Stéphane Richard veut « des internets particuliers » pour coller à différents besoins

Bref, de la 5G quoi 82
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Crédits : jamesteohart/iStock
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le lundi 11 décembre 2017 à 11:49
David Legrand

Alors qu'il pourrait être reconduit comme Président d'Orange, Stéphane Richard a évoqué ce matin plusieurs éléments de la stratégie du groupe : réseaux, services et besoin de « plusieurs internets ». 

Invité ce matin sur BFM Business dans l'émission de Stéphane Soumier, Stéphane Richard a livré quelques éléments sur la vision du futur d'Orange, alors qu'il est candidat à un troisième mandat. 

Il promet ainsi une « accélération de la croissance » du groupe, et évoque ses projets dans le domaine de l'énergie, de la maison connectée, de la télésurveillance. Plus tôt dans la semaine, on apprenait en effet que la société pourrait s'associer à Total pour proposer une offre de fournisseur d'électricité à ses millions de clients, comme c'est déjà le cas en Pologne.

Le réseau, un socle

« On veut être un opérateur de confiance » clame Stéphane Richard qui imagine Orange en champion du « Digital » dans les années à venir (voir notre analyse). Nous n'obtiendrons par contre pas de nouveaux chiffres concernant l'offre bancaire qui comptait 30 000 clients le mois dernier, mais qui a rencontré de nombreux couacs depuis. 

Pour le PDG d'Orange, le réseau est ainsi un socle qui « n'est pas la seule perspective de l'entreprise ». Il faut y investir massivement, mais surtout construire des services dessus. En avoir la maîtrise confère « quand même une position clé dans l'économie du futur [...] Sans les réseaux, il n'y a rien d'autre. Il n'y a pas d'Internet, il n'y a pas les nouveaux services, il n'y a pas ces ruptures digitales ». 

« Les réseaux, c'est le système nerveux de l'économie de la connaissance, de l'économie du futur, de l'économie digitale [...] comment imaginer que cette position-là n'ait pas de valeur » insiste-t-il. 

La possibilité d'une extension d'une taxe

Mais un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Stéphane Richard a ainsi été questionné concernant l'extension, à compter de 2018, de la taxe IFER sur les infrastructures fibre et câble, proposée à travers un amendement présenté par plusieurs députés au projet de loi de finances rectificative 2017.

Une action jugée « nécessaire pour tenir compte de l’érosion progressive du nombre de lignes cuivre en service due au déploiement de nouveaux réseaux plus performants ». L'exposé précise également que « l’absence actuelle d’imposition des technologies alternatives au cuivre est susceptible par ailleurs d’être assimilée à une aide d’État au sens du droit de la concurrence de l’Union européenne. Une plainte a déjà été déposée en ce sens auprès de la Commission européenne ».

Une exonération serait néanmoins prévue pendant trois ans, « afin de ne pas pénaliser le déploiement de la fibre optique et la bonne exécution du plan France très haut débit », ce qui permettrait tout de même « un surcroît de recettes de près de 25 millions d’euros dès 2018 ».

De quoi faire bondir, bien entendu, les fournisseurs d'accès, notamment Orange et SFR qui sont très présents dans le câble et la fibre, ainsi que la FIRIP par la voie de son Président, Etienne Dugas. Stéphane Richard appelle cependant à la prudence en attendant un vote définitif. Un sous-amendement vient ainsi d'être adopté pour revoir le montant de l'IFER, l'exonération à cinq ans et le délai d'application (dès 2019).

Pour le PDG d'Orange, il s'agit avant tout d'une question de confiance que doivent exprimer les pouvoirs publics : « Il y a toujours eu des tentations de mettre des taxes supplémentaires sur les opérateurs pour récolter de l'argent public pour lutter contre la fracture numérique. [...] Mais on est dans une économie de marché pas une économie administrée et donc tout ceci doit se faire sur la base d'un contrat entre l'État, les collectivités locales et les opérateurs. On est prêts à y prendre toute notre part. Mais de grâce, que l'on joue un tout petit peu la confiance ».

Un Internet, plusieurs possibilités

Une autre question d'importance a été évoquée, celle de la neutralité du net. Mais ici, il semble y avoir eu une confusion entre le raisonnement de Stéphane Richard et la question de départ qui portait sur la volonté de certains d'opérer un Internet à plusieurs vitesses via différents abonnements, comme cela est en train de devenir le cas outre-Atlantique.

Évoquant un « débat pollué par des considérations politiques » où il est rapidement question de « la main des opérateurs qui viendraient fouiller les contenus et faire un tri entre les contenus », Stéphane Richard veut plutôt évoquer un besoin qu'il voit comme « une obligation » alors que la 5G est attendue pour 2020/2021 par le groupe.

« Le sujet c'est qu'effectivement, dans les usages futurs de l'Internet, il y a certains usages, je pense à l'usage de l'Internet des objets notamment, la voiture autonome ou toute une série de technologies à distance, qui vont nécessiter des internets particuliers en termes de latence en termes de vitesse ». C'est en effet l'une des spécificités de la 5G que de couvrir différents besoins et usages, là où l'on passe par exemple par des réseaux spécifiques comme LoRa ou Sigfox actuellement pour les objets connectés

« Il faudra que l'on soit capable de proposer à l'industrie des internets avec des fonctionnalités et des puissances différentes, avec des qualités de service différentes, et pour cela il faut qu'on nous laisse le faire, il faut qu'on nous laisse construire des infrastructures qui permettront de faire ça » renchérit Stéphane Richard, qui imagine donc une offre avec différents niveaux de services pour des usages spécifiques dans le secteur professionnel.

La question de la neutralité du net

Un besoin qui peut apparaître comme légitime, notamment dans certains domaines. Mais qui ne doit effectivement pas servir à proposer à terme une offre grand public avec différents niveaux de service en fonction des contenus. La « position clé » des opérateurs misant parfois sur une situation de « péage » pour assurer leurs revenus notamment à travers leur box, ne doit ainsi pas devenir celle d'un acteur qui pourrait favoriser ou non tel ou tel service.

Que dirait-on, effectivement, si cette interview de Stéphane Richard sur une chaîne appartenant au groupe SFR/Altice, venait à ne pas pouvoir être lue dans de bonnes conditions par les clients d'Orange, à moins de payer un supplément ?


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