Comète 2I/Borisov : détection d'un second objet interstellaire, si étranger et familier à la fois

Quelle belle chevelure 24
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Crédits : NASA
Espace
Sébastien Gavois

En Crimée, un astronome amateur a détecté une comète interstellaire. Baptisée 2I/Borisov, elle fascine les scientifiques qui l'étudient de près et vont pouvoir continuer pendant un an. La NASA (via Hubble) vient de publier le « meilleur cliché » actuel de cet objet qui pourrait nous permettre d'en apprendre plus sur l'Univers.

Et de deux ! Après Oumuamua fin 2017, des scientifiques ont détecté un nouvel objet interstellaire venant nous rendre une petite visite. Si des divergences existent dans le classement d'Oumuamua – comète ou astéroïde – ce n'est pas le cas de 2I/Borisov qui est sans aucun doute une comète, avec une importante activité de surcroît. Du pain bénit pour les scientifiques.

Détecté fin août, baptisée le 24 septembre

Elle a été découverte fin août 2019 par l'ukrainien Gennady Borisov, qui a très vite alerté la communauté scientifique. Les confirmations sont rapidement arrivées et l'objet céleste C/2019 Q4 a été baptisé 2I/Borisov par le Centre des Planètes Mineures le 24 septembre. La lettre « I » sert à désigner les objets interstellaires, tandis que le chiffre permet de tenir le compte. 2I/Borisov suit donc 1I/Oumuamua, mais en étant bien différent sur de nombreux points.

La découverte est importante puisque, comme l'explique la NASA, « toutes les comètes répertoriées jusqu'à présent provenaient soit d'un anneau de débris glacés à la périphérie de notre Système solaire, la ceinture de Kuiper, soit de l'hypothétique nuage d'Oort, une réserve de comètes se trouvant à une année-lumière du Soleil ».

Alors que les premières observations et analyses arrivent, l'agence spatiale américaine vient de publier une photo de 2I/Borisov prise le 12 octobre par le satellite Hubble. La comète est encore trop loin (environ 420 millions de kilomètres tout de même) pour qu'on observe son noyau, mais sa traînée est bien visible. 

Une comète interstellaire qui ressemble à « nos » comètes

« Alors qu'Oumuamua a semblé être un rocher, Borisov est vraiment active, comme le serait une comète normale », affirme David Jewitt, responsable de l'équipe Hubble qui a observé la comète. Sa vitesse est gigantesque, même si tout le monde ne semble pas d'accord sur le chiffre exact : 41 km/s selon Francis Rocard, responsable des programmes d'exploration du Système solaire au CNES, 49 km/s selon la NASA, etc. Dans tous les cas, l'ordre de grandeur reste toujours le même et c'est le plus important : cela signifie qu'elle ne vient pas de notre Système solaire. 

La comète « voyage si rapidement qu'elle se moque presque que notre Soleil soit là », indique David Jewitt. Mais cette information permet surtout de déduire l'excentricité orbitale de la comète – « le critère numéro un pour savoir si l'objet est lié au Soleil » précise Francis Rocard au micro de France Culture – et ainsi en conclure qu'elle ne vient effectivement pas de notre Système solaire. 

Pour autant, « sur la base de ces caractéristiques initiales, et en mettant de côté son orbite hyperbolique, 2I/Borisov semble impossible à distinguer des comètes natives du Système solaire », expliquent des scientifiques dans une publication sur Nature Astronomy.

Même son de cloche au MIT avec les premiers résultats des poussières et gaz dégagés par la comète : « Une des choses les plus étranges à propos de 2I/Borisov, c’est à quel point tout semble banal. Sa seule caractéristique notable à ce jour est qu’elle provient de l’extérieur du système solaire ». Le MIT tente une extrapolation : « Borisov est un signe qu'il n'y a peut-être pas beaucoup de différences entre les systèmes stellaires de la galaxie, et qu'ils possèdent dans l'ensemble les mêmes schémas de construction ». D'autres comètes interstellaires seront nécessaires pour renforcer cette hypothèse. 

Un phénomène rarissime à observer

« Si cet objet est interstellaire, on peut penser qu'il n'a jamais pris le chaud, qu'il n'est jamais passé près d'une étoile et on est donc face à une première activité. Or la première activité d'une comète c'est quelque chose qu'on ne voit à peu près jamais, c'est rarissime », se réjouit le responsable des programmes d'exploration du Système solaire.

« Ce sont évidemment les molécules les plus volatiles qui vont s'extraire dans la coma [chevelure, ndlr] les premières » et observer cette première activité est une chance unique, que l'on n'a pas sur les comètes qui sont déjà passées plusieurs fois à proximité du Soleil. 

Francis Rocard continue : « C'est très important, car les comètes sont constituées d'un tiers de glace, essentiellement de l'eau mais pas seulement, d'un tiers de  matière organique réfractaire et d'un tiers de roche de type silicate. Si elles ont un tiers de glace, c'est qu'elles n'ont jamais chauffé et donc qu'elles sont pratiquement inchangées depuis leur formation il y a 4,5 milliards d'années ».

Elle passera à 2 unités astronomiques du Soleil début décembre

La comète passera au plus près du Soleil le 7 décembre et elle sera alors à deux fois la distance entre la Terre et notre étoile (environ 300 millions de km). Après, elle « retournera dans l’espace interstellaire où elle dérivera pendant des millions d’années avant de rencontrer un autre système stellaire », précise Francis Rocard. 

L'Agence spatiale américaine prévoit de continuer les observations avec le télescope Hubble jusqu'en janvier 2020 au moins. 2I/Borisov restera visible par les plus gros télescopes jusqu'en octobre 2020 ; une période largement plus longue que pour Oumuamua.

2I/Borisov pourrait venir de l'étoile binaire Kruger 60 qui se trouve à plus de 13 années-lumière, c'est du moins l'hypothèse formulée par des chercheurs polonais. Selon leur étude, la comète serait passée à « une petite distance » de 1,74 parsec (plus de 5 années-lumière tout de même) de Kruger 60 avec une faible vitesse de 3,43 km/s (à comparer aux plus de 40 km/s actuels), ce qui en ferait une source « plausible ». Des analyses plus poussées permettront certainement d'affiner le résultat.

Selon certains scientifiques, ces deux objets interstellaires ne sont qu'une toute petite partie de ceux qui nous entourent. En reprenant une étude (sans préciser laquelle), la NASA affirme en effet qu'il y aurait « des milliers d'intrus dans le système solaire à chaque instant, mais que la plupart sont trop petits pour être détectés par les télescopes actuels ».

Comètes vs astéroïdes, les explications du CNES

Pour le responsable du CNES, les comètes sont les objets « les plus primitifs du système solaire, en général plus encore que les astéroïdes ». Et si vous vous demandez quelles sont les différences entre une comète et un astéroïde, le CNES a la réponse :

« Les comètes sont de très petits corps qui se sont formés à grande distance du soleil. Du fait de perturbations gravitationnelles, certaines d'entre elles se rapprochent du soleil où la chaleur reçue les fait alors dégazer et les rend ainsi visibles.

Les astéroïdes sont des petits corps inertes du système solaire, orbitant essentiellement entre l'orbite de la Terre et celle de Jupiter. Certains sont suspectés d'être d'anciennes comètes ayant entièrement dégazé. »


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