Contre le piratage, l'union d'Amazon, Netflix et de dizaines de géants de l'audiovisuel

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Justice
Guénaël Pépin

Une trentaine de groupes audiovisuels, ainsi que des plateformes de distribution, viennent de fonder l'Alliance for Creativity and Entertainment (ACE). Le but : regrouper leurs ressources pour lutter contre le piratage, maintenant que l'offre légale est jugée suffisante. Une pression supplémentaire doit notamment être appliquée sur les acteurs du Net.

La lutte contre la piraterie audiovisuelle doit s'intensifier. Hier, une trentaine de sociétés de productions et de plateformes ont annoncé l'Alliance for Creativity and Entertainment (ACE), avec le but explicite de mettre en commun leurs ressources juridiques pour lutter plus efficacement contre la diffusion illicite de leurs contenus.

En fait, ce sont même les mastodontes du secteur qui se lancent à l'attaque : AMC, BBC, Canal+, CBS, Disney, HBO, MGM, Sony Pictures ou encore Warner Bros. Ils sont accompagnés d'Amazon et Netflix, les mastodontes américains de la vidéo à la demande. Pour leurs actions, tout ce beau monde doit s'appuyer sur les compétences de la Motion Picture Association of America (MPAA), le bras armé de l'industrie.

L'idée est simple : maintenant que l'offre légale est jugée satisfaisante, il est temps de porter plus loin la lutte contre le piratage, qui ne serait plus justifié en rien. « Il y a désormais plus de 480 services en ligne disponibles pour regarder films et programmes audiovisuels légalement, à la demande » se félicite le nouveau lobby. Sachant que nombre de services de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) s'écharpent sur l'acquisition des droits des contenus, contrairement aux services de musique aux catalogues presque identiques.

Des accords et des avocats

L'an dernier, le groupe estime que 5,4 milliards de téléchargements de contenus audiovisuels ont eu lieu, contre 21,4 milliards de visites sur les sites de streaming pirates. Des statistiques mondiales difficiles à vérifier, mais qui doivent montrer à quel point la consommation illégale constitue encore une « menace » pour les créateurs. Pire, « un tiers » de ces sites distribueraient des malwares. Il y a donc urgence.

« ACE mènera des recherches, travaillera étroitement avec les forces de l'ordre pour éliminer les entreprises pirates, lancer des procédures judiciaires, forger des coopérations avec les organisations nationales de protection des contenus et poursuivre les accords volontaires avec les parties responsables de l'écosystème Internet » détaille l'alliance dans son communiqué. Tout un programme.

Le lobby a donc pour charge de lutter contre le piratage, notamment en accentuant la pression sur les acteurs du Net, à l'image de Google. Il reste à voir si les ayants droit auront réellement la main plus lourde qu'ils ne l'ont déjà, la MPAA ayant par exemple demandé le déréférencement de son propre site en 2015... pour cause de piratage. Dans tous les cas, le poids des requêtes devrait encore s'alourdir pour les hébergeurs.

Pas de développement de l'offre légale

À l'inverse, cette large coalition n'est pas censée mener d'actions pour développer l'offre légale en elle-même. Les nouveaux modèles continueront donc de se décider ayant droit par ayant droit, service par service.

Ce système a ses avantages mais aussi ses problèmes, comme le sort réservé à Vodkaster, qui misait sur la lecture à distance de DVD (et la revente entre utilisateurs). Un modèle qui n'a pas plu aux ayants droit, qui voulaient le diriger vers la « conversion » de copies physiques en équivalents numériques. Ce modèle était déjà préparé par Chill, un service d'abord mis en avant par Orange puis lâché discrètement par l'opérateur, avant qu'il n'ait pu intégrer la Livebox.

Pourtant, la lutte contre le piratage passe bien par l'offre légale. C'est la discussion que nous avons déjà eue sur un marché de niche, celui de la japanimation. Wakanim, appartenant désormais à une filiale de Sony, multiplie les actions en justice contre les sites diffusant illégalement ses contenus. C'est la contrepartie d'une offre légale complète, affirme l'entreprise, qui a contribué au développement du marché français.

Une problématique proche de la musique

Les acteurs de la musique se battent aussi contre le piratage, même si le streaming porte désormais la croissance du marché. Leur cible : principalement les plateformes en ligne, qui constitueraient une concurrence injuste pour les services d'écoute à la Deezer ou Spotify. La cible principale s'appelle YouTube, sur lequel les labels postent souvent leurs morceaux, mais qui bénéficierait encore à plein du piratage, via sa publicité.

C'est l'accusation portée par les organisations du secteur, notamment la fédération mondiale des maisons de disque (l'IFPI). La plateforme est encore jugée dans sa détection des contenus illicites envoyés par les internautes. À cela, le géant de Mountain View répondait que l'industrie a bien plus besoin de YouTube que YouTube n'a besoin d'elle.

Le débat est d'ailleurs législatif en Europe, en pleine révision du cadre du droit d'auteur. Des dizaines d'associations ont demandé de modifier un article du futur texte, demandant aux hébergeurs de surveiller ce qu'envoient les utilisateurs, pour empêcher la mise en ligne de contenus protégés. Une « censure privée », jugent ces organisations. Le débat doit encore être tranché dans les prochains mois.


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