Bilan du Salon de la Recherche 2017 d'Orange : objets connectés, connectivité et vie privée

IN et non pas in !!! 35
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Crédits : SasinParaksa/iStock
Obj. Connectés

En plus de la 5G, Orange mise beaucoup sur son assistant numérique Djingo, la reconnaissance vocale/visuelle et le respect de la vie privée. L'opérateur veut également mettre en place un « Facebook pour les objets connectés » avec sa plateforme Thing'in. Voilà ce qui ressort du Salon de la Recherche 2017 d'Orange.

Le Salon de la Recherche d'Orange est un événement organisé chaque année depuis maintenant plus de 15 ans pour ses chercheurs et partenaires. Pour cette édition 2017, l'opérateur nous a proposé de venir sur place, l'occasion de nous présenter ses dernières innovations ainsi que les grandes lignes de son orientation stratégique.

Le but est de « se projeter ensemble dans des futurs à quelques années, en combinant tous les éléments qui font l'expérience du futur » nous explique Nicolas Demassieux, directeur d'Orange Labs Recherche, en guise d'introduction. Si les concepts sont parfois assez flous, il y a aussi des expériences concrètes. 

La recherche pour « bâtir de l'indépendance »

Cette année, trois plateformes de recherche sont à l'honneur : « Thing'in » pour le web des objets (déjà présenté l'année dernière, à ne pas confondre avec l'Internet des objets selon Orange), « Home'in » pour la maison connectée et enfin « Plug'in » pour tout ce qui touche à la connectivité. Le « in » est une triple référence pour Nicolas Demassieux : intégratif, interaction et intelligent.

De la 5G à la problématique de la voiture connectée/autonome en passant par l'intelligence artificielle, les enjeux sont nombreux. La recherche dans ces domaines est importante pour Orange afin de « bâtir de l'indépendance » vis-à-vis des géants du secteur. Voici un compte rendu de notre passage au Salon de la Recherche 2017 de l'opérateur.

Home'in : une maison connectée qui veut respecter votre vie privée, avec Djingo

Home'in pour maison intelligente ? Perdu, il s'agit de la prochaine évolution de la maison. Elle ne sera pas uniquement dotée d'une intelligence artificielle, mais sera aussi « sensible » à ses utilisateurs en proposant des fonctions pertinentes suivant les habitudes de chacun, tout en faisant preuve de « tact ». Cela implique donc qu'elle sera capable de reconnaitre une personne (nous y reviendrons plus en détail).

Orange tente ainsi de se projeter dans cinq ans afin d'anticiper les besoins et les problématiques d'une telle maison. Un des principaux points mis en avant est le respect de la vie privée, un sujet porteur dans le contexte actuel – notamment avec la mise en ligne des premières recommandations de la CNIL – et sur lequel Orange n'hésite donc pas à surfer.

Il faut dire qu'il est trop souvent laissé de côté par les assistants numériques vocaux actuels tels que Google Home ou Amazon Alexa pour ne citer qu'eux. L'opérateur présente ainsi une habitation bardée de capteurs de présence avec des haut-parleurs, des micros et un miroir équipé d'une caméra, le tout piloté par Djingo, l'assistant numérique d'Orange. Pour rappel, ce dernier est prévu pour début 2018. 

Djingo peut se taire lorsqu'il y a du monde autour de vous

Lorsqu'une personne arrive chez elle, elle est automatiquement reconnue et peut interagir avec Djingo, soit via son smartphone ou oralement ; rien de nouveau ici. L'assistant pourra alors lui répondra (via des enceintes ou sur son smartphone), en tenant compte de son profil personnel. Depuis plusieurs mois, Google Home et plus récemment Alexa peuvent pour rappel reconnaître différentes voix et adapter leurs réponses.

Les choses changent par contre lorsque plusieurs occupants sont dans la maison. Si une personne de plus est détectée par Djingo (via une caméra, un détecteur de présence, etc.), l'assistant numérique enclenche automatiquement un premier niveau de confidentialité : le son des enceintes est coupé.

Les informations ne sont alors plus affichées que sur des écrans devant lesquels se trouve l'utilisateur principal (miroir connecté, smartphone, télévision, etc.). Le deuxième niveau se met en place lorsque la seconde personne se place à proximité de la première : Djingo n'interagit alors plus que via le smartphone.

C'est de cette manière qu'Orange souhaite respecter l'intimité de chaque membre du foyer, en évitant de donner trop facilement des informations aux autres personnes, sans pour autant préjuger de leur caractère confidentiel. Dans tous les cas, l'assistant personnel sera « toujours sous la maîtrise des habitants et garde ses connaissances sur le foyer, au sein du foyer » affirme Orange.

IA : Orange montre ses muscles, « on gagne des concours face à Google »

Puisque Djingo doit reconnaitre la personne s'adressant à lui, Orange en profite pour afficher ses compétences dans la reconnaissance de visages. Une démonstration était ainsi proposée : un logiciel maison identifiait les personnes dans le champ de vision d'une simple webcam et essayait de deviner leur âge et sexe (avec des résultats flatteurs, justes ou inquiétants suivant les cas).

Par exemple, un enfant ne souhaitera certainement pas accéder au même catalogue de films qu'un adulte. Par la suite, l'assistant numérique essayera aussi d'apprécier l'humeur : « une personne en colère ne souhaite pas le même traitement de ses réclamations qu'une personne de bonne humeur ».

Une autre démonstration, individuelle cette fois-ci, baptisée IA Morphing était organisée, et nous y avons participé. Via une webcam Logitech du commerce, le logiciel prend une unique photo de notre tête, en extrapole une version modélisée en 3D. Il propose ensuite des rendus nous vieillissant, rajeunissant ou transformant en femme (oui, il parait qu'il y a un air de ressemblance avec ma mère...). Le résultat de l'expérience est disponible par ici.

Il ne s'agit pas d'un concurrent à RealSense d'Intel car tous les traitements sont purement logiciels. « Sur l'infrarouge on fait d'autres choses, mais on n'en a pas parlé encore, on en parlera l'année prochaine » pour des usages dans la maison. Toujours dans l'espoir de préserver la vie privée, et aussi de s'adapter au nombre grandissant d'utilisateurs ne souhaitant pas de caméras chez eux, Orange travaille sur des « technologies comme l'ultrason et l'infrarouge qui sont déjà plus acceptées », notamment pour de la détection de mouvement ou d'intrusion. Nous n'aurons pas plus de détails.

Le groupe ne sait pas encore s'il utilisera sa technologie maison pour les détections de visage, mais nous explique que ses travaux lui permettent de « jouer d'égal à égal » avec ses partenaires. Cette maitrise technologie est importante pour la société, car elle lui permet de « bâtir de l'indépendance » face aux géants du Net. Dans tous les cas, Nicolas Demassieux est particulièrement fier de ses équipes : « on gagne des concours face à Google » lâche-t-il à plusieurs reprises durant la visite du salon. 

Avec My Web Pictures, Orange compte sur Internet pour construire votre profil

Afin de construire le profil d'un utilisateur, Orange ne compte pas s'arrêter là. Avec My Web Pictures, il ira chercher l'information où elle se trouve : sur Internet et les réseaux sociaux en particulier. L'application exploitera les données publiques qu'elle pourra récupérer afin de déterminer la personnalité d'un utilisateur, sa réputation, ses centres d'intérêt, ses modes de vie, etc.

Dans son discours, l'entreprise met ainsi en avant le respect de la vie privée d'un côté, mais exploite aussi la moindre information disponible afin de profiler au maximum les utilisateurs, deux positions qu'il ne sera pas forcément évident de tenir dans la pratique.

Ce profil sera ensuite utilisé pour des recommandations personnalisées. My Web Picture pourra également avertir les utilisateurs d'une fuite de données personnelles les concernant ou les aider à « contrôler leur "réputation" sur Internet ». Un service réalisé en partenariat avec l'université d'économie de Poznań en Pologne.

Orange compte utiliser son intelligence artificielle dans bien d'autres secteurs. Avec My Wi-Fi Planner par exemple, vous obtiendrez « une cartographie précise et dynamique du débit Wi-Fi » dans votre domicile. Il faut saisir le plan à la main, positionner la Livebox et ajouter des répéteurs Wi-Fi si besoin, le logiciel se charge du reste et d'optimiser votre installation si besoin.

Voix, images : Orange mise sur le traitement local des données 

Nous profitons de notre passage au Salon de la Recherche d'Orange pour questionner quelques ingénieurs sur le traitement des données par Djingo. Pour le moment, il se fait principalement en ligne, à la manière d'un Google Home ou d'une Alexa par exemple. Mais le but à terme est de proposer un traitement local, sans aucune remonté de données sur Internet ou les serveurs d'Orange. Faute de mieux, il faut pour le moment croire la société sur parole.

Orange présentait également une application de tri de photos s'exécutant sur une petite machine du genre d'un Raspberry Pi : Home Cloud (exploitant IA Morphing). L'intelligence artificielle était capable d'ajouter des informations sur le contexte (diner, sport, etc.) des images et d'identifier des visages. Sur le principe, ce n'est d'ailleurs pas sans rappeler l'application Moments de Synology avec le DSM 6.2 (voir cette actualité). « C'est Google Photos à la maison » lâche même une des personnes présentes au salon.

Les ingénieurs d'Orange nous expliquent que l'idée est d'entrainer une intelligence artificielle sur de gros serveurs, avant de la transférer sur les machines de faible puissance (et qui consomment peu) de la maison où elle effectuera alors ses opérations localement. Ce n'est pas forcément pour tout de suite, mais c'est une orientation que souhaite prendre la société nous affirment à plusieurs reprises les employés.

Actuellement, c'est souvent du tout ou rien : on accepte de transmettre nos données ou bien on ne profite pas du tout du service. Orange privilégie une solution intermédiaire : « Tout ce qu'on est en train de faire, on essaye de le placer soit dans des plateformes distantes, soit en forme dégradée ou optimisée sur des plateformes locales ». L'idée c'est de laisser le choix à l'utilisateur, par exemple avec un petit curseur à déplacer d'un côté où de l'autre.

Lorsque nous demandons aux ingénieurs en charge du projet s'ils pensent ajouter ce genre de service dans les Livebox ou le proposer à des partenaires pour qu'ils l'intègrent dans des produits comme un NAS, la réponse était courte, mais vague : « on en reparle dans un an ».

Ce traitement local permettra à Orange de se démarquer de ses concurrents comme Amazon et Google récupérant à tour de bras des données personnelles. Contrairement à ces derniers, l'opérateur ne devrait pas baser son business model dessus (c'est en tout cas la volonté affichée) et met au contraire le respect de la vie privée en avant dans les différentes démonstrations auxquelles nous avons pu assister. Il faut dire que cette problématique, de plus en plus bruyante dans les médias, sera la porte ou le mur sur la route de ces produits.

On imagine donc mal Orange prétendre le contraire, tant les enjeux sont importants. S'il est difficile de gagner la confiance des utilisateurs, il est extrêmement facile de la perdre au premier écart. Avec Orange, comme les autres, nous attendons maintenant la concrétisation de ces promesses et nous seront attentifs à la mise sur le marché des produits concernés.

Dans tous les cas, l'entreprise tient un double discours : d'un côté le respect de la vie privée, quand de l'autre elle exploite la moindre information disponible sur Internet (avec My Web Pictures) pour profiler au maximum les utilisateurs. Ces deux positions risquent de se télescoper un jour ou l'autre.

Plateforme Thing'in : un index ouvert afin de mettre en relation des objets connectés

Passons de la maison aux objets avec Thing'in. Pour définir cette plateforme, le directeur du centre de recherche tente une métaphore : « essayons de faire avec les objets, ce que Facebook à fait avec les êtres humains », c'est-à-dire mettre en place « un index numérique des objets et de leurs relations ». Le but étant de les suivre pendant toute leur vie, de leur conception à leur utilisation et recyclage.

Aujourd'hui, les objets connectés dépendent trop souvent de l'application de leur fabricant, même si une ouverture est parfois proposée (mais souvent assez limitée). Sur les pas d'un IFTTT ou de HomeKit, Orange veut centraliser toutes les caractéristiques techniques des objets connectés (au niveau local ou mondial) : emplacement, code d'accès, possibilités techniques, durée de vie, etc. La base de données se veut la plus exhaustive possible.

Le but est de « référencer les propriétés des objets et les liens entre objets, mais aussi et surtout, de mettre en relation les propriétaires et les utilisateurs. Chacun pourra ainsi demander l’accès à des objets connectés, ou aux données qu’ils génèrent afin de les mobiliser pour différents cas d’usage ».

Sur place, une démonstration était proposée avec un système d'alarme pour les incendies dans un local comprenant plusieurs salles de réunion. Un capteur détecte l'incendie, une caméra scrute alors les personnes présentes afin d'ouvrir ou fermer les ouvertures, tandis que les écrans de contrôle à côté des portes se transforment en balisage pour les secours afin qu'ils arrivent le plus rapidement possible à destination. C'est ainsi qu'Orange imagine le « web des objets », avec des liens entre eux, à la manière des pages web.

Autre cas d'usage : une ville pourrait exploiter Thing'in pour allumer certaines ampoules sur le trottoir afin de baliser un chemin. Bien évidemment, tout le monde n'aura pas accès à ses ampoules connectées, seulement les services autorisés (par exemple la police, les pompiers, les compagnies de bus, etc.). C'est d'ailleurs sur ce point que Thing'in veut se démarquer d'un IFTTT.

On ne peut néanmoins pas s'empêcher de voir cette plateforme Thing'in comme une énième tentative d'uniformiser un secteur qui est parti dans tous les sens depuis plusieurs années. La situation est d'ailleurs parfaitement résumée par ce dessin de xkcd. Qu'en sera-t-il avec Thing'in ? Réponse dans les prochaines années. 

Thing'in veut également indexer des objets qui ne sont pas connectés

La plateforme compte également proposer des « connexions » avec des objets basiques. Par exemple, il sera possible de récupérer et indexer des informations sur une chaise ou une table (emplacement, utilisation, état, etc.) grâce à une caméra l'observant. L'objet pourrait ensuite interagir avec d'autres si besoin.

Interrogé par nos soins sur le modèle économique de Thing'in, l'opérateur nous répond qu'il ne serait pas encore définitivement arrêté : il ne s'agit pour le moment que d'une démonstration technique. Orange nous affirme tout de même qu'il a déjà plusieurs idées en tête et que la monétisation ne sera pas un problème.

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Avant l'incendie, une fois l'alarme donnée

Plug'in : de la connectivité partout, tout le temps, en partie grâce à la virtualisation

Enfin, troisième et dernière grande plateforme d'Orange Labs Recherche, Plug'in. « Bientôt, la connectivité ambiante deviendra presque aussi nécessaire à l’activité humaine que l’air que nous respirons » prédit Orange. « Le jour où les barrettes qui nous disent si j'ai ou non du signal auront disparu des smartphones, cela voudra dire que j'ai toujours du bon signal, j'ai toujours 1 Gb/s rêvons un peu, et je n'ai donc plus besoin qu'on me l'indique » explique le directeur d'Orange Labs Recherche. Ce n'est évidemment pas pour tout de suite, peut-être « même pas à l'horizon 5G, mais on va dans cette direction-là » ajoute-t-il.

Pour Orange, la 5G sera omnisciente : « grâce à un réseau de neurones et à la gestion cognitive, il sera possible de prédire des événements à grande échelle, spontanés et imprévus, en comblant des données du réseau et des données de réseaux sociaux ». Pour arriver à ce résultat, l'opérateur utilise une technologie qu'il déploie depuis plusieurs mois déjà et que nous avions déjà largement évoquée dans cette actualité : la virtualisation des réseaux.

L'opérateur dispose pour rappel de plusieurs réseaux mobiles (en plus du fixe) : 2G, 3G, 4G, (prochainement 5G), LoRa et LTE-M. La plateforme Plug'in se veut ouverte aux les partenaires et propose un environnement de développement logiciel (bac à sable) afin de tester les technologies 5G, ainsi qu'un « espace d’expérimentations in vivo, prototype de centre de pilotage des réseaux : le cockpit », nous n'aurons par contre pas plus de détails sur ce dernier.


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