitions), Capture d’écran et Renommer en masse, on trouve dans la liste des éléments qui risquent de paraître abscons aux néophytes : Gestionnaire Kvantum (gestion des thèmes du même nom), GtkHash (calcul des sommes de contrôle), Hardware Localité Istopo ou encore Paramètres de Qt5. C’est un peu le souci de la section « Toutes les applications » du menu général : on y trouve tout et n’importe quoi, paramètres compris.

ManjaroManjaro

Ce n’est cependant pas un vrai problème. La section Favoris affiche des liens très simples comme Navigateur web, Client de messagerie ou Gestionnaire de fichiers, qui renvoient vers les applications déclarées par défaut. Sur une installation neuve de Manjaro, il s’agit de Firefox, Thunderbird et Thunar. Ce dernier sera là encore familier, puisque tous les éléments classiques s’y retrouvent : une colonne de gauche personnalisable pour les principaux accès, la zone de droite avec les données, un fil d’Ariane et des boutons de navigation au-dessus et les menus.

Le menu général permet l’accès à tout ce qui est important. Si on met de côté l’étrange choix d’avoir inversé catégories et contenus, on trouve dans le coin supérieur droit des accès rapides aux paramètres, au verrouillage de la session, au changement d’utilisateur et à l’alimentation de la machine, ce dernier étant de fait redondant.

En-dessous, un champ de recherche permet de retrouver rapidement une application ou un réglage. Le menu est librement redimensionnable.

Installation et gestion des applications

Avant de plonger dans la gestion des logiciels, précisons d’emblée que le système accueille l'utilisateur avec le panneau Manjaro Hello. Une fenêtre d’accueil classique dans laquelle on trouve des liens vers des ressources utiles : forums, informations sur la version, développement, wiki officiel ou encore pour les dons. 

Manjaro

En-dessous, le bouton Applications est important. Manjaro Hello pouvant être relancé n’importe quand, c’est un bon moyen de plier rapidement le système à ses besoins. On y trouve des listes d’applications réparties en catégories courantes, notamment « Office suites ». Car oui, malheureusement et en dépit de l’indication « French » dans la barre de titre, le contenu est ici en anglais. On y trouve notamment les deux branches de LibreOffice.

Nous avons sélectionné Fresh pour obtenir la dernière version, cliqué sur « Update system » et après une petite fenêtre affichant les dépendances optionnelles, validé avec « Choisir » puis encore une fois, après confirmation de la liste des changements. La suite est apparue dans la section Bureautique du menu général, mais en anglais.

Manjaro

Il y a à redire sur le processus menant à l’installation d’un outil, et nous y reviendrons d’ailleurs un peu plus tard. Dans l’immédiat, le problème de l’installation en anglais permet d’aborder la gestion plus générale des applications. Si l’on sort du cadre de Hello, la fenêtre qui nous intéresse se trouve rangée dans la section Système : Ajouter/supprimer des logiciels. Une présentation classique, avec un bouton pour lancer la recherche.

On écrit « libreoffice », puis on déroule les résultats pour trouver le pack linguistique FR. On clique sur la petite flèche verte puis sur « Appliquer » en bas à droite. Après une dernière validation des changements à appliquer, le pack s’installe. Il suffit de lancer ensuite n’importe quel logiciel de la suite pour voir que tout y est en français.

Manjaro

L’opération peut se répéter pour toutes les applications, à l’instar finalement de ce que l’on trouve dans presque toutes les autres distributions, souvent à travers GNOME Software. Pour information, Manjaro possède ses propres dépôts, mais laisse un accès à ceux d’Arch Linux. Notez également qu’une installation fraîche intègre le support de Snap et Flatpak, permettant leur installation directe.

Bien entendu, les adeptes de la ligne de commande pourront se familiariser avec la syntax de Pamac  :

pamac install nom_du_paquet // Installe le paquet
pamac remove nom_du_paquet // Désinstalle le paquet
pamac search nom_du_paquet // Cherche un paquet
pamac update // met à jour les paquets

Si vous avez l'habitude de Pacman utilisé dans Arch Linux, il est aussi présent :

pacman -S nom_du_paquet // Installe le paquet
pacman -R nom_du_paquet // Désinstalle le paquet
pacman -Ss nom_du_paquet // Cherche un paquet
pacman -Syu // met à jour les paquets

Une réactivité maximale

Les performances de Manjaro sont élevées. Une installation native sur une machine équipée d’un Ryzen 5 5600X, de 16 Go de mémoire et d’un SSD fournit un système démarrant en moins de 2 secondes. Dans une machine virtuelle dont nous avons limité les caractéristiques à un cœur et 2 Go de mémoire, le système a démarré en… 2 secondes.

Ce démarrage extrêmement rapide se retrouve dans les temps de redémarrage, d’extinction et de sortie de veille. Le lancement des applications est lui aussi très rapide, y compris sur des logiciels prenant un peu leur temps pour se lancer comme Firefox ou LibreOffice Writer. Une réactivité extrême à laquelle on s’habitue vite, et qui rend le système adapté à une utilisation nomade, notamment en Live sur une clé USB.

Il y a quatre raisons principales à cette rapidité. D’abord la base Arch Linux, légère et performante. Ensuite l’environnement Xfce, connu pour être un poids plume des environnements de bureau et sa consommation très modérée des ressources. Ajoutons le noyau 5.10 (LTS) utilisé, qui avait amené son lot d’optimisations. Enfin, il y a bien sûr le travail de l’équipe de développement, qui tient à ce que la distribution reste ainsi. Ce dont personne ne se plaindra. Après un lancement à froid, le système consomme ainsi moins de 600 Mo de mémoire.

La distribution est populaire, notamment pour cette raison. Elle permet, entre autres, d’être en contact avec la base Arch Linux tout en ayant une plus grande simplicité d’approche. Mais attention : ce n’est pas parce que Manjaro est plus simple d’accès qu’elle est en elle-même simple. Chacun définira la position de son curseur sur cette réglette, mais on ne peut guère parler de Manjaro comme d’une distribution pour néophytes.

Manjaro n'est pas pour tout le monde

Elle garde un aspect relativement brut et anguleux, qui ravira les uns et repoussera les autres. Trop d’éléments informatifs sont présents pour les nouveaux venus, qui pourraient être décontenancés par le nombre d’étapes à valider pour lancer l’installation d’un logiciel. Là encore, c’est à la fois une force et une faiblesse selon le public.

Si c’est votre premier contact avec un système Linux, l’avertissement vous prévenant que de nouveaux noyaux sont disponibles vous laissera sans doute circonspect. L’intention est bonne – comme toujours quand il s’agit de donner le choix – mais, comme pour l’installation de logiciels, le processus général manque de finitions.

Manjaro

Quitte à fournir de telles informations, autant qu’elles soient complètes et présentées simplement. L’affichage est actuellement fouillis et toutes les versions n’ont pas leur bouton listant les changements. Ici, la version 5.10 affiche l’étiquette « Utilisé », montrant clairement quelle version est active. Dans les moutures plus récentes, seule la 5.12 dispose d’une « Liste des changements » et le panneau va jusqu’à afficher la 5.14 en Release Candidate 1.

Si l’on est habitué à Linux, on ne sera pas surpris par ce type de panneau, qui n’a rien d’ailleurs rien de spécifique à Manjaro. En revanche, puisque le système attire l’attention dessus par une notification, des personnes seront peut-être tentées par une opération qui, dans le fond, n’a rien d’anodine.

Ce simple exemple renvoie à un fonctionnement plus général qui pourrait perturber les nouveaux venus : celui d’une rolling release. Manjaro pose franchement la question de ce que l’on attend d’un système d’exploitation. La distribution n’a pas à proprement parler de « versions ». Elle propose en téléchargement des images ISO correspondant à des instantanés de son développement, mais le train de ses mises à jour ne s’arrête jamais.

Si vous visez avant tout un système aussi stable que possible sans changement notable pendant plusieurs années, Manjaro n’est clairement pas pour vous et il faudra plutôt regarder du côté d'une Debian par exemple (voir notre article). En revanche, si vous êtes à la recherche d’un système léger, très rapide et dont les fonctions sont mises à jour continuellement, il vaut la peine que l’on s’y intéresse. Il s’installe vite, est prêt à l’emploi et redonnera vie sans difficulté à des machines de plus de dix ans, à condition qu’elles aient un processeur x64.

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