Adblock Plus : la presse allemande s'énerve, mais a-t-elle raison ?

Mais a le soutien de 28 millions d'utilisateurs sous Chrome et Firefox 473

En début de semaine, plusieurs sites de presse allemande ont décidé de s'associer pour combattre ce qu'ils semblent considérer comme un ennemi commun : les outils de blocage de la publicité. Ainsi, ils ont affiché un message d'information auprès de leurs lecteurs, déclenchant de nombreuses réactions.

Après les sites spécialisés (voir cet article), c'est, semble-t-il, au tour de la presse généraliste de s'intéresser et de s'attaquer à la problématique des outils de blocage de la publicité. Il faut dire que le sujet arrive assez souvent sur la table en pleine crise de la presse, et la problématique se pose de manière de plus en plus courante. On a par exemple noté récemment la décision de l'équipe de Debian d'activer Adblock Plus par défaut au sein de son navigateur dans sa dernière mouture, ce qui n'a pas plu à tout le monde.

Quoi qu'il en soit, plusieurs sites allemands tels que Golem.de, RP Online, Spiegel Online ou encore Süddeutsche.de ont décidé en début de semaine de commencer à afficher un message pour les utilisateurs qui n'affichent pas la publicité. Un point d'autant plus notable que le développeur principal d'Adblock Plus, Wladimir Palant, est lui-même allemand. Et alors que généralement, les procédés de ce genre misent sur le ton de l'humour et un affichage plus ou moins discret, nos confrères ont eux décidé de voir les choses en grand. Ainsi, c'est une large partie de l'écran qui est occupée par ce message, qui peut être minimisé d'un simple clic, comme le préconise justement l'équipe d'ABP.

La presse allemande hésite sur le ton, mais met son existence dans la balance

Parmi les quatre sites cités, plusieurs jouent la carte de l'impact financier. Ainsi, Süddeutsche.de fait sobre, mais direct : « Cher lecteur, chère lectrice, je me réjouis que vous nous lisiez. Malheureusement vous utilisez un adblocker, ce qui nous pose problème puisque nous finançons notre activité de journalisme sur internet avant tout avec des publicités qui nous sont indispensables. Par conséquent, je vous demande de configurer votre adblocker afin de nous placer sur liste blanche, ou de le désactiver. Comment faire ? Je vais me faire un plaisir de vous l'expliquer »


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RP Online va un peu plus loin et n'hésite pas à préciser que « Tout cela coûte de l'argent. Nos reporters et rédacteurs doivent être payés ainsi que les agences, les photographes, les techniciens, l'équipement informatique, le loyer, l'électricité. Nous finançons tout cela avec la publicité. [...] Pour que RP Online puisse continuer d'exister, celui auquel vous êtes habitués, nous vous demandons de laisser la publicité s'afficher ».

Mais ce sont bien Spiegel Online et Golem.de qui devraient le mieux marque les esprits. Le premier détaille son effectif et joue la carte de la compassion « Ce sont 140 rédacteurs qui travaillent d'arrache-pied, 24/24h et 365 jours par an pour que vous soyez toujours biens informés. [...] Pour vous, Spiegel Online est gratuit. Nous sommes rémunérés par la publicité. Beaucoup d'utilisateurs utilisent un adblocker parce qu'ils n'aiment pas être dérangés par les pop-ups et autres fenêtres qui surgissent de nulle part. Nous sommes aussi dérangés par ces publicités, et c'est pour cette raison que nous avons renoncé à les utiliser. Les adblocker signifient que nous ne sommes pas rémunérés pour notre travail, nous vous prions donc de délaisser votre outil ou de nous placer sur liste blanche ».

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Le site pointe ainsi une partie du problème que nous avons déjà longuement évoqué. Fonctionnant sur un principe de liste blanche (où il faut débloquer les sites lorsque l'on y pense), plutôt que sur liste noire (où seuls ceux qui abusent seraient pénalisés), les outils tels qu'ABP pénalisent même ceux qui sont respectueux de l'internaute par défaut. 

Le second a pour sa part décidé de miser sur le ton décontracté qui se met là aussi à la place de l'utilisateur « Tu utilises un bloqueur de publicités parce que la publicité t'énerve, surtout celle qui hurle et qui n'est pas sollicitée ou si mal développée qu'elle sature ton CPU et diminue nettement l'autonomie de ta machine. Nous comprenons, et c'est pour cela que nous n'utilisons pas ce genre de publicités. Mais sans la publicité, Golem.de ne peut pas survivre. [...] Nous avons donc une requête importante : S'il te plait, retire ton adblocker pour Goldem.de ! »

Tous redirigent ensuite sur un guide permettant de savoir comment placer leur site sur liste blanche, là aussi en respect de ce qu'indique l'équipe d'Adblock Plus pour ce genre de situations. Résultat, au bout de quelques jours, on voit toujours ces messages s'afficher.

Les sites abusent-ils ? Certains, clairement

Mais dans la pratique, ces sites abusent-ils ? Au moment où nous rédigeons cette actualité, on note une publicité en Flash pour le Galaxy S4 et Telefonica suivant l'utilisateur dans le fond de la page d'accueil sur le site du Spiegel. On retrouve aussi une autre publicité animée dans le flux après quelques coups de molette.

Dans une actualité, on retrouve aussi un pavé animé mélangé au texte, un contenant des publicités Ligatus et deux pavés en Flash en bas de la colonne de gauche. Le nombre de trackers varie de 8 à 16 selon les pages et selon nos essais. On peut donc clairement considérer que le volume par page est bien trop important, surtout vu son intégration dans le texte. C'est d'autant plus irritant que le texte affiché aux utilisateurs d'un bloqueur de publicité mise justement sur une position de site responsable.

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Ce constat, nous avons d'ailleurs pu le faire sur les trois sites concernés qui semblaient tous utiliser les mêmes formats (et la même régie, ce qui expliquerait l'initiative commune ?). Des fonds en Flash animés, un abus de pavés et parfois de trackers. Golem.de semble néanmoins un peu moins gourmand que ses confrères, alors que RP Online, qui se limite sur les animations, n'hésite pas à placer des bannières textuelles en plein milieu d'une actualité.

Est-ce que les sites concernés étaient vraiment les meilleurs défenseurs de la cause de la presse en ligne responsable, cherchant à obtenir le soutien de ses lecteurs ? Sans doute pas.

Adblock Plus se présente comme un rempart, et se félicite du coup de pub

Du coup, le camp opposé ne se remet pas plus en question que cela, et se pose une fois de plus comme non pas le problème, mais la solution. Si d'une certaine manière, cela est vrai, c'est surtout beaucoup plus compliqué dans la pratique. En effet, nous avons déjà maintes fois évoqué la légitimité de l'utilisation de tels outils du côté des utilisateurs. Certains sites abusent effectivement de la publicité dans les espaces dédiés, sans parler des outils de tracking qui se multiplient et se comptent parfois par plusieurs dizaines.

ABP aide ainsi l'utilisateur à lutter contre ces dérives et à faire prendre conscience aux sites de l'importance du respect de ce dernier. Pour autant, la méthode utilisée est sans doute perfectible, sans parler de l'initiative pour les publicités acceptables qui est bien trop rigide puisqu'elle n'autorise que les formats fixes, de préférence uniquement composés de textes. Les Google Ads comme seule source de financement de la presse de qualité ? Difficile à croire lorsque l'on connaît la rémunération de ces espaces.

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La question de la publicité et du financement toujours posée sur le fond

Quid de la problématique du déplacement des publicités vers le contenu pour compenser cela ? Pas un mot. Pourtant, trouver un juste milieu serait préférable pour tout le monde, des utilisateurs aux éditeurs en passant par ABP. Mais au final, on aura surtout droit à un message affichant un remerciement pour les nouveaux utilisateurs et les donations apportées à Adblock Plus suite à cette initiative de la presse. Des donateurs qui auraient aussi opté pour l'accès aux articles qu'ils lisent chaque jour en ligne ?

Cela servira plutôt à continuer à développer l'outil qui revendique 16 millions d'utilisateurs sous Firefox et 12 millions sous Chrome, et qui devrait aussi rapidement arriver sur Internet Explorer.

Quoi qu'il en soit, on retourne sans doute au point de départ. L'équipe de développement de l'outil campe sur sa position et le taux de blocage de la publicité sur les journaux qui ont pris part à cette initiative n'a sans doute pas baissé de plus de quelques pourcent. Reste à voir quelle sera la solution qu'ils adopteront dans les mois à venir pour trouver le financement nécessaire à leur activité.

Merci à Aurélien pour son aide.


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