Contenus haineux : mise en cause par l'exécutif, Twitter France se défend

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Crédits : DKart/iStock
Justice
Marc Rees

Accusée d’être trop lent par l'exécutif dans l’identification des internautes et le retrait des contenus haineux, Twitter France conteste ces affirmations dans nos colonnes. Un bras de fer qui intervient à quelques encablures du dépôt de la proposition de loi contre les contenus haineux attendue en mai prochain. 

Hier soir au dîner du CRIF, Emmanuel Macron a vanté les efforts de Facebook, comme l’avait fait préalablement Mounir Mahjoubi dans une tribune sur Medium. 

En annonçant la future proposition de loi contre la haine, portée par Laetitia Avia (LREM), le chef de l’État s’est surtout attaqué à Twitter, réseau social accusé d’être trop lent. « Il y a aujourd’hui encore des plateformes comme Twitter, pour citer les mauvais exemples, qui attendent des semaines quand ce ne sont pas des mois pour donner les identifiants qui permettent d’aller lancer les procédures judiciaires contre ceux qui ont appelé à la haine, au meurtre, qui parfois prennent des jours, des semaines pour retirer des contenus ainsi identifiés ». 

Ce matin, sur France Info, le secrétaire d’État au numérique a lui aussi regretté que « le patron de Twitter est peut-être celui qui est le moins collaboratif ». 

Questionnée sur ces mises en cause, la directrice des affaires publiques de Twitter France conteste. « La sérénité de la conversation sur Twitter est la priorité numéro un de l'entreprise », réagit Audrey Herblin-Stoop. Elle rappelle qu’en 2018, « nous avons apporté plus de 70 modifications à nos produits, politiques et opérations ». De même, « nous avons renforcé nos politiques de sécurité et leur mise en application, et avons investi davantage dans la technologie afin d’assurer la sécurité de nos utilisateurs ». 

Des avancées difficiles, mais des progrès notables selon Twitter France

La plateforme admet que « les avancées en ce domaine sont difficiles », mais préfère souligner « des progrès notables [...] d’ores et déjà observés ».

Par exemple, « nous agissons sur dix fois plus de comptes abusifs qu'à la même époque l'année dernière. De plus, la dernière évaluation du code de bonne conduite européen contre les discours de haine illégaux en ligne note que Twitter a examiné les demandes de retrait de contenu en moins de 24 heures dans 88,3 % des cas ».

Dans ce document en date du 4 février 2019, si la Commission européenne demande toujours plus d’effort aux plateformes, elle note que Twitter réagit effectivement dans près de 90 % des cas en moins de 24 heures, et dans 7,3 % des cas sous 48 heures. Les contenus signalés sont retirés dans 43,5 % des hypothèses, ce qui est moindre que les autres acteurs (YouTube et Facebook).

Toutes plateformes confondues, les taux de traitement diffèrent considérablement selon le type de contenu. Les attaques (appels au meurtre, violence, etc.) visant une communauté sont retirés dans 84,5 % des situations, quand les diffamations le sont à hauteur de 58,5 %. Ces variations s’expliquent facilement, s’agissant de propos plus complexes à analyser puis à qualifier, sans évoquer les moyens à disposition de chaque structure. 

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Le protocole Cazeneuve et le Groupe de Contact Permanent

Audrey Herblin-Stoop veut surtout rappeler que « Twitter travaille activement à entretenir de solides relations avec les forces de l’ordre françaises, en particulier en ce qui concerne les contenus violant la loi française, et a mis en place un canal de signalement en ligne dédié aux contenus illicites français ». 

Deux exemples : « Twitter a été dès sa création investi dans la mise en place du protocole dit « Cazeneuve », et est un membre actif du Groupe de Contact Permanent piloté par le Ministère de l’Intérieur qui vise à faciliter la coopération entre les plateformes et les forces de l’ordre, dont les résultats ont été unanimement salués ».

Depuis le printemps 2015, ce « protocole Cazeneuve » réunit Apple, Microsoft, Google, Facebook et Twitter. Un groupe de contact permanent leur permet de se réunir tous les deux mois pour coopérer dans la lutte contre les contenus considérés comme illicites. Une base de données a été éditée. Elle met ainsi en commun les « hashs » (empreintes techniques) des contenus terroristes, afin que chaque plateforme puisse supprimer ces contenus le plus rapidement possible.


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