Toshiba signe la vente de sa branche mémoire, Western Digital précise ses menaces

Salty tears, best tears 25
Accès libre
image dediée
Société
Kevin Hottot

Toshiba a apporté la dernière signature aux documents attestant de la vente de sa filiale de fabrication de puces mémoire au consortium Pangea, l'occasion de voir plus en détail le montage retenu. Pendant ce temps, Western Digital continue de montrer les crocs. 

N'en déplaise à Western Digital, qui n'a cessé de contester la transaction, la branche mémoire de Toshiba connait son nouveau propriétaire, et espère que l'affaire sera définitivement conclue d'ici quelques mois, même si Western Digital entend bien perturber le processus.

Le conglomérat nippon a signé cette nuit les papiers nécessaires à la vente, tout en dévoilant plus en détail comment l'opération a été montée... avec quelques surprises à la clé.

Des investisseurs à moitié bienvenus

Les 2 000 milliards de yens injectés par Pangea proviennent d'horizons variés, selon la répartition suivante :

Toshiba Rachat Investisseurs

Le principal investisseur de Pangea n'est autre que SK Hynix, un concurrent de Toshiba Memory Corporation (TMC) sur la fabrication de puces NAND. Malgré l'importance de sa mise (395 milliards de yens, soit 3 milliards d'euros) l'entreprise n'aura pas accès à l'ensemble des données « sensibles » de TMC, ce afin de ne pas lui offrir d'avantage concurrentiel. De plus, SK Hynix ne pourra disposer de plus de 15 % des droits de vote au sein de Pangea ou de TMC pour une période de 10 ans.

Les investisseurs américains, à savoir Apple, Dell Kingston et Seagate, ne peuvent quant à eux acquérir aucune action ordinaire ni droit de vote, ce malgré leur mise de 415,5 milliards de yens (3,1 milliards d'euros), dont 1,25 milliard de dollars amené par Seagate.

Une mesure drastique qui mène à se demander quels avantages ces entreprises peuvent tirer d'un tel échange. L'une des pistes à envisager serait celle de conditions d'approvisionnement privilégiées pour les puces NAND, dont la disponibilité devient de plus en plus tendue au fil des mois.

Toshiba : tout bénef

Du côté de Toshiba, l'opération est plus que fructueuse. En réinjectant 350,5 milliards de yens (2,6 milliards d'euros) dans l'entreprise, aux côtés de Hoya Corporation qui ajoute 27 milliards de yens (200 millions d'euros), les deux groupes japonais obtiennent plus de la moitié du capital et des droits de vote de Pangea. 

Les 812 milliards de yens manquants pour arriver à 2 000 milliards sont quant à eux apportés à hauteur de 212 milliards de yens (1,6 milliard d'euros) par le fonds Bain Capital, qui croque une bonne fraction des parts du consortium au passage, et par un emprunt de 600 milliards de yens (4,5 milliards d'euros).

Selon Toshiba, l'opération devrait être finalisée d'ici mars 2018. Bain Capital de son côté estime que TMC devra être introduit en bourse d'ici 2020, mais que la fenêtre de tir pourrait changer drastiquement en fonction des conditions du marché et des résultats de l'entreprise. En clair, aucune décision n'est encore clairement prise à ce stade.

Western Digital ne lâche rien

Cette date de 2018 n'est envisageable que si les différends opposant Toshiba à Western Digital sont rapidement résolus. Or, les deux entreprises sont encore très loin d'avoir trouvé un terrain d'entente, et leurs échanges par communiqués de presse interposés sont plutôt corrosifs.

Dans un document publié le 26 septembre, le fabricant de disques durs refait le point sur les trois procédures d'arbitrage lancées devant la Chambre de commerce internationale (ICC).

La première lancée en mai dernier doit déterminer si Toshiba avait la possibilité de vendre ses co-entreprises fondées avec SanDisk sans obtenir le consentement explicite de ce dernier. Western Digital, propriétaire de SanDisk affirme que ce n'est pas le cas, tandis que Toshiba estime que WD surinterprète ses droits. 

La seconde remonte au mois de juillet. Cette fois-ci WD reproche à son ex partenaire d'avoir bloqué à ses employés l'accès à des bases de données et à des réseaux que les deux entreprises emploient dans le cadre de leurs co-entreprises. Toshiba fait valoir de son côté que « WD a obtenu improprement des secrets commerciaux de Toshiba et de TMC, en transférant des employés de SanDisk chez WD qui avaient accès à des informations confidentielles » et réclame 1,1 milliard de dollars de dommages pour concurrence déloyale

La dernière a été amorcée la semaine dernière et concerne de récents investissements de Toshiba dans une usine de NAND, liée à une co-entreprise avec Western Digital. Le fabricant nippon avait décidé en août dernier d'investir unilatéralement près de 1,5 milliard d'euros pour moderniser une usine, mais sans fournir la moindre capacité de production à son partenaire.

Le fabricant de disques durs se considère comme contractuellement prioritaire pour tout investissement dans une co-entreprise, ce que Toshiba nie farouchement : « Nous sommes consternés par l'exagération que fait Western Digital des droits de SanDisk. Malgré ses revendications du contraire, Western Digital ne possède aucun "droit" légal de participer à cette phase d'investissement ».

On s'était dit rendez-vous dans 2 ans

Pourquoi Western Digital rappelle toutes ces procédures ? Tout simplement parce que leur agenda ne va pas seulement s'étaler sur quelques mois, mais sur au moins 2 ans pour chacune d'elles. Certes, dès début 2018 SanDisk pourrait déjà réclamer des dommages partiels à Toshiba, mais la procédure ne s'arrêterait pas là. Les deux parties devront rendre leur argumentaire au tribunal arbitral, qui l'étudiera ensuite, une phase particulièrement longue dont la durée se mesure en semestres. Et cela sans même parler d'éventuelles procédures en appel. 

En clair, le fabricant de disques durs rappelle à son ex partenaire qu'il devra quoi qu'il arrive trouver un accord avec lui avant de pouvoir sceller définitivement la vente de TMC, et il n'a visiblement pas l'intention de faire preuve de tendresse pendant les négociations à venir. 

« Il est plus que jamais temps pour Toshiba de suivre la bonne voie, une voie qui promet la clarté et la certitude. Pour l'instant, Toshiba a choisi de suivre un chemin qui met en péril nos 17 ans de partenariats et nos nombreux investissements dans nos co-entreprises. Sans oublier qu'il augmente substantiellement les risques pour les actionnaires de Toshiba et l'entreprise elle-même », conclut Western Digital, qui à défaut d'obtenir gain de cause, pourrait se reconvertir dans l'extraction de sel.


chargement
Chargement des commentaires...