Déploiement de la 5G : feuille de route et ambitions françaises

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Téléphonie
Sébastien Gavois

La France ne veut pas être en retard sur la 5G. Elle fixe donc des « objectifs ambitieux » : une attribution des fréquences pour 2020, soit juste à temps pour les opérateurs. En attendant, il faudra se contenter d'expérimentations pour un service présenté d'un côté comme une « génération de rupture », de l'autre comme « pas très différenciant ».

Ce matin, le gouvernement présentait sa feuille de route de la 5G en France, en présence de Delphine Gény-Stephann (secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie), Mounir Mahjoubi (secrétaire d’État au Numérique) et Sébastien Soriano (président de l'Arcep).

C'était l'occasion de détailler – malheureusement sommairement – le plan pour les prochaines années, avec une étape cruciale à venir en 2020. Les fréquences seront attribuées à cette date, alors que les déploiements commerciaux débuteront. Le gouvernement souhaite également une couverture 5G des principaux axes de transports en 2025.

Technologie de rupture ? Oui et non... Enfin ça dépend

« La 5G promet d’être une génération de rupture. Rupture par ses caractéristiques techniques, mais surtout par les transformations qu’elle veut porter chez les "verticaux" » affirme Sébastien Soriano lors de son discours. Une position différente de celle affichée par Bouygues Telecom lors de ses expérimentations au début du mois (lire notre dossier). 

L'opérateur nous affirmait en effet qu'il n'y avait « pas de rupture » pour le consommateur entre la 4G et la 5G, contrairement au passage de la 3G vers la 4G. Derrière cette annonce, un appel du pied au régulateur avant l'ouverture de la procédure d'attribution des fréquences : « Le service [5G, NDLR] en lui-même n'est pas très différenciant, ne nous mettez pas en face des obligations de couverture très importantes ».

Pourquoi une telle différence entre les deux discours ? L'opérateur mettait en avant les usages pour le grand public, quand l'Arcep y voit surtout un avantage pour les professionnels : « dès l’horizon 2020, le saut de performances technologiques permis par la 5G devrait affecter de nombreux secteurs industriels : dans l’automobile, les transports, l’énergie, l’industrie du futur, les villes intelligentes, la télémédecine, l’agriculture, la sécurité publique, ou encore la réalité virtuelle ».

Une consultation publique en octobre 2018...

Dans les deux cas, il s'agit certainement de préparer le terrain avant l'ouverture de la procédure d'attribution des fréquences, aux détails toujours inconnus. Les mécanismes (enchères ?), la taille des lots, les plafonds de quantité par acteur, les éventuelles obligations associées (notamment sur les déploiements) et les règles en matière de partage des fréquences restent par exemple à définir.

Le régulateur promet une consultation publique pour octobre 2018. Ensuite, « la procédure d’attribution sera lancée in fine par le gouvernement sur proposition de l’Arcep, qui la conduira et attribuera les fréquences », comme ce fût le cas pour la 4G et les autres technologies. Aucun calendrier n'est fourni.

Pour Delphine Gény-Stephann, « la procédure pourrait être très différente de ce que nous avons connu pour la 4G. Car la 5G, ce n'est pas juste de la 4G qui va plus vite. [La 5G] intéresse de nombreuses industries, bien au-delà des opérateurs télécoms. Le mécanisme d'attribution des fréquences en tiendra compte », assure-t-elle aux Échos. Bref, il faut encore définir l'orientation de la 5G – besoin d'une couverture nationale ou non par exemple – avant d'en déduire les modalités d'attribution.

Comparés à nos voisins italiens, nous sommes dans tous les cas en retard. Le régulateur local (Agcom) a en effet lancé sa consultation au début de l'année et prévoit la mise aux enchères d'ici fin septembre, en espérant récupérer 2,5 milliards d'euros. En Australie également la vente des fréquences devrait se dérouler à la rentrée.

Cet été, une consultation publique sur la libération de la bande L – les fréquences de 1,5 GHz – sera mise en place. Elle devra « établir un diagnostic de l’état de la bande, des besoins dans celle-ci et analyser les conditions de migration ». Le but étant de préparer le terrain à un éventuel transfert aux opérateurs. 

... l'appel à candidatures à partir de mi-2019

Deux groupes de travail seront lancés à l'automne. Le premier planchera sur « le guide de bonnes pratiques pour les déploiements 5G », le second sur « la mutualisation des réseaux et les règles d’accès aux réseaux 5G ». Durant le second semestre, une réunion d’information sur des usages ciblés – véhicule autonome, industrie du futur – sera mise en place. 

Bref, des réunions, des consultations et des groupes de travail, mais toujours assez peu de concret. Nous avons presque l'impression de revivre la situation de la France sur l'intelligence artificielle et les voitures autonomes.

L'année prochaine sera également chargée avec des « pilotes "grandeur nature" » début 2019, un « événement sur la 5G » durant le premier semestre 2019 (pour les détails on repassera) et enfin le gros morceau avec un appel à candidatures « à partir de mi-2019 ». C'est également en 2019 que les premiers terminaux 5G seront mis sur le marché, selon plusieurs fabricants de modems.

Au moins une grande ville en 2020, des routes en 2025

La suite, nous la connaissons déjà dans les grandes lignes, mais le gouvernement apporte quelques précisions supplémentaires : « dès 2020, les fréquences seront attribuées et les déploiements commerciaux devront concerner au moins une grande ville. En 2025, les axes de transports principaux seront couverts en 5G ».

Il ne s'agit pas uniquement d'un vœu franco-français, selon Sébastien Soriano : « d’ici à fin 2020, tous les pays de l’Union européenne devront avoir attribué des blocs de fréquences suffisants dans la bande 3,5 GHz et au moins 1 GHz dans la bande 26 GHz ».

Rappelons que cette bande millimétrique des 26 GHz (lire notre portrait) promet une grande largeur de spectre et donc des débits très importants, au prix de plusieurs (et importantes) limitations techniques. En effet, les ondes ne peuvent pas passer à travers les obstacles (murs, personnes, etc.) et nécessitent une liaison visuelle directe et dégagée entre l'émetteur et le récepteur.

Si des démonstrations ont déjà eu lieu, notamment par Intel au MWC de Barcelone, les opérateurs français ne sont pour le moment pas spécialement pressés sur la bande des 26 GHz. Le gros des expérimentations actuelles se passe sur les 3,5 GHz, qui sera le cœur de la 5G à son lancement. La 5G sur les 26 GHz « existera certainement un jour, mais ce n'est pas la priorité » nous affirmait par exemple Bouygues Telecom il y a peu.

L'Europe et la 5G : Arcep qui rit, Arcep qui pleure

L'Arcep se réjouit d'ailleurs que le Conseil, le Parlement européen et la Commission soient parvenus à un accord sur « de nouvelles règles de gestion du spectre ». Il est ainsi question d'une durée minimale de 20 ans des autorisations, et de la mise en place d'une date commune pour attribuer des autorisations sur les bandes 5G à 3,5 GHz et à 26 GHz : le 31 décembre 2020 au plus tard.

Tout n'est pas rose non plus, comme nous le déclarait Sébastien Soriano lors d'une interview en mars dernier : « l'accord politique obtenu en trilogue fait une grande victime : l'harmonisation. Toutes les dispositions prévues pour une attribution homogénéisée du spectre entre les autorités [nationales], sur le calendrier, les conditions de déploiement, les conditions économiques, les objectifs de couverture... Tout cela est largement passé par pertes et profits ».

Les promesses de la 5G, la recherche de cas d'usage

Pour rappel, les promesses de la 5G (par rapport à la 4G) tiennent principalement en quatre points : débits et densité de connexion (nombre d'objets pouvant communiquer simultanément) multipliés par 10, latence divisée par 10 et possibilité de découper le réseau en tranches en fonction des besoins (slicing).

Le régulateur des télécoms en profite pour remettre en avant son guichet « pilotes 5G ». Il doit accueillir les demandes de bandes de fréquences des acteurs intéressés par des tests grandeur nature « et faire émerger les modèles économiques de demain ». Un point important, car il servira à déterminer les modalités d'attribution des fréquences.

Le régulateur affirme qu'il « examine toutes les demandes en bande 3,5 GHz et en bande 26 GHz » et souhaite obtenir un maximum de retours. Pour le moment, 22 autorisations ont déjà été délivrées en 3,4 - 3,8 GHz.

Arcep 5G

Alors que l'Arcep regrette de n'avoir que peu de propositions des industriels, Mounir Mahjoubi botte en touche lors d'une interview à nos confrères des Échos : « Cela fait partie du jeu de réclamer toujours plus de candidatures... Mais je peux vous assurer qu'il y a de nombreuses demandes, dont certaines ne sont pas encore publiques ». Nous ne saurons par contre pas lesquelles.

L'Arcep n'est pas le seul organisme sur les rangs.  L’Anssi est également mobilisée « pour accompagner les opérateurs, afin d’assurer un bon niveau de cybersécurité pour la 5G ». Il faut dire que des failles sur la 4G font parler d'elles ces derniers mois (ici et ), qui devraient être naturellement comblées par la 5G. 

L'Agence nationale des fréquences (ANFR) intervient sur la gestion des ondes et l'Anses sur les questions de sécurité sanitaire. Cette dernière rappelle d'ailleurs que les limites d’exposition aux champs électromagnétiques ne dépendent pas de la technologie utilisée (2G, 3G, 4G ou 5G). Les futurs réseaux 5G devront donc respecter exactement les mêmes limites, et elle y veillera.


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