Axel Springer décide de couper l'accès de Bild.de à ceux qui bloquent les publicités

La fuite en avant continue 175
En bref
image dediée
Crédits : BrianAJackson/iStock/Thinkstock
Web
David Legrand

« Et si on bloquait l'accès aux bloqueurs ? » Tout le monde ou presque sait qu'il s'agit d'une mauvaise manière d'appréhender la question du blocage de la publicité, mais certains s'y essayent tout de même. Après les éditeurs de contenu vidéo, Axel Springer a décidé de tenter sa chance avec Bild.de en Allemagne.

La question des bloqueurs de publicité n'aura jamais tant été sous les feux des projecteurs qu'à l'occasion des derniers rebondissements du secteur. Même si cette problématique existe depuis des années, et que la plupart des éditeurs ou les régies avaient jusque-là décidé de jouer les autruches, les choses semblent enfin bouger, mais pas toujours dans le bon sens.

Bloqueurs de publicité partout, solutions nulle part

Comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, cela se produit alors que des segments « d'avenir » de la publicité sont touchés, de l'offre vidéo à celle du mobile. Il était déjà compliqué de monétiser sur smartphone, mais depuis l'arrivée des bloqueurs sur des plateformes comme iOS 9, rien ne va plus. Le tout sur fond de concentration des acteurs de la presse, notamment en France.

Chacun se positionne donc. Eyeo et son outil phare Adblock Plus cherche à fédérer les bloqueurs sous sa bannière afin d'éviter de se faire déborder, quitte à promettre la mise en place d'un comité d'éthique dont on ne sait que peu de choses. D'autres multiplient les règles de bonnes conduite ou les positions de médiateurs plus ou moins crédibles.

Mais certains, comme Axel Springer, n'ont sans doute plus envie de rire et passent la seconde. À la pointe de la lutte juridique contre Eyeo en Allemagne, la société a déjà perdu plusieurs procès. Une période de sensibilisation des internautes a été menée il y a quelques temps, mais elle a sans doute été sans effet, comme souvent dans ce genre de cas (voir notre analyse).

Axel Springer utilise Bild pour tenter un coup de force : bloquer l'accès aux bloqueurs

Continuant de s'étendre à l'international, avec le rachat de médias comme Business Insider ou l'investissement dans des services d'achat d'articles à l'unité comme Blendle, Axel Springer cherche d'autres solutions, quitte à faire dans la réaction extrême. Ainsi, les visiteurs de son célèbre tabloïd Bild.de qui utilisent un bloqueur de publicité verront désormais un message s'afficher plutôt que le contenu.

Le site y explique qu'il emploie 500 journalistes, et que ses recettes viennent de la publicité. Il invite donc les internautes à mettre le site sur liste blanche... ou à s'abonner. En effet, Bild propose une offre Bildsmart qui permet « d'avoir jusqu'à 90 % moins de publicité et un chargement jusqu'à 50 % plus rapide ». Le tout, pour 2,99 euros par mois.

Bild AdblockBild Adblock

Reste à voir si cette tentative sera plus payante que les messages plus ou moins directs placés dans les espaces publicitaires effacés par Adblock, comme on peut le voir sur un nombre croissant de sites. On peut en douter. Si cela n'était pas le cas, Axel Springer choisira-t-il de revenir en arrière, surtout si son audience se met à chuter ? L'avenir nous le dira.

Les chemins sont multiples, mais la route sera encore longue et l'issue incertaine

Notez que cela n'est pas une tentative isolée, même si d'autres acteurs y vont de manière plus « douce ». En effet, le Washington Post a récemment mis en place un message du même genre, mais où il invite les internautes bloquant la publicité à lui fournir un email afin de retrouver un accès au site.

Un enregistrement sur les newsletters contre un accès sans publicité ? Intéressant, mais sans doute un peu trop facile à tromper. Cela semble d'ailleurs avoir été désactivé, ou ne plus fonctionner.

Washington Post Adblock

Pour certains, l'espoir réside dans des modèles comme Instant Articles de Facebook, Apple News ou AMP, le projet open source de Google (entre autres). Dans tous les cas, la promesse est celle d'un accès rapide aux contenus, avec peu de publicité, le tout dans un environnement « clean ». Mais surtout, un environnement maitrisé par les GAFA (voir notre analyse).

D'autres se demandent ainsi comment des éditeurs qui n'étaient pas très enclins à diffuser leur contenu dans un flux RSS opteront pour de telles solutions. Le modèle économique et les engagements des plateformes devront en effet convaincre, et là aussi, rien n'est encore joué. Il reste peut être encore à se poser les bonnes questions.


chargement
Chargement des commentaires...