Microsoft Developer Day : mode S et machine learning local pour Windows 10

Un peu de souplesse dans un monde de brutes 25
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Vincent Hermann

Microsoft tenait mercredi son Developer Day. Plusieurs annonces importantes ont été faites, très largement centrées sur Windows 10. Au programme, un mode S plus souple, du machine learning local ou encore les débuts de la branche de développement Redstone 5.

Le Developer Day est une conférence annuelle autour – la plupart du temps – des technologies de Windows. Avec la version 1803 du système en approche (qui pourrait bien s’appeler Spring Creators Update), les nouveautés côté développeurs sont nombreuses.

Microsoft avait notamment à cœur de leur faire comprendre qu’ils n’étaient pas forcés de sauter tout de suite sur UWP (Universal Windows Platform) pour profiter des nouveautés. L’éditeur veut simplifier la « modernisation » des applications, entendre par là modifier petit à petit les logiciels Win32 pour les entrainer vers une voie plus « vertueuse » – selon Microsoft.

Des WebView, des conteneurs et des cartes

À compter de la version 1803 de Windows 10, les développeurs auront donc plusieurs nouveaux outils à leur disposition. D’une part, toutes les applications Win32, WPF ou Windows Forms pourront exploiter les WebView d’Edge, donc faire interpréter le contenu web par une vue déportée du navigateur. On peut d’ailleurs se demander si Microsoft appliquera sa propre solution à Office, notamment dans Outlook.

Deux autres outils, MSIX et Adaptive Cards, sont finalisés et basculent en open source (respectivement licence Apache 2.0 et MIT). Le premier est une solution de mise en conteneur, dont les fonctionnalités sont héritées d’UWP mais pouvant s’appliquer aux applications Win32, WPF et Windows Forms également.

L’autre est une manière de présenter du contenu. Les débouchés vont des notifications aux activités de la Timeline, en passant par les bots de Skype et Teams. En somme, tout lot d’informations pouvant être réuni dans une carte, accompagné par une ou plusieurs fonctions.

À noter que ces ajouts ne sont pas réservés à ceux qui choisiront de basculer leurs applications Win32 dans le Store. Ce dernier permet déjà d’adapter l’ancien code en le reliant à des fonctions de Windows 10, notamment les vignettes dynamiques et le centre de notifications.

Microsoft assouplit donc sa ligne, tout en cherchant à séduire les développeurs avec des technologies plus récentes.

Windows 10 S disparaît au profit d’un mode S, plus souple

La mise à jour 1803, qui devrait être diffusée durant le Patch Tuesday du 10 avril, intègrera un important changement pour l’édition S de Windows 10. Rappelons que cette dernière se concentre sur le système et le seul Store pour installer des applications. Les logiciels Win32 ne peuvent être installés que s’ils proviennent de la boutique, payants ou pas.

Microsoft avait évoqué à son lancement de meilleures performances et une sécurité accrue, ce que nous avions relativisé. Mais bientôt, l’édition S en elle-même n’existera plus, du moins dans sa forme actuelle. À la place, Windows 10 aura un « mode S ». Que ce soit l’édition soit Familiale, Professionnelle ou même Enterprise, une machine pourra être commercialisée en mode S, l’utilisateur allant récupérer ses logiciels dans le Store.

La grande différence est la souplesse du mode : si l’utilisateur estime qu’il ne convient pas, il pourra le désactiver et donc passer à l’édition complète correspondante, sans rien payer. Un fonctionnement que Microsoft aurait dû adopter tout de suite, tant il est plus fluide dans son maniement.

Joe Belfiore, président de la division Windows, indique également dans son billet de blog que l’appellation « Windows 10 S » s’était révélée peu pratique pour une partie des clients. Comme l’édition RT avant elle, elle ne mettait pas assez en avant le caractère spécifique de son champ fonctionnel.

Du machine learning local dans Windows 10

La « prochaine mise à jour majeure de Windows 10 » - a priori la mouture 1803 donc – intégrera directement des capacités « d’intelligence artificielle ». Comprendre par là que la place sera dégagée pour l’exécution de modèles d’apprentissage automatique qui auraient été préentrainés. Ces fonctions sont réunies sous le nom WinML, pour Windows Machine Learning, disponible dans toutes les éditions de Windows 10, y compris IoT.

Une application créée pour Windows 10 (comprendre par là en UWP) pourra donc faire appel à l'ordinateur pour exécuter des modèles ML (Machine Learning) sans recourir au cloud. Cette solution n’est pas présentée comme universelle, mais seulement quand un tel traitement est pertinent.

L’éditeur présente plusieurs avantages à exécuter localement des modèles ML. D’abord, des résultats en temps réel et en latence faible. Après tout, la machine n’a plus besoin de communiquer via Internet. Ensuite, des économies pour les entreprises qui ne seront plus obligées d’effectuer la totalité des calculs dans le cloud. Elles s’occuperont toujours de la construction et du préentrainement du modèle sur ses serveurs, mais pas de son exécution finale.

Enfin, une certaine flexibilité dans la réponse aux attentes des utilisateurs, puisqu’un traitement pourra démarrer immédiatement selon certains paramètres et même si la connexion est coupée. Mais attention, il n’est pas dit que tout le monde puisse en profiter, en tout dans de bonnes conditions.

Windows est compatible avec ONNX, un « standard créé par Microsoft, Facebook et Amazon Web Services. AMD, Intel, NVIDIA et Qualcomm le supportent. Intel en profite d'ailleurs pour faire une petite communication sur les performances de ses solutions compatibles, notamment son VPU (Vision Processing Units) Myriad X, tout en se réjouissant bien sûr de l'arrivée de WinML. Quitte à l'introduire bientôt dans les cartes mères haut de gamme ? Qui sait.

L’éditeur de Redmond mentionne clairement des optimisations pour des CPU « modernes » et pour des GPU DirectX 12. On pourrait craindre la nécessité de machines puissantes, mais selon Microsoft, 80 % des machines Windows 10 actuelles ont un GPU suffisant.

Microsoft va d’ailleurs faire comme Apple avec son application Photos : ajouter une dose de machine learning local. Des opérations comme la reconnaissance faciale ou encore l’identification des éléments d’une vidéo se feront directement sur la machine, et non sur des serveurs distants. Questions de puissance mises à part, Microsoft s’évitera les inévitables interrogations de vie privée liées à ce type de fonction, contrairement à Google.

Les développeurs peuvent déjà en profiter, mais il leur faudra pour ça la dernière révision du SDK Windows (build 17110, pour les versions Insider du système) ainsi que la préversion 15.7 de Visual Studio.

Notez enfin que Microsoft a ouvert en France, juste avant le Developer Day, une première école consacrée à l’intelligence artificielle. Une ouverture en partenariat avec des entreprises, des écoles, le Pôle Emploi et l’État. Le programme s’établit sur sept mois au Campus Microsoft (à Issy-les-Moulineaux) et aborde des thèmes comme la préparation et le traitement des données, les API cognitives, le développement de l’IA ou encore les interfaces.

La première promotion embarque 24 élèves âgés de 19 à 39 ans.

Windows Mixed Reality : nombreuses nouveautés dans la mise à jour 1803

Les actuels membres du programme Insider ayant reçu la récente build 17115 peuvent tester de nouvelles fonctionnalités Mixed Reality, si bien sûr ils sont équipés du matériel adéquat.

Tout d’abord, un nouvel environnement de « jeu ». Après Cliff House, une maison suspendue en bord de falaise, voici Skyloft et sa grande vue dégagée sur la ville. Comme pour la première maison, on pourra s’y déplacer et interagir avec l’environnement.

On note également plusieurs améliorations pour les jeux SteamVR. Par exemple, l’ajout d’un retour haptique aux contrôleurs de mouvement, une demande forte selon Microsoft. Les performances des jeux sont également censées être bien meilleures, notamment grâce à une consommation de mémoire vive revue largement à la baisse.

Autre ajout bienvenu, la possibilité de capturer des photos de ce que l’on voit dans le casque. La manipulation se fait par le maintien du bouton Windows tout en effectuant un coup de gâchette. Les captures peuvent être faites dans n’importe quelle application, ou en visionnant du contenu multimédia. Seule frontière, le flux ne doit pas être protégé par des DRM. On s’en serait douté.

Outre les habituelles corrections de bugs, on note divers ajouts çà et là, comme des renseignements plus précis sur les éventuels problèmes de compatibilité avec les contrôleurs USB 3.0 ou les GPU. Un nouveau paramètre « performances optimales » fait également son apparition dans les réglages.

Windows 10 : la deuxième préversion de la branche Redstone 5 réactive les Sets

Rien de tout de ça n’empêche l’entreprise de préparer la prochaine évolution du système. Mi-février, Microsoft publiait la première préversion de la branche Redstone 5, celle menant à la future version 1809, donc prévue pour être finalisée en septembre. Rappelons en effet que Windows 10 repose désormais sur un rythme semestriel, avec une mise à jour majeure à chaque printemps et automne.

Numérotée 17604, elle n’apportait rien de neuf dans l’absolu. Elle initiait simplement la nouvelle branche, reprenant les nouveautés de la build 17101 de la branche RS4, dans une sorte de « fork ».

La nouvelle build 17618 généralise cependant les Sets. Il s'agit de fenêtres à onglets pour regrouper au sein d’un même espace toutes les activités liées à un projet particulier. Par exemple, un document Word accompagné de pages web et d’un onglet OneNote pour y retrouver ce que l’on avait noté rapidement.

La version des Sets présente dans la build 17618 est plus évoluée que la précédente. Elle prend en charge les applications Win32, entrainant notamment la compatibilité avec l’Explorateur, le Bloc-Notes, l’Invité de commande ou encore PowerShell.

Et oui, comme on peut s’en douter, il devient du coup possible d’obtenir un Explorateur à plusieurs onglets, une demande récurrente selon Microsoft.

windows 10 rs5 sets

L’ensemble se veut aussi plus pratique, puisque la page Nouvel onglet d’un Set dispose d’un champ de recherche prenant en compte les applications. On peut donc chercher le nom d’un logiciel et l’ouvrir dans l’onglet actif. Les onglets affichent aussi désormais des icônes pour représenter soit les applications, soit les favicons des sites.

En outre, la restauration des projets a été améliorée, la fenêtre proposant de rouvrir les documents et applications liés. La fonction Timeline, actuellement dans la branche RS4 de développement, affiche d’ailleurs les tâches liées au projet et peut donc les restaurer.

Notez que la fonction a encore une bonne marge d’amélioration, mais puisque l’on parle d’une version de Windows qui ne sera pas finalisée avant au moins six mois, il reste du temps. Par exemple, les onglets ne peuvent pas encore être réorganisés. En outre, ouvrir un lien devant être pris en charge par une application Win32 présent dans un Set ouvre une nouvelle fenêtre. Un comportement qui sera corrigé plus tard.

La build 17618 corrige également bon nombre de bugs, mais reste loin de sa version finale. On peut y accéder en se rendant dans les paramètres Insider de Windows 10 et en choisissant le réglage « Skip ahead to the next Windows release ». Nous ne recommandons pas son installation sur une machine de production.

Notez que dans la foulée, Microsoft a également publié une 17115 pour la branche RS4. Outre les corrections de bugs (on approche de la version 1803 finale), sa seule nouveauté est un panneau remanié pour les réglages de vie privée au premier démarrage du système, comme nous l’expliquions dans LeBrief.

Une future mise à jour très riche en nouveautés

La version 1803 de Windows 10 s'annonce comme particulièrement conséquente. Les nouveautés référencées au fur et à mesure des builds du programme Insider ont montré de très nombreux ajouts, certains majeurs, à l'instar de la Timeline.

Celle qui s'annonce comme la « Spring Creators Update » sera très clairement la plus grosse évolution du système depuis sa sortie. Même si, comme d'habitude, tout le monde ne se retrouvera pas dans les ajouts proposés.

On note cependant un autre courant, plus souterrain celui-là. Microsoft semble consciente du fossé séparant toujours les développeurs Win32 de ceux qui ont franchi le pas d'UWP. L'écart fonctionnel entre les deux environnements est encore énorme, mais s'est réduit avec le temps. UWP obéit à des règles plus strictes, notamment sur l'accès aux ressources et la sécurité, et Win32 fait toujours office d'espace de liberté en comparaison.

L'entreprise jette donc un nombre croissant de ponts entre les deux environnements, pour faciliter les éventuelles transitions, et pourquoi pas une éventuelle entrée dans le Store, qui ne réclame presque pas de modification du code. Le développeur peut ensuite ajouter des notifications, une vignette dynamique, une compatibilité avec les Activités de la Timeline, utiliser les WebView d'Edge... jusqu'à ce que la transition soit éventuellement plus complète.

Le défi du parc applicatif Windows est de toute façon le même depuis bien longtemps, les problématiques n'ayant pas changé. Microsoft a fait le choix de partir sur un socle neuf, qui a pour principal problème de ne pas proposer autant de fonctions que l'ancien, tant s'en faut d'ailleurs. Mais l’éditeur continue de rêver que son modèle UWP finisse doucement par l’emporter, éventuellement poussé par un environnement .NET Core 2.0 devenu très intéressant, car multiplateforme.

La société pourrait prochainement revendiquer la capacité de produire un code fonctionnant partout et ne nécessitant que peu d’aménagements pour exploiter au mieux Windows 10. Mais elle a formulé de nombreux rêves par le passé, souvent déçus. La plus grande souplesse actuellement proposée est sans doute une manière d’avouer que la bataille sera beaucoup plus longue qu’espérée.


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