Et si on trouvait des traces de vie sur Mars ? Les explications de Sylvestre Maurice

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Crédits : Sébastien Gavois
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Sébastien Gavois

Prouver que la vie a existé sur Mars (peu importe la forme) serait surtout « une révolution de pensée » pour le planétologue Sylvestre Maurice. Néanmoins, il nous explique que cette preuve serait importante au niveau de l'univers... encore faut-il savoir ce qu'on appelle exactement « la vie ».

Après avoir passé en revue les découvertes liées à la présence d'eau et aux preuves d'habitabilité de Mars, les scientifiques s'intéressent aujourd'hui à la présence de la vie (passée) sur la planète rouge... même si c'est loin d'être gagné.

« Très honnêtement, je ne pense pas qu'on ne soit jamais capable de dire à 100 % s'il y a eu ou non de la vie [sur Mars] », reconnait le planétologue Sylvestre Maurice en guise de préambule. Il ajoute qu'il « est plus facile de dire "oui, il y a eu la vie" » car il « suffit » de trouver des faisceaux de preuves. Au contraire, prouver la non-existence de la vie est bien plus compliqué : il faudrait analyser le moindre cm³ de Mars et être certain de ne pas passer à côté.

Nous avons néanmoins demandé à l'astrophysicien de l'IRAP (Institut de recherche en astrophysique et planétologie) et spécialise du système solaire d'imaginer la suite des événements si des traces de vie étaient effectivement découvertes sur Mars.

Notre dossier sur l'exploration de Mars et la recherche de la vie avec Mars 2020 :

Une révolution ? Oui, mais surtout de la pensée

« Ce sera une révolution de pensée », rien de plus, nous affirme-t-il, avant d'ajouter qu'il ne fallait « pas rêver » sur les débouchées d'une telle annonce : « Je dirais comme pour l'habitabilité : j'ai deux planètes habitées dans le système solaire. Conclusion : il y en a une infinité dans l'univers ».

Le problème de la Terre et de la vie qu'elle renferme, c'est son « unicité » : « On a tout, mais on est un modèle unique » dans l'univers, du moins dans la limite de nos connaissances actuelles. Le scientifique nous propose un parallèle avec les découvertes d'(exo)planètes depuis quelques décennies : « Quand j'étais jeune, je ne connaissais qu'un modèle de système solaire : notre Soleil (notre étoile) et huit planètes. Quand je regardais des étoiles, je ne savais pas que certaines avaient une planète », voire plusieurs.

Même logique que pour les exoplanètes et l'habitabilité

Cette « révolution » a débuté dans les années 90 avec le système 51 Pegasi et son exoplanète Dimidium (51 Pegasi b), la première du genre. Depuis, on en dénombre des milliers, notamment grâce au télescope spatial Keppler, et des annonces sont régulièrement faites.

Le scientifique estime que, dans l'univers, « la moitié des étoiles ont des planètes ». Parfois, les chercheurs identifient même des systèmes assez proches du nôtre, notamment Trappist-1 avec ses sept exoplanètes, dont trois dans la zone habitable de leur étoile (lire notre analyse).

  • Trappist-1
  • Trappist-1

Une fois l'habitabilité de Mars prouvée, les scientifiques en sont arrivés à la même conclusion que pour les exoplanètes : « maintenant qu'on l'a deux fois [NDLR : sur Terre et Mars] on se dit qu'il y en a partout ». Trouver des traces de vie sur Mars, c'est donc d'une certaine manière prouver que le cas de la Terre n'est pas unique et que cette alchimie a pu se produire ailleurs.

Il ne manquait peut-être pas grand-chose...

Le problème de Mars, « c'est qu'elle n'est peut-être pas restée habitable assez longtemps » pour que la vie s'y développe, nous explique Sylvestre Maurice. « Cette planète est trop petite. Si elle avait 1 000 km de plus, elle aurait été plus lourde », son développement pouvant alors se poursuivre (atmosphère, activité géologique...).

Une autre possibilité serait de se tourner vers Venus : « Elle avait la bonne taille, mais on ne sait pas ce qui lui est arrivé [...] elle a mal tourné... ». Elle ressemble en effet beaucoup à la Terre et se trouve à la limite de la zone habitable du Soleil, « ce qui leur vaut parfois d'être considérées comme deux sœurs » explique le CNES.

Néanmoins, avec une température de 470°C en moyenne à la surface, il ne peut y avoir d'eau liquide. Détail « amusant », elle est plus chaude que Mercure (169°C en moyenne) alors qu'elle est plus éloignée du Soleil. La cause ? « Son atmosphère épaisse est essentiellement constituée de dioxyde de carbone, avec une pression atmosphérique 92 fois plus élevée que celle de la Terre. Ce qui crée un puissant effet de serre expliquant les hautes températures à sa surface », explique le centre national d'études spatiales.

Bref, c'est l'occasion de rappeler une fois de plus qu'il faut réunir de nombreux paramètres dans une zone et une temporalité bien précise pour avoir une chance d'obtenir de la vie. Venus n'en reste pas moins intéressante à analyser, mais Sylvestre Maurice regrette de ne pas arriver à valider de nouvelles missions : « J'ai souvent proposé, ça ne marche jamais ». 

La définition de la vie

Après cet exercice d'anticipation, il reste une dernière question en suspens : que cherche-t-on exactement et à quel moment peut-on être sûr d'avoir identifié des traces de vie ? « On a toujours envie de chercher ce qu'on connait » reconnait le planétologue.

Il ajoute que plusieurs équipes travaillent sur la définition de la vie, mais aussi sur la manière d'arriver à conclure qu'une chose est (ou était) vivante. Actuellement, toutes les études « tournent autour d'une seule chimie, celle des carbones » nous explique-t-il : « On est à peu près tous d'accord sur les molécules nous permettant d'affirmer qu'on a découvert le début d'une vie : elles vont tourner autour d'acides aminés, de protéines, voire de brins d'ARN ». 

Jeune plant Terre
Crédits : Sasiistock/iStock

L'importance de stériliser les instruments

Le scientifique reste néanmoins très prudent : le jour où la communauté scientifique annoncera la découverte de traces de vie sur Mars, il « ne faudra pas qu'on se trompe... Il faudra être sûr que ce n'est pas de la vie qu'on a apportée nous-même ». Ce risque explique l'obsession du nettoyage et de la stérilisation des instruments avant ce genre de mission.

D'ailleurs, c'est pour cette raison que Curiosity ne partira pas « dans des endroits pouvant abriter une vie microbienne » expliquait à l'AFP Michael Meyer, scientifique au sein du programme d'exploration martienne de la NASA : « Pour cela, il nous faudrait un plus haut degré de propreté ».

Curiosity n'a pas été préparé pour deux raisons : la présence d'eau liquide (ou de saumure) n'était pas confirmée à l'époque et le coût non négligeable d'une telle stérilisation. « Les gens ont tendance à préférer la science intéressante à coûts réduits », ajoutait Catharine Conley, directrice du bureau de la Protection planétaire à la NASA.

En 2015, Francis Rocard donnait quelques explications :

De fausses détections de vie extra-terrestre

Sylvestre Maurice se souvient d'une « mésaventure » lors de la mission Apollo 12 : une caméra provenant de la Lune avait été ramenée sur Terre avec de la vie... sous la forme d'Escherichia coli. Cette dernière n'était évidemment pas d'origine extra-lunaire ou terrestre : elle avait été apportée par l'Homme lors d'une précédente mission.

Nous pouvons également citer le cas d'une bactérie inconnue à bord de la Station spatiale internationale et de l'emballement médiatique autour de sa « découverte ». Alors non, elle n'était pas d'origine extra-terrestre, simplement inconnue et c'est loin d'être la même chose : « on connaît à peu près 10 millions d'espèces de bactéries alors qu'on estime qu'il y en a mille milliards de différentes » expliquait Michel Viso, responsable programme exobiologie au CNES.

Problème, la machine médiatique a souvent tendance à s'emballer à la moindre annonce scientifique, comme nous l'avons déjà expliqué dans notre édito sur la malheureuse « peopolisation » de l’actualité scientifique. Espérons que la recherche de la vie sur Mars ne tombe pas dans les mêmes travers...


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