Un an de révélations d'Edward Snowden : « Il reste beaucoup à faire »

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Securité
Vincent Hermann

Il y a un an, jour pour jour, Edward Snowden déclenchait une série de scandales grâce à des documents internes dérobés à la NSA, relayés dans des articles de presse. L’occasion de retracer les grandes lignes de ces révélations et, pour le lanceur d’alertes, de rappeler qu’il reste « beaucoup à faire ».

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Il y a tout juste un an, les premiers scandales : Verizon et Prism

Le 6 juin 2013, un article publié dans le journal The Guardian montrait comment la NSA et l’opérateur de téléphonie Verizon coopéraient. On apprenait ainsi comment l’agence américaine de sécurité récupérait directement des montagnes de métadonnées, utilisées notamment pour suivre l’activité téléphonique de ses cibles. Premier scandale outre-Atlantique car la collecte est massive : les données sont collectées d’abord puis triées ensuite.

Le même jour, un article du Washington Post braque le faisceau des projecteurs sur un programme dont le nom va devenir connu de tous : Prism. Les documents proviennent à chaque fois d'Edward Snowden, un ancien prestataire technique de la NSA.  Dans le cas de Prism, ils montrent notamment comment l'agence se sert auprès des grandes entreprises du Web et du cloud. Microsoft, Apple, Google, Facebook, Yahoo ou encore LinkedIn sont alors pointés du doigt pour ces rapports troubles.

Vie privée et droit américain 

Les révélations sur Prism permettent également de sensibiliser le public à plusieurs sujets. Le premier est d’ordre juridique car le monde découvre des lois américaines qui font toute la différence. C’est particulièrement le cas de la Section 702 de la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), qui autorise expressément les agences de sécurité à manipuler les données des utilisateurs à deux conditions : qu’ils soient résidents d’un pays étranger et que ces données soient stockées sur des serveurs situés physiquement sur le sol des États-Unis. On comprend alors tout l’intérêt de la NSA pour les grandes entreprises du cloud et leurs solutions centralisées.

L’autre grand thème est la vie privée et la manière dont elle se retrouve piétinée dès lors qu’elle fait face à la lutte contre le terrorisme. C’est cette dernière qui sera invoquée à de multiples reprises par les responsables du renseignement devant un Congrès américain qui demande toujours plus de précisions. Des responsables qui finiront par confirmer officiellement aussi bien l’existence du programme Prism que le fait que les grandes entreprises en étaient parfaitement informées. Et ce, alors même que toute leur communication allait dans le sens contraire.

Un fleuve de révélations continues 

Depuis un an, les révélations se sont enchainées à un rythme soutenu et sont allées bien au-delà de Prism. On a ainsi appris que la NSA travaillait littéralement à faire d’Internet un réseau géant de surveillance, exploitant les failles qu’elle avait pour mission pourtant de signaler, créant des portes dérobées, sapant une partie du travail réalisé sur certains protocoles de sécurité, espionnant directement les communications de 122 chefs d’État ou encore aspirant l’intégralité des communications téléphones des Bahamas et de l’Afghanistan.

Snowden est devenu entre temps une vaste source de débats, des politiques et de grands patrons en faisant un traitre (notamment Bill Gates), d’autres un héros. Sa seule présence potentielle à bord de l’avion du président bolivien Evo Morales, qui rentrait de Russie (où Snowden bénéficie aujourd'hui d’un asile politique), provoquera l’interdiction par la France et le Portugal de pénétrer leur espace aérien. Il ne s'agit d'ailleurs pas du seul ricochet diplomatique lié aux informations dévoilées par la presse.

Disparition de la présomption d'innocence 

Aujourd’hui, un an après ces révélations massives, l’initiative Reset the Net veut mobiliser les internautes aussi bien que les développeurs sur les problématiques de sécurité et de respect de la vie privée. Edward Snowden s’est d’ailleurs exprimé officiellement sur le sujet, mais le lanceur d'alerte a de nouveau communiqué à l’occasion de cet anniversaire, envoyant un message à l’ACLU (American Civil Liberties Union) pour faire son propre bilan de l’année écoulée.

Il aborde ainsi la technologie, qu’il estime être une « force libératrice pour nos vies » parce qu’elle permet « de partager les expériences qui font de nous des êtres humains, sans effort ». Mais « en secret », le gouvernement américain a transformé « quelque chose de beau » en « un outil de surveillance de masse et d'oppression ». Le bilan de cette surveillance est sombre : « Le gouvernement peut savoir immédiatement qui vous appelez, avec qui vous vous associez, ce que vous lisez, ce que vous achetez, où vous vous connectez ou déconnectez, et ils le font pour chacun d’entre nous, tout le temps ».

Il relève l’implication évidente d’une telle surveillance : la négation du principe de présomption d’innocence. « Aujourd’hui, nos enregistrements les plus intimes sont récupérés sans distinction et en secret », sans la base du moindre soupçon. « Quand ces capacités tombent entre de mauvaises mains, elles peuvent détruire ces mêmes libertés que la technologie devrait nourrir, et non tuer » insiste ainsi le lanceur d’alerte.

« Il reste beaucoup à faire » 

Il rappelle encore une fois que ce sont ces raisons qui l’ont poussé à prendre les fameux documents et à les envoyer à la presse. Et aujourd’hui ? « Je me sens empli d’humilité par nos succès collectifs jusqu’ici. Quand le Guardian et le Washington Post ont commencé à rapporter les plans de la NSA pour faire de la vie privée un concept du passé, je craignais que les risques que j'avais pris pour rendre publiques ces informations ne rencontrent que l’indifférence. Un an après, je sais que ces peurs étaient sans fondement ».

Mais ces « succès collectifs » sont loin d’être suffisants pour Snowden : « Il est temps maintenant de poursuivre l’élan vers une sérieuse réforme afin que le débat ne meure pas prématurément ». Il ne peut pas y avoir de victoire avant qu’une réforme législative musèle la NSA et replace le gouvernement « dans son rôle constitutionnel ». Il en appelle à toutes les bonnes volontés et au grand public pour apprendre à se protéger lui-même et à mettre en place les outils nécessaires à un meilleur respect de la vie privée. Un appel qui fait directement écho à l’initiative Reset the Net.

Snowden résume finalement la situation : « Nous avons parcouru une longue route, mais il reste beaucoup à faire »


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