Accord AMD/Tesla : un exemple de la trop courante déformation de l'information

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le vendredi 22 septembre 2017 à 10:03
David Legrand

« AMD et Tesla s'allient » Voilà ce que l'on pouvait lire ces derniers jours suite à la mise en ligne d'un article chez CNBC évoquant les puces maisons du géant de la voiture électrique. Mais il ne faut pas croire tout ce que l'on peut lire sur internet (ou ailleurs). En voici un bon exemple.

Ces dernières années, les constructeurs automobiles se sont trouvés de nouveaux alliés dans les concepteurs de puces, d'Intel à NVIDIA, en passant par Qualcomm, entre autres. Chaque trimestre, au moins l'un d'entre eux annonce un nouveau partenariat dans le cadre du marché de la voiture autonome ou, plus proche de nous, de la voiture connectée.

AMD : « stay focus »

Chacun se bat pour négocier les plus gros partenariats et prendre le plus de place possible dans le domaine « des véhicules du futur » comme on dit dans le monde de « l'information digitale ». Mais en général, on note un absent : AMD.

Interrogée sur le sujet par nos soins lors de notre rencontre en juin dernier, Lisa Su nous expliquait que l'un des points importants de la nouvelle stratégie de sa société était de rester concentré sur ses marchés de prédilection. Une façon de faire plutôt payante pour le moment. La voiture autonome ? Pourquoi pas... mais plus tard, donc.

AMD + Tesla, une belle histoire d'amour médiatique

Hier, à la surprise générale, des dizaines d'articles ont été mis en ligne, annonçant un partenariat entre AMD et Tesla sur ce marché. Autant dire qu'il s'agit là d'un accord majeur, surtout pour le père des Radeon qui produit surtout ses propres CPU et GPU, en plus de concevoir des puces spécifiques pour les fabricants de console. Preuve en est, plusieurs médias évoquaient une montée en bourse d'AMD, alors qu'un NVIDIA serait à la peine face à une telle annonce.

Par contre de quel type de puce s'agit-il ? Car dans la gamme des produits d'AMD, rien ne correspond réellement à un tel besoin si ce n'est les Radeon Instinct. Celles-ci se basant sur l'architecture des RX Vega, connues pour leur gourmandise énergétique, on a bien du mal à les imaginer dans des voitures où la dépense de chaque Wh compte...

Mais comme souvent dans ce genre de cas, le diable est dans les détails et il vaut mieux remonter avant d'apporter du crédit à des articles de presse qui s'apparentent, dans de tels cas, à une mauvaise interprétation du « téléphone arabe ». Car à la source de tous ces articles, il y a CNBC. 

Articles Tesla

CNBC évoque la propriété intellectuelle d'AMD et son « environnement »

Dans un article daté de mercredi, on peut lire en titre que « Tesla travaille avec AMD pour développer sa propre puce d'IA pour voiture autonome, selon une source ». Le résumé précise que l'objectif est de réduire la dépendance à NVIDIA du constructeur, et qu'une cinquantaine d'employés travaillent sur le projet, dont Jim Keller.

Pour rappel, c'est cet homme qui est (en partie) derrière la fameuse architecture des Athlon 64 / Opteron 64 (K8) d'AMD. Parti en 1999 de la société, Il y était revenu en 2012 pour l'aider à repenser ses projets dans le domaine des CPU, après un passage chez Apple où il a travaillé sur les architectures A4/A5. Il a été recruté par Tesla début 2016.

Mais dans le détail de l'article de CNBC (car oui, il y a du texte sous les titres), les choses sont moins précises. On apprend ainsi que le constructeur automobile « a reçu les exemplaires de la première implémentation de son processeur et est en train de le tester [...] Mais Tesla n'est pas complètement seul sur le développement de cette puce, selon notre source, il va le construire en se basant sur la propriété intellectuelle d'AMD ».

L'article mentionne ensuite Global Foundries qui fabriquerait les puces pour Tesla, là aussi pour rattacher l'information à AMD (la société étant née de la cession de ses usines il y a près de dix ans), mais sans lien direct. Tout juste peut-on conclure que Tesla est allé piocher dans les anciens employés de la société, ses anciennes usines et sa propriété intellectuelle pour concevoir un produit.

AMD, GlobalFoundries et Tesla ont bien entendu refusé de commenter l'information. Dans une mise à jour placée en fin d'article, on apprend que « Le PDG de GlobalFoundries, Sanjay Jha, a mentionné Tesla comme un exemple de société travaillant avec les fabricants de puces, mais n'a pas spécialement mentionné qu'elle était un client de GlobalFoundries ».

Regarder les cours à plus de deux jours

Reste un autre point intéressant à analyser. Celui du cours boursier d'AMD et de NVIDIA. Si l'on regarde sur les deux derniers jours, ce qui correspond au temps qui nous sépare de cette information, on peut voir les courbes suivantes :

Analyse Bourse AMD Tesla NVIDIAAnalyse Bourse AMD Tesla NVIDIA
Le cours boursier d'AMD (gauche) et NVIDIA (droite) sur 48 heures

Comme on peut le voir, il y a un beau décrochage, même si pour AMD les choses se sont un peu tassées depuis. Le temps, sans doute, que les investisseurs prennent le temps d'aller un peu plus loin que les titres des articles de presse. Mais au final, le cours d'AMD qui était aux alentours de 13 dollars s'est stabilisé à la hausse à 13,35 dollars, celui de NVIDIA qui était aux alentours de 186 dollars est actuellement à 180,55 dollars.

Regardons maintenant ces deux mêmes courbes, mais avec un recul d'une année. Cela permettra de mettre un peu mieux en perspective ces hausses et ces baisses, et surtout de voir l'ampleur des dégâts sur le long terme :

Analyse Bourse AMD Tesla NVIDIAAnalyse Bourse AMD Tesla NVIDIA
Le cours boursier d'AMD (gauche) et NVIDIA (droite) sur un an

Et là, c'est une autre histoire. Certes AMD a vécu une petite hausse ces derniers jours, mais son origine remonte plutôt au 14 septembre dernier. Dans tous les cas, la valeur actuelle du cours est inférieure à celle de fin juillet (avant le lancement des Radeon RX Vega) et à sa pointe de février (avant le lancement de Ryzen) à 15,20 dollars. Le cours a néanmoins été multiplié par plus de deux en un an, montrant que la société a tenu ses promesses de renouveau.

Chez NVIDIA, la chute de ces derniers jours suit elle aussi une pointe dont l'origine remonte au 14 septembre. Le cours de l'action était alors de 169,4 dollars, après un été stabilisé autour de cette valeur. Au plus haut, il est monté à 187,55 dollars, le 18 septembre dernier. En un an, le cours a été multiplié par près de trois, en partant de 65,02 dollars le 22 septembre 2016.


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