Toshiba vend sa branche mémoire pour 18 Md$, Western Digital perd patience

Seagate doit jubiler 10
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Crédits : Sergey Ryzhov/iStock
Société
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le vendredi 22 septembre 2017 à 14:17
Kevin Hottot

Le repreneur de Toshiba Memory est connu... ou presque. Le groupe japonais a annoncé son choix cette semaine, mais Western Digital entend bien protester jusqu'au bout. Le fabricant de disques durs a en effet décidé de porter l'affaire devant la Chambre de commerce internationale.

C'est enfin signé. Toshiba a décidé de céder sa division mémoire à un consortium nommé Pangea, mené par le fonds Bain Capital, soutenu par Apple, Dell, Kingston, Seagate (le principal concurrent de Western Digital) et le fabricant de puces coréen SK Hynix. 

Le montant de la transaction s'élève à 2 000 milliards de yens, soit environ 18 milliards de dollars, une somme largement suffisante pour combler le gouffre béant laissé par les activités du groupe japonais dans le nucléaire civil. Par-dessus cette enveloppe, Toshiba s'engage à injecter 350 milliards de yens (3,1 milliards de dollars) dans le capital de Pangea afin « d'assurer la stabilité du transfert des activités ». Enfin, deux investisseurs soutenus par l'État japonais pourront entrer au capital du consortium à une date ultérieure. 

Avec cette conclusion, il y a deux grands perdants. Le premier n'est autre que Foxconn, avec une offre qui selon les sources du Financial Times est « restée compétitive jusqu'au bout du processus ». L'assembleur de l'iPhone se voyait bien intégrer un fabricant de puces mémoire afin d'assurer son approvisionnement à un moment où la production peine à répondre à la demande. Le second s'appelle évidemment Western Digital, dont les avances ont été repoussées malgré le soutien du fonds KKR. 

Western Digital en a gros

Le fabricant de disques durs ne semble toujours pas enclin à se laisser faire. Le nœud du problème réside toujours dans le fait que les parts des coentreprises fondées par SanDisk et Toshiba ne peuvent, selon WD, n'être cédées que si les deux parties sont d'accord.

Or, SanDisk appartient à Western Digital et ce dernier oppose son véto à la sortie de Toshiba. « Il est troublant que Toshiba poursuive cette transaction sans le consentement de SanDisk étant donné que le langage dans les accords de coentreprise sont sans ambiguïté, et que des tribunaux ont prononcé plusieurs verdicts en faveur de la protection des droits contractuels de SanDisk. Par ailleurs, Toshiba a également reconnu et validé les droits de consentement de SanDisk à de multiples occasions », s'émeut ainsi le géant américain.

En attendant de prendre une décision sur les suites judiciaires à donner à la vente de Toshiba Memory, WD a décidé d'en remettre une couche sur un différend ultérieur. L'affaire concerne les récents investissements de Toshiba dans l'usine « Fab 6 », codétenue par SanDisk. Alors que Toshiba se dit « consterné par l'exagération que fait Western Digital des droits de SanDisk », le fabricant de disques durs veut porter l'affaire devant la Chambre de commerce internationale (ICC).

Toshiba de son côté prend acte de cette nouvelle assignation tout en affirmant ne pas avoir reçu copie des documents lui permettant de la commenter. L'entreprise se dit toutefois « déçue par le lancement d'une nouvelle procédure à un moment où il est important que tout le monde collabore ». 

Que reste-t-il de Toshiba ?

Une question subsiste toutefois : quelle forme prendra Toshiba dans les prochaines années ? Jusqu'ici, l'entreprise était portée par deux secteurs : le nucléaire et la fabrication de mémoire. Le premier a pris du plomb dans l'aile avec les déroutes de Westinghouse et de S&W, qui ont forcé Toshiba à enregistrer 5,9 milliards d'euros de dévaluations d'actifs sur l'exercice 2016 (terminé en mars 2017).

Le second générait une grande partie du bénéfice opérationnel de l'entreprise, avec 6,9 milliards d'euros de revenus pour 900 millions de profit sur le dernier exercice. À titre de comparaison sur l'exercice 2015, Toshiba avait généré dans son ensemble 43 milliards d'euros de chiffre d'affaires, pour 5,3 milliards d'euros de pertes opérationnelles. 

En dehors de ces activités qui visaient une clientèle internationale, le reste des branches de Toshiba sont principalement tournées vers le Japon et dans des domaines où la croissance n'est pas spécialement au rendez-vous. L'avenir passe donc certainement par une longue restructuration afin de trouver de nouvelles voies avec de meilleures perspectives de croissance.

Avec les 18 milliards de dollars collectés grâce à la vente de la branche mémoire pourraient en partie servir à investir dans des secteurs pleins de promesses. Mais il reste à voir si cette stratégie portera ses fruits, les dernières acquisitions de Toshiba, notamment celle de S&W ayant été plutôt malheureuse.


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