CES 2016 : le monde de la technologie face à ses démons et à ses révolutions

Suivisme ou innovation ? 24
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Crédits : alphaspirit/iStock/Thinkstock
Nouvelle Techno CES

Alors que le CES a fermé ses portes le mois dernier, nous avons décidé de faire un petit bilan du salon, de ses tendances et de nos impressions, alors que l'équipe se prépare pour affronter le MWC de Barcelone.

L'édition 2016 du CES de Las Vegas ouvrait ses portes le mois dernier. Si nous avons déjà eu largement l'occasion de revenir sur ce que nous y avons découvert, et que nous allons continuer de vous détailler les produits et les startups qui vont marquer l'année dans nos colonnes, il est temps de dresser un bilan du salon.

Comme nous l'avions évoqué avant son ouverture, le CES continue de muter en un grand show de l'électronique grand publique au sens large. Il n'est plus vraiment question d'y découvrir des technologies qui changeront le monde d'ici quelques années, mais plutôt de sentir les tendances du moment, et de discuter avec certains passionnés qui veulent faire exploser leurs idées qui commencent à prendre forme.

CES : le besoin d'un bon coup de ménage

On y retrouve ainsi sans doute le meilleur et le pire de notre secteur. Le pire, parce que derrière les tendances, il se cache une multitude qui n'a rien à envier à une bande de Zergs. Les clônes s'enchaînent et, comme l'on retrouve des centaines de stands de sociétés chinoises qui copient les dernières tendances du moment, cette façon de faire se retrouve aussi chez des constructeurs plus proches de nous.

Cette année, la réalité virtuelle, l'impression 3D, les drones mais aussi les objets connectés en tous genres étaient au cœur de cette pratique.  Nous avons été un peu plus étonnés par l'ampleur déjà prise par la capture de vidéo à 360° où l'on retrouve déjà des dizaines d'acteurs qui cherchent à vanter leurs solutions (nous y reviendrons), certaines avec de vraies bonnes idées, d'autres parce qu'elles ont flairé le bon filon.

Si l'on comprend la volonté des organisateurs d'annoncer un salon toujours plus grand, et d'accepter toujours plus de sociétés désireuses de se payer un stand, le CES gagnerait sans doute à être un peu plus sélectif. Surtout que la plupart des usages intéressants concernent en général des besoins de type B2B ou de communication, où VR et impression 3D peuvent avoir toute leur place, comme on a pu le voir chez SyFy qui s'en servait pour promouvoir intelligemment certains de ses programmes par exemple.

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Le plus flagrant est néanmoins le manque de vision ou d'ambition de la plupart des acteurs, qui, lorsque vous discutiez un peu avec eux, vous expliquaient vouloir révolutionner un secteur avec leur produit qui fait ce que font déjà des tas d'autres, sans réellement savoir quelle plus-value est apportée. 

Et si l'idée d'une bataille de drônes ou de petits robots est marrante, il faudra sans doute plus que ça pour révolutionner un secteur. Cette remarque vaut d'ailleurs pour un point qui n'était pas présent en tant que tel mais tout de même assez largement au cœur de certains produits : la sécurité.

Nombreux étaient ceux à vouloir protéger vos données, vos paiements, votre connexion, ou votre vie privée en bloquant la publicité et les tracker, le tout avec des solutions annoncées comme toujours plus sécurisées. Mais lorsqu'il est question du fonctionnement dans les détails, d'audit ou d'ouverture du code... tout le monde se fait moins prolixe. Rares étaient ceux qui étaient ouverts à un véritable échange, comme les Français de Ledger, dont nous aurons l'occasion de vous reparler.

Ainsi, des sites comme le générateur de pitch French Tech prennent tout leur sens.

French Tech : avant tout de la visibilité

Nous avons d'ailleurs été étonnés par la bonne tenue des acteurs français sur le salon, malgré la présence de 190 startups annoncées. La plupart des sociétés présentait des produits intéressants, même si certains pouvaient paraître un peu insolites, et l'on était toujours assez loin de ce phénomène des clones.

Bien entendu il y avait quelques cas et outils nous ayant laissé dubitatifs, mais dans l'ensemble, la fournée était plutôt bonne. On a d'ailleurs pu voir que le dispositif French Tech avait de réels atouts. Tout d'abord la visibilité dans des allées comme celle de l'Eureka Park, permettant de donner une véritable impression de débarquement de frenchies. C'était aussi le cas lors de la présentation CES Unveiled qui permet de discuter en amont avec des sociétés sélectionnées, où les français étaient nombreux.

Pour ces sociétés, c'est aussi l'occasion de faciliter l'accès aux journalistes et acteurs français qui peuvent plus facilement les identifier. Ce n'était pour autant pas le but principal puisque la majorité des sociétés vient au CES pour se trouver des investisseurs ou des partenaires à l'étranger. Nombreuses étaient d'ailleurs celles qui se trouvaient un peu démunies face à deux Français qui voulaient leur parler, alors que leur représentant sur place parlait principalement anglais. Un comble.

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Un dispositif phagocyté par les grands groupes, avec ses qualités et ses défauts

Bien entendu, tout n'est pas parfait, et le CES était aussi l'occasion de comparer les discours autour de la French Tech. Toutes les sociétés présentes n'affichaient d'ailleurs pas fièrement le logo officiel. Certains par oubli, d'autres qui s'en moquent sans doute un peu (notamment les grands groupes) mais aussi quelques autres (assez rares) qui veulent rester hors d'un tel dispositif évoquant avec un peu d'amertume leur difficulté de trouver des investisseurs locaux et de se retrouver dans cet ensemble.

Notamment parce qu'ils veulent rester loin des gros groupes qui ont tendance à prendre énormément de place tant à l'échelon local que national dans les évènements autour de la French Tech. Une manière pour eux de tenter d'identifier les startups qu'ils pourraient préférer associer à leurs équipes plutôt que d'avoir à les combattre demain.

Hors de la petite sauterie organisée par le ministère autour de la visite d'Emmanuel Macron, pendant laquelle certains se sont étonnés de voir le ministre interrogé sur scène par l'américain TechCrunch (appartenant à AOL, filiale de Verizon), on pouvait donc discuter un peu franchement avec ceux qui vivent la French Tech au quotidien.

La plupart se félicite ainsi de voir les acteurs se fédérer au niveau local, ce qui n'était pas toujours le cas. On voit d'ailleurs les régions qui s'organisent, parviennent à faire émerger des acteurs et qui envoient un véritable bataillon sur place, face à celles qui, bien que labellisées, étaient presque invisibles. 

Mais hors des questions d'image et d'organisation locale, tout le monde nous confirme que « la French Tech, ça ne fait pas de chiffre d'affaires ». Comprendre que ce n'est pas l'apposition du fameux logo rouge qui attire investisseurs et acheteurs en masse, sous prétexte de savoir faire français ou de belle barbe de ministre.

Cette année le but était de renforcer le dispositif mis en place. Reste maintenant à voir comment tout cela va se transformer tout au long de l'année, et si la French Tech arrivera à convaincre au-delà de la communication.

L'intelligence artificielle partout

Mais outre ces deux premiers points, cette édition 2016 du CES était aussi l'occasion de confirmer des tendances où l'innovation va avoir toute sa place. Notamment l'intégration du numérique dans notre quotidien de manière bien plus large que les objets connectés en tout genre qui ne manqueront pas, pour la plupart, de peupler les prochaines listes de soldes.

La voiture est ainsi de plus en plus au centre du salon, et le choix d'acteurs comme NVIDIA de chercher à s'y faire une place est un signe qu'il ne faut pas penser anodin. La société semble d'ailleurs avoir compris largement quelle pouvait être sa place, avec son dispositif basé sur ses puces Pascal. Car ce n'est non pas le côté « connecté » de la voiture qui importe, mais bien l'intelligence artificielle qu'elle commence à embarquer.

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L'IA était l'une des tendances peu visibles mais bien présente, diffuse, dans de nombreuses innovations annoncées et montrées dans les allées. Comme un coup de semonce pour ceux qui en sont encore à penser que la problématique de demain sera de trouver des objets à nous vendre et de penser les réseaux. 

Car les réseaux sont déjà là, notamment avec Sigfox qui continue de convaincre le monde entier et de s'étendre. Mais aussi à travers des solutions LoRa ou hybrides comme celles de Qowisio. Et ce, alors que la question de la 5G n'était presque pas évoquée, si ce n'est sur le stand d'Ericsson.

Cette arrivée de l'IA dans notre quotidien pourrait aussi se faire à travers des appareils qui nous touchent de manière plus directe que la voiture. Ainsi, les géants de l'électroménager présentaient tous leurs frigos, fours et autres hubs permettant de tout connecter dans la maison. 

Pour le moment, les usages montrés ne sont sans doute pas à même de convaincre le plus grand nombre. Qui a besoin d'un écran sur son frigo pour lire de la musique ou gérer une liste de course ? Pas grand monde. Certes, on commence à voir des dispositifs capables de gérer l'intérieur de notre frigo et l'on imagine des interactions intéressantes entre un four et un détecteur de fumée.

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Pour autant, il faudra encore sérieusement que la proposition s'améliore pour convaincre hors des sujets futuristes pleins de promesses que l'on retrouve dans les médias depuis les années 70. Et même si des sociétés comme Intel rêvent d'un monde où tout nécessitera une de ses puces, du BMX à la machine à thé en passant par le petit robot compagnon de la famille, cela sera sans doute un peu différent dans la réalité.

On note néanmoins que la robotique fait doucement son entrée dans les allées, avec des solutions plus ou moins complexes. Là aussi, la France était d'ailleurs présente, notamment avec le Buddy de Blue Frog Robotics qui est désormais disponible à la vente pour un peu moins de 650 euros.

La TV va faire sa révolution, les fabricants peinent à l'accompagner

À l'inverse, on s'étonne de voir d'autres appareils faire peu parler d'eux, comme les téléviseurs qui peinent à évoluer. Certes, ils sont toujours plus grands, plus fins, parfois même transparents ou modulaires comme chez Samsung, mais leur usage reste presque le même, alors que le média va subir d'énormes mutations.

Certains commencent à le comprendre et l'on voit des interfaces comme WebOS 3.0 commencer à réellement intégrer les contenus en lignes et les chaînes comme de véritables programmes à la manière des chaînes de TV ou des services OTT. C'est sans doute cette convergence qui fera basculer le secteur dans les années à venir, et l'on attend plus des fabricants sur ce point.

Ces derniers continuant de se focaliser plutôt sur des annonces comme celles de l'arrivée du HDR, de la 8K ou de la certification Premium qui accompagne l'arrivée de l'Ultra HD Blu-ray, comme s'ils n'avaient rien compris de leurs erreurs récentes, et comme si les grands évènements sportifs qui arrivent continuaient de les protéger d'une baisse importante des ventes.

CESCES 2016 WebOS 3.0

Prochaine étape : le MWC de Barcelone !

Les fabricants de smartphones assuraient eux aussi une présence, mais assez discrète. Comme les constructeurs du secteur informatique ils étaient, au mieux, planqués dans des hôtels alentour afin d'assurer quelques présentations à la presse. Mais eux aussi peinent à réellement innover.

Peut-être se réservent-ils pour le Mobile World Congress de Barcelone qui se tient à la fin du mois. Celui-ci sera l'occasion de découvrir les habituels nouveaux modèles annoncés en masse par les constructeurs, mais aussi, espérons-le, de véritables bonnes idées.

Nous serons là encore sur place afin de vérifier ce qu'il en est et de discuter avec les différents acteurs, notamment ceux de la French Tech. Rendez-vous donc d'ici peu pour de nouvelles aventures !

Publiée le 06/02/2016 à 18:00
David Legrand

Directeur des rédactions et responsable des L@bs de Nancy. Geek de l'extrême spécialisé dans l'analyse des produits high-tech, les réseaux sociaux et les trios d'écrans. Adepte du libre.

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