Le coup de gueule du président de la Sacem contre Bruxelles et Julia Reda (Parti Pirate)

Après Fleur, une nouvelle graine de discorde 127
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Marc Rees

Sur l’antenne de Radio Classique, on a pu assister à un gros coup de gueule de Laurent Petitgirard, président du Conseil d’administration de la Sacem, visant l’eurodéputée Julia Reda (Parti Pirate) et Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.

Le numéro un du Conseil d’administration de la Sacem s’en est d’abord pris à Jean-Claude Juncker. Sur Radio Classique, il l'a accusé sans nuance d’avoir pour « objectif numéro un la destruction du droit d’auteur ». De fait, Bruxelles a surtout pesté contre les barrières nationales imposées par ce secteur, peu en phase avec les objectifs de l’Union. Et pour cause : il y a autant de législations à respecter qu’il y a d’États membres (28). Pour faire tomber ces restrictions et faciliter l’essor de champions européens, la Commission européenne a ouvert le chantier d’une réforme de la directive de 2001, celle sur le droit d’auteur et les droits voisins dans la société de l’Information. Un chantier qui agace les ayants droit notamment français.

« Foutre en l’air le droit d’auteur au nom d’un clientélisme et des consommateurs »

Laurent Petitgirard dénonce aussi cette Europe qui n’a « pas été foutue pendant des années de faire l’harmonisation fiscale ». Selon lui, Jean-Claude Juncker est « à l’origine de 350 milliards d’économies aux dépens de la Communauté européenne, qu’il a faites grâce à ses arrangements fiscaux, légaux certes mais quand même scandaleux » (le fameux scandale LuxLeaks).

Il trouve du coup un peu fort de café que Juncker veuille maintenant « foutre en l’air le droit d’auteur au nom d’un clientélisme et des consommateurs ». Un dessein qu’il trouve « lamentable et grave pour la création ».

Julia Reda est au droit d’auteur, ce que Christine Boutin est au mariage pour tous

Sur sa lancée, Laurent Petitgirard s’en est également pris aux FAI, bref tous ceux « qui profitent directement ou indirectement des œuvres de création [et qui] ne sont pas obligés de participer financièrement » (voir cependant notre point sur les taxes payées par ces acteurs). Il accuse encore Bruxelles d’avoir déresponsabilisé ces intermédiaires. Une situation jugée « dramatique. »

Mais ses propos se sont aussi concentrés sur la décision du Parlement européen de confier une mission à Julia Reda, à savoir rédiger une résolution sur cette réforme du droit d’auteur voulue par Bruxelles. Or, l’étiquette politique de celle-ci déplait fortement au représentant de la Sacem. « Pour réfléchir à l’évolution du droit d’auteur, on a confié le dossier à Mme Reda, qui est la seule députée élue membre du Parti Pirate ! Autrement dit, vous voulez réfléchir demain en Europe sur le mariage homosexuel, et vous confiez le dossier à Christine Boutin. C’est exactement la même position ! ».

Fleur Pellerin avait déjà porté un coup de griffe plus feutré sur le choix de Julia Reda, une critique à laquelle la principale intéressée avait répondu, assurant prêter une oreille attentive à tous les acteurs. Paris démultiplie cependant les actions pour couler son rapport afin de protéger les intérêts du secteur. C'est ce qui ressort d'une note interne adressée à l'ensemble des eurodéputés français.


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