Hollande détaille son plan pour le numérique à l’école, un milliard d’euros sur la table

Tablettes, éveil à la programmation, etc. 59
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Xavier Berne

Promis pour la rentrée 2016, le grand « plan pour le numérique à l’école » a été détaillé jeudi dernier par François Hollande. Un milliard d’euros y seront consacrés sur trois ans, afin notamment que chaque collégien puisse disposer à terme d’une tablette ou d’un ordinateur portable, à partir duquel il pourra profiter de contenus pédagogiques innovants.

« La mise en oeuvre du plan commence dès aujourd'hui », s’est félicité le président de la République. En réalité, le coup d’envoi de ce plan annoncé l’été dernier par le chef de l’État était déjà bien amorcé, puisque l’Éducation nationale a lancé en mars dernier un appel à projets pour que son déploiement soit expérimenté dès la rentrée 2015 dans près de 600 écoles et collèges. La liste des établissements retenus a d’ailleurs été dévoilée dans le même temps par l’exécutif (voir ici).

Intervenant en clôture de la journée de restitution de la grande concertation nationale sur le numérique à l’école, François Hollande a néanmoins présenté les grandes lignes de son plan, tel qu’il sera généralisé sur l’ensemble du territoire à partir de la rentrée 2016 – soit moins d’un an avant les prochaines élections présidentielles. Au programme : des équipements mobiles distribués chaque année aux élèves de cinquième pendant trois ans ; une palette d’outils innovants (ressources pédagogiques, carnet scolaire numérique...) ; un plan de formation des personnels de l’Éducation nationale ; l’introduction de la programmation informatique dès l’école primaire, etc.

Le plaidoyer de François Hollande pour le numérique à l’école

« Avec le plan numérique, il ne s'agit pas d'une réforme de plus, mais d'une mutation profonde de notre système éducatif. Le numérique n'est pas simplement une nouvelle technologie, c'est une intelligence nouvelle qui doit être portée, transformée, grâce aux enseignants, et mise à la disposition des élèves. Le numérique, c'est aussi un moyen d'associer les parents à la réussite de leurs enfants » a affirmé François Hollande, avant de continuer cette tirade qui n’est pas sans rappeler son désormais célèbre « Moi président ».

« Le numérique, c'est aussi une manière de dire aux élèves que nous leur donnons toutes les conditions pour qu'ils puissent avoir le meilleur destin, que nous leur faisons confiance, que nous les coupons pas de la réalité qu'ils connaissent, du monde qu'ils fréquentent (...). Le numérique ne dispensera pas de l'effort – je le dis aux enfants. Le numérique rendra plus stimulant l'effort, rendra l'école plus attrayante – même si ce n'est pas son objet que simplement de pouvoir donner aux élèves un moment aussi d'exaltation et de joie. »

Des tablettes ou ordinateurs pour chaque élève de 5ème, d'ici 2018

Plus concrètement, cet énième plan pour l'école va tout d’abord conduire les collèges et départements à offrir des équipements mobiles aux élèves de cinquième. Sauf que contrairement à ce qu’avait initialement annoncé le président, il ne sera pas forcément question de tablettes pour tous les adolescents : « Les départements et les équipes éducatives seront laissées entièrement libres de construire leurs projets et de choisir les équipements (tablettes ou ordinateurs, et quels qu'en soient les fabricants). Il leur reviendra de les choisir au plus près des besoins des enseignants et conformément aussi au travail qui a pu déjà être mené dans un certain nombre d'établissements », a expliqué François Hollande.

« En 2016, une très grande majorité des élèves de cinquième pourront ainsi être équipés en France. En 2017, les élèves de quatrième qui auront été dotés l'année précédente pourront conserver leur matériel et une nouvelle génération de cinquièmes sera à son tour dotée et ainsi de suite, a poursuivi le chef de l’État. C'est ainsi que nous pourrons atteindre l'objectif, en 2018, (...) de 100 % d'élèves en collège qui disposeront d'un outil numérique et qui pourront avoir dans leur établissement un équipement approprié. »

En revanche, il n’y aura manifestement pas d’obligation pour les départements qui ne souhaiteraient pas sauter le pas immédiatement. « Si certaines collectivités veulent démarrer uniquement en 2017 – allez savoir pourquoi ? – ou en 2018, pour se donner le temps de la construction des projets avec des établissements scolaires, elles le pourront. Parce que l'offre de l'État restera valable pendant trois ans » a promis le locataire de l’Élysée.

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Crédits : AndreyPopov/iStock/Thinkstock

François Hollande a ajouté que d’un point de vue financier, l’État prendrait en charge la moitié des dépenses. « J'ai décidé que pour chaque euro qu'un conseil départemental investira dans l'équipement des élèves, au collège, l'État mettra également un euro. »

Lors de l’appel à projets du mois de mars, une assez grande latitude avait déjà été laissée aux départements et établissements candidats. Il leur était en effet simplement demandé de choisir des « équipements mobiles » adaptés aux élèves « en termes d’usages, de poids et de dimensions, et favoriser les activités de production numérique ». Selon le ministère, cela impliquait notamment :

  • Une mémoire minimale de 16 Go,
  • Un écran tactile d’une taille supérieure à 9 pouces,
  • Une caméra (jugée « particulièrement utile dans certaines disciplines, notamment en EPS »),
  • Une autonomie d’utilisation de 8 heures,
  • Un poids maximal de 1,2 kg (avec accessoires),
  • Une coque de protection. 

François Hollande n’a pas boudé son plaisir en promettant qu’il mettait ainsi fin à un problème qui ne date pas d’hier : celui du poids excessif des cartables.

Des contenus pédagogiques encore flous

Le second pilier du plan pour le numérique à l’école ne concerne plus directement les équipements, mais les contenus que ceux-ci diffuseront. Selon le président, tous les élèves pourront accéder à des ressources pédagogiques innovantes grâce à leurs ordinateurs ou tablettes. « Des appels d'offre seront lancés dès septembre 2015 pour que tout soit prêt pour la rentrée 2016. Cinq disciplines de collège seront couvertes en priorité : le français, les mathématiques, les langues étrangères, l'histoire-géographie et enfin les sciences », a annoncé le président, sans plus de précision sur les contenus dont il sera exactement question.

« Nous investirons, l'État, davantage sur les contenus pédagogiques. Nous voulons aussi les mettre au service, non pas simplement de la France, mais de la francophonie » a ajouté François Hollande, pour qui ce plan numérique constitue « une opportunité industrielle majeure pour nos entreprises ». Quinze millions d’euros seront ainsi alloués aux « entreprises innovantes en matière d'éducation » par la Banque publique d’investissement. « J'ai l'ambition que la France puisse être leader dans ce qu'on appelle l'e-éducation, c'est-à-dire tout ce qui peut être production de contenus et même d'équipements. Il s'agira de mobiliser les éditeurs, les programmateurs, les développeurs, les fabricants, les ingénieurs, mais aussi tous les acteurs publics pour qu'ils puissent eux aussi contribuer à cette innovation », a fait valoir le chef de l’État.

Une plateforme pour centraliser les contenus, un carnet scolaire numérique pour les parents

Souhaitant que les choses soient le plus simples possibles, le président a indiqué que ces ressources pédagogiques rejoindraient l’ensemble des contenus numériques mis à la disposition des élèves, sur un seul et même site Internet. « Nous allons créer une grande plateforme qui assurera la diffusion et le partage de toutes les ressources entre tous les professeurs et tous les élèves ; qui contiendra tous les contenus produits par les éditeurs scolaires, mais également les entreprises innovantes, les enseignants eux-mêmes (...). Tout ce qui est disponible sera mis sur cette plateforme, a-t-il expliqué. Elle sera d'utilisation facile et orientera les enseignants dans leur choix. » 

Cette annonce a toutefois un léger goût de réchauffé, puisque le ministère de l’Éducation nationale avait déjà indiqué en février dernier qu’un nouveau portail serait lancé « dès la rentrée 2015 », afin de centraliser et orienter les enseignants, les élèves (mais aussi leurs familles) « vers les multiples ressources mises à disposition par les acteurs de la culture, de l’éducation et des médias ». Restera désormais à voir comment l’accès à ces contenus sera régulé, d’autant que de nombreuses ressources pourraient être protégées par différents droits d’auteur.

François Hollande a enfin promis que des « services innovants seront également créés pour apporter une gamme d'outils aux élèves, aux enseignants, mais également aux parents, qui pourront mieux suivre la scolarité de leurs enfants et échanger avec les personnels de l'établissement ». Outre la fameuse plateforme de contenus évoquée précédemment, il devrait notamment être question d’une sorte de carnet scolaire numérique, qui permettra aux adultes de rentrer plus facilement en contact avec les enseignants, ou bien encore de connaître « en temps immédiat » les notes attribuées à son enfant.

L’éveil à la programmation fera bien son entrée à l’école primaire

« Le numérique ce n'est pas simplement un outil, ce n'est pas simplement des pédagogies, des contenus. C'est aussi une culture, a fait valoir François Hollande. Une culture, ça veut dire que chaque collégien doit être doté des moyens de comprendre ce qui se lit, ce qui se voit sur les tablettes numériques ou sur les ordinateurs, d'en comprendre les enjeux en termes de citoyenneté, d'avoir aussi une bonne analyse de ce qu'est la programmation, comment se créent un certain nombre de contenus et de ressources... »

Comme le laissait augurer le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture (qui entrera en vigueur à partir de la rentrée 2016, comme les nouveaux programmes de primaire et du collège, ainsi que le plan pour le numérique à l’école), chaque enfant aura des cours de programmation informatique, et ce à différentes étapes de sa scolarité :

« À partir de la rentrée 2016, dès l'école primaire, tous les enfants seront éveillés au codage et à la culture digitale. Au collège, ces connaissances seront pleinement intégrées aux enseignements de la sixième jusqu'en troisième. Au lycée, dès la classe de seconde, seront développés des cours d'informatique. La spécialité « Informatique et sciences du numérique », qui est aujourd'hui réservée à certains élèves de terminale S, sera généralisée à toutes les filières et étendue à la classe de première sous la forme d'une option. »

François Hollande semble ainsi s’être laissé convaincre par sa secrétaire d’État au Numérique, Axelle Lemaire, qui a longtemps promu l’apprentissage obligatoire du code à l’école – et ce quand bien même cette idée est loin de faire l’unanimité. Le chef de l’exécutif a aussi repris une proposition du Conseil national du numérique s’agissant de la généralisation de l’option « Informatique et sciences du numérique ». L’instauration d’un baccalauréat général « Humanités numériques », également prônée par l’institution, n’a en revanche pas été retenue.

Un programme de formation pour les enseignants

Le troisième pilier du plan pour le numérique à l’école porte sur la formation des enseignants. « Nous devons faire en sorte que quelle que soit la modernité des outils, quelle que soit leur performance, quelle que soit leurs évolutions, que les enseignants puissent être à même de pleinement les maîtriser, les utiliser » a affirmé le président, alors que cette ambition était déjà portée en 2012 par le premier ministre de l’Éducation nationale du gouvernement Ayrault, Vincent Peillon.

Le locataire de l’Élysée a quoi qu’il en soit promis qu’un « programme exceptionnel de formation des enseignants et des personnels » serait initié au cours trois prochaines années, 2016, 2017 et 2018, « pour qu'à travers tout le territoire, il puisse y avoir une culture commune du numérique au sein de l'Education nationale ».

« Pour la formation initiale, ce seront les écoles supérieures du professorat et de l'éducation qui veilleront à ce que le numérique puisse être pleinement partie prenante de ce qu'un jeune professeur doit connaître de son métier. Mais il y aura également un effort exceptionnel pour la formation continue, pour des dizaines de milliers de professeurs du second degré mais aussi pour les chefs d'établissements » a expliqué François Hollande, sans s’étendre davantage sur le sujet.

Un plan d'un milliard d'euros sur trois ans

Dernière interrogation, de taille : quel est le coût de ce plan pour les finances publiques ? « C'est un milliard d'euros sur trois ans », a soutenu le président. « Le tiers viendra du programme d'investissements d'avenir qui sera d'ailleurs renouvelé l'année prochaine pour, précisément, pouvoir financer des investissements dans l'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche. Le reste, 650 millions, seront à la charge de l'État pour la formation des personnels, pour le développement des ressources pédagogiques et pour le financement des ordinateurs et des tablettes acquis par les départements. »

Restera maintenant à voir quels seront les résultats de ce plan dont François Hollande entend bien pouvoir inscrire les fruits à son bilan, d’ici 2017. Parmi les grands déçus de ces premières annonces, devraient néanmoins figurer les milliers de signataires de l’appel en faveur de l’interopérabilité au sein de l’Éducation nationale – qui avait été lancé notamment sous la houlette de l’Association de promotion du logiciel libre (April). Le chef de l’État n’a en effet aucunement fait allusion à cette question pourtant capitale. 


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