Trois pistes pour en finir avec le « solutionnisme technologique »

Plus on creuse, moins on comprend...
Droit 4 min
Trois pistes pour en finir avec le « solutionnisme technologique »
Crédits : xijian/iStock

Alors que personne ne comprend comment fonctionnera la surveillance algorithmique des URL, la députée Paula Forteza formule trois propositions pour une meilleure utilisation des nouvelles technologies par les pouvoirs publics. Objectif : pallier les problèmes posés par le « solutionnisme technologique ».

« À chaque fois qu’une nouvelle technologie fait son apparition dans le débat public, elle est présentée comme une "solution miracle" » déplore la députée dans une note publiée par la Fondation Jean Jaurès. Elle y évoque notamment l’usage extensif de drones, présenté comme « la solution idoine pour traquer les délinquants et régler les problèmes d’insécurité du quotidien ». Ou TousAntiCovid, que d'aucuns, tant du côté de ses promoteurs que détracteurs, présentaient comme devant « nous permettre de contenir rapidement et efficacement la pandémie ».

Ce qui n'est pas tout à fait exact, comme nous l'avions alors rapporté : Inria avait ainsi repoussé sans hésiter l'idée d’un sésame qui viendrait terrasser Covid-19 : « Aucune équipe travaillant sur ces sujets n’oublie que le « proximity tracing » n’est qu’une composante d’un ensemble plus vaste de mesures, dans le cadre d’une approche pilotée par une politique de santé. Je ne connais personne qui croie au solutionnisme technologique en la matière ». 

Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique Covid-19, avait lui aussi précisé que « l'outil numérique n'est qu'un des éléments, et qu'il ne faut pas tomber dans une vision que l'innovation va nous sauver et qu'avec les tests diagnostics et le numérique tout va être dans le meilleur des mondes, parce que la réponse est non ».

Reste que si la députée ne mentionne pas explicitement Evgeny Morozov, sa note fait clairement référence à la notion de « solutionnisme technologique » qu'il avait formulée en 2013, selon laquelle « ce qui pose problème n’est pas les solutions proposées, mais plutôt la définition même de la question : le solutionniste possède un marteau (le Web, Internet, de puissants ordinateurs…) et tout ressemble à un clou. »

Évoquant le débat à venir sur l'élargissement du périmètre des algorithmes aux « adresses complètes de ressources utilisées sur Internet » dans le cadre du projet de loi consacré au renseignement, Paula Forteza relève ainsi qu'« une nouvelle fois, la question de l’utilisation des nouvelles technologies par les pouvoirs publics est mise au débat », mais aussi et surtout qu'« une nouvelle fois, nous avançons à l’aveugle ».

Pour elle, « l’inflation législative liée aux technologies à risque [TousAntiCovid, Big Brother Bercy, algorithmes de surveillance…, ndlr] de ces dernières années » est « d’autant plus préoccupante qu’elle a lieu à la va-vite : sans évaluations ni études d’impact sérieuses, sans cadre de réflexion, sans véritable débat démocratique ».

Trois niveaux d’analyse des technologies

Elle propose dès lors une méthode d’analyse « sur au moins trois niveaux » :

  • niveau technique : cette technologie est-elle efficace ?
  • niveau juridique : cette technologie fait-elle l’objet de garde-fous suffisants et de mécanismes de contrôle effectifs ?
  • niveau éthique : cette technologie est-elle socialement acceptable ?

Évoquant l’application TousAntiCovid et les algorithmes de surveillance, la députée avance par exemple que « l’efficacité est la première question que se posent les experts techniques lorsqu’ils développent une nouvelle solution ».

Or, début novembre, au pic de la seconde vague, l’application ne permettait de notifier que 0,55 % des cas contacts, comme le soulignait l’expert des données Christian Quest. Le Monde a depuis constaté de son côté que « l’utilité des applications de traçage des cas contacts est impossible à mesurer ».

Les trois algorithmes développés depuis la loi Renseignement de 2015 ont, pour leur part, permis de générer 1 739 alertes en 2020, entraînant autant de levées d’anonymat de personnes ayant ainsi été identifiées pour des « comportements suspects » à partir de l'analyse algorithmique de leurs méta-données téléphoniques. 

Si l’efficacité réelle de TousAntiCovid est impossible à mesurer avec certitude (on ne peut pas dire ce qu’il se serait passé sans l’application), le cas des algorithmes est différent : le taux de faux positif est très certainement connu par les autorités (combien de levées d’anonymat pour rien ?) mais il n’a pas été dévoilé publiquement. 

Le nouveau projet de loi Renseignement ne vise pas moins à étendre les algorithmes aux URL ou, plus précisément, aux « adresses complètes de ressources utilisées sur internet » (pour reprendre la formulation ésotérique du gouvernement, voir nos analyses juridique et technique de cette disposition).

Surveillance des URL : 25 ETP, 20 M€ d'achats, 4 M€ de frais annuels

Pour me contacter de façon sécurisée (voire anonyme), c'est par là.

Vous n'avez pas encore de notification

Page d'accueil
Options d'affichage
Abonné
Actualités
Abonné
Des thèmes sont disponibles :
Thème de baseThème de baseThème sombreThème sombreThème yinyang clairThème yinyang clairThème yinyang sombreThème yinyang sombreThème orange mécanique clairThème orange mécanique clairThème orange mécanique sombreThème orange mécanique sombreThème rose clairThème rose clairThème rose sombreThème rose sombre

Vous n'êtes pas encore INpactien ?

Inscrivez-vous !