Accelerated Mobile Pages : un projet open source pour un web mobile plus efficace

Les pions sont en place, que la partie commence ! 23
En bref
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David Legrand

Google et Twitter viennent enfin de dévoiler leur contre-attaque. Face à Apple News et Facebook Instant articles, les deux sociétés ont décidé de miser sur un projet ouvert fédérant de nombreux acteurs. Le but reste le même : rendre moins décevante l'expérience du web sur mobile.

Comme prévu, une conférence s'est tenue à New York ce mercredi afin de dévoiler un projet poussé notamment par Google et Twitter dans le domaine de l'information en ligne : AMP, pour Accelerated Mobile Pages. Mais comme pour tenter d'éviter la comparaison avec Apple News ou les Instant articles de Facebook, celui-ci est volontairement présenté de manière plus large. Et il faut bien avouer que certaines différences importantes sont à noter.

L'expérience du contenu mobile est exécrable, il faut tout revoir

Comme nous avons déjà eu l'occasion de l'évoquer, il s'agit ici d'une initiative ouverte qui vise à revoir l'expérience de lecture sur mobile. En effet, les sites d'information multiplient les erreurs ergonomiques, d'incitation à télécharger leurs applications en pop-ups invasives lorsque ce n'est pas une vidéo en lecture automatique qui se lance en plein milieu d'un article.

En partie poussé par Adblock (nous y reviendrons), le marché commence à se poser quelques questions et les réponses sont multiples. Il faut dire qu'une page peut mettre plusieurs secondes à se charger, l'utilisateur peut être interrompu plusieurs fois, le tout étant relativement décevant. Et la déception n'est pas la meilleure condition pour un marché prospère.

Pour le moment, ceux qui ont le mieux réussi à tirer leur épingle du jeu sont du côté des géants du Net, ces plateformes cherchant à en profiter pour devenir des distributeurs de presse nouvelle génération. Ils proposent ainsi leur propre format et le modèle économique qui va avec. Les éditeurs peuvent ainsi foncer et profiter de l'aubaine d'audience quitte à en devenir dépendant, ou rester dans leur coin (voir notre analyse). Un choix cornélien.

Mais si Apple et Facebook ont décidé de faire les choses de leur côté, avec leur propre format et un nombre de partenaires limités, Google et Twitter ont vu plus grand et surtout, plus ouvert. Un choix qu'ils espèrent bien payant lorsqu'il s'agira de représenter une force importante face aux solutions concurrentes. Une façon aussi pour Google de continuer à favoriser une consultation sur le web, là où sa régie représente une très large part du gateau publicitaire.

AMP : un projet ouvert et open source pour convaincre de manière large

Dans la FAQ du projet AMP, on peut ainsi lire que l'initiative « est née de discussions entre les éditeurs et des sociétés technologiques concernant le besoin d'améliorer l'écosystème du contenu mobile pour tous [...] Les sociétés impliquées dans les phases primaires du projet voulaient que le web mobile fonctionne mieux pour tous, pas uniquement pour une plateforme, un ensemble de technologies ou quelques éditeurs ». 

Ainsi, le projet repose avant tout sur AMP HTML, un framework open source distribué via GitHub sous licence Apache 2.0. Il permet de constituer des pages statiques qui se chargent de manière rapide, tout en permettant un rendu adapté aux standards actuels. Il n'exclut d'ailleurs pas de contenu multimédia ou social puisque l'on peut utiliser vidéos, GIF et autres tweets. L'équipe indique que la migration se veut simple, puisque réutilisant les standards actuels.

Pour autant, il y aura forcément des contraintes. Cela concerne par exemple la taille des éléments qui devra être prévue à l'avance ou encore le JavaScript qui est presque totalement exclu tout comme le chargement d'éléments tiers. Un choix fait pour éviter de reproduire le désastre que représente le chargement de dizaines de scripts à l'ouverture d'une page.

Les développeurs devront donc trouver d'autres solutions dans le but de garder un ensemble léger et adapté à tous les écrans, puisque les appareils mobiles sont ici les premiers visés (mais pas les seuls).

Le but est ainsi de permettre aux éditeurs de proposer leurs contenus dans ce format, aux intermédiaires de s'y greffer et à des tiers de l'exploiter. La liste de partenaires techniques est ainsi assez fournie, et on y retrouve des réseaux sociaux comme LinkedIn et Pinterest, un CMS tel que Wordpress, des services comme Nuzzel, mais aussi des outils d'analyse d'audience : Adobe Analytics, Chartbeat et Parse.ly. Google Analytics devrait bien entendu être de la partie.

La question de la publicité, des paywalls et des statistiques

On notera que certains de ces acteurs sont aussi des régies publicitaires, ce qui pose la question des formats acceptés en la matière. Car tout mobile et rapide que doit être l'information, elle doit être monétisée par les éditeurs pour permettre le financement des rédactions. Un point important alors que la rentabilité des sites mobiles pose encore question, alors que les bloqueurs de publicité débarquent sous iOS. 

Sur ce point, la FAQ est encore assez floue. Elle précise en effet que les membres du projet « ne peuvent garantir que toutes les technologies pourront fonctionner correctement au sein des fichiers AMP ». On peut ici comprendre que des solutions comme Flash ne seront pas les bienvenues. Reste à voir ce qu'il en sera dans la pratique.

Il est clairement indiqué que les éditeurs pourront librement vendre leur inventaire diffusé via des pages AMP HTML, mais il faudra sans doute attendre encore un peu avant de savoir de quoi il en retourne exactement. Dans une explication plus technique du projet, on apprend que les statistiques se baseront sur des pixels spécifiques, alors que la publicité sera chargée dans une iFrame avec une priorité basse, afin d'éviter tout problème, en attendant mieux, ou que les publicitaires prennent enfin leur destin et celui des éditeurs en main.

Du côté de ceux qui ont misé sur un abonnement, rien ne semble encore mis en place. En effet, la FAQ indique qu'il s'agit d'un objectif du projet de supporter la gestion des comptes et des paywalls, et que les éditeurs et les développeurs vont faire de leur mieux pour construire une solution qui convienne à tous, mais sans que cela ne soit pour le moment possible.

Des partenaires déjà nombreux, une mise en place qui va prendre du temps

Quoi qu'il en soit, le nombre d'éditeurs partenaires est pour le moment déjà assez important. On retrouve les habitués du genre : le Financial Times, le New York Times, le Wall Street Journal, le Washington Post, mais aussi Vox Media, BuzzFeed, Condé Nast, Mashable, ainsi que des acteurs plus proches de nous comme El Paìs, The Guardian, Zeit Online ou Les Echos pour la France.

Il faut dire que les éditeurs auront sans doute intérêt à rentrer dans le rang. Avec un chargement plus rapide et un format facile à exploiter sur mobile, les plateformes qui participent au projet vont sans aucun doute mettre les bons élèves en avant, Google en tête. On imagine alors que les éditeurs n'hésiteront pas très longtemps avant de sauter le pas, d'autant plus que Google News devrait lui aussi exploiter ce format à terme.

Car la mise en place va être progressive et les partenaires insistent sur le fait qu'il ne s'agit là que d'une première étape. De son côté, Twitter indique par exemple qu'il en dira plus à sa conférence dédiée aux développeurs, Flight, le 21 octobre prochain.

Partenaires AMP Project

De son côté, l'équipe du projet indique que les résultats sont concluants, avec des pages qui se chargent de 15 % à 85 % plus rapidement. Nuzzel parle de son côté d'un chargement en moins de 500 millisecondes pour une page qui demandait trois secondes précédemment.

Des chiffres notamment atteints grâce à une phase de pré-rendu qui favorise les éléments au-dessus de la ligne de flottaison et qui ne sont pas « coûteux » au niveau du CPU afin d'éviter tout problème de performances. Google met aussi ses CDN (Content Delivery Network) à disposition pour accélérer l'accès aux fichiers, mais d'autres sont invités à le faire. Ceux qui veulent participer au projet ou en savoir plus peuvent d'ailleurs le faire en passant par ce formulaire.


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