Le revenu des opérateurs recule encore, plus d'un exaoctet sur le mobile en trois mois

En route vers le zettaoctet ! 12
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Sébastien Gavois

Au quatrième trimestre 2018, les revenus des services fixes ont baissé de 3,2 %, alors que les portabilités étaient en chute libre avec - 26,5 % en un an. Sur la partie mobile, les revenus sont quasiment stables, contrairement aux usages qui continuent d'augmenter. Sur trois mois, l'exaoctet de données a ainsi été dépassé.

L'Arcep a mis en ligne son observatoire des marchés des communications électroniques pour le quatrième trimestre de l'année 2018. Il concerne aussi bien le fixe que le mobile et permet donc d'avoir une vision d'ensemble du marché, aussi bien côté opérateurs que clients. 

Avec 9,144 milliards d'euros HT, le revenu global des acteurs recule pour le deuxième trimestre consécutif après une première moitié d'année quasiment stable. Il était pour rappel de 9,381 milliards HT au quatrième trimestre 2017, soit une baisse de 2,5 %.

Le fixe représente toujours la part la plus importante avec 4,205 milliards d'euros (-3,2 %), suivi par le mobile avec 3,303 milliards (-0,1%), les revenus annexes (1,390 milliard) et les services à valeur ajoutée (246 millions).

Arcep observatoire T4 2018 fixe

Passons maintenant au détail des chiffres et des consommations sur le fixe, puis le mobile.

Plus de 29 millions de lignes fixes, le câble recule

Sur le fixe, pas de surprise : la même rengaine revient trimestre après trimestre. « Depuis plus de deux ans, la croissance annuelle du très haut débit provient très majoritairement de celle des accès en fibre optique de bout en bout (+1,5 million au quatrième trimestre 2018) », détaille le régulateur.

Au 31 décembre, il y avait 29,097 millions d'abonnements haut débit, dont 8,964 millions en très haut débit (au moins 30 Mb/s). 2,879 millions proposent un débit entre 30 et 100 Mb/s (VDSL, câble, 4G fixe et THD radio), tandis que les 6,085 millions restant dépassent 100 Mb/s. Dans ce dernier cas, 4,799 millions exploitent de la fibre optique, contre 1,286 million le câble ; un chiffre « en léger recul pour le deuxième trimestre consécutif ».

Le nombre d'abonnements couplés avec la TV augmente de 2,7 % sur un an pour arriver à 20,678 millions. Mais une grande disparité existe entre les deux principales technologies (fibre et xDSL) : « Si le nombre d’abonnements à la télévision souscrits conjointement à un abonnement FTTH, câble ou satellite, ne cesse de progresser (+1,1 million en un an au quatrième trimestre 2018), parallèlement, celui des abonnements fournis à l’utilisateur sur réseaux DSL recule depuis près d’un an (-500 000 en un an) ».

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Les demandes de portabilité en hausse

Lors d'un changement de fournisseur d'accès à Internet, vous avez la possibilité d'utiliser la portabilité du numéro, exactement comme sur le mobile. Au quatrième trimestre 2018, 700 000 clients en ont d'ailleurs profité, soit 6,7 % de plus que fin 2017 (660 000). Sur un an, l'augmentation est de 3 %, malgré « le recul observé aux deuxième et troisième trimestres 2018 ». Ces baisses en milieu d'années ont donc largement été compensées par la multiplication des promotions, toujours nombreuses en fin d'année. 

Nous en avons l'habitude : les minutes consommées depuis les lignes fixes sont régulièrement en baisse au fil du temps (contrairement au mobile, nous y reviendrons). De 16,219 milliards au quatrième trimestre 2017, elles passent à 14,354 milliards fin 2017, soit 11,5 % de moins.

Le trafic RTC perd 16 % (3,073 milliards de minutes), tandis que les appels depuis les box limitent la casse avec 10,2 % de moins (11,281 milliards). Avec 21,5 % de moins, « les communications à destination de l’international baissent plus fortement que celles à destination des réseaux mobiles ou des réseaux fixes nationaux », qui sont respectivement à -8,6 et  -11,1 %. 

Les promotions entrainent une baisse des revenus 

Au total, les revenus des services sur les lignes fixes ont rapporté 4,205 milliards d'euros aux FAI, dont la grande majorité revient aux abonnements haut et très haut débit avec quasiment 3 milliards d'euros. Par rapport au quatrième trimestre 2017, la baisse est de 3,2 % : « un recul qui n’avait pas été enregistré durant les cinq dernières années », note le régulateur.

« Cette diminution est en partie attribuable à un ralentissement du rythme de croissance des abonnements Internet entamé il y a déjà plusieurs années, mais également liée aux promotions tarifaires réalisées par les opérateurs dans un contexte fortement concurrentiel », explique l'Arcep.

La facture moyenne du haut débit fixe passe sous les 33 euros

Les consommations moyennes par client sont des indicateurs intéressants pour suivre l'évolution du marché et des offres dans leur globalité. Au quatrième trimestre 2018, la facture mensuelle moyenne (ARPU) était de 31,8 euros, contre 33,1 euros un an auparavant. Elle prend en compte les accès à Internet et les offres de téléphonie fixe uniquement (RTC).

Sur le haut débit, la facture moyenne mensuelle est de 32,9 euros HT, contre 34,4 euros un an auparavant, soit une baisse de 4,5 %. C'est la première fois depuis au moins 2012 qu'elle passe sous les 33 euros.

Arcep observatoire T4 2018 fixe

75,6 millions de SIM, 20 millions couplées à des services fixes

Passons maintenant aux forfaits mobiles. 75,597 millions de cartes SIM étaient en service au 31 décembre 2018, soit 1,3 % de mieux sur un an. Comme toujours, les forfaits grimpent (+3,4 %) quand le prépayé chute (-11,4 %). Mais le quatrième trimestre 2018 était particulier avec un fort ralentissement de la croissance.

« En raison notamment d’une croissance trimestrielle particulièrement réduite au quatrième trimestre 2018 (+120 000 cartes, la plus faible enregistrée lors d’un quatrième trimestre), l’accroissement annuel du nombre de cartes est limité : +1,0 million contre une progression de +1,5 million en moyenne depuis deux ans », explique le gendarme des télécoms.

Sur les cartes dédiées à Internet (PCMCIA, clés 3G/4G... mais pas 4G Box comptabilisées comme un accès fixe), la bascule du prépayé vers les forfaits continue. Sur un an, 127 000 supplémentaires ont été repérés, tandis que 185 000 cartes prépayées disparaissaient. Le bilan est donc négatif sur 12 mois, avec 57 000 de moins.

Le nombre de SIM couplées à un ou plusieurs services fixes est par contre en augmentation avec 2,3 % sur un an. Au 31 décembre, 20,136 millions de cartes étaient ainsi liées à des services fixes. Il peut s'agir d'offres quad play ou bien d'une remise si avez plusieurs abonnements chez le même opérateur.

La portabilité en chute libre avec une baisse de 26,5 %

Si la portabilité a bien augmenté sur le fixe, elle est en chute libre sur le mobile : -26,5 % en un an ! « Après avoir connu un niveau historiquement élevé (supérieur à deux millions) au cours des quatre trimestres précédents est en net recul au quatrième trimestre 2018 » avec seulement 1,831 million de demandes. Il faut remonter au quatrième trimestre 2014 (1,695 millions de demandes de portabilité) pour avoir un score inférieur.

L'Arcep ne donne aucune explication, mais la mutation des promotions sur le mobile n'y est certainement pas étrangère. Alors qu'il n'était pas rare de trouver des offres à moins de 5 euros par mois avec des dizaines de Go, les promotions se situent désormais aux alentours de 10 euros par mois. Les clients ayant ainsi pu profiter d'une remise « sans limite de durée » n'ont donc pas besoin de changer pour obtenir une offre plus intéressante.

Arcep observatoire T4 2018 mobile

Plus d'un exaoctet de data sur trois mois

Au quatrième trimestre 2018, l'exaoctet de données (soit un million de téraoctets) a été dépassé pour la première fois par l'ensemble des utilisateurs. Avec 46 % « seulement », la croissance au quatrième trimestre a par contre connu un net ralentissement « après des croissances à trois chiffres tout au long de l’année 2017 ».

Dans le détail, « les clients disposant d’un forfait, incluant le plus souvent un volume élevé de données, réalisent la
quasi-totalité du trafic (plus de 98 %) [...] Les clients actifs sur les réseaux 4G sont ainsi à l’origine de 91 % de l’ensemble du trafic (une proportion pratiquement stable depuis un an) », explique le gendarme des télécoms.

La moyenne des cartes SIM en circulation est de 5,0 Go de data par mois, contre 3,4 Go il y a un an, soit 44,1 % de plus.  Pour rappel, nous étions à moins de 1 Go au premier trimestre 2016. Si l'on ne prend en compte que les cartes SIM avec accès à Internet, la moyenne grimpe à 6,7 Go (4,9 Go il y a un an), contre 7,2 Go pour celles actives en 4G (5,8 Go en 2017).

La moyenne pour tous les forfaits est à 5,6 Go, contre 0,7 Go seulement de moyenne pour les cartes prépayés. 

Arcep observatoire T4 2018 mobile

Plus d'appels, mais moins de SMS depuis son mobile

Contrairement au fixe, les appels sont en augmentation avec 43,767 milliards de minutes (dont près de 42 milliards pour les seuls forfaits). Ce n'est pas une surprise puisque « le trafic mobile n’a pas cessé d’augmenter depuis le début de l’année
2012 et ce mouvement s’est poursuivi en 2018, sur un rythme annuel de 4,5 % au premier semestre et de +3,0 % au deuxième semestre ».

Après s'être à peu près stabilisé autour de 50 milliards de SMS émis par trimestre depuis fin 2014, la tendance est à la baisse depuis maintenant deux ans ; très certainement à cause de l'utilisation des messageries instantanées. De 44,329 milliards de SMS au quatrième trimestre 2017, on passe à 42,271 milliards un an plus tard, soit 4,4 % de moins. La petite hausse des MMS (1,305 milliard contre 1,264 milliard un an avant) ne suffit pas à combler ce déficit.

Peu de changement sur la moyenne des appels : 3h40 pour les forfaits, 1h13 pour les prépayées, contre 3h40 et 1h10 il y a un an. Sur les SMS la moyenne est à la baisse : de 208 messages en moyenne au quatrième trimestre 2017, nous sommes passés à 195. Là encore, les MMS se démarquent avec 50 en moyenne par carte SIM, soit un de plus que l'année dernière. 

Facture moyenne sur le mobile : 14,4 euros HT

Contrairement au fixe, la facture moyenne sur le mobile reste quasiment stable avec 14,4 euros HT (-1,8 %). Les forfaits sont à 15,7 euros HT, en baisse de 3,2 %, tandis que les cartes prépayées passent de 5,3 à 5,2 euros.

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20 000 To de données consommées en itinérance...

Depuis la mise en place de la fin des frais de roaming dans l'Union européenne – le 15 juin 2017– la consommation des utilisateurs à l'étranger a fortement augmenté. Entre le troisième trimestre 2017 et mi-2018, la croissance annuelle des appels et SMS grimpait de 30 à 50 % en fonction des trimestres, tandis que la consommation data était multipliée par trois ou quatre.

Sur le dernier semestre 2018, un net ralentissement est à noter avec « seulement » 5 % à 15 % de mieux sur les appels et SMS, conte 70 à 80 % pour la data. Au quatrième trimestre, ce sont ainsi 1,037 milliard de minutes, 436 millions de SMS et quasiment 20 000 To de données échangées depuis l'étranger par les clients d'opérateurs français. 

Sans aucune surprise, les troisièmes trimestres (incluant les deux mois d'été de juillet et août) explosent les compteurs. Pour comparaison, nous étions à respectivement 1,419 milliard de minutes, 894 millions de SMS et 33 293 To en 2018. 

14 500 To en roaming in

Enfin, dernier point abordé par l'Arcep : le roaming in. Il « correspond à la prise en charge par un opérateur mobile français de l’ensemble des communications (voix, SMS, données) émises et reçues en France par les clients des opérateurs mobiles étrangers ». Pour rappel, ces tarifs de gros sont plafonnés par l'Union européenne, avec une baisse progressive jusqu'au 1er janvier 2022.

Comme pour le roaming sortant, l'itinérance entrante continue d'augmenter, mais avec une tendance moins marquée qu'avant. De 40 à 50 % de plus pour les appels et 180 à 270 % pour les SMS, le dernier semestre 2018 se contente de 12 et 77,7 % respectivement. 

Dans le détail, 1,419 milliard de minutes sont passées par les réseaux des opérateurs français pour le compte d'opérateurs étrangers, pour 188 millions de SMS et 14 491 To. Il y a un an, il était respectivement question de 1,267 milliard, 197 millions et 8,156 To. 

Les revenus générés par le roaming in sont de 113 millions d'euros pour les opérateurs français, contre 102 millions il y a un an. Durant l'été 2018, ils étaient montés jusqu'à 157 millions. 

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