Choix du moteur de recherche sur Android : Google vend trois places aux enchères, Qwant enrage

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Crédits : Xesai/iStock
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Sébastien Gavois

Google va vendre aux enchères trois places que ses concurrents pourront acheter afin d'apparaître dans la liste des moteurs de recherche par défaut sur Android. La méthode fait bondir Qwant qui estime que ce système « ne profitera ni aux consommateurs européens ni à la libre concurrence ».

En mars, Google revenait sur la nécessaire évolution d'Android face aux exigences de la Commission européenne en annonçant que les utilisateurs d'Android pourraient prochainement choisir leurs navigateur et moteur de recherche par défaut pour Android. Pour rappel, Bruxelles a infligé au géant américain une amende de 4,3 milliards d'euros en juillet 2018 pour avoir abusé de sa position dominante sur Android afin d'imposer ses services. Google a depuis fait appel.

Le dispositif a été détaillé en avril, puis le déploiement a commencé en juin. L'année prochaine, un nouveau système sera mis en place. L'annonce a été faite au détour d'un billet de blog publié par Paul Gennai, responsable produit chez Google. Au-delà de l'apparence qui change, les trois places pour les concurrents de Google seront vendues aux enchères dans chaque pays de l'Espace économique européen (l'Europe des 28 avec l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse).

De son côté, « Qwant dénonce la communication de Google qui vise à mettre aux enchères le libre choix des consommateurs européens d'utiliser un autre moteur de recherche que Google Search ».

Quatre choix : Google toujours présent, trois places vendues aux enchères

Comme c'est le cas actuellement, la liste des moteurs alternatifs dépendra des pays, mais un formulaire aux moteurs intéressés de « demander à faire partie du nouvel écran de choix, qui apparaîtra lorsque quelqu'un installera un nouveau smartphone ou tablette Android en Europe ». La mise en place débutera l'année prochaine.

La page de sélection continuera d'afficher quatre moteurs de recherche dans un ordre aléatoire, dont celui de Google, toujours présent. Le gros changement par rapport à l'ancienne version est que la sélection des concurrents passera par des enchères à un tour pour chaque pays. Un seuil minimum sera défini pour chaque pays et les enchères seront renouvelées chaque année.

Pour pouvoir y participer, les moteurs de recherche doivent respecter certaines règles détaillées ici, et notamment proposer une application disponible gratuitement dans le Play Store. 

Google Android moteur de recherche choix aout 2019
Google ne précise pas que le choix peut entraîner le paiement d'une dîme de la part d'un moteur alternatif

Les offres ne seront pas rendues publiques

Les participants indiqueront le montant qu'ils sont prêts à payer lorsqu'un utilisateur sélectionne leur moteur de recherche à la place de celui de Google. « Les trois offres les plus élevées qui atteignent ou dépassent le seuil d’enchère pour un pays donné apparaissent dans l’écran de choix de ce pays », explique Google. En cas d'égalité, un tirage au sort sera effectué.

Par contre, « si moins de trois moteurs de recherche éligibles atteignent ou dépassent le seuil des enchères, Google remplira les emplacements restants de manière aléatoire à partir du pool des moteurs de recherche éligibles, qui comprendra ceux qui ont demandé à participer à l’écran de choix, mais n’ont pas soumis d’offre ».

La date limite pour soumettre son offre est fixée au 13 septembre et la liste des « gagnants » sera mise en ligne dans chaque pays de l'Union européenne au 31 octobre. Les offres des moteurs de recherche ne seront pas rendues publiques, ni même le nombre de participants par pays.

Cette « discrétion » n'est pas du gout de Qwant : « Google a choisi de faire appel de sa condamnation du 18 juillet 2018, dans une procédure dans laquelle Qwant est partie prenante. Qwant ne peut donc pas accepter que le processus d’enchères soit soumis à un accord de confidentialité tel qu'imposé par Google alors que sa plainte est toujours en cours. Un tel accord de confidentialité n'a aucune autre justification possible que la volonté de faire taire ses concurrents sur les anomalies qu'ils constateraient. C'est, là encore, un abus inacceptable de sa position dominante ».

Quoi qu'il en soit, chaque mois, les « gagnants » recevront une facture de Google dans laquelle sera indiqué le nombre de sélections effectuées par les utilisateurs (peu importe si l'utilisateur a par la suite modifié son choix) et le montant total dû. 

La charge de Qwant sur les enchères de Google...

Pour le moteur de recherche européen misant sur le respect de la vie privée, « il ne revient pas à Google de faire désormais payer à ses concurrents son comportement fautif [en rapport à sa condamnation de juillet 2018, ndlr] et le montant de cette amende, par un système d'enchères qui ne profitera ni aux consommateurs européens ni à la libre concurrence, qui ne peut être que faussée par un tel procédé ». 

Ce n'est pas tout. Qwant ajoute que « le processus d'enchères envisagé serait ouvert à de prétendus moteurs de recherche qui tirent leurs résultats et leurs revenus de Google, ce qui créera de facto une distorsion inacceptable et un risque élevé de manipulation, d'inéquité ou de déloyauté des enchères ».

Pour autant, Éric Léandri indiquait ce matin à Bloomberg que Qwant devrait participer aux enchères de Google. Interrogé sur ce point, le moteur de recherche européen nous précise qu'il n'avait « pas encore reçu les détails et notamment pas l'existence d'un accord de confidentialitéCela a été précisé après coup à Bloomberg qui est en train de corriger ». « À ce stade, les conditions ne sont pas réunies pour avoir confiance dans le processus d'enchères », nous confie le chargé des relations médias de Qwant.

Ce n'est pas tout et la charge continue de plus belle : « La décision de la Commission européenne doit profiter aux consommateurs européens en assurant les conditions d'une liberté de choix qui repose sur les mérites intrinsèques de chaque moteur et les attentes des citoyens, notamment en matière de protection des données personnelles, et non sur leur capacité à financer Google ou à être financé par lui ».

... qui sont « justes et objectives » selon Google

Pour Google au contraire, il s'agit d'une manière de faire qui est « juste et objective [...] Elle permet aux moteurs de recherche de décider de la valeur qu’ils attachent à l’écran de choix et d’enchérir en conséquence ». Une manière de voir les choses... ses concurrents en auront certainement une autre, car ils devront se battre à coups de dollars pour espérer apparaitre dans la liste des choix.

En juillet 2018, lorsque la Commission européenne avait condamné Google à 4,3 milliards d'amende, elle expliquait que son abus de position dominante avait « privé ses concurrents de la possibilité d'innover et de lui livrer concurrence par leurs mérites ». 

Qwant invite maintenant « les institutions et parties prenantes européennes à se saisir au plus vite de ce cas afin de faire respecter pleinement la décision de la Commission du 18 juillet 2018 ». Pour l'instant, aucune réaction ne semble avoir été faite du côté de Bruxelles. 

Le choix proposé quand l'application Google Search est préinstallée

Dans une foire aux questions (bas de la page), Google précise que « la participation à l'écran de choix n'affecte pas la capacité des moteurs de recherche à conclure des accords de préinstallation avec des équipementiers ». Par contre, « l'écran de choix ne s'affiche que sur les appareils pour lesquels le fabricant OEM a choisi de préinstaller l'application Google Search ».

Bien évidemment, les utilisateurs ont toujours la possibilité de changer leur moteur de recherche par défaut par la suite... sans que celui ce ne doive payer une dîme à Google.


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