La Nuit du hack devient leHACK, pour rester indépendante

Les hackers disruptés 16
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Securité
Guénaël Pépin

L'association Hackerzvoice, qui a tenté de récupérer le nom de l'événement, s'est résolue à le renommer pour ne pas dépendre d'un grand groupe. L'occasion pour l'équipe de revoir le format de sa conférence annuelle, pour la rendre plus digeste.

Le 30 juin et le 1er juillet, la Cité des sciences accueillait plus de 2 000 personnes pour la Nuit du hack. L'évènement annuel rassemble autour de conférences et défis sur deux jours, principalement sur la nuit du samedi au dimanche. Avec cette 16e édition, il signe son changement de nom.

« On avait le choix entre garder ce nom en compromettant nos valeurs, et perdre ce nom en conservant nos valeurs. Le choix a été rapide mais difficile » a justifié Matthieu Bouthors, le président d'Hackerzvoice, sur scène le samedi après-midi. Derrière lui, une bonne part des membres de l'association, des plus anciens aux plus jeunes. Mais pourquoi ce changement ?

Ne plus dépendre de Sysdream

La marque Nuit du hack a été déposée par un des fondateurs de l'événement, Paolo « Crashfr » Pinto, décédé en 2011, via sa société de sécurité Sysdream. Pendant longtemps, elle a été un important soutien des organisateurs, avant la formation de l'association Hackerzvoice en 2013. « C'était à une époque où la moitié de la communauté Hackerzvoice travaillait pour Sysdream. La société et la communauté avaient des liens beaucoup plus forts » nous déclare Matthieu Bouthors.

L'association a depuis tenté de récupérer le nom, sans réussir à s'entendre avec l'entreprise sur les conditions. Fin juin, Sysdream a été rachetée par Hub One, du groupe ADP. Pour l'équipe de l'événement, il était donc temps de changer de nom.

« leHACK » serait venu simplement, pour sa consonnance frenchy et la possibilité de le décliner simplement, par exemple sur les défis organisés chaque année lors de l'événement, comme le wargame. Ce serait aussi une expression simple des valeurs de l'association : contribuer au hacking et le rendre accessible. « Cela nous permet d'avancer dans différentes directions sans trop de contraintes » résume Bouthors.

La présence des anciens, moins actifs aujourd'hui, lors de l'annonce est aussi une manière de pérenniser cette partie de la communauté, qui servirait toujours de guide.

L'occasion de quelques changements

Ce renommage serait aussi l'occasion de revoir l'organisation. L'an dernier, l'équipe nous déclarait être à la croisée des chemins, entre un événement gérable par l'équipe ou quelque chose de bien plus grand, qui demanderait un changement d'échelle. Cette année, les inscriptions ont dû être fermées avec près de deux mois d'avance, pour 2 300 à 2 500 personnes reçues.

Des membres ont aussi pris du recul, comme Guillaume Vassault-Houillère, qui a quitté la tête de l'association pour se concentrer sur sa société YesWeHack.

La taille est « un débat qu'il y aura forcément sur leHACK » pense Matthieu Bouthors. « D'un côté, il y a le principe de partager la connaissance avec le plus grand nombre. De l'autre, ça implique énormément de difficultés d'organisation, et demande de travailler sur des parties pas forcément fun mais nécessaires. »

L'équipe songe à mieux répartir les activités, pour limiter leur nombre en parallèle, qui serait un problème pour les visiteurs. Un étalement est aussi envisagé. Les contours de leHack devraient être plus nets vers la rentrée, en forme « petit reboot » de la Nuit du hack.

L’évènement – dont l’indépendance est martelée par les organisateurs – est également prisée de ministres et d'agences de l'État. Mounir Mahjoubi était présent pour la seconde fois cette année, quand l'ANSSI et l'armée viennent recruter (voir notre enquête), avec de bons résultats selon Mathieu Bouthors. L'association diversifie ses soutiens, de jeunes pousses à des acteurs institutionnels, qui sont appelés à rester.

Cette reconnaissance politique lui convient d'ailleurs. « Il est quand même intéressant d'avoir un ministre et des sponsors institutionnels auxquels expliquer et démystifier ce qu'est un hacker ou des problèmes sur la sécurité informatique, plutôt que de les ignorer et se plaindre de leur incompréhension » plaide son président.


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