Contre la fracture numérique, État et acteurs privés vont financer des « pass » de formations

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Crédits : grinvalds/iStock
Loi
Xavier Berne

Alors que le gouvernement ambitionne de dématérialiser l’ensemble des démarches administratives d’ici à 2022, le secrétaire d’État au Numérique a présenté hier le « plan national pour un numérique inclusif ». Mesure phare : la création d'un « pass numérique », qui permettra à certaines personnes de bénéficier d’heures de formation.

« Aujourd'hui, c'est le jour où on s'engage tous à démarrer et à rentrer dans le "faire", dans le "faire ensemble" » a martelé hier Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État au Numérique, devant un parterre de représentants d’associations, de collectivités territoriales, d’acteurs de la médiation numérique...

Après huit mois de négociations, les pouvoirs publics, les opérateurs sociaux (de type Pôle emploi ou Allocations familiales) et certaines entreprises s’étaient réunis à Nantes pour donner le coup d’envoi du « plan national pour un numérique inclusif » (PDF).

Mounir Mahjoubi a insisté sur les ambitions des pouvoirs publics : former 1,5 million de personnes par an, dès 2019. Un chiffre à rapporter aux sept millions de Français qui ne se connectent jamais à Internet, et plus largement aux 13 millions de personnes jugées « éloignées » du numérique (celles pour qui il est trop compliqué d’effectuer une démarche administrative en ligne par exemple).

10 à 20 heures de formation grâce au « pass numérique »

Mesure emblématique de ce plan : la création d’un « pass numérique », qui sera remis aux « personnes en difficulté » par les Allocations familiales, Pôle emploi, la Sécurité sociale, les villes ou encore les départements selon des critères d’éligibilité qui demeurent pour l’heure extrêmement flous.

Les bénéficiaires du pass pourront suivre « 5 à 10 ateliers », assurés par des professionnels, afin qu’ils deviennent « autonomes pour créer leurs identifiants et boîte mail, accéder à leurs droits, faire des démarches ou des recherches d’emploi... »

Cet accompagnement se fera « dans des lieux labellisés et de qualité », précise le plan national. La date exacte de démarrage du dispositif reste toutefois vague, Mounir Mahjoubi ayant évoqué le lancement d’un appel à projets à destination des collectivités territoriales pour les prochaines semaines.

La particularité de ce « pass numérique » ? Il sera co-financé par différents acteurs, ayant tous intérêt à ce que leurs usagers ou clients soient à l’aise avec l’outil informatique. État, collectivités territoriales, opérateurs de type Caf ou Pôle emploi et même entreprises mettront ainsi la main à la poche.

Mounir Mahjoubi a déclaré hier que « dix à quinze millions d'euros » seraient mobilisés par l’État « dès cette année », et davantage à partir de l’année prochaine. Le gouvernement espère ainsi provoquer « un effet multiplicateur dans les territoires et pour les acteurs de l’accompagnement au numérique », lequel pourrait générer « près de 40 millions d’euros mobilisés de manière complémentaire ».

Du côté des entreprises, Orange, Veolia, le Crédit Agricole et la BNP Paribas ont pour l’instant accepté de participer à l’aventure.

Le plan national s’appuie sur une étude réalisée par France Stratégie, selon laquelle former 4,5 millions de personnes « éloignées du numérique » pendant dix ans « pourrait représenter un gain de 1,6 milliard d’euros par an en moyenne sur cette période ». Et pour cause : une meilleure « autonomie numérique » aurait des impacts sur l’économie numérique, l’emploi et la formation, la relation avec les services publics, ainsi que sur le bien-être d’une manière plus générale.

Des « hubs » locaux pour coordonner les acteurs

Afin d’accompagner ce plan de formation, le plan prévoit la constitution d’un réseau d’une dizaine de « Hubs France Connectée ». Cinq millions d’euros seront mobilisés sur la période 2019-2020 par la Banque des Territoires, afin que ces structures « fonctionnant à l’échelle de plusieurs départements » (entre deux et cinq) viennent épauler au niveau local les « acteurs de l’inclusion et de la médiation numériques ».

Ces « hubs » auront ainsi pour mission de « recenser, articuler et coordonner » les différents intervenants (associations, collectivités...), tant pour assurer la mise en commun de ressources que pour monter certains projets – tels que demander des aides financières auprès de l’Union européenne.

Vers un bouton « FranceConnect Aidants »

Autre mesure du plan : l’expérimentation d’un bouton « FranceConnect Aidants », du nom du dispositif d’authentification proposé désormais sur de nombreux sites publics. L’idée : que le professionnel (agent de la Caf, de Pôle emploi, etc.) qui réalise une démarche en ligne pour une personne qui n’en n’est pas capable puisse s’identifier comme tel.

Cet outil sera ainsi conçu pour permettre « un suivi des actions réalisées sur le compte de la personne, à destination des usagers et des autorités administratives compétentes, et une protection du professionnel déclarant comme de la personne accompagnée en cas d’erreur ». Aucun calendrier n’est cependant précisé, le plan faisant simplement état d’une « réflexion ».

Un sursaut ou « le chaos », anticipe Mahjoubi

Il est enfin prévu qu’une « instance nationale partenariale » soit mise en place afin de « donner une suite opérationnelle » au plan d’inclusion numérique dévoilé hier. Cet organe, qui devrait se réunir plusieurs fois par an, « regroupera des représentants de l’État, des collectivités territoriales, des opérateurs de service public et des acteurs de la médiation numérique ». Un comité de pilotage et de suivi sera notamment instauré en son sein.

Mounir Mahjoubi a quant à lui longuement insisté hier sur le rôle des acteurs privés pour la réussite de ce plan. Le secrétaire d’État au Numérique espère que de nombreuses entreprises se joindront bientôt à cette initiative, en vue de la création d’une « fondation de l’inclusion numérique ».

L’ancien président du Conseil national du numérique a ensuite promis que s'agissant des services publics, les transformations seraient « radicales » au fil des prochaines années. « Je peux vous assurer que tous nous tiendrons tous nos objectifs et que vous aurez des services publics de qualité avec une identité numérique publique qui vous permettra de vous connecter à tous les services publics de demain » a notamment lancé Mounir Mahjoubi, en écho à l’objectif de dématérialisation de l’ensemble des démarches administratives d'ici à la fin du quinquennat.

« Si en même temps, on laisse 20 % des personnes à côté, on se dirige vers le chaos » a néanmoins prédit le secrétaire d’État au Numérique.


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